Pères de la Confédération

Quelque 36 hommes sont habituellement considérés comme étant les Pères de la Confédération. Ceux-ci ont représenté les colonies de l’Amérique du Nord britannique lors d’au moins une des conférences qui ont mené à la Confédération et à la création du Dominion du Canada le 1er juillet 1867, notamment la Conférence de Charlottetown (septembre 1864), la Conférence de Québec (octobre 1864) et la Conférence de Londres (décembre 1866 à mars 1867). Mis à part les 36 hommes initialement inclus, la question de savoir qui d’autre pourrait recevoir ce titre a fait l’objet de plusieurs débats. La définition peut être étendue de manière à inclure ceux dont la participation s’est avérée essentielle pour la création du Manitoba, le ralliement de la Colombie-Britannique et de Terre-Neuve à la Confédération, et la création du Nunavut (voir aussi Pères de la Confédération : tableau).



Conférence de Québec
La Conférence de Québec en 1864, tenue pour établir les bases d'une union des provinces de l'Amérique du Nord britannique.

Autres figures importantes de la Confédération

En fait, plusieurs délégués admis au rang de pères de la Confédération n’ont assisté qu’à une ou deux conférences. En outre, les représentants de l’Île-du-Prince-Édouard et de Terre-Neuve refusent au bout du compte de soutenir la Confédération (L’Î.-P.-É. la rejoint en 1873, et Terre-Neuve-et-Labrador fait de même en 1949).

Les femmes et les filles des 36 hommes initialement désignés ont également été décrites comme étant les Mères de la Confédération pour le rôle qu’elles ont joué dans l’organisation des activités sociales qui ont constitué des étapes essentielles au bon déroulement des conférences de Charlottetown, de Québec et de Londres. Même si sir John A. Macdonald est habituellement considéré comme étant le principal architecte de la Confédération, plusieurs universitaires, journalistes et organismes spécialisés dans le patrimoine ont soutenu l’importance d’autres personnages tels que George Brown et sir George-Étienne Cartier.

Conférence de Charlottetown (1864)

La Conférence de Charlottetown (du 1er au 9 septembre 1864) devait porter sur la possibilité d’unir les colonies maritimes. Après que les représentants de la Province du Canada ont demandé à être inclus, la discussion s’étend sur la question plus vaste de l’union de l’ Amérique du Nord britannique. Terre-Neuve est invitée à participer, mais l’invitation arrive trop tard pour que la colonie puisse envoyer une délégation. La conférence se distingue par les somptueux banquets et bals qui accompagnent les discussions. À la fin des discussions, les délégués approuvent en principe l’union proposée par la Province du Canada et programment une autre conférence pour le mois suivant, à Québec.


Conférence de Québec (1864)

À la Conférence de Québec (du 10 au 27 octobre 1864), les délégués discutent des détails de la Confédération proposée et approuvée à Charlottetown. La conférence se conclut par les 72 résolutions de Québec, qui forment la base de la Constitution du Canada.

Après le rejet de ces résolutions par l’Île-du-Prince-Édouard et Terre-Neuve, la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick et la Province du Canada sont les seules parties qui restent en faveur de l’union. Les délégués du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse font cependant face à une importante opposition à l’intérieur même de leur propre province (Voir aussi Les adversaires de la Confédération ; Mouvement sécessionniste).

Conférence de Londres (1866–1867)

Lors de la Conférence de Londres (du 4 décembre 1866 à mars 1867), 16 délégués représentant la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick et la Province du Canada se réunissent en Angleterre pour rédiger l’Acte de l’Amérique du Nord britannique. Cette loi, basée sur les 72 résolutions publiées à l’issue de la Conférence de Québec, accorde des concessions mineures aux Maritimes. Elle contient aussi des dispositions pour l’inclusion future de l’Île-du-Prince-Édouard, de Terre-Neuve, du Territoire du Nord-Ouest et de la Colombie-Britannique.

Joseph Howe, de la Nouvelle-Écosse, est également à Londres au sein d’une délégation opposée à l’union (voir Les adversaires de la Confédération). Malgré tout, l’Acte de l’Amérique du Nord britannique est facilement adopté par le Parlement britannique. La reine Victoria lui donne force de loi en le signant le 29 mars 1867.


Création du Manitoba (1870)

Louis Riel, le chef de la rébellion de la rivière Rouge, est souvent présenté comme le Père de la Confédération du Manitoba. En 1869, le gouvernement canadien négocie une entente visant à acheter la Terre de Rupert à la Compagnie de la Baie d’Hudson. Les Métis de la colonie de la rivière Rouge, qui n’ont pas été consultés lors de la préparation de cette entente, craignent que leurs droits soient ignorés à l’issue du transfert.

Sous la direction de Louis Riel, les Métis prennent le contrôle du poste de commerce Upper Fort Garry. Ils déclarent en outre la mise en place d’un gouvernement provisoire et envoient des délégués à Ottawa pour négocier l’entrée de la colonie de la rivière Rouge dans la Confédération. Le gouvernement canadien se voit alors forcé de céder aux demandes des Métis. En mai 1870, la nouvelle province du Manitoba est créée aux termes de la Loi sur le Manitoba. Cette loi accorde également aux Métis un titre de propriété portant sur leurs terres situées le long des rivières Rouge et  Assiniboine ainsi que 1,4 million d’acres supplémentaires pour leurs descendants. Elle garantit aussi les droits linguistiques et religieux associés à la langue française et au catholicisme. Malgré cette victoire, Louis Riel n’est pas amnistié après sa condamnation pour avoir dirigé un soulèvement contre le gouvernement canadien. Il est forcé de s’enfuir aux États-Unis et est plus tard exécuté.

Le 10 mars 1992, le Parlement adopte à l’unanimité une résolution qui désigne Louis Riel comme étant le fondateur du Manitoba. Devant la Chambre des communes, le député Joe Clark annonce que « [L]e moment est arrivé de marquer le rôle primordial et positif qu’a joué Louis Riel dans la défense des intérêts du peuple métis et sa contribution au développement politique de l’Ouest et du Canada ».

(Voir aussi Le Manitoba et la Confédération.)

Louis Riel
Portrait de Louis Riel, 1873.

La Colombie-Britannique entre dans la Confédération (1871)

Le personnage habituellement associé à l’entrée de la Colombie-Britannique dans la Confédération est Amor de Cosmos. En tant que membre du Conseil législatif de la Colombie-Britannique, il introduit dès mars 1867 une résolution réclamant l’inclusion de la province dans la Confédération. En mai 1868, Amor de Cosmos aide à l’établissement de la Confederation League, dont l’objectif est de rallier le soutien du public pour l’union avec le Canada. En 1870, il prend part aux « grands débats sur la Confédération » qui amènent le Conseil législatif à voter l’envoi d’une délégation à Ottawa pour négocier l’entrée de la province dans la Confédération.

(Voir aussi La Colombie-Britannique et la Confédération.)

Terre-Neuve entre dans la Confédération (1949)

Pendant la crise économique des années 1930, Terre-Neuve croule sous les dettes. Afin d’aider la province à réorganiser son économie, une Commission de gouvernement  est mise sur pied le 16 février 1934. Un gouverneur y agit sur les conseils de six commissaires nommés par le gouvernement britannique. Après la relance de l’économie locale dynamisée par la Deuxième Guerre mondiale, les Terre-Neuviens demandent le rétablissement d’un gouvernement responsable.

Le gouvernement britannique forme en 1946 la « convention nationale », qui inclut 45 délégués élus de Terre-Neuve et du Labrador. L’objectif de la convention est de déterminer quelles formes de gouvernement pourraient remplacer la Commission. Deux factions principales émergent : ceux qui sont en faveur d’un gouvernement responsable, avec à leur tête Peter Cashin, et ceux qui préfèrent l’union avec le Canada, avec pour leader Joey Smallwood.

Joey Smallwood
Smallwood signant l'entente qui fait entrer Terre-Neuve au sein du Canada, 11 décembre 1948.

La convention prévoit un référendum sur l’avenir politique de Terre-Neuve le 3 juin 1948. La Confederate Association, la Responsible Government League et l’Economic Union Party (qui soutient l’annexion par les États-Unis) militent tous sur la question. Les résultats de ce premier référendum ne sont pas concluants, le groupe en faveur d’un gouvernement responsable ressortant vainqueur, mais sans obtenir une claire majorité. Les partisans de l’union avec le Canada gagnent le deuxième référendum tenu le 22 juillet 1948 avec 78 323 votes (52,3 %) contre 71 334 votes (47,7 %) pour l’indépendance. Un amendement de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique (la  Loi sur Terre-Neuve) finalise les conditions d’adhésion de la province.

Fervent partisan de la Confédération, Joseph Smallwood, le « dernier Père de la Confédération », devient le leader du Parti libéral et occupe le poste de premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador jusqu’en 1972.

(Voir aussi Terre-Neuve-et-Labrador et la Confédération ; Projet de loi de Terre-Neuve ; Terre-Neuve se joint au Canada.)

Création du Nunavut (1999)

Les communautés inuites présentent leur demande d’autonomie gouvernementale dans l’Est de l’Arctique dans les années 1970, à la suite des procès intentés par les Nisga’a dans le Nord-Ouest de la Colombie-Britannique, les Innus et les  Cris au Québec, et les Dénés dans l’Ouest de l’Arctique (voir  Revendications territoriales des Autochtones). Avec l’aide de l’Inuit Tapirisat of Canada (ITC) – un comité organisateur d’Inuits fondé en 1971 par  Tagak Curley ­­– les Inuits présentent leur première revendication territoriale au gouvernement fédéral en 1976. Le plan est ultérieurement retiré à cause d’un manque de participation de la communauté et de la complexité de la proposition. La Commission inuite de revendications territoriales des Territoires du Nord-Ouest présente une version simplifiée du document en 1977, mais les discussions s’enlisent. Le groupe est alors dissous pour être remplacé par le Projet de revendications territoriales du Nunavut.

Le drapeau du Nunavut

En 1979, l’ITC rédige une revendication basée sur les dispositions proposées dans les textes antérieurs, notamment la division des Territoires du Nord-Ouest. Lors d’un référendum organisé en 1982, une majorité d’électeurs (56 %) soutiennent la proposition. La Fédération Tungavik de Nunavut est donc créée et assume les fonctions jusqu’alors associées au Projet de revendications territoriales du Nunavut. L’Accord sur les revendications territoriales du Nunavut est signé en septembre 1992 après avoir recueilli une écrasante majorité (84,7 %) lors du référendum organisé à cette occasion. La Loi sur le Nunavut est adoptée le 10 janvier 1993 et son entrée en vigueur doit se faire avant le 1er avril 1999. C’est ainsi que le Nunavut – « Notre Terre » devient le troisième territoire du Canada.

John Amagoalik, président de l’ITC, est nommé commissaire en chef de la Commission d’établissement du Nunavut. Paul Okalik devient le « premier » premier ministre du territoire à l’issue de l’élection organisée le 15 février 1999 pour constituer l’Assemblée législative du Nunavut. Helen Maksagak est alors nommée au poste de premier commissaire du Nunavut.

(Voir aussi Le Nunavut et la Confédération.)

Mères de la Confédération

Plusieurs historiens ont remarqué l’absence des femmes dans les récits des événements qui amènent à la création du Canada. Les femmes et les filles des politiciens qui se réunissent en 1864 participent pourtant aux activités sociales qui ponctuent les conférences. Elles ont agi, comme l’a noté un observateur, en tant qu’« alliées lors de la construction de la nation ». C’est aussi grâce aux documents laissés par ces femmes à la postérité, notamment des lettres (Anne Nelson Brown), des journaux intimes (Mercy Coles) et des biographies (Lady Agnes Macdonald), que l’on a pu mieux comprendre comment les décisions ont été prises à l’époque. Ces femmes sont connues collectivement comme étant les « Mères de la Confédération ». On s’efforce aujourd’hui d’inclure leur vécu dans le récit retraçant les débuts de la Confédération.

Lady Susan Agnes Macdonald
Bibliothèque et Archives Canada, C-006511en.

En savoir plus // Confédération

Lecture supplémentaire

  • Eugénie Brouillet, La conférence de Québec de 1864 : 150 ans plus tard, comprendre l'émergence de la fédération canadienne (2016)

  • Karleen Bradford, Un pays voit le jour : Rosie Dunn à l'aube de la Confédération (2014)

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