Coloured Hockey League

La Coloured Hockey League of the Maritimes (CHL) est une ligue composée exclusivement de joueurs noirs qui a vu le jour à Halifax, en Nouvelle Écosse, en 1895. Mise en place par des baptistes et des intellectuels noirs, cette ligue a été conçue comme un moyen d’attirer les jeunes hommes noirs à l’église le dimanche en leur promettant la possibilité de se détendre après le service religieux à l’occasion d’un match de hockey entre églises rivales. Plus tard, sous l’influence du mouvement nationaliste noir de l’époque et dans le contexte d’un intérêt grandissant pour le hockey, elle sera perçue comme un moteur potentiel pour l’obtention de l’égalité des Canadiens noirs.

Coloured Hockey League, Nova Scotia (1895-1925)

Origines

C’est dans le baseball que le hockey noir organisé plonge ses racines. En effet, en Nouvelle‑Écosse ainsi que dans d’autres régions dans l’est du Canada, on crée, au milieu des années 1880, des clubs de baseball ne comprenant que des Noirs. Ces clubs – qualifiés de « barn‑storming teams », ou « équipe en tournée parmi les granges » – s’affrontent en parcourant la campagne canadienne. Ultérieurement, ils deviendront des organisations sportives semi‑professionnelles, plusieurs de leurs membres pratiquant deux sports.

Il semble que quatre hommes aient présidé à l’émergence de la Coloured Hockey League of the Maritimes (CHL) : le pasteur James Borden de l’église Dartmouth; James A.R. Kinney, un laïc de l’église de la rue Cornwallis qui deviendra le premier diplômé noir du Maritime Business College; James Robinson Johnston, premier diplômé noir du programme de droit de l’Université de Dartmouth; et Henry Sylvester Williams, un étudiant en droit trinidadien à l’Université Dalhousie qui fondera, en 1900, la première conférence panafricaine.

Influencés par les écrits de l’un de leurs contemporains, Booker T. Washington, une figure de proue de la défense des droits des Afro‑Américains, les quatre Néo‑Écossais organisent les premiers matchs de la ligue et fixent ses objectifs.

Croissance

Au début du 20e siècle, la CHL a intégré plusieurs concurrents régionaux nouvellement créés et n’est déjà plus la modeste ligue de trois équipes – dont son club fondateur, les Jubilees de Dartmouth – qu’elle était en 1895. Parmi ces nouveaux entrants, certains ont de solides racines dans le baseball : les Sea‑Sides d’Africville, les Victorias de Truro, les West End Rangers de Charlottetown, les Royals d’Amherst et les Moss Backs de Hammond Plains.

Sur le plan sportif, la ligue est organisée sous la forme d’une coupe, le tenant du titre affrontant en finale le vainqueur d’un tournoi ayant opposé les prétendants. Il s’agit d’une structure ressemblant à celle d’un championnat de boxe.

Les équipes de la CHL ne reçoivent l’autorisation d’accéder aux arénas qu’à l’issue de la saison des ligues blanches. C’est pourquoi les matchs officiels de la ligue ont généralement lieu entre fin janvier et début mars, une période durant laquelle la glace des arénas naturels est devenue trop fine pour y disputer des matchs. Du fait de cette plage limitée de huit semaines, seules les trois ou quatre meilleures équipes régionales choisies par les dirigeants participent aux championnats, disputant chacune une demi‑douzaine de matchs en vue de déterminer les principaux honneurs distribués par la ligue. Inévitablement, des différends surgissent quant aux équipes ayant reçu le droit de concourir officiellement pour le titre.

Les parties se disputent sans autres règles officielles que la Bible. Ironiquement, cette absence de règlement officiel débouche sur un nouveau style de hockey où le physique joue un rôle plus important. À tous les points de vue, les matchs de championnat de la CHL ne le cèdent en rien aux meilleurs matchs disputés par les équipes blanches. Le jeu pratiqué est extrêmement rapide et solide, les équipes introduisant, notamment, deux innovations fondamentales pour ce sport : l’autorisation pour le gardien de se mettre à genoux pour arrêter la rondelle ainsi qu’une forme précoce de lancer frappé, et ce, des décennies avant que ces nouveautés ne soient autorisées lors des matchs de hockey des ligues professionnelles.

La montée en puissance fulgurante de la ligue atteint son apogée entre 1900 et 1905, une période durant laquelle les matchs disputés en CHL attirent plus de spectateurs que ceux des ligues blanches. Près de 1 200 spectateurs se pressent pour assister, à Halifax, à la finale du championnat interprovincial des Maritimes entre les champions en titre de la CHL, les Sea‑Sides d’Africville, et les West End Rangers de Charlottetown.

Déclin

Au cours des cinq premières années du 20e siècle, un différend oppose de nombreux joueurs de hockey et leurs familles vivant à Africville, la communauté noire au nord de Halifax, aux responsables provinciaux et municipaux, au sujet d’un plan d’expansion ferroviaire prévoyant l’annexion de leurs terres. Une bataille juridique de cinq ans s’ensuit au cours de laquelle James Robinson Johnston, l’organisateur de la ligue, représente les familles de la communauté noire pour tenter d’arrêter le processus d’annexion.

Train de marchandises du Canadien National traversant Africville, 1965.

Tout au long de ce combat, certains propriétaires refusent de louer leurs patinoires de hockey à la CHL ou à des équipes noires. D’autres propriétaires n’acceptent de le faire qu’à la fin mars, lorsque la surface de glace naturelle a déjà commencé à fondre. La couverture médiatique des matchs de la ligue disparaît également pratiquement du jour au lendemain, un seul article étant rédigé à ce sujet dans les journaux entre 1905 et 1906. Dans un contexte où les parties se disputent sur une glace détériorée ralentissant le jeu et privée de tout moyen de promotion, la ligue est contrainte de revenir jouer sur les lacs de Dartmouth, mettant effectivement fin au rôle de la CHL comme mouvement d’émancipation économique et sociale des Noirs. Le dernier compte rendu sur un match de la ligue, publié dans un journal durant cette période, date de 1911.

Renaissance

En 1921, la CHL se reforme avec trois équipes : les Victorias de Truro, les Sea‑Sides d’Africville et une sélection de hockeyeurs de Halifax et de Dartmouth jouant sous la bannière des All‑Stars de Halifax. Tandis que Truro et Halifax alignent des équipes renouvelées composées de jeunes joueurs noirs de la nouvelle génération, celle d’Africville est pratiquement la même qu’en 1901 et comprend de nombreux joueurs désormais dans la quarantaine. Contrairement à son incarnation précédente, la nouvelle CHL applique désormais les règles normalisées du hockey.

En dépit de sa renaissance, la CHL a désormais largement laissé de côté ses objectifs sociaux et religieux. À ce moment‑là, les membres des églises et les intellectuels fondateurs sont décédés. Après 1925, les équipes vont et viennent, de nouvelles équipes se formant, parfois uniquement pour de brèves périodes, pour disparaître aussi vite qu’elles sont apparues.

Dans un contexte où l’attention médiatique se porte essentiellement sur la Ligue nationale de hockey (LNH) aux dépens des ligues régionales, la couverture de la CHL dans les journaux disparaît également peu à peu. Les équipes composées de Noirs, notamment les Diamonds de Halifax, les Wizards de Halifax, les Speed Boys de New Glasgow, les Brown Bombers d’Africville et les Sheiks de Truro, continuent à s’opposer à différentes occasions au cours des années 1930 pour se retrouver, à l’aube de la Deuxième Guerre mondiale, totalement oubliées, pour longtemps, de la mémoire collective.