Hurons-Wendats

Les Hurons-Wendats sont une nation parlant la langue des Iroquois qui s’est installée dans la vallée du Saint-Laurent et dans la région où le Saint-Laurent se jette dans les Grands Lacs. « Huron » est un surnom que les Français donnent aux Wendats; cela veut dire « une tête d’un sanglier », rappelant les coiffures d’hommes hurons, ou « un voyou » ou « un vaurien » en ancien français. Leur nom dans la Confédération était Wendat (Ouendat), qui voulait probablement dire « peuple de l’île ». À l’époque du commerce de la fourrure, les Hurons-Wendats se sont alliés avec les Français en s’opposant aux Haudenosaunee (Iroquois). Pendant les conflits armés du 17e siècle, les Hurons-Wendats ont été dispersés par les Haudenosaunee en 1650. Cependant, on trouve toujours des représentants de la Première Nation Huronne-Wendat (installés à Wendake, au Québec). La nation compte 4056 membres enregistrés, selon les données du recensement de juillet 2018.

Huronia
Activités au bord de la rivière (oeuvre de Lewis Parker).

Territoire et population

Historiquement, les tribus formant cette confédération sont les Attignawantans (« peuplade de l’Ours »), les Attignaenongnehac (« peuplade de la Corde »), les Arendaronons (« peuplade du Rocher »), les Tahontaenrats (« peuplade du Daim ») et les Ataronchronons (« peuplade du Marais »). Ces tribus sont qualifiées de « nations », soulignant le fait qu’il s’agit d’entités politiques et territoriales distinctes ayant des cultures semblables, une origine commune dans le passé lointain et parlant des langues voisines, mais pas identiques.

Les peuplades de l’Ours et de la Corde sont les premiers habitants de ce qu’on appelle maintenant la zone nord du comté de Simcoe, en Ontario. À la fin du 16e siècle, les trois autres nations quittent la rive nord du lac Ontario et la région de la baie de Quinte pour se joindre aux tribus de l’Ours et de la Corde afin de former une alliance défensive contre leurs ennemis communs, les cinq nations haudenosaunee situées au sud du lac. En 1649-1650, durant la période de dévastation du pays natal des Hurons-Wendats (parfois appelé Huronia) par les Haudenosaunee, environ 500 Hurons-Wendats ont quitté la baie Georgienne pour se réfugier chez les Français dans la région de la ville de Québec.

Avant le début du 17e siècle, il y a au Canada de 20 000 à 25 000 Hurons, mais de 1634 à 1642, leur population tombe à 9000 en raison d’une série d’épidémies, en particulier de rougeole, de grippe et de variole. À nos jours, on compte 4056 représentants enregistrés de la Première Nation Huronne-Wendat à Wendake, au Québec, selon les données du recensement de juillet 2018. Il y a aussi des populations qui s’identifient comme Wyandot ou Wyandotte (aussi des peuples des Hurons-Wendats) aux États-Unis.

Vie avant le contact avec les Européens

Les Hurons-Wendats sont répartis en 18 à 25 villages, certains peuplés de 3500 habitants. Leur économie de subsistance repose sur la culture du maïs, du haricot, de la courge et sur la pêche. La chasse constitue une activité mineure, sauf en automne et vers la fin de l’hiver, et celle-ci est pratiquée bien au-delà des limites des terres wendates. À l’époque des premiers contacts avec les colons français, au début du 17e siècle, ces excellents cultivateurs occupent un territoire d’environ 880 km2 que les Hurons-Wendats nomment Wendake et dont la densité de population atteint 23 habitants par km2. Les villages les plus importants sont puissamment fortifiés à l’aide de palissades et habituellement situés sur des emplacements légèrement élevés, à proximité d’une source d’eau permanente et de bonnes terres cultivables. Les Hurons-Wendats déménagent tous les 10 à 15 ans, après l’épuisement des sols et du bois de chauffage.

Les Hurons-Wendats ont des échanges commerciaux, des liens sociaux et des relations politiques étroites avec des Pétuns, des Neutres, des Odawas, des Nipissing et des Algonquins de la baie Georgienne et de la vallée d’Ottawa. Avec ces nations, ils échangent du maïs, des haricots et de la corde faite du « chanvre indien » (Apocynum cannabium) contre du tabac et des choses exotiques comme du cuivre, du catlinite, des coquillages et des wampums. En 1609, après avoir participé dans le raid contre les Mohawks, membres de la Confédération des Haudenosaunee, ils se joignent à l’alliance militaire et commerciale formée par les Innus (connu plus tard sous le nom « Montagnais ») et les Algonquins avec les Français.

Société et culture

Les Hurons-Wendats suivent des règles de descendance et d’héritage matrilinéaires. Comme dans toutes les nations iroquoises, l’unité socioéconomique fondamentale est la famille matrilinéaire élargie, composée de quelques familles nucléaires dont les femmes ont en commun une même mère ou une grand-mère qui dirige les affaires quotidiennes. La famille élargie habite les maisons longues, d’une largeur d’environ 7 m et dont la longueur varie selon la taille de la famille. Des études archéologiques font état de maisons atteignant jusqu’à 90 m de longueur.

Chaque Huron-Wendat appartient à l’un des huit clans matrilinéaires. Les membres d’un même clan se considèrent comme les descendants d’un ancêtre légendaire commun (l’ours, le cerf, la tortue, le castor, le loup, le plongeon huard et l’esturgeon, le faucon ou le renard), et n’ont pas le droit de se marier entre eux. Certaines remplacent le plongeon huard et l’esturgeon et le renard par le porc-épic et le serpent. Un enfant ne peut pas se marier avec un membre du clan de sa mère, mais il est autorisé à épouser un membre du clan de son père. La force du système clanique réside dans le fait que les membres, quels que soient les villages et les nations dans lesquels ils vivent, sont obligés de s’entraider en temps de besoin ou de guerre.

Deux conseils gèrent les affaires du village : l’un s’occupe des affaires civiles et l’autre, des affaires militaires. Tous les hommes de plus de 30 ans en sont membres. En principe, toutes les décisions sont prises par consensus, mais en réalité, les hommes âgés et les chefs élus des grandes familles ont tendance à s’imposer en raison de leur statut dans la communauté et de leurs pouvoirs oratoires. Contrairement aux femmes iroquoises âgées, les femmes huronnes-wendates ont peu ou aucun droit à la parole durant les conseils.

Langue

La langue des Hurons-Wendats fait partie de la famille iroquoise de langues. À cause des années de dispersion suivies par la colonisation du Canada, la langue des Hurons-Wendats a presque disparu. Toujours considérée en danger, la langue fait sa résurrection grâce à des peuples hurons-wendats élaborant différents programmes éducatifs et d’autres initiatives, dont un dictionnaire.

Histoire coloniale

Les Hurons-Wendats forment de nouvelles alliances commerciales et militaires avec les explorateurs français. Pour prouver que les Français sont solidaires avec leurs nouveaux alliés, Samuel de Champlain et deux volontaires français se joignent à un raid contre leurs ennemis, les Haudenosaunee.

Afin de nouer des liens commerciaux plus étroits avec les Français et d’obtenir leur aide militaire, les Hurons-Wendats acceptent de recevoir des missionnaires. En 1615, les missionnaires récollets sont envoyés, puis remplacés par les Jésuites en 1625. En 1633 et 1635, Samuel de Champlain et le père jésuite Paul Le Jeune demandent aux Hurons-Wendats d’autoriser le mariage entre Français et Hurons. Ces derniers rejettent cette demande, considérant que le mariage est une affaire entre deux individus et leurs familles et qu’elle n’est pas soumise à la décision du conseil.

Au milieu des années 1630, les Hurons-Wendats deviennent l’un des plus gros fournisseurs de fourrure des Français. Environ 500 hommes de divers villages sont impliqués dans le réseau wendat de traite des fourrures. Ces hommes rencontrent des fournisseurs le long des voies canotables, qui mènent aux postes français situés sur le Saint-Laurent, et échangent bientôt leurs fourrures contre des marchandises françaises.

Toutes les populations autochtones des Grands Lacs souffrent beaucoup des épidémies du début des années 1640. Les populations iroquoises et algonquines diminuent de plus de 50 %; les Algonquins, beaucoup moins nombreux et touchés également par la famine, subissent les pertes les plus importantes. Les réponses à cette crise sont variées. Un débat éclate et crée la division chez les Hurons-Wendats, afin de savoir s’ils doivent garder les missionnaires parmi eux et rester alliés aux Français ou rompre tout lien avec ces derniers. La majorité des Wendats pensent qu’ils sont trop engagés aux côtés des Français et espèrent que ces derniers leur fourniront une aide militaire.

Du côté des Haudenosaunee, les conseils de femmes réclament que les membres de clans morts durant les épidémies soient remplacés, craignant que la nation iroquoise ne soit affaiblie et que des familles entières ne disparaissent. La solution logique pour remplacer les membres disparus consiste à partir en guerre contre les peuples avoisinants possédant une culture similaire. Sur un plan politique, les conseils de guerriers voient là l’opportunité d’atteindre leur vieil idéal, à savoir « agrandir la maison longue », en absorbant ses voisins pour ne former qu’une seule nation, garantissant la paix universelle. En 1643, le père jésuite missionnaire Isaac Jogues, alors prisonnier des Mohawks, écrit : « Le plan des Iroquois consiste à capturer si possible tous les Hurons, à en éliminer les plus importants ainsi qu’une grande partie et à garder les autres en vie afin d’édifier un seul pays. » Le cri de ralliement des Iroquois face à ceux qu’ils s’apprêtent à attaquer est : « Venez nous rejoindre pour que nous soyons un seul peuple dans un seul pays. »

Des spécialistes ont récemment affirmé que l’hostilité des Haudenosaunee s’expliquait en partie par des motivations économiques et territoriales, bien que les contemporains de ces événements, dont les Iroquois eux-mêmes, n’aient jamais avancé de telles motivations.

Retraite des Hurons-Wendats

De 1642 à 1646, les Haudenosaunee chassent les Algonquins de la vallée de l’Outaouais et attaquent les villages hurons-wendats de l’Est. En 1648 et 1649, à l’aide d’armes à feu hollandaises, ils battent et chassent les Hurons-Wendats, puis ce sera au tour des Pétuns en 1649 et 1650, les Neutres en 1651 et les Ériés en 1656. Lors de ces guerres, environ la moitié de la population huronne-wendate ayant survécu aux épidémies disparaît.

Pendant et après la guerre, pas moins de 3000 Hurons-Wendats se joignent aux Haudenosaunee, parmi lesquels les « Cerfs » et la plupart des « Rochers ». Ces deux tribus, qui établissent un village parmi les Sénécas, représentent la majeure partie de la « faction traditionaliste » des Hurons-Wendats. Environ 1000, appartenant pour l’essentiel à la « faction chrétienne », fuient en 1649 avec les Jésuites vers l’île aux Chrétiens, dans la baie Georgienne. En raison de la famine et du froid, seuls 300 d’entre eux sont encore en vie au printemps 1650. Ceux-ci s’installent sur l’île d’Orléans et sont bientôt rejoints par 300 autres réfugiés. Parmi ces survivants, on compte pour l’essentiel des « Ours », quelques « Rochers » et des « Cordes ». En 1656 et 1657, afin de clore les négociations de paix, commencées en 1653 avec les Haudenosaunee, qui exigent entre autres que les Hurons-Wendats se joignent à eux, les Français forcent le reste des Wendats établis près de Québec à rejoindre leurs ennemis. Les « Rochers » intègrent les Onondagas, et quelques « Ours » se joignent aux Mohawks. Les autres « Ours » et l’ensemble des « Cordes » refusent d’obéir et quittent l’île d’Orléans, exposée, d’abord pour Sillery, puis pour Lorette, où leurs descendants vivent toujours aujourd’hui.

La « faction antihaudenosaunee et traditionaliste » des Hurons-Wendats se réfugie chez les Pétuns en 1649 et part avec eux à Michilimakinac en 1650. Le groupe ainsi constitué, composé majoritairement de Pétuns, sera plus tard appelé les Wyandots (« Wyandottes », aux États-Unis), une déformation en anglais du mot « Wendat ». Au milieu des années 1650, ils sont situés autour de la baie Green, puis après qu’un village d’Outaouais se soit joint à eux, ils se déplacent vers les sources du Mississippi. Attaqués par les Sioux Dakota, les Wyandots et les Outaouais fuient d’abord vers Chequamegon, sur le lac Supérieur, puis retournent à Michilimackinac en 1671. En 1704, les Wyandots et les Outaouais s’installent près de la toute nouvelle ville de Détroit (fondée en 1701).

En 1738, les Wyandots se scindent en deux factions lors d’une querelle avec les Outaouais et les Français. Une faction part à Sandusky, puis dans la vallée de l’Ohio, en 1748, tandis que l’autre traverse la rivière à partir de Détroit. Durant la guerre de Sept Ans, les Wyandots combattent aux côtés des Français, puis après la guerre, contre les Anglais, dans les forces de Pontiac. Leurs descendants, aujourd’hui assimilés, vivent dans la région de Windsor. Les Wyandots de l’Ohio sont quant à eux contraints de céder leurs terres aux États-Unis, au lendemain de la Révolution américaine. En 1830, après l’adoption de l’Indian Removal Act par le Congrès, ils sont déportés dans une réserve du Kansas. En 1867, après l’adoption du Kansas-Nebraska Act (1854), les quelque 200 Wyandots restants sont déplacés de force vers une réserve de l’Oklahoma avec leurs anciens ennemis : les Sénécas.

Vie contemporaine

Huron-Wendat Dance

La Première Nation des Hurons-Wendats à Wendake, au Québec, est présidée par un conseil qui se compose du Grand Chef et de huit Chefs de famille. La nation offre plusieurs services à ses membres, dont une école (École Wahta), un centre de santé (Centre de santé Marie-Paule-Sioui-Vincent) et un service de police (Service de police de Wendake). On y trouve aussi l’Hôtel-Musée Premières Nations — hôtel, musée et centre d’événements.


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Liens externes