Louise McKinney

Louise McKinney (née Crummy), députée provinciale de l’Alberta (1917 à 1921), militante pour les droits des femmes, et prédicatrice laïque (née le 22 septembre 1868 à Frankville, en Ontario; décédée le 10 juillet 1931 à Claresholm, en Alberta). Louise McKinney a été la première femme élue à une assemblée législative au Canada et dans tout l’Empire britannique. Elle était membre de la Woman’s Christian Temperance Union (WCTU) et fervente méthodiste et prohibitionniste. Elle a également été l’une des pionnières du mouvement des suffragettes, ainsi que l’une des Cinq femmes célèbres de l’affaire « personne », une campagne réussie pour faire reconnaître les femmes comme étant des personnes aux yeux de la loi britannique. Elle a également été une figure déterminante dans l’adoption de la Dower Act de l’Alberta en 1917. Cependant, ses opinions sur l’immigration et l’eugénisme ont été critiquées comme étant racistes et élitistes. Elle a été nommée personne d’importance historique nationale en 1939, et sénatrice honoraire en 2009. 

Louise McKinney (née Crummy), députée provinciale de l’Alberta (1917 à 1921), militante pour les droits des femmes, et prédicatrice laïque (née le 22 septembre 1868 à Frankville, en Ontario; décédée le 10 juillet 1931 à Claresholm, en Alberta). Louise McKinney a été la première femme élue à une assemblée législative au Canada et dans tout l’Empire britannique. Elle était membre de la Woman’s Christian Temperance Union (WCTU) et fervente méthodiste et prohibitionniste. Elle a également été l’une des pionnières du mouvement des suffragettes, ainsi que l’une des Cinq femmes célèbres de l’affaire « personne », une campagne réussie pour faire reconnaître les femmes comme étant des personnes aux yeux de la loi britannique. Elle a également été une figure déterminante dans l’adoption de la Dower Act de l’Alberta en 1917. Cependant, ses opinions sur l’immigration et l’eugénisme ont été critiquées comme étant racistes et élitistes. Elle a été nommée personne d’importance historique nationale en 1939, et sénatrice honoraire en 2009. 


Louise McKinney en 1917


Jeunesse

Louise McKinney est née dans le village agricole de Frankville, en Ontario. Elle est la sixième de dix enfants d’une famille méthodiste stricte. Bonne élève, elle rêve de devenir médecin, mais les circonstances ne le permettent malheureusement pas. Au lieu, elle fréquente l’école normale d’Ottawa, où elle reçoit une formation d’institutrice. Après sept ans d’enseignement dans les écoles de l’Ontario, Louise McKinney déménage au Dakota du Nord avec sa sœur. Elle s’y trouve un autre emploi en enseignement et commence à assister à des réunions sur la tempérance. Elle devient également organisatrice pour la Woman’s Christian Temperance Union (WCTU). À peu près à la même époque, elle fait la connaissance de James McKinney, qui est lui aussi Ontarien et militant pour la tempérance. Le couple se marie peu après.

Woman’s Christian Temperance Union

La WCTU a pour principal objectif de préserver les foyers des « mauvaises » influences et de renforcer la vie familiale. La prohibition de l’alcool et l’obtention du droit de vote pour les femmes constituent deux des objectifs ambitieux de la WCTU (voir aussi Droit de vote des femmes au Canada).

En 1903, Louise et James McKinney redéménagent au Canada sur une ferme près de Claresholm, dans les Territoires du Nord-Ouest. La région devient plus tard une partie de l’Alberta. En tant que fervents chrétiens, le couple ne tarde pas à bâtir la première église du village. Louise McKinney fonde également le chapitre local de la WCTU. Elle crée ensuite des succursales de l’organisation à travers l’Alberta et la Saskatchewan. Elle aide à ouvrir plus de 40 chapitres en moins d’une décennie.

Louise McKinney ne se contente pas d’organiser des événements pour la WCTU. Elle est également une oratrice fort populaire qui prend régulièrement la parole pour discuter des méfaits de l’alcool. Elle a aussi la certitude qu’une des manières de protéger la famille et de faire du monde un meilleur endroit où vivre est de donner aux femmes le droit de vote aux élections  fédérales.

Gravissant les échelons de la WCTU, Louise McKinney passe du statut de membre à celui de fondatrice de chapitre, puis à celui de présidente de la WCTU de l’Alberta. Plus tard, elle devient vice-présidente de la WCTU du Dominion (1908 à 1930). De plus, Louise McKinney assume le rôle de surintendante d’une division de la WCTU, le Department of Scientific Temperance Instruction. Son mandat consiste à promouvoir l’éducation sur la tempérance dans les écoles. S’adressant aux enseignants, aux ministères de l’Éducation et aux premiers ministres de la Saskatchewan et de l’Alberta, Louise McKinney et ses collègues tentent d’organiser des cours de formation sur les dangers dutabacet de l’alcool (voir Alcoolisme). L’objectif n’est que partiellement atteint, mais les efforts de Louise McKinney la mènent vers la sphère politique.

À titre de vice-présidente de la WCTU du Dominion (1908-1930), Louise McKinney voyage beaucoup. Elle prend la parole devant de nombreux auditoires au Canada et aux États-Unis, de même qu’en Angleterre et dans le reste de l’Europe. En 1916, l’Alberta devient la troisième province à interdire la vente d’alcool. Ceci est dû en grande partie à la féroce campagne de Louise McKinney et ses pairs. (En 1923, un référendum provincial met toutefois fin à la prohibition en Alberta.)

Certificat WCTU décerné à Louise McKinney


Droit de vote des femmes

En 1888, la WCTU du Dominion exprime son soutien au droit de vote des femmes au Canada. L’obtention du droit de vote fournirait les moyens de façonner la société et des lois conformes à sa vision. Cela implique la promulgation de la prohibition. Louise McKinney fait campagne pour le droit de vote aux côtés de ses pairs de la WCTU. Le 13 octobre 1911, lors d’un congrès de la WCTU à Calgary, Louise McKinney déclare : « La protection des foyers passe par le droit de vote des femmes. À notre époque, il n’est plus possible pour les femmes de protéger leur foyer de l’intérieur. Elles doivent sortir, et la meilleure façon d’obtenir cette protection est par le scrutin. »

Le 19 avril 1916, la plupart des femmes de l’Alberta obtiennent le droit de vote et le droit d’occuper un poste au gouvernement provincial. (Les femmes des Premières Nations n’obtiennent cependant ce droit provincial qu’en 1965.)

Première femme élue au sein d’une assemblée législative canadienne

Les élections de l’Assemblée législative de l’Alberta ont lieu en 1917. Le nom de Louise McKinney figure sur le bulletin de vote. Elle accepte une nomination en tant que candidate de la Non-Partisan League, car les autres grands partis reçoivent le soutien de l’industrie de la distillation (voir aussi  Financement des partis politiques). Fidèle à ses convictions, Louise McKinney remporte son siège grâce à une plateforme électorale fondée sur la prohibition.

Louise McKinney est la première femme à être élue au sein d’une assemblée législative canadienne. Le 7 juin 1917, elle remporte un siège à l’Assemblée législative de l’Alberta. Elle est également la première femme de tout l’Empire britannique à être élue dans une assemblée législative (voir Commonwealth). Une autre femme, l’infirmière militaire Roberta MacAdams, est élue en août 1917 comme l’un de deux représentants des soldats à l’Assemblée législative de l’Alberta. Louise McKinney et Roberta MacAdams sont toutes deux assermentées le 7 février 1918.

À titre de députée provinciale, Louise McKinney élargit son agenda pour y incorporer le bien-être social des immigrants et des veuves. En compagnie de Henrietta Edwards, elle contribue à faire adopter la Dower Act,une initiative de la juge Emily Murphy. Cette législation essentielle protège les droits de propriété des femmes mariées (voir Douaire).

Louise McKinney se présente de nouveau aux élections de 1921 en tant que membre des Fermiers unis de l’Alberta, mais elle perd. Elle ne se représente ensuite plus aux élections.

Prédicatrice laïque pour l’Église unie

Louise McKinney s’implique activement au sein de son église. Elle y est prédicatrice laïque accréditée, surintendante de l’école du dimanche et dirigeante de la société missionnaire des femmes. Le révérend George Webber, président de l’Alliance du jour du Seigneur, dit de Louise McKinney: « Sa pensée spirituelle profonde, sa vive intelligence, et sa ferveur inspirante se sont combinées pour rendre ses enseignements toujours bienvenus et fructueux. »

Les droits des femmes ont toujours été au premier plan des actions de Louise McKinney. En tant que prédicatrice laïque, elle plaide pour que les femmes puissent devenir ministres de l’Église méthodiste, et plus tard de l’Église unie. Toutefois, ses propositions ne sont pas approuvées.

En 1925, les églises méthodiste, presbytérienne et congrégationaliste, ainsi que le conseil général des églises de l’union locale, sont fusionnées au sein de l’Église unie du Canada. Louise McKinney est l’une des 4 femmes, parmi 346 hommes, qui signent le document d’union religieuse.

« Cinq femmes célèbres » et l’affaire « personne »

En août 1927, Emily Murphy, première femme juge du Canada, invite Henrietta EdwardsNellie McClungIrene Parlby et Louise McKinney à son domicile d’Edmonton. Emily Murphy a soigneusement rédigé une pétition qu’elle souhaite présenter à la Cour suprême du Canada en ce qui concerne l’interprétation du mot personne dans l’Acte de l’Amérique du Nord britannique (maintenant appelée Loi constitutionnelle de 1867). À l’époque, les femmes ne sont pas incluses dans la définition du mot personne en vertu de la Constitution.

Emily Murphy et les autres femmes signent la pétition. La signature d’Henrietta Edwards apparaît en premier et donc l’affaire est appelée Edwards c. Procureur général du Canada. La pétition demande à la Cour suprême si le mot « personne » utilisé dans l’article24 de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique de 1867 inclut les femmes. Si la loi considère les femmes comme des personnes, la Constitution doit donc permettre la nomination de femmes au Sénat du Canada.

En rendant son jugement le 24 avril 1928, la Cour suprême rejette la requête. Les femmes, d’abord surnommées les « Alberta Five » (les cinq Albertaines), et plus tard les « Cinq femmes célèbres » portent leur demande devant le Comité judiciaire du Conseil privé en Angleterre (la cour d’appel du Canada la plus importante à l’époque, et ce jusqu’en 1949).

Les Cinq femmes célèbres


Le 18 octobre 1929, après de longues délibérations, le Conseil privé infirme la décision de la Cour suprême. Il conclut que le mot « personne » utilisé dans l’article 24 inclut effectivement les femmes, et qu’elles sont donc admissibles à être convoquées et à être nommées au Sénat du Canada. Lord John Sankey, qui prononce le jugement au nom du Conseil privé lors de ce qui deviendra connu comme l’« affaire personne » fait également remarquer que « l’exclusion des femmes de toute charge publique est un vestige d’une époque plus barbare que la nôtre […] et aux personnes qui se demandent si le mot [personne] doit comprendre les femmes, la réponse est évidente: pourquoi pas ?? ».

Carrière ultérieure

Louise McKinney est nommée vice-présidente de l’Imperial Order Daughters of the Empire, un groupe de femmes impérialistes. Après la décision révolutionnaire rendue dans l’affaire « personne », elle consacre tout son temps aux activités de la WCTU. En 1931, Louise McKinney est élue présidente de la WCTU du Dominion. En juin 1931, elle est nommée première vice-présidente de la World’s Women’s Christian Temperance Union lors du congrès international de l’organisation qui a lieu à Toronto, un événement qu’elle anime. Environ 1 500 délégués de partout à travers le globe y sont présents.

Eugénisme

Comme les autres membres des Cinq femmes célèbres, Louise McKinney est critiquée pour son élitisme et son racisme, ainsi que pour son soutien envers le mouvement eugénique. L’eugénisme est une pseudoscience qui adhère à l’idée que la population humaine peut être améliorée grâce au contrôle de la reproduction. Plusieurs personnalités canadiennes influentes, comme J. S. Woodsworth, le docteur Clarence Hincks, et Thomas Douglas, soutiennent les idées eugéniques du début des années 1900 (voir aussi Thommy Douglas et l’eugénisme). Ils font la promotion à la fois de l’eugénisme « positif » (promotion de la procréation entre les membres « sains » de la société) et « négatif » (découragement de la procréation par ceux considérés « non sains »). Les eugénistes prétendent que les « déficients mentaux » et les « faibles d’esprit » sont prédisposés à l’alcoolisme, à la promiscuité, aux maladies mentales, à la délinquance et aux comportements criminels, et qu’ils constituent donc une menace à la structure morale de la communauté. Ces préoccupations mènent à l’accroissement du soutien pour une législation eugénique, y compris la stérilisation des « défectueux ».

Bien que l’on ne connaisse pas l’opinion personnelle de Louise McKinney sur la stérilisation eugénique obligatoire, elle a soutenu le mouvement eugénique en Alberta de diverses façons. Elle promeut l’adoption de lois plus strictes sur l’immigration, comme moyen de tenir éloignés les individus indésirables et souvent racialisés. Elle fait également pression pour la mise en place d’institutions pour « déficients mentaux », voyant là le moyen le plus efficace de prévenir la reproduction des personnes internées.

Les lois sur la stérilisation sexuelle sont adoptées en Alberta (1928 à 1972), de même qu’en Colombie-Britannique (1933 à 1973.) Durant cette période, des milliers de personnes jugées « psychotiques » ou « déficientes mentales » subissent une stérilisation forcée. Un nombre disproportionné de ces personnes sont des femmes autochtones (voir aussi Stérilisation des femmes autochtones au Canada).

Legs

Peu après son retour à sa résidence de Claresholm, en Alberta, suite au congrès international de la WCTU à Toronto, Louise McKinney tombe malade. Elle s’éteint le 10 juillet 1931 à l’âge de 63 ans.

Louise McKinney laisse une marque durable en matière de défense des droits des femmes et du bien-être social. En 1939, le gouvernement du Canada la nomme personne d’importance historique nationale. En octobre 2009, soit 80 ans après l’affaire « personne », le Sénat vote pour décerner aux Cinq femmes célèbres le statut de sénatrices honoraires. C’est la première fois que le Sénat accorde une telle distinction.

Voir aussi: Conseil national des femmes du Canada; Mouvements de femmes au Canada; Condition féminine; Commission royale d’enquête sur la situation de la femme au Canada; Le Conseil du statut de la femme; Femmes et loi; Organisations féminines.


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