Ségrégation raciale des Noirs au Canada

La ségrégation raciale consiste en la séparation de personnes ou de groupes de personnes dans la vie quotidienne en fonction de leur race. Tout au long de l’histoire du Canada, de nombreux Noirs sont victimes de ségrégation, sont exclus ou n’ont pas droit à l’égalité d’accès à des occasions et à des services, comme l’éducation, l’emploi, le logement, le transport, l’immigration, les soins de santé et les établissements commerciaux. La ségrégation raciale des Noirs au Canada est historiquement renforcée par des lois, des décisions judiciaires et des normes sociales. (Voir aussi Canadiens noirs, Préjugés et discrimination au Canada et Racisme.)

La ségrégation raciale consiste en la séparation de personnes ou de groupes de personnes dans la vie quotidienne en fonction de leur race. Tout au long de l’histoire du Canada, de nombreux Noirs sont victimes de ségrégation, sont exclus ou n’ont pas droit à l’égalité d’accès à des occasions et à des services, comme l’éducation, l’emploi, le logement, le transport, l’immigration, les soins de santé et les établissements commerciaux. La ségrégation raciale des Noirs au Canada est historiquement renforcée par des lois, des décisions judiciaires et des normes sociales. (Voir aussi Canadiens noirs, Préjugés et discrimination au Canada et Racisme.)


Leonard Braithwaite, le premier député provincial noir du Canada.


La conception de l’esclave-chose, soit la pratique consistant à traiter une personne comme un bien personnel qui peut être acheté, vendu, échangé et hérité, est abolie dans la plupart des colonies britanniques, y compris au Canada, en 1834. (Voir  Abolition de l’esclavage, loi de 1833.) Cependant, la ségrégation des Noirs au Canada est ensuite justifiée pendant des années en perpétuant des idées sur l’infériorité raciale qui étaient utilisées pour justifier l’esclavage des Noirs. Historiquement, les pratiques de ségrégation raciale diffèrent à travers le pays, souvent selon la province ou la communauté locale.

Le saviez-vous ?
La ville de  Saint-John, au Nouveau-Brunswick, a été constituée par charte royale en 1785. Son premier maire, Gabriel G. Ludlow, était propriétaire de personnes réduites en esclavage. Alors que Gabriel G. Ludlow était maire, de 1785 à 1795, plusieurs restrictions ont été imposées spécifiquement à la communauté noire en pleine croissance. Bon nombre de ces restrictions sont demeurées en vigueur longtemps après la fin de son mandat. Par exemple, jusqu’en 1870, les Noirs ne pouvaient pas prêter serment pour obtenir le statut d’hommes libres. Il leur était interdit d’exercer un métier ou de vendre des marchandises dans la ville, de pêcher dans le port de Saint John, et ils ne pouvaient pas vivre dans les limites de la ville à moins d’être employés comme domestiques ou comme ouvriers.

Éducation

De nombreux Canadiens noirs sont soumis à une ségrégation raciale dans les écoles primaires au milieu du 19e siècle. L’Ontario et la Nouvelle-Écosse instaurent des écoles ségréguées légales afin de garder les élèves noirs séparés des élèves blancs. Les élèves noirs doivent fréquenter des écoles différentes, ou aller à l’école à des heures différentes des élèves blancs. Dans certaines autres provinces, les familles blanches imposent une ségrégation noire informelle en empêchant les enfants noirs d’aller à l’école. Les activistes de la communauté noire luttent contre la ségrégation dans les écoles. (Voir Leonard Braithwaite.) La dernière école noire ségréguée en Ontario ferme ses portes en 1965; la dernière en Nouvelle-Écosse ferme en 1983.

Les universités canadiennes, plus particulièrement les facultés de médecine, rejettent souvent les candidatures des étudiants noirs en raison de leur race. C’est notamment le cas de l’Université Dalhousie, de l’Université de Toronto, de l’Université McGill et de l’Université Queen’s. Les étudiants noirs qui sont admis font face à des restrictions que les étudiants blancs n’ont pas. Seuls quelques hôpitaux acceptent des internes noirs en médecine. Les femmes noires qui posent leur candidature pour étudier en soins infirmiers sont également confrontées à des restrictions raciales.

Voir Ségrégation scolaire des élèves noir(e)s au Canada.

Logement et accession à la propriété

Historiquement, l’accès des Canadiens noirs aux concessions de terres coloniales et aux logements résidentiels est souvent restreint en raison de leur race. Par exemple, de nombreux  loyalistes noirs en Nouvelle-Écosse et en Ontario ne reçoivent pas les concessions de terres qui leur ont été promises. Ceux qui les reçoivent se voient accorder des parcelles plus petites, situées sur des terres de moins bonne qualité et dans des endroits physiquement ségrégués des colons blancs, comme les communautés historiquement noires de North Preston en Nouvelle-Écosse, et d’Elm Hill au Nouveau-Brunswick.

Il existe de nombreux exemples de titres fonciers comportant des clauses restrictives utilisées pour empêcher la vente ou la location de propriétés aux personnes d’origine africaine et appartenant à d’autres groupes racialisés. Par exemple, une clause dans les actes immobiliers de Vancouver remontant à au moins 1928 et incluse jusqu’en 1965 stipule que « le concessionnaire ou ses héritiers, administrateurs, exécuteurs testamentaires, successeurs ou ayant droit ne vendront ni n’accepteront de vendre, de louer ou de donner à bail lesdites terres et lesdits locaux, en totalité ou en partie, à toute personne de race chinoise, japonaise ou de toute autre race asiatique, à tout Indien ou à tout Noir, ni ne leur permettront de les occuper ». Dans les années 1920, les fonctionnaires municipaux de Calgary en Alberta codifient également des clauses restrictives pour empêcher les résidents noirs d’acheter un logement à l’extérieur des limites des gares de triage. À Sarnia, en Ontario, un acte de propriété de 1946 pour une communauté du lac Huron d’environ 100 lots de chalets spécifie que la propriété ne peut appartenir qu’à des Blancs d’une certaine origine et ne peut être « transférée par vente, par héritage, par don ou par tout autre moyen à toute personne d’origine africaine, asiatique, de couleur ou sémitique, en totalité ou en partie, ni leur être louée, ni occupée par une telle personne ». (Voir Ségrégation raciale des Canadiens d’origine asiatique; Antisémitisme au Canada.)

Il existe également des exemples de Noirs se voyant systématiquement refuser un logement locatif en raison de leur race. Ceci signifie qu’ils n’ont souvent que des options très limitées quant à l’endroit où ils peuvent vivre. Au fil du temps, cette discrimination systémique entraîne une forte concentration de résidents noirs dans certains quartiers des grands centres urbains canadiens, comme la Petite-Bourgogne à Montréal.

Emplois et syndicats

Les pratiques de ségrégation raciale se répandent également dans de nombreux secteurs d’emploi au Canada. Les hommes et les femmes noirs sont historiquement relégués au secteur des services, barbiers, serveurs, concierges, porteurs de wagons-lits, ouvriers, domestiques, serveuses, blanchisseuses, quel que soit leur niveau de scolarité. Les propriétaires blancs d’entreprises, et même les organismes du gouvernement fédéral et des gouvernements provinciaux, n’embauchent traditionnellement pas de Noirs, et s’ils le font, ne leur offrent pas de promotions.

Lorsque le mouvement syndical prend de l’ampleur au Canada vers la fin du 19e siècle, les travailleurs commencent à s’organiser et à former des syndicats dans le but d’améliorer les conditions de travail et la qualité de vie des employés. Cependant, les travailleurs noirs se voient systématiquement refuser l’adhésion à ces et la protection des travailleurs est réservée exclusivement aux Blancs. 


Service militaire

Des hommes noirs servent dans des milices, dans l’armée britannique et dans l’armée canadienne, même s’ils sont parfois forcés de servir dans des unités ségréguées. En 1859, lorsque des hommes noirs de Victoria en Colombie-Britannique manifestent leur intérêt à s’engager comme pompiers volontaires (voir Incendies ravageurs au Canada), ils sont rejetés par le comité organisateur composé d’hommes blancs. Le gouverneur James Douglas approuve la création d’une milice d’hommes noirs qui désirent offrir leur service pour la défense contre les menaces d’expansion américaine. L’unité, officiellement assermentée en 1861, s’appelle la Victoria Pioneer Rifle Company, aussi connue sous le nom de African Rifles.

Les hommes noirs qui tentent de s’enrôler au début de la Première Guerre mondiale sont régulièrement refusés et on leur dit qu’il s’agit d’une guerre de l’homme blanc. Le gouvernement cherchant plus d’hommes pour servir dans l’effort de guerre, et en réponse à la pression des communautés noires à travers le Canada, propose une unité entièrement noire qui est approuvée en juillet 1916. Bien que quelques hommes noirs soient acceptés dans certaines unités de combat, la majorité d’entre eux, plus de 600 hommes, qui se joignent au Corps expéditionnaire canadien doivent s’enrôler dans le 2e Bataillon de construction, stationné à Pictou, en Nouvelle-Écosse, peu importe où ils vivent au Canada. L’unité ségréguée ne va pas au combat, car les soldats blancs refusent de se battre aux côtés d’hommes noirs.

2e Bataillon de construction

Établissements commerciaux

Théâtres

Dans certaines salles de spectacle et de cinéma, les sièges sont ségrégués. En 1860, les premières loges du Victoria Colonial Theatre en Colombie-Britannique sont réservées aux Blancs. Les sièges pour les Noirs sont limités à la galerie par le propriétaire de l’établissement. Une altercation éclate lorsque Mifflin Gibbs, son épouse Maria, son ami Nathan Pointer et sa jeune fille tentent de s’asseoir dans la section réservée aux Blancs lors d’un événement de bienfaisance.

Mifflin Gibbs

En février 1914, Charles Daniels, un porteur, achète un siège réservé au rez-de-chaussée du Sherman Grand Theatre à Calgary en Alberta, pour une représentation du Roi Lear. Lorsqu’il arrive pour voir le spectacle, on lui refuse l’entrée au rez-de-chaussée en raison de la couleur de sa peau. Le préposé à la billetterie lui offre plutôt des places au balcon supérieur, où les Noirs sont autorisés à s’asseoir. Charles Daniels rejette cette proposition et fait appel aux services d’un avocat pour intenter une poursuite. Le juge tranche en sa faveur, lui accordant un montant de 1 000 $.

Certains théâtres de au Nouveau-Brunswickferment leurs portes aux visiteurs noirs en 1915. Vingt-deux ans avant l’incident impliquant Viola Desmond à New Glasgow en Nouvelle-Écosse, une autre femme noire, nommée Lulu Anderson, se voit refuser l’entrée au Metropolitan Theatre d’Edmonton, en Alberta. En novembre 1922, Lulu Anderson poursuit le théâtre pour avoir refusé de lui vendre un billet de cinéma, mais les tribunaux provinciaux statuent en faveur des propriétaires du théâtre.

À Windsor en Ontario, le Palace Theatre met en place un « Crow’s Nest » (nid de corbeau) pour les clients noirs, en référence aux lois et aux pratiques de Jim Crow en matière de ségrégation. À Montréal, le Loew’s Windsor Theatre annonce publiquement que les clients noirs auront accès aux sièges du balcon supérieur de l’opéra, une section ségréguée qu’ils appellent la « cage à singes ». 

Barbiers

Les barbiers blancs sont reconnus pour refuser de couper les cheveux des hommes noirs. Par exemple, l’ancien sénateur Calvin Ruck se voit refuser d’être servi par un barbier, à Shearwater en Nouvelle-Écosse. À Dresden en Ontario, les cinq barbiers et le seul salon de coiffure ne servent pas les hommes et les femmes noirs.

Restaurants et auberges

Il est courant pour les restaurants à travers le Canada de refuser le service aux Noirs. En 1943, le militant des droits civiques Hugh Burnett, âgé de 25 ans, se voit refuser d’être servi dans un restaurant de Dresden en Ontario, alors qu’il porte son uniforme militaire. Lorsqu’il écrit une plainte au sous-ministre fédéral libéral de l’époque, Louis St-Laurent, on lui répond que la discrimination raciale n’est pas illégale au Canada. En 1947, on interdit à Dennis St. Helene, un étudiant et travailleur antillais à New Glasgow en Nouvelle-Écosse, d’acheter un repas dans un restaurant local, parce que « cela éloignerait les clients blancs ».

Bien que les interactions interraciales soient tolérées dans les bars, les pubs et les tavernes, ces espaces publics sont également reconnus pour refuser de servir des clients noirs potentiels. Le 11 juillet 1936, Fred Christie et un autre ami noir, Emile King, se voient refuser le service au York Tavern du Forum de Montréal après avoir assisté à un match de boxe. Fred Christie intente une poursuite de 200 $ et gagne en cour provinciale. Il reçoit une compensation de 25 $ et la taverne est forcée de payer ses frais judiciaires. Cependant, les propriétaires de la taverne ont gain de cause en appel. Déterminé, Fred Christie porte l’affaire devant la Cour suprême du Canada en 1939. La Cour rejette sa demande, faisant valoir que les entreprises privées ont le droit de discriminer sur la base de la race. Certaines tavernes en Saskatchewan, en Ontario et en Colombie-Britannique autorisent les visiteurs noirs, mais elles ont des tables ou des annexes réservées à ces clients.

Les hôtels et les auberges des villages et des grandes villes refusent souvent d’héberger des Noirs. Du milieu à la fin du 19e siècle, on ne compte qu’une poignée d’auberges appartenant à des Noirs où les Noirs peuvent séjourner.

Le saviez-vous ?
En 1954, le Prince Edward Hotel situé à Windsor en Ontario a refusé de louer une chambre à Mary McLeod Bethune, une militante afro-américaine des droits civils, alors qu’elle et la première dame des États-Unis Eleanor Roosevelt, étaient invitées à titre de conférencières dans le cadre du Jour de l’émancipation célébré dans la ville. On a offert une chambre à Eleanor Roosevelt, mais elles ont choisi toutes deux de passer la nuit à Detroit, au Michigan.

Entre 1949 et 1967, le Green Book, un guide de voyage pour les automobilistes noirs publié aux États-Unis, identifie les endroits au Canada où l’on accueille des clients noirs. Cela témoigne du climat racial de l’époque.

Installations récréatives

Historiquement, les Canadiens noirs n’ont accès qu’à peu d’installations récréatives publiques. En 1923, le conseil municipal d’Edmonton adopte une ordonnance interdisant aux Noirs de se baigner dans les piscines municipales après un tollé du public blanc et de l’Edmonton Exhibition Association, qui s’oppose à la baignade mixte. Les patinoires (voir Patinage sur glace) refusent également l’admission aux Noirs, quel que soit leur âge. En 1945, Harry Gairey Jr., âgé de 15 ans, et son ami blanc Donny Jubas, vont patiner sur une patinoire intérieure de Toronto, mais ils se font dire que Harry ne peut pas être admis, car ils ne vendent pas de billets aux Noirs.

Lors d’une fin de semaine de congé municipal en août 1930, environ 300 membres des trois églises noires de Chatham en Ontario, qui visitent le parc Seacliff à  Leamington, en Ontario également, reçoivent l’ordre, par le maire et deux conseillers municipaux, de quitter le parc parce qu’ils enfreignent une règle locale commune stipulant « qu’il est interdit aux personnes de couleur de se rencontrer dans la ville ou le canton ou de passer du temps au parc, particulièrement lors des jours fériés ».

Cimetières

Même dans la mort, les Noirs sont victimes de ségrégation raciale avec des cimetières ségrégués. Le cimetière Camp Hill, à Halifax en Nouvelle-Écosse, comporte une « section réservée aux personnes de couleur » où les anciens combattants du 2e Bataillon de construction sont enterrés. Le cimetière Sainte-Croix, près de Windsor en Nouvelle-Écosse, a pour politique qu’aucun Noir ni aucune personne de couleur ne peuvent être inhumés dans le cimetière. Les cimetières à Fredericton, au Nouveau-Brunswick, et à Colchester, en Ontario, imposent également des restrictions raciales pour les enterrements.

Transport

Les restrictions raciales dans les logements publics s’étendent à certaines formes de transports publics, comme les bateaux à vapeur et les diligences. Dans les années 1850, il est interdit aux Noirs d’acheter des places en cabine à bord d’un navire à vapeur à Chatham, en Ontario. Lors de sa tournée de 1841 dans le sud-ouest de l’Ontario, Peter Gallego, résident de Toronto et fils d’un homme noir libre originaire de Richmond en Virginie, s’étant établi à Toronto dans les années 1830, apprend qu’il n’est pas autorisé à monter dans la calèche avec les autres passagers pour un voyage de Hamilton à  Brantford en raison de la couleur de sa peau. Le chauffeur n’accepte de le transporter que s’il s’assoit à l’extérieur, mais Peter Gallego refuse.

Immigration

Au tournant du 20e siècle, les politiques, les pratiques et les restrictions en matière d’immigration réservées aux blancs visent à empêcher les Noirs et les autres personnes de couleur d’entrer au pays. Le gouvernement fédéral mandate la discrimination raciale dans le but de préserver le Canada britannique et anglophone. L’article 38 de la Loi sur l’immigration de 1910 permet au gouvernement d’interdire l’entrée aux immigrants « de toute race jugée inadaptée au climat ou aux exigences du Canada, ou aux immigrants d’une classe, d’une profession ou d’un caractère en particulier ». (Voir Racisme.) Ces pouvoirs discrétionnaires accrus sont en réponse à la campagne vigoureuse menée par des hommes et des femmes blancs pour interdire toute immigration noire future. Elle est menée notamment par la Chambre de commerce d’Edmonton, l’Orange Lodge et le chapitre d’Edmonton de l’Imperial Order Daughters of the Empire, qui présentent une pétition au ministre de l’Immigration, Frank Oliver, concernant l’afflux de Noirs provenant de l’Oklahoma. En 1911, le gouvernement libéral fédéral du premier ministre Wilfrid Laurier rédige un  décret, un ordre juridique devant être déclaré par le gouverneur général et interdisant aux Noirs américains d’entrer au pays pendant un an. (Voir Décret C.P. 1911‑1324, la proposition d’interdiction de l’immigration noire au Canada.) Bien que le décret ne soit pas officiellement proclamé, les efforts conjugués cessent effectivement l’immigration des Noirs dans les Prairies en 1912 (voir Histoire de la colonisation des prairies canadiennes). Certains politiciens incitent et approuvent la discrimination contre les Noirs. En 1911, William Thoburn, député conservateur de la circonscription de Lanark-Nord en Ontario, déclare à la Chambre des communes : « Préservons pour les fils du Canada les terres qu’ils se proposent de donner aux nè—s. »

Contestation de la ségrégation raciale des Canadiens noirs

Tout au long de l’histoire, les Canadiens noirs contestent les lois racistes et les pratiques discriminatoires. Plusieurs d’entre eux luttent au fil des ans pour la déségrégation et le renforcement de leurs droits et libertés dans les espaces publics. Des membres des communautés noires dans tout le pays organisent des réunions et des manifestations, font circuler des  pétitions, font pression sur les politiciens, refusent d’envoyer leurs enfants dans des écoles ségréguées, forcent des écoles blanches à admettre leurs enfants, envoient des délégations auprès des dirigeants gouvernementaux, mènent des actions directes, font la promotion des droits civils par des tests de discrimination et des manifestations assises, et publient des articles et des lettres aux éditeurs dans des  journaux noirs et des journaux à grand tirage. Ils intentent des poursuites, font appel, et apportent un soutien financier à ceux qui portent leur cause devant les tribunaux. Des hommes et des femmes noirs forment des organisations pour faire collectivement campagne pour le changement et l’égalité d’accès à l’éducation, au logement et à l’emploi.

Le saviez-vous ?
Il existe de nombreux organismes communautaires créés par des Canadiens noirs dont le but est de contrer le racisme et de lutter pour l’égalité raciale et le changement social. Ils comprennent : la National Unity Association à Dresden en Ontario, le Black United Front en Nouvelle-Écosse, les sections des Associations for the Advancement of Coloured People, la Coloured Political and Protective Association of Montreal, la South Essex Citizen’s Advancement Association en Ontario, les sections de l’Universal Negro Improvement Association (UNIA) à travers le Canada, la Black Youth Organization à Toronto, la Negro Citizenship Association à Toronto, la Coloured Canadian Industrial Association et l’Alberta Association for the Advancement of Coloured People (AAACP) à Edmonton, et le Black Liberation Front of Canada.

De nombreuses personnes sont reconnues pour avoir lutté contre le racisme anti-noir. Bromley Armstrong a une longue histoire d’activisme incluant la mise à l’essai de la Fair Accommodation Practices Act (loi concernant les pratiques équitables en matière d’hébergement) de 1954, une nouvelle législation de l’Ontario contre la discrimination. Bromley Armstrong et d’autres militants d’origines diverses visitent les restaurants à Dresden, en Ontario, qui continuent de refuser le service aux clients de couleur, et présentent une demande aux propriétaires de Toronto qui refusent des locataires noirs et d’autres locataires racialisés. À EdmontonTed King conteste la ségrégation raciale à titre de président de l’AAACP. En 1959, il intente une poursuite contre le Barclay Motel après que le propriétaire l’informe que « les gens de couleur ne sont pas acceptés ici ». Il se sert des tribunaux pour effectuer un changement social. Marlene Green fonde le Black Education Project à Toronto à la fin des années 1960 pour défendre les élèves noirs victimes de racisme systémique dans le système scolaire public. Après avoir dirigé des consultations communautaires, elle rédige le premier rapport sur les relations interraciales dans le Conseil scolaire de Toronto en 1979, qui formule des recommandations détaillées pour répondre aux préoccupations des parents.

Le mouvement des droits de la personne du milieu du 20e siècle est animé par d’innombrables Noirs, d’autres groupes ciblés ainsi que leurs alliés qui résistent et luttent pour le changement, l’égalité et la justice. Les protestations noires influencent l’introduction de lois antiraciste dans différentes provinces et villes à partir des années 1940 qui, des années plus tard, sont reconsolidées dans les codes provinciaux des droits de la personne et la Charte canadienne des droits et libertés.

En 1944, l’Ontario adopte la Racial Discrimination Act, qui interdit la publication ou l’affichage d’avis, d’enseignes, de symboles, d’emblèmes ou de toute autre représentation à caractère raciste sur des terres ou dans des locaux, dans les journaux ou à la radio. Trois ans plus tard, la Ville de Toronto adopte une loi anti-discrimination qui interdit aux lieux exigeant un permis de la ville de pratiquer la discrimination raciale et religieuse, sous peine de révocation de leur permis. Également en 1947, la Saskatchewan devient la première province à mettre en place une déclaration des droits. (Voir Déclaration des droits de la Saskatchewan.) En 1951, l’Ontario adopte la Fair Employment Practices Act (loi concernant les pratiques d’emploi équitables) pour cibler la discrimination dans les pratiques d’embauche et sur les lieux de travail en établissant des amendes ainsi qu’une procédure de présentation des plaintes.

Au niveau fédéral, la Loi canadienne sur les justes méthodes d’emploi entre en vigueur en 1953. Les deux lois antidiscriminatoires antérieures adoptées en Ontario mènent à l’adoption de la Fair Accommodation Practices Act of Ontario en 1954, qui interdit la discrimination dans les services et les installations par toute personne destinée à servir le public. Le Parlement canadien introduit une déclaration des droits en 1960, la première loi fédérale visant à protéger les droits et libertés de la personne. Toutefois, il ne s’agit que d’une loi ordinaire qui n’est pas inscrite dans la Constitution canadienne (appelée l’Acte de l’Amérique du Nord britannique à cette époque). En 1982, la Charte canadienne des droits et libertés, inscrite dans la nouvelle Loi constitutionnelle, constitue une loi plus compréhensive en matière de droits de la personne et s’applique à travers le Canada.

Conclusion

Les lois en matière de ségrégation raciale et les pratiques sociales courantes restreignent historiquement les libertés des sujets noirs britanniques et, plus tard, des citoyens noirs canadiens. Elles leur imposent une citoyenneté de seconde classe, tout en donnant simultanément aux Canadiens blancs l’accès à des avantages civiques exclusifs.