Allan Bundy

​Allan Selwyn Bundy, pilote (né en 1920 à Dartmouth, en Nouvelle-Écosse; décédé le 9 décembre 2001 à Toronto, en Ontario).

Allan Selwyn Bundy, pilote (né en 1920 à Dartmouth, en Nouvelle-Écosse; décédé le 9 décembre 2001 à Toronto, en Ontario). Allan Bundy est le premier Canadien noir à devenir pilote de chasse. Durant la Deuxième Guerre mondiale, il vole au sein de l’Aviation royale canadienne (ARC) et obtient le grade de lieutenant d’aviation. Il participe à plus de 40 missions de combat en Europe en tant que membre du 404e Escadron.

Premières années

Allan Bundy naît à Dartmouth, en Nouvelle-Écosse, de l’union de William Henry et Ruth Bundy. Il est l’aîné d’une fratrie de quatre enfants; Lillian, Carl et Milton complètent le reste de la famille. Selon un article publié dans le Pittsburgh Courier en 1943, la famille Bundy possède un long passé historique au Canada. En effet, ce serait le prince Edward, duc de Kent et père de la reine Victoria, qui aurait amené des membres de la famille Bundy au Canada au cours du XVIIIe siècle pour qu’ils participent à la construction des fortifications à Halifax.

Allan Bundy, quant à lui, passe le plus clair de sa jeunesse à participer à des compétitions sportives. Il excelle en athlétisme, notamment à l’épreuve du 2,4 km et au saut à la perche.

Une fois son diplôme de la Dartmouth High School en poche, Allan Bundy décroche une bourse de l’Imperial Order Daughters of the Empire. Il étudie ainsi les sciences pures et appliquées avec concentration en chimie à l’Université Dalhousie, où il joue aussi au football tout en poursuivant ses compétitions d’athlétisme.

Au début du conflit de la Deuxième Guerre mondiale, Allan Bundy s’enrôle dans l’armée canadienne. Il faut dire que la famille Bundy n’est pas étrangère au service militaire (son père, William Henry, par exemple, sert dans le 2e Bataillon de construction, un bataillon noir, durant la Première Guerre mondiale) et qu’Allan Bundy couve depuis longtemps une passion pour l’aviation. En 1942, il quitte officiellement la vie universitaire pour le service militaire canadien.

Arrivée dans l’Aviation royale canadienne

Allan Bundy postule initialement pour l’ARC en 1939, mais il n’est pas accepté. Un de ses proches amis blancs ayant les mêmes qualifications est toutefois invité à s’engager dans l’organisation, un fait qui lui met la puce à l’oreille sur les probables préjugés raciaux des recruteurs. En fait, il s’agit d’un problème généralisé au sein de l’ARC : on décourage activement les candidats « orientaux » et « nègres ». Cette politique est formulée explicitement en octobre 1941, lorsque les bureaux de recrutement reçoivent l’ordre officiel de ne considérer dans l’équipage que les hommes d’origine européenne.

Avant un changement de politique en mars 1942, les Canadiens noirs qui souhaitent entrer dans l’ARC n’ont accès qu’aux postes des secteurs de la main-d’œuvre et des services de soutien. Une politique semblable est en vigueur dans la Marine royale, mais pas dans l’armée (bien que certains recruteurs mettent des bâtons dans les roues des candidats noirs). Les besoins d’effectifs forcent toutefois l’ARC à réviser le caractère discriminatoire de ses politiques. À partir du 31 mars 1942, les minorités visibles peuvent s’enrôler à titre de membres d’équipage, de techniciens et de mécaniciens.

Avant ce changement de politique, Allan Bundy reçoit une lettre de conscription qui le somme de faire son service militaire, lui assignant un poste au sein des troupes terrestres de l’Armée canadienne. Allan Bundy, qui rêve encore de l’ARC, ignore l’ordre. La Gendarmerie royale du Canada fait toutefois suite à cette absence de réponse. Lorsqu’un officier se présente à son domicile, Allan Bundy demande la chance d’être considéré au sein de l’ARC. La requête est acceptée. C’est ainsi que trois années après sa première demande, il rejoint les rangs de l’ARC.

Allan Bundy : lieutenant d’aviation

En septembre 1943, après s’être entraîné à St. Catharines et à Aylmer, en Ontario, Allan Bundy obtient le grade de lieutenant d’aviation. Sa nomination fera la une des journaux canadiens et états-uniens, dont le Pittsburgh Courier, un des plus importants journaux afro-américains au pays de l’Oncle Sam. Selon cet article, « Dartmouth au grand complet est fière d’Allan Bundy, ce prometteur écolier frisé qui vendait jadis des journaux pour acheter ses manuels avant de recevoir une bourse et de devenir un athlète d’élite. »

L’article traite également d’un accident survenu lors de l’entraînement d’Allan Bundy, qui aurait pu lui être fatal : alors qu’il volait à 250 pieds dans les airs, il aurait commis une erreur qui « a fait s’écraser l’avion sur le sol et qui l’a catapulté tête première en dehors du cockpit en tissu ». Il s’est réveillé à l’hôpital, où il est resté en convalescence durant deux mois, le temps de guérir de ses blessures, notamment une fracture du crâne. « Au début, ils ont cru que je ne passerais pas la nuit, mais j’ai été chanceux et m’en suis complètement remis, » de dire Allan Bundy au journaliste.

L’accident ne diminue toutefois pas chez Allan Bundy le désir de voler; il poursuit donc sa formation une fois son état rétabli. À la suite de sa nomination, il passe neuf semaines à l’École de reconnaissance générale de Summerside, à l’Île-du-Prince-Édouard, pour y compléter sa formation de pilote. Le 11 décembre 1943, il est posté au Royaume-Uni.

Pilote de chasse

À son arrivée en Angleterre, le lieutenant Allan Bundy est stationné dans le 404e Escadron, aussi appelé « escadron Buffalo ». Il est alors envoyé dans une unité d’entraînement opérationnel dotée d’aéronefs Bristol Beaufort et Beaufighter. Il est nécessaire, pour manœuvrer efficacement ces engins multimoteurs, que le pilote soit accompagné d’un copilote ou d’un navigateur aérien qualifié. Hélas, Allan Bundy éprouve des difficultés à trouver un collègue prêt à décoller avec lui, sans doute à cause des préjugés raciaux qui abondent à l’époque. C’est finalement le sergent Elwood Cecil Wright qui se porte volontaire (il deviendra d’ailleurs lieutenant d’aviation deux ans plus tard, en 1945).

Le duo ainsi créé s’entraîne durant tout le mois de septembre et obtient, dès le 8 octobre 1944, l’autorisation de participer à des missions de combat. Les deux militaires pilotent le Bristol Beaufighter et le de Havilland Mosquito, deux aéronefs séants particulièrement au combat côtier. La paire est stationnée à Dallachy et à Banff, en Écosse, et se spécialise dans les missions de défense côtière. Ils sont déployés dans le cadre de leur première mission active le 15 octobre 1944, durant laquelle ils coulent deux navires ennemis le long de la côte de la Norvège.

En tout, Elwood Cecil Wright et Allan Bundy participent à au moins 42 missions. Lorsque la Deuxième Guerre mondiale prend fin, le 404e Escadron est dissous et Allan Bundy retourne à Halifax. En août 1945, il est libéré de ses fonctions par l’ARC, qui juge son service militaire complété.

Tragédie familiale

À peine cinq ans après la fin de la guerre, la famille Bundy et la communauté d’Halifax font face à une tragédie de taille. En effet, le 30 novembre 1950, Kay’s, un populaire magasin grande surface, prend feu. Dans un effort pour prévenir les vols, les fenêtres de l’établissement ont été grillagées, emprisonnant ce faisant dans les flammes une foule de clients et d’employés au troisième étage. Parmi les 10 victimes de l’incendie, on compte le jeune frère et le père d’Allan Bundy, respectivement âgés de 21 et de 51 ans.

Vie civile

Dans les années 1950, Allan Bundy se marie avec Marie Kane et déménage à Toronto, en Ontario. L’union est toutefois dissoute lorsque le cancer emporte sa femme. Il retrouve l’amour auprès de Jennie, qui devient sa seconde femme. À Toronto, le vétéran habite la rue Gerrard et gagne sa vie en tant que superviseur dans une entreprise de fabrication.

Allan Bundy est membre de la Légion royale canadienne, plus particulièrement dans la Baron Byng Branch no 1. Il est également membre fondateur du club de golf Whitevale, à Pickering, où il se lie d’amitié avec le renommé hockeyeur noir Herb Carnegie, qui remporte de nombreux championnats de golf.

Le 9 décembre 2001, Allan Bundy décède à la suite d’un long combat contre la maladie. Dans les heures qui mènent à son décès, il est hospitalisé à l’Hôpital général de Toronto-Est.

Impact

Allan Bundy est un véritable pionnier, ayant pavé la voie en tant que premier Canadien noir pilote de chasse. D’autres vétérans noirs de la Deuxième Guerre mondiale œuvrent aussi dans l’ARC, notamment Gerald Bell et Tarrance Freeman. Ces derniers participent tout autant à l’éclatement du statu quo : Gerald Bell serait en effet le premier Canadien noir à obtenir une licence de pilote au Canada, alors que Tarrance Freeman est le premier militaire noir à être admis dans l’ARC. Ensemble, ces hommes ont franchi la barrière des préjugés, et ont aidé à faire réviser les politiques et les attitudes discriminatoires dans l’ARC et dans l’ensemble de l’armée canadienne.

Allan Bundy et sa famille sont des exemples parfaits de l’importance de la contribution des Canadiens noirs durant les deux conflits mondiaux. Son grand-père et son père, tous deux nommés William Henry Bundy, servent durant la Première Guerre mondiale dans le 2e Bataillon de construction (une unité ségrégée réservée aux soldats noirs). Les jeunes frères d’Allan Bundy suivent aussi la tradition militaire : Carl s’enrôle dans l’ARC en 1943, alors que Milton, qui est trop jeune pour servir durant la Deuxième Guerre mondiale, devient membre des cadets de l’ARC lors du conflit.