Volontaires noirs dans le Corps expéditionnaire canadien

Pendant la Première Guerre mondiale, jusqu’à 1300 Canadiens noirs se sont portés volontaires pour servir dans le Corps expéditionnaire canadien (CEC). Le cas le plus connu de participation des Noirs à la guerre est celui du 2e Bataillon de construction, mais entre 300 et 500 d’entre eux se sont enrôlés dans d’autres unités du CEC, dont une centaine ont combattu au front. Des soldats noirs ont participé à toutes les batailles majeures du CEC, de son arrivée en France jusqu’à l’Armistice. (Voir aussi Les Canadiens noirs et la conscription pendant la Première Guerre mondiale.)

Pendant la Première Guerre mondiale, jusqu’à 1300 Canadiens noirs se sont portés volontaires pour servir dans le Corps expéditionnaire canadien (CEC). Le cas le plus connu de participation des Noirs à la guerre est celui du 2e Bataillon de construction, mais entre 300 et 500 d’entre eux se sont enrôlés dans d’autres unités du CEC, dont une centaine ont combattu au front. Des soldats noirs ont participé à toutes les batailles majeures du CEC, de son arrivée en France jusqu’à l’Armistice. (Voir aussi Les Canadiens noirs et la conscription pendant la Première Guerre mondiale.)


Chargement des munitions

Difficulté d’établir le nombre de soldats noirs dans le CEC

Pendant la Première Guerre mondiale, l’armée canadienne ne documentait pas l’appartenance ethnique des soldats. Par conséquent, il est difficile d’identifier les soldats noirs à partir des dossiers militaires. L’auteur a identifié les soldats noirs en comparant des documents des recensements de 1901 et 1911 et des dossiers militaires de la Première Guerre mondiale. Par conséquent, les chiffres fournis dans cet article sont plutôt conservateurs. Il est probable que le nombre de Canadiens noirs qui se sont enrôlés volontairement dans le CEC est en fait supérieur.

Enrôlement

Beaucoup de Canadiens noirs essaient de s’enrôler durant les deux premières années de la guerre. Au moins 200 d’entre eux sont refusés. Ce rejet est attribuable aux attitudes racistes de l’époque. Certains se font dire qu’il s’agit d’une guerre d’hommes blancs, d’autres qu’on n’a pas besoin de leurs services. Certains soldats blancs disent aux officiers de recrutement qu’ils refusent de servir avec des Noirs. Malgré cela, plusieurs Noirs parviennent à s’inscrire. Au moins 13 volontaires noirs sont enrôlés en 1914, et 64 autres en 1915. Le grand saut se produit en 1916, lorsque 739 Canadiens noirs sont enrôlés. À ce moment, le 2e Bataillon de construction commence son recrutement.

2e Bataillon de construction

Le 2e Bataillon de construction est formé le 5 juillet 1916. En août, le quartier général de la milice émet une ordonnance permettant aux soldats noirs qui le souhaitent d’être transférés à cette unité. Sur les soldats noirs qui se trouvent alors au Canada, seulement 23 choisissent d’être transférés; 70 soldats noirs préfèrent demeurer dans leurs bataillons. En 1917, le nombre de volontaires noirs tombe approximativement à 208, puis à 69 en 1918, alors que beaucoup d’hommes noirs sont conscrits.

Toutefois, tous ceux qui sont enrôlés ne sont pas autorisés à combattre. Certains volontaires noirs sont libérés de leurs bataillons parce que des soldats blancs ont refusé de servir avec eux. Dans certains cas, le motif de libération inscrit dans leur dossier est qu’ils sont « indésirables ». Le cas le plus connu est celui d’une vingtaine de Canadiens noirs qui s’enrôlent dans le 104e Bataillon à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick, le 8 novembre 1915 et qui sont libérés le 15. D’autres soldats noirs sont libérés en raison de la couleur de leur peau.

En juillet 1917, au moins 66 bataillons et 10 autres unités servant au front acceptent des volontaires noirs. (Le même mois, le quartier général de la milice commence à enrôler des recrues dans des régiments de dépôt plutôt que des bataillons.) Dans la plupart des cas, ces unités acceptent entre un et cinq soldats noirs par unité, bien que certains en admettent davantage.

Le 106e Bataillon accepte 17 volontaires noirs tandis que le 112e Bataillon en enrôle 12. Le 206e en prend 10 et le 168e en admet 8. Alors qu’il est stationné aux Bermudes, le 163e Bataillon en enrôle au moins 18 à titre d’ordonnances pour les officiers. Quinze d’entre eux sont libérés avant que le bataillon ne s’embarque pour le Royaume-Uni.

Deux soldats noirs lavent leurs uniformes

Service sur les lignes de front

Des soldats noirs font partie du CEC dès les premiers jours de combat. Il y a au moins sept soldats noirs parmi les bataillons des premiers contingents canadiens qui arrivent au Royaume-Uni en octobre 1914. Entre mars et mai 1915, ils arrivent en France avec la Première Division canadienne et participent aux premiers combats du CEC. Quatre d’entre eux périssent de leurs blessures ou sont tués au combat. La première victime noire connue est le soldat Charles Green, mort le 26 avril 1915 des blessures subies pendant la deuxième bataille d’Ypres.

Lancelot Joseph Bertrand participe aussi à la deuxième bataille d’Ypres, en tant que soldat du 7e Bataillon. Il est gravement blessé à la bataille de Festubert et est envoyé en convalescence en Angleterre, où il est commissionné. Le lieutenant Bertrand retourne au 7e Bataillon et reçoit une Croix militaire pour ses actions à la bataille de la crête de Vimy. Il est tué au combat en 1917 à la.

Le saviez-vous?
Au moins 27 Canadiens noirs ont participé à la bataille de la crête de Vimy.


Plusieurs membres des mêmes familles s’enrôlent. Il n’est pas rare que l’on trouve des frères ou des cousins parmi les recrues. Quatre frères de la famille Post d’Ottawa se portent volontaires. James Post s’enrôle le 25 juillet 1915 et sert dans le 4e Bataillon, Canadian Mounted Rifles. Il est encore mineur lorsqu’il reçoit la Médaille de Conduite distinguée. Son frère Joseph est aussi mineur lorsqu’il s’enrôle à Valcartier le 22 septembre 1914. Il reçoit plus tard une Médaille militaire.

Corps forestier canadien
Plusieurs Canadiens noirs servent dans des unités de combat et de soutien au combat de 1914 à 1918. La majorité, toutefois, servent dans le 2e Bataillon de construction, qui est affecté au Corps forestier canadien (CFC). Au milieu de 1917, le Quartier général des Forces militaires du Canada outre-mer commence à retenir les soldats noirs qui arrivent au Royaume-Uni. Plutôt que de les utiliser en renfort pour les bataillons qui combattent au front, on commence à les envoyer au CFC. En conséquence, sur plus de 80 soldats qui arrivent dans la deuxième moitié de 1917 et en 1918, seulement sept finissent dans des unités du front. Tous les autres servent dans le CFC.

En août 1918, le CFC fournit des compagnies à la Royal Air Force pour travailler à la construction, la réparation et le déplacement des terrains d’aviation. Le CFC crée la compagnie nº 8, entièrement composée de noirs (180 soldats), et une autre compagnie composée à 15 % de noirs. Les hommes qui composent ces deux compagnies sont des volontaires noirs, des conscrits ainsi que quelques membres du 2e Bataillon de construction qui sont restés en Angleterre.

William Andrew White

Promotion et reconnaissance

Il n’y a que sept officiers noirs dans le CEC. Quatre d’entre eux appartiennent au Corps médical de l’armée canadienne. Le lieutenant Bertrand est le seul officier d’infanterie, tandis que le révérend William Andrew White est le seul aumônier noir. Le septième, George Frederick Shreve, est pilote dans le Royal Flying Corps (RFC). George Frederick Shreve est un mitrailleur qui a demandé à voler avec le RFC. Bien que les règlements du RFC statuent que seuls les hommes blancs sont admis, le commandant et les évaluateurs du RFC recommandent unanimement son transfert. En septembre 1918, il obtient son brevet et s’envole pour jouer un rôle de soutien en France, comme des centaines d’autres pilotes.

On retrouve aussi des sergents noirs dans des bataillons d’infanterie et dans des unités d’échelon arrière. Les sergents sont responsables d’assurer que les ordres soient suivis et de veiller au bien-être de leurs troupes. Au front, ils s’assurent que leurs hommes soient bien nourris et équipés, et distribuent la ration quotidienne de rhum. Ils conduisent leurs hommes au combat, sous la direction générale de leurs officiers.

Ainsi, John Bright s’enrôle à Hamilton le 15 avril 1915. Il arrive en France en septembre 1915 pour servir dans le 1er Bataillon. En juin 1916, il souffre de fractures des côtes après avoir été enterré par un obus d’artillerie, puis il est envoyé en convalescence en Angleterre. Il ne revient au 1er Bataillon qu’en mai 1917. Il est promu caporal en novembre puis sergent suppléant en février 1918. En mars, il reçoit une Médaille militaire pour sa bravoure sous le feu d’artillerie à la bataille de Passchendaele, en novembre 1917. Le sergent Bright est tué au combat le 30 août 1918, pendant la campagne des cent jours qui mettra fin à la guerre.

On retrouve également deux sergents remarquables dans le Corps médical de l’armée canadienne. Dominique François Gaspard et Charles Roman Lightfoot sont des étudiants en médecine qui se sont enrôlés. En tant que chefs de salle, ils contribuent à soigner des soldats blancs, ce qui, à une époque où le racisme est endémique au Canada, signifie qu’ils doivent utiliser toutes leurs compétences relationnelles pour convaincre leurs patients de suivre leurs instructions. Les deux retournent au Canada en juillet 1917, lorsque l’armée canadienne décide que les étudiants en médecine doivent être rapatriés afin de poursuivre leurs études. Ils connaîtront des carrières prestigieuses au sein de leurs communautés.

Charles Lightfoot Roman

Signification

Entre 1100 et 1300 Canadiens noirs se sont portés volontaires pour servir dans le CEC, dont 760 se sont enrôlés directement dans le 2e Bataillon de construction. Entre 300 et 500 autres se sont portés volontaires dans des unités de combat ou de soutien au combat. À la fin de la guerre, près de 100 volontaires noirs servaient sur les unités de front, comme les bataillons d’infanterie, ou dans des unités d’artillerie, de cavalerie ou d’ingénierie. En tout, ils ont reçu deux Médailles de conduite distinguée, une Croix militaire et sept Médailles militaires.

Quelque 60 volontaires canadiens noirs ont perdu la vie pendant la guerre. Ceci comprend au moins 32 de ceux qui servaient sur la ligne de front, dont la majorité sont morts au combat, ou sont morts de leurs blessures. Parmi les membres du 2e Bataillon de construction, 26 sont morts, la plupart de maladie ou d’accident.