Isabel Macneill

Isabel Janet Macneill, O.C., OBE, officière de marine et superviseure de système correctionnel (née le 4 juin 1908 à Halifax, en Nouvelle-Écosse; décédée le 18 août 1990 à Mill Village, en Nouvelle-Écosse). Isabel Macneill a été l’une des premières femmes à occuper des postes de direction non traditionnels. Elle a été la première femme commandante d’un navire de la marine dans le Commonwealth britannique, ainsi que la première femme surintendante de prison au Canada.

Isabel Janet Macneill, O.C., OBE, officière de marine et superviseure de système correctionnel (née le 4 juin 1908 à Halifax, en Nouvelle-Écosse; décédée le 18 août 1990 à Mill Village, en Nouvelle-Écosse). Isabel Macneill a été l’une des premières femmes à occuper des postes de direction non traditionnels. Elle a été la première femme commandante d’un navire de la marine dans le Commonwealth britannique, ainsi que la première femme surintendante de prison au Canada.
Isabel Macneill

Jeunesse

Isabel Macneill fait ses études au Halifax Ladies’ College et à la Mount Saint Vincent Academy (aujourd’hui Université Mount Saint Vincent). Après avoir reçu son diplôme en 1926, elle fréquente le Nova Scotia College of Art (aujourd’hui Art and Design) puis la Heatherly School of Art à Londres, en Angleterre. Elle travaille comme conceptrice de décors de théâtre professionnel en Angleterre avant de s’installer aux États-Unis, où elle enseigne l’art et le théâtre à deux écoles, la Sea Pine School, à Cape Cod au Massachusetts, et le Fairmont Junior College à Washington, D.C..

Lorsque la Deuxième Guerre mondiale éclate en septembre 1939, Isabel Macneill retourne à Halifax et se porte volontaire pour le travail de guerre. Elle travaille à la North End Services Canteen, où le personnel militaire peut se reposer et prendre un repas léger. Elle est aussi la secrétaire et une des trois cofondatrices de l’Ajax Club, un endroit où les militaires viennent se détendre quand ils ne sont pas en service.

Wrens au HMCS Conestoga

Service naval

Quand la Marine royale canadienne (MRC) fonde le Service féminin de la Marine royale du Canada (WRCNS) en août 1942, Isabel Macneill s’y joint rapidement et elle fait partie du premier groupe à recevoir un entraînement. Le service canadien est conçu sur le modèle du British Women’s Royal Naval Service (WRNS), dont les membres sont rapidement surnommés « Wrens ». Le surnom est également adopté par les Canadiens. Les Wrens occupent des emplois à terre, comme l’administration et le renseignement naval, ce qui libère des hommes afin qu’ils puissent aller en mer.

Isabel Macneill termine sa formation dans la première classe des Wrens à Ottawa et est commissionnée au rang d’officier. Elle suit ensuite le premier cours pour femmes officières à bord du (HMCS) Conestoga, l’établissement terrestre de la marine à Galt (aujourd’hui une partie de Cambridge, en Ontario). La marine désigne ses établissements terrestres, appelés stone frigates (frégates de pierre), comme s’il s’agissait de navires. Avant d’être converti pour être utilisé par la marine, l’édifice avait servi d’établissement de formation pour jeunes délinquantes.

Après avoir obtenu son diplôme, Isabel Macneill est promue lieutenante-commandante et est nommée commandante du Conestoga. Ceci fait d’elle la première, et l’unique, femme commandant d’un vaisseau de la Marine dans le Commonwealth britannique durant la Deuxième Guerre mondiale. À ce titre, elle est accueillie officiellement au son du sifflet sur tout vaisseau de guerre; la seule femme, en dehors de la famille royale, à qui l’on accorde cet honneur.

Isabel Macneill est promue commandante en juin 1944 et nommée officière de l’Ordre de l’Empire britannique (OBE). On peut lire dans sa citation : « son vaste savoir, sa profonde sympathie et sa dévotion inspirante et sans faille lui ont permis d’apporter une contribution sans pareille au service. » Lorsque son mandat se termine, en 1945, elle a supervisé l’entraînement de près de 6 000 Wrens. Lorsque le HMCS Conestoga ferme ses portes, elle est nommée officière d’état-major Wrens au Commandement de la côte Atlantique, jusqu’à ce que le service soit fermé, en avril 1946.

Après avoir quitté la marine, Isabel Macneill travaille dans une école de réforme pour filles (voir Carrière dans le système correctionnel, plus bas). Toutefois, elle revient au service naval en 1954 pour contribuer à la création d’une unité féminine permanente dans la MRC. Le 26 janvier 1955, le Cabinet approuve le recrutement de femmes dans la MRC, et en février, le ministère de la Défense nationale annonce la création d’une section féminine. C’est la première fois que les femmes sont intégrées aux forces permanentes d’une marine du Commonwealth. Isabel Macneill quitte les Wrens définitivement en 1957.

Le saviez-vous ?

Les réserves de la marine, de l’armée et de l’aviation ont commencé à recruter des femmes en 1951. Cette année-là, l’ARC a également commencé à enrôler des femmes dans ses forces régulières. Les femmes ont pu s’enrôler dans les forces régulières de l’armée à partir de 1954, et dans la marine en 1955. (Voir Femmes dans les forces armées; Femmes de la marine canadienne pendant la guerre froide.)


Wrens au HMCS Conestoga

Carrière dans le système correctionnel

En 1948, Isabel Macneill est nommée surintendante de la Ontario Training School for Girls, qui est de retour dans ses locaux originaux, l’ancien HMCS Conestoga. L’école a été créée en 1933 pour les filles délinquantes de 12 à 18 ans, bien que certaines d’entre elles n’ont que 10 ans. Elle fonctionne essentiellement comme une prison pour enfants. Les filles condamnées à cet établissement sont reconnues coupables de délits mineurs, ou elles ont fugué, mendié, ont fait l’école buissonnière, ou encore elles sont simplement considérées comme étant incorrigibles. Le régime de ces institutions comporte souvent des traitements dégradants et humiliants.

Durant les six années qu’elle passe à Galt, Isabel Macneill transforme l’organisation. Lorsqu’elle part en 1954, l’établissement n’est plus une prison, mais il offre plutôt de la formation et des traitements pour les filles. Sous la direction d’Isabel Macneill, l’école engage des psychologues, un psychiatre, des travailleurs sociaux, des professeurs et des superviseurs compatissants. En 1953, elle reçoit la Médaille du couronnement pour ses accomplissements dans cette école.

En 1959, Isabel Macneill se rend en Europe pour y étudier les établissements correctionnels. L’année suivante, elle est nommée surintendante de la prison fédérale pour femmes de Kingston, en Ontario. Elle est la première femme à détenir ce poste au Canada. Elle propose de nouvelles idées dans un système où l’incarcération est vue simplement comme une punition, et non comme une occasion de réhabilitation.

Utilisant une approche d’équipe qui implique des psychiatres, des psychologues, des travailleurs sociaux et un personnel de soins infirmiers, Isabel Macneill instaure plusieurs réformes comme l’absence temporaire, les programmes prélibératoires et l’augmentation de cours universitaires et professionnels. Elle remplace même les uniformes ternes de la prison pour de nouveaux uniformes plus colorés et élégants. Isabel Macneill quitte son poste de surintendante en 1966.

Vie ultérieure

En 1967, la Fondation de recherches sur l’alcoolisme et la toxicomanie de la province d’Ontario demande à Isabel Macneill de diriger une étude sur la dépendance aux drogues dans la région métropolitaine de Toronto. Pendant les deux années suivantes, elle travaille étroitement avec des toxicomanes, hommes et femmes. Son rapport contribue à la mise au point de meilleurs programmes de traitement pour les toxicomanes. En 1971, Isabel Macneill est nommée officière de l’Ordre du Canada pour son œuvre dans la marine et dans le système correctionnel. Elle reçoit la Médaille du jubilée en 1977, ainsi que des doctorats honorifiques en droit de l’Université Queen’s en 1977 et de l’Université Dalhousie en 1981.

Isabel Macneill prend sa retraite à Mill Village, dans la campagne de la Nouvelle-Écosse, mais elle demeure active au sein de divers organismes. Elle est directrice de l’Institut canadien d’administration de la justice de 1979 à 1982. Elle est également la première femme à être membre du conseil d’administration de la division de Nouvelle-Écosse du Corps canadien des commissionnaires, un poste qu’elle occupe de 1982 jusqu’à son décès, en 1990.

Cette année-là, son nom est donné à un centre de transition pour délinquantes à Kingston. La Isabel Macneill House offre des formations d’emploi, des programmes de développement personnel et des activités de loisirs ayant pour objectif d’aider les détenues à réintégrer la société après leur libération.

Importance

Isabel Macneill a été une pionnière de l’accès des femmes à des postes de direction non traditionnels dans la marine et dans le système correctionnel. Aujourd’hui, l’emploi de femmes à des postes de direction dans ces organismes et d’autres est monnaie courante.

En 2019, on dénombre 27 femmes qui ont été promues au rang d’officier général (dans la marine, l’armée ou l’aviation royale) dans les Forces armées canadiennes. Dans la marine, Laraine Orthlieb est devenue la première femme à détenir un rang d’officier général lorsqu’elle a été promue commodore en 1989. Jennifer Bennett a été la première femme promue contre-amirale en 2011. Dans l’ensemble des Forces, Sheila Hellstrom est devenue la première femme brigadière-générale en 1987. Wendy Clay a été la première femme promue major générale en 1994 et Chris Whitecross la première femme lieutenante-générale en 2015.

Dans le service correctionnel du Canada, plusieurs femmes ont occupé le poste de directrice ainsi que des postes de cadres supérieurs régionaux et nationaux. Deux femmes se sont élevées à des postes nationaux les plus élevés. Lucie McClung a été commissaire de 2000 à 2005, et Anne Kelly a été nommée commissaire en 2018.