Théâtre

Au Canada, il existe une tradition théâtrale de scène. De nos jours, le théâtre nous est présenté partout au Canada par le truchement de divers médias de diffusion - radio, télévision, film, vidéo et Internet - ainsi que sur scène par des compagnies de théâtre amateur ou professionnel.


Théâtre

  Le théâtre, tel qu'on le définit aujourd'hui, est un moment d'interprétation, un moment qui existe dans l'acte de sa création, pour ensuite disparaître. Ceux qui écrivent sur le théâtre font souvent la distinction entre le théâtre, défini comme une représentation sur scène ou l'interprétation du texte d'un auteur, et la théâtralité (manifestation théâtrale), qui peut être considérée comme faisant partie de l'expression ou de l'extériorisation du quotidien. Lorsque les textes sont publiés, ils font partie de la littérature de scène. Il ne faut pourtant pas croire que le théâtre se limite à ces textes. En fait, les manifestations théâtrales ont leurs propres types de textes, bien qu'elles tendent à être plus physiques ou visuelles qu'écrites. Vu comme tel, le théâtre est présent dans la politique, dans la religion, dans les rituels du quotidien. Les manifestations publiques comme les défilés, parades militaires, congrès politiques, visites royales, cérémonies publiques, manifestations, remises de diplôme sont empreints de théâtralité. À mesure que s'accroît la diversité ethnique de la population du Canada, les manifestations publiques deviennent plus variées, et le théâtre canadien s'enrichit (selon une définition plus classique du théâtre - à laquelle d'aucuns souscrivent encore - le terme ne désignerait que l'interprétation sur scène de textes dramatiques).

Au Canada, il existe une tradition théâtrale de scène. De nos jours, le théâtre nous est présenté partout au Canada par le truchement de divers médias de diffusion - radio, télévision, film, vidéo et Internet - ainsi que sur scène par des compagnies de théâtre amateur ou professionnel. Toutes les expressions théâtrales ont des caractéristiques communes même si la forme, la musique, la couleur et le degré de participation du public varient.

Les textes dramatiques, conçus comme des histoires et constitués du dialogue et des didascalies (indications scéniques), sont les textes écrits qui servent à monter les représentations sur scène. Au Canada, le THÉÂTRE EN ANGLAIS et le THÉÂTRE EN FRANÇAIS ont une histoire riche. Les pièces publiées constituent un genre littéraire particulier, et les auteurs de tels textes sont appelés dramaturges ou auteurs dramatiques.

Ces textes peuvent aussi être peu structurés, c'est-à-dire ne fournir qu'une esquisse de dialogue ou de mise en situation et simplement suggérer un synopsis d'interprétation - la trame d'action, de son, de couleur et de forme qui anime le texte écrit. Le texte des CRÉATIONS COLLECTIVES (pièces créées et jouées par un groupe) est parfois moins détaillé que celui des pièces écrites par un seul auteur, bien que ces représentations soient souvent cataloguées méticuleusement dans des cahiers de répétition. Le théâtre d'improvisation se retrouve rarement sous forme écrite, même si on peut en concevoir les grandes lignes pour permettre à d'autres artistes d'improvisation de jouer une autre version d'un épisode réussi.

La COMÉDIE MUSICALE incorpore chant et danse et, dans ce cas, le texte du dramaturge (le livret) n'est qu'un aspect de la production, laquelle comprend aussi musique et chorégraphie. Dans les comédies musicales, les costumes et les effets spéciaux sont souvent des éléments marquants. L'OPÉRA remplace le dialogue parlé par des chants (arias et récitatifs). Ces paroles, qu'on appelle le libretto, portent tout le récit. Un livret d'exécution parachève le répertoire entier de l'opéra. Dans un opéra, le libretto est parfois mi-chanté et mi-parlé, partiellement ou complètement, dans une forme stylisée de vocalise appelée Sprechstimme.

L'histoire du théâtre, que nous avons généralement écrite au Canada selon les traditions anglaise et française (voirTHÉÂTRE, LANGUE ANGLAISE et THÉÂTRE, LANGUE FRANÇAISE) et que nous commençons maintenant à écrire aussi dans d'autres langues, est en grande partie l'histoire des pièces jouées. Les critiques et les historiens du théâtre peuvent traiter du théâtre sur scène ou des nombreux genres conçus pour les médias de diffusion. Ils reconnaissent la malléabilité des textes dramatiques et tentent aujourd'hui de capter et d'analyser les grandes variations d'interprétation. Leurs historiographies essaient de situer la pièce et l'interprétation dans leur contexte socio-historique.

Le terme « théâtre » s'applique difficilement à la télévision, à la radio ou au cinéma, lesquels transmuent les textes dramatiques en des événements d'interprétation fixes et reproductibles. Quand on parle de TÉLÉDRAMATIQUE DE LANGUE ANGLAISE ou de TÉLÉDRAMATIQUE TÉLÉVISÉE DE LANGUE FRANÇAISE, de RADIODRAMATIQUE DE LANGUE ANGLAISE ou de RADIODRAMATIQUE DE LANGUE FRANÇAISE, par exemple, il s'agit de sous-genres comme les feuilletons, les séries policières, les docudrames ou les émissions de meurtres et mystères ainsi que les versions filmées de pièces jouées sur scène. Les pièces écrites pour la radio ont occupé une place importante dans l'évolution de la société canadienne. D'ailleurs, nous avons souvent cherché à expliquer notre identité et nos problèmes nationaux par les dramatiques radio et télé. Nombreux sont ceux qui pensent que les télédramatiques sont essentielles pour préserver la culture canadienne contre l'incursion des médias américains dans les foyers canadiens.

Aujourd'hui, beaucoup de spectacles en direct sont enregistrés sur vidéocassettes, mais ce serait une erreur de croire que ces rubans d'archivage captent véritablement l'essence du spectacle; ils ne font qu'enregistrer la perspective de la caméra. La version filmée ou vidéo d'une pièce jouée sur scène peut capter ce que fait une troupe en jouant une pièce, mais elle ne peut pas reproduire les réactions du public et leur influence sur le jeu des acteurs. En figeant la représentation, les versions filmées et vidéo en changent l'esthétique voire même la portée idéologique. La performance devient une sorte de chronique, l'événement dramatique vécu en direct devient un spectacle médiatisé par la technologie. Les deux expériences sont différentes.

Les médias électroniques se prêtent à des formes de documents en apparence réalistes, car la caméra semble présenter un point de vue naturaliste et montrer les choses exactement comme elles le sont alors qu'en fait, ils permettent un haut degré de fabrication dans une représentation théâtrale. Selon bon nombre de commentateurs, cette confusion possible entre le réel et l'apparence de réalité est une conséquence négative des formes électroniques de théâtre dans nos vies. On a eu tendance à considérer le théâtre comme une expression de la vérité par mimésis (imitation de la vie existante). Pourtant, nombre de personnes soutiennent que le spectacle, surtout les actions dramatiques répétées (moments dramatiques à notre image), crée en fait ce que nous finissons par croire comme ayant toujours été vrai. De telles notions soulèvent beaucoup de questions fondamentales sur le rapport entre la représentation et la réalité.

Le terme FESTIVAL DE THÉÂTRE peut désigner des spectacles carnavalesques, pleins de numéros créatifs et de spontanéité. Il désigne aussi un programme organisé de présentations théâtrales choisies pour attirer un public aux goûts très particuliers en matière de théâtre. Par exemple, les festivals Shakespeare abondent. Les festivals d'été de comédies musicales et de comédies légères sont fort populaires. Comme le sous-entend l'appellation, leur nature festive attire un public qui, non seulement apprécie le spectacle, mais contribue à en payer la note.

Le théâtre a besoin de soutien financier, que celui-ci provienne de l'audience ou d'autres sources, pour transformer l'idée créative couchée sur papier en une réalisation physique. Le degré de financement nécessaire varie selon le genre de compagnie : les troupes amateurs et les collectifs à but non lucratif exigent moins de fonds que, disons, les théâtres commerciaux. Certains théâtres offrent des spectacles gratuits tandis que, pour d'autres, le prix des billets est très élevé. La production de télédramatiques et de films est très onéreuse. La question de savoir où et quand les préoccupations d'ordre financier l'emportent sur le côté artistique se révèle un problème pressant dans la politique du théâtre, surtout à l'ère de la télévision. Et le théâtre est une forme d'art hautement politique.

Le financement du théâtre est à la fois un perpétuel problème et un enjeu. Depuis la publication, en 1951, du Rapport Massey de la COMMISSION ROYALE D'ENQUÊTE SUR L'AVANCEMENT DES ARTS, LETTRES ET SCIENCES AU CANADA, le financement gouvernemental a joué un rôle important dans l'évolution des compagnies théâtrales et dans la construction de bâtiments destinés au théâtre, surtout les grands théâtres régionaux comme le MANITOBA THEATRE CENTRE, le VANCOUVER PLAYHOUSE et le CITADEL THEATRE d'Edmonton. Les critiques ont parfois laissé entendre que les organismes de financement dictaient les genres de pièces offertes au public et imposaient un style aux compagnies. Certaines compagnies de théâtre du Canada sont constituées autour d'un groupe de comédiens et comédiennes (et autres professionnels) qui jouent dans un même théâtre ou se déplacent d'une scène à l'autre. D'autres se forment autour d'une administration qui gère une salle de théâtre et engage des comédiens. Les compagnies constituées autour de personnes expriment habituellement les préoccupations de ces êtres et produisent généralement des pièces engagées et souvent expérimentales. De telles compagnies peuvent monter des pièces qui prêtent à controverse, des pièces qui parlent des préoccupations de groupes marginaux ou simplement des pièces qui reflètent les goûts particuliers de la troupe, mais elles font face à d'énormes difficultés financières et se dissolvent souvent. Les compagnies qui se tissent autour d'installations de théâtre peuvent généralement utiliser des moyens de production plus étoffés, mais leurs frais généraux ou les opinions du conseil d'administration risquent de restreindre le genre de pièces qu'elles peuvent monter. Les théâtres commerciaux des grandes villes présentent des productions complexes et, par conséquent, doivent plaire à divers publics. Les compagnies canadiennes cherchent à atteindre un équilibre en montant des pièces du répertoire courant (souvent européen et américain) et des pièces canadiennes connues. Parfois, elles se risquent à présenter des oeuvres de dramaturges locaux ou des sujets contemporains.

Des compagnies temporaires (parfois composées d'un seul comédien ou d'une seule comédienne) trouvent un débouché dans les FESTIVALS DE THÉÂTRE MARGINAL qui ont lieu d'un bout à l'autre du pays. Ces compagnies disposent de peu d'argent, se forment et se dissolvent rapidement, emploient normalement des moyens de production rudimentaires et varient grandement du point de vue de la qualité. Les festivals marginaux semblent toutefois répondre à un besoin chez les gens d'extérioriser ou de partager l'extériorisation de préoccupations humaines fondamentales.

Si ces festivals encouragent la création de petites compagnies autour d'un lieu de production accessible, on peut dire que le théâtre communautaire encourage les groupes à se rallier autour d'intérêts et de soucis communs. Dans son sens le plus large, toute forme de théâtre naît d'une communauté, terme qui revêt en soi plusieurs significations. Le théâtre communautaire peut être du théâtre amateur, interprété par des gens de la collectivité qui se regroupent pour monter des spectacles. Il peut aussi être produit par des personnes qui ne vivent pas nécessairement dans la même région immédiate, mais qui se regroupent dans un but particulier. Un tel théâtre encourage souvent une forme d'art hautement participative qui vise à déclencher l'action politique, à réparer un différend ou à apaiser les blessures de l'injustice sociale. Les collectifs de théâtre féministes, autochtones ou gais ont utilisé des pièces ou l'art du spectacle à de telles fins, tout comme l'ont fait les groupes formés autour d'organismes sociaux, d'écoles ou de foyers d'accueil. D'autres théâtres communautaires se constituent pour souligner des événements particuliers ou pour évoquer des moments historiques. D'autres encore sont devenus des compagnies permanentes qui produisent à longueur d'année ou à l'occasion de festivals annuels.

Les compagnies de théâtre se produisent dans divers lieux, depuis les auditoriums d'école aux complexes de spectacle comme le CENTRE NATIONAL DES ARTS d'Ottawa. Le DESIGN DES THÉÂTRES au Canada varie selon leur période et leur région de construction. Aucun style ne prédomine. Le premier théâtre construit au Canada est peut-être le New Grand Theatre, construit en 1789 pour la garnison militaire britannique d'Halifax. Le ROYAL ALEXANDRA THEATRE, construit à Toronto en 1907, donne encore des représentations aujourd'hui, tout comme de nombreux bâtiments historiques rénovés avec élégance un peu partout au pays, tels que les théâtres Orpheum et Stanley de Vancouver. Le Rapport Massey a donné lieu à une importante période de construction d'édifices à vocation artistique. Le FESTIVAL DE STRATFORD a vu le jour en 1957. Le centenaire du Canada, en 1967, a favorisé la construction de bon nombre de théâtres régionaux qui sont devenus des lieux importants pour la présentation de pièces et qui comprennent souvent plusieurs scènes de grandeurs et de styles différents, ainsi que des salles de répétition et des installations techniques. On remarque aussi de nombreux théâtres dans les écoles, les collèges, les universités, les salles paroissiales et les salles communautaires. Aujourd'hui, l'équipement, le nombre de sièges, l'acoustique, la visibilité et l'espace pour répéter varient énormément dans les nombreuses salles de spectacles qu'on retrouve dans presque toutes les localités du Canada.

L'architecture et les installations, tout comme le budget, déterminent en grande partie les moyens de production qu'un dramaturge peut demander ou qu'un metteur en scène peut utiliser dans un spectacle. L'éclairage, la SCÉNOGRAPHIE ET CRÉATION DE COSTUMES dépendent autant de ce qui peut être fait que de la créativité des concepteurs. De nos jours, les grands spectacles montés au Canada font appel à un nombre effarant de mécanismes électroniques et informatisés, à des artisans talentueux et à de grandes équipes de plateau. Incapables de reproduire ces effets, les petites productions réussissent souvent à pousser leur public à un niveau de participation qui compense (d'aucuns diraient surpasse) ces exploits techniques. En fin de compte, les effets de toute production dépendent de la compétence de ceux et de celles qui en sont les artisans. Les petites compagnies, comme les grandes, emploient souvent des gens d'une compétence remarquable. Les arts reliés au théâtre canadien ont évolué en même temps que celui-ci. Ainsi, les concepteurs et les techniciens canadiens, y compris ceux qui travaillent pour la télévision et le cinéma, ont acquis une réputation internationale au même titre que les autres professionnels du spectacle (réalisateurs, metteurs en scène et comédiens).

Le cirque est un merveilleux amalgame de théâtre, de musique et d'athlétisme. Aussi ancienne que soit cette forme d'expression, le CIRQUE DU SOLEIL montre combien il peut être contemporain et à quel point il est proche de son cousin, le théâtre. À l'instar du défilé, le cirque met en vedette l'ancienne tradition de la clownerie. Le clown vise tantôt à divertir, tantôt à instruire et tantôt à guérir. Pour bon nombre, la rencontre d'un clown dans les années d'enfance marque l'entrée dans la théâtralité. Même si les enfants ont vu des dramatiques et des spectacles à la télévision bien avant de voir un clown, c'est la confrontation à un bouffon costumé qui leur présente une projection d'eux-mêmes dans une manifestation de fantaisie.

L'histoire du théâtre canadien est l'histoire de gens qui se regroupent pour créer ce tissu particulier de mots, de mouvements, de musiques, de décors, de costumes, de mythes, de conscience de soi et de désir collectif qu'est le théâtre. Ce n'est qu'en élargissant la définition de cette forme d'art de manière à en englober toutes les expressions qu'on peut vraiment rendre tout le sens du terme.


Lecture supplémentaire

  • Susan Bennett: Theatre Audiences: A Theory of Production and Reception (1990); Judith Butler, Bodies that Matter: On the Discursive Limits of Sex (1993); Marvin Carlson, Theatre Semiotics: Signs of Life (1990) and Theories of the Theatre (1984); Chad Evans, Frontier Theatre (1983); Alan Filewod, Collective Encounters: Documentary Theatre in English Canada (1987); Renate Usmiani, Second Stage: The Alternative Theatre Movement in Canada (1983); Robert Wallace, Producing Marginality (1993).

Liens externes