Jackie Shane

Jackie Shane, chanteuse (née le 15 mai 1940 à Nashville au Tennessee; décédée le 22 février 2019 à Nashville). Jackie Shane est à la fois pionnière de la scène transgenre et figure marquante de la scène R & B de Toronto dans les années 1960. En 1963, sa reprise d’«Any Other Way», du compositeur William Bell, se hisse en deuxième place du palmarès des simples du diffuseur CHUM. Son album de concert, intitulé Jackie Shane Live, fait l’objet d’une réédition en 2015 tout en faisant partie des principales sélections au Prix du Patrimoine Polaris pour la décennie 1960-1970. Paru en 2017, l’album Any Other Way, une anthologie des chansons de l’ensemble de sa carrière assorties de monologues tirés de ses concerts, est sélectionné aux Grammy Awards en 2019 dans la catégorie meilleur album historique. On peut admirer Jackie Shane dans une fresque peinte sur la façade d’un immeuble du centre de Toronto et commémorant la scène musicale de la rue Yonge des années 1960.




Jeunesse et début de carrière

Tout au long de sa jeunesse à Nashville, dans le Tennessee, Jackie Shane s’adonne au chant au sein de chorales d’église et de groupes de gospel. Si dès l’âge de cinq ans elle se découvre une préférence marquée pour les vêtements de fille, elle est âgée de 13 ans lorsqu’elle révèle sa transsexualité à sa mère, lui expliquant être une femme dans un corps d’homme. « Même à l’école, les autres enfants m’acceptaient », déclare-t-elle en 2017. « Tout comme d’ailleurs leurs parents. Il y avait un je-ne-sais-quoi chez moi qui les attirait ».

Influencée par son ami Little Richard, Jackie Shane découvre très tôt la scène R & B et soul de Nashville. Elle se produit dès lors aux côtés de groupes tels que The Impressions, Jackie Wilson et Etta James. La vie dans le sud, sous le joug des lois Jim Crow ségrégationnistes, est toutefois des plus rudes. Comme elle en témoigne à l’Associated Press en 2019 : « Je peux venir chez vous. Je peux nettoyer votre maison. Élever vos enfants. Vous faire à manger. Prendre soin de vous. Mais je ne peux pas m’asseoir à vos côtés en public ? Il y a quelque chose qui cloche là-dedans. » Le chanteur de soul Joe Tex, reconnaissant son talent, l’encourage à poursuivre sa carrière ailleurs.


Carrière au Canada

Jackie Shane s’installe d’abord à Boston, puis à Montréal, où elle forme un groupe de R & B avec Frank Motley. Déménageant à Toronto en 1959, elle s’y sent presque immédiatement comme chez elle. Comme elle le déclare à la CBC en 2019, « On ne peut pas choisir où on naît, mais on peut choisir où on fait son nid. J’ai choisi Toronto. J’adore Toronto. J’aime les Canadiens. Je me considère comme l’une d’eux. » 

Jackie Shane s’impose comme figure de proue de la scène R & B torontoise alors en plein essor. Dans une culture implacablement hétérosexuelle, au sein de laquelle la réalité des personnes transsexuelles est peu ou pas du tout comprise, elle adopte l’image publique d’un homme gai, portant des tailleurs pantalons chatoyants, maquillage dramatique aux yeux. Elle résume sa philosophie ainsi : « Show-business et glamour vont de pair. Dès le premier coup d’œil, le public doit penser de vous : “Wow. J’adore !” Quand je monte sur scène, l’attraction, c’est moi ».

Jackie Shane se produit à guichets fermés dans les boîtes de nuit de Toronto et multiplie les apparitions dans le cadre d’émissions télévisées locales de variété musicale. Elle lance plusieurs simples, dont « Money (That's What I Want) » et « You Are My Sunshine ». Sa reprise d’« Any Other Way » du compositeur William Bell se hisse en 1963 en deuxième place du palmarès des simples du diffuseur CHUM. Outre un album de concert paru en 1967, elle n’enregistrera jamais d’album studio par méfiance envers les maisons de disque. Tant Motown qu’Atlantic Records essaient de la convaincre de signer un contrat de disques, tandis que George Clinton tente de la persuader de se joindre à son collectif Parliament-Funkadelic. C’est peine perdue : comme la chanteuse le déclare dans une entrevue accordée au journal The Guardian en 2019 : « Je n’ai jamais vraiment voulu enregistrer. Mon dada, c’est de me donner en prestation devant public. Mon énergie, je la puise sur scène. »


Dernières années

Jackie Shane se retire de la scène musicale en 1971 et s’installe à Los Angeles pour s’occuper de sa mère vieillissante, qui vit seule depuis 1963. Les deux finissent par retourner s’installer à Nashville. Dans les années qui suivent la mort de sa mère en 1997, Jackie Shane mène une vie de recluse, ne sortant de sa demeure qu’à l’occasion.

L’album Any Other Way, une anthologie des chansons de l’ensemble de sa carrière assorties de monologues tirés de ses concerts, est lancé en 2017 par The Numero Group, une maison de disques d’archives. Il est sélectionné aux Grammy Awards en 2019 dans la catégorie meilleur album historique, suscitant un regain d’intérêt envers sa carrière. Un documentaire radio produit par la CBC en 2010, intitulé I Got Mine : The Story of Jackie Shane, contribue également à mettre en lumière son œuvre et son influence.

« J’ai été découverte », déclare-t-elle à l’Associated Press en janvier 2019. « Cela s’est fait bien malgré moi, mais ça me fait plaisir de savoir que, même après tout ce temps, les gens apprécient encore et toujours ma musique. Mais que les gens me découvrent maintenant pour la première fois, ça me remplit d’émotion ».


Héritage

Initialement paru en 1967, l’album de concert Jackie Shane Live fait l’objet d’une réédition en 2015, puis fait partie des principales sélections au Prix du Patrimoine Polaris pour la décennie 1960-1970. Sur la façade d’un immeuble du centre de Toronto, on peut admirer Jackie Shane dans une fresque commémorant la scène musicale de la rue Yonge des années 1960, aux côtés de Ronnie Hawkins, Glenn Gould et Dianne Brooks. On rapporte que Jackie Shane aurait encadré une photo de l’œuvre de 22 étages reçue de son ami, le musicologue Rob Bowman.


Voir aussi : Droits des lesbiennes, des gais, des bisexuels et des transgenres au Canada; Célébration de la fierté au Canada; Refugiés LGBTQ+ au Canada; Bispiritualité.