Portia White

Portia May White, contralto et enseignante (née le 24 juin 1911 à Truro, en Nouvelle-Écosse; décédée le 13 février 1968 à Toronto, en Ontario). Portia White parvient à briser la barrière de la couleur pour devenir la première cantatrice canadienne noire de renommée internationale. Considérée comme l’une des meilleures chanteuses classiques du 20e siècle et souvent comparée à la célèbre contralto afro-américaine Marian Anderson, Portia White possède une voix qu’un critique décrit comme « un cadeau du ciel ». En 1995, elle est nommée « personne d’importance historique nationale » par le gouvernement du Canada.



Portia White
La cantatrice Portia White a su surmonter les obstacles de la barrière raciale dans le domaine de la musique classique canadienne.
Photo par Yousuf Karsh, avec la permission de Bibliothèque et Archives Canada/PA-192783

Jeunesse et éducation

Portia White est la troisième de 13 enfants nés de l’union de William A. White, dont les parents étaient esclaves en Virginie, et d’Izie Dora White, descendante de loyalistes noirs de Nouvelle-Écosse. Deuxième noir canadien à être admis à l’Université Acadia, William White obtient en 1903 un diplôme en théologie. Il devient plus tard le premier afro-canadien à recevoir un doctorat en théologie de cette même université. Il aide aussi à former le 2e Bataillon de construction, soit le premier et le seul bataillon entièrement composé de soldats noirs de l’histoire militaire canadienne. Après y avoir servi en tant que seul chapelain noir dans l’armée britannique durant la Première Guerre mondiale, il déménage avec sa famille à Halifax, où il devient le pasteur de l’église baptiste Cornwallis Street.

À l’âge de six ans, Portia White commence à chanter dans la chorale d’église dirigée par sa mère. À huit ans, elle chante la partie soprano de l’opéra Lucia de Lammermoor. Sa détermination à devenir une chanteuse professionnelle est si forte qu’elle parcourt dix miles chaque semaine à pied pour suivre des cours de musique. Elle entame en 1929 sa formation d’enseignante à l’Université Dalhousie. Une fois diplômée, elle devient institutrice dans les communautés noires de la Nouvelle-Écosse, telles Africville et Lucasville.

Formation vocale et concerts professionnels

Dans les années 1930, Portia White suit des cours de chant, dans le registre de mezzo-soprano, avec Bertha Cruikshanks au Conservatoire de musique d’Halifax. Elle chante aussi dans des émissions radiophoniques de louange animées par son père. Elle participe au Festival de musique d’Halifax, où elle remporte, grâce à sa voix extraordinaire, la coupe d’argent Helen Kennedy en 1935, en 1937 et en 1938. En 1939, elle reçoit une bourse du Halifax Ladies’ Musical Club pour étudier avec Ernesto Vinci au Conservatoire de musique d’Halifax. Alors qu’elle est l’élève de ce dernier, elle commence à chanter comme contralto.

Après avoir donné quelques récitals à l’Université Acadia et à l’Université Mount Allison en 1940, Portia White fait officiellement ses débuts à l’âge de 30 ans à l’Auditorium Eaton de Toronto, le 7 novembre 1941. À propos de son interprétation, Hector Charlesworth écrit dans le Globe and Mail, qu’elle chante « d’une façon pénétrante et avec une diction élégante ». Dans l’Evening Telegram, Edward Wodson déclare que Portia White possède un « registre de contralto riche et magnifiquement coloré » et ajoute que « sa voix naturelle est un cadeau du ciel ».

En 1941, Portia White quitte son poste d’enseignante et continue à se produire en concert au Canada. Après avoir rencontré de nombreuses difficultés à obtenir des contrats en raison de sa race (voir aussi Racisme; Préjugés et discrimination), elle atteint le sommet de sa carrière lors du récital au succès retentissant qu’elle donne au Town Hall de New York le 13 mars 1944. Elle est la première Canadienne à se produire dans cette salle. L’organisme Nova Scotia Talent Trust est spécialement créé en 1944 pour aider Portia White à se concentrer sur sa carrière professionnelle. Celle-ci donne ensuite deux autres concerts au Town Hall, en 1944 et 1945, année où la chanteuse signe un contrat avec Columbia Concerts Incorporated, la plus grande agence artistique d’Amérique du Nord.


Fin de carrière et enseignement

Portia White effectue des tournées en Amérique du Nord avec Columbia Concerts, mais après sa tournée de 1946 en Amérique centrale et du Sud, elle commence à rencontrer des problèmes liés à sa voix et à son équipe de direction. En 1948, elle part en tournée dans les Maritimes puis chante en Suisse et en France, mais cesse, peu après, de se produire en public. En 1952, elle déménage à Toronto afin d’entreprendre une formation approfondie au Conservatoire royal de musique, avec les professeures Gina Cigna et Irene Jessner.

Portia White commence à enseigner elle-même le chant à Toronto, en privé et à Branksome Hall, une école pour filles. Au fils des années, elle donnera des cours particuliers à Dinah ChristieAnne Marie MossLorne GreeneDon Francks et Robert Goulet, entre autres. Au milieu des années 1950, elle reprend sa carrière de chanteuse de façon sporadique. Elle ne donne que quelques concerts durant les années 1950 et 1960, dont un en présence de la reine Elizabeth II et du Prince Philip, le 6 octobre 1964, au Centre des arts de la Confédération de Charlottetown. Son dernier concert en public a lieu en juillet 1967 lors de la World Baptist Federation à Ottawa.

Enregistrements et hommages

Portia White n’a jamais réalisé d’enregistrements en studio, mais sa voix peut être entendue sur plusieurs enregistrements de concerts, parmi lesquels un récital de chants intitulé Think on Me (1968). La famille White a fait don à  Bibliothèque et Archives Canada d’enregistrements audio des concerts que la cantatrice a donnés à New York et à Moncton, au Nouveau‑Brunswick, en 1944 et en 1945. À partir de ces enregistrements, deux chansons ont été publiées par Analekta sur le disque Great Voices of Canada, Volume 5 (1994). Chris White, neveu de Portia White et musicien de folk primé, a sorti le CD First You Dream (1999). En 2001, un documentaire de Sylvia HamiltonPortia White: Think on Me, est diffusé sur la chaîne de télévision CBC.

En 1995, Portia White est nommée « personne d’importance historique nationale » par le gouvernement du Canada. Postes Canada émet un timbre à son effigie en 1999 et, en 2004, une sculpture grandeur nature la représentant est taillée dans un arbre situé devant l’église baptiste Zion de Truro. Le prix Portia White est attribué chaque année par le Conseil des arts de la Nouvelle-Écosse à un artiste néo-écossais d’exception. Le premier lauréat de ce prix est, en 1998, l’écrivain George Elliott Clarke, petit neveu de Portia White. Le Nova Scotia Talent Trust remet la bourse Portia White à des chanteurs exceptionnels et baptise son concert de gala annuel du nom de la cantatrice. Lors de la cérémonie de remise des Prix de la musique de la Côte est, en 2007, Portia White reçoit à titre posthume le prix  Dre Helen Creighton pour l’ensemble de son œuvre.

En 2016, Portia White fait partie de la liste des femmes dont le portrait pourrait orner le nouveau billet de 10 dollars créé par la Banque du Canada. Ce grand honneur va finalement à la Néo-Écossaise Viola Desmond (voir aussi Les femmes sur les billets de banque canadiens). En février 2018, une exposition est lancée à la Don Heights Unitarian Congregation à North York, en Ontario, pour commémorer les 50 ans de la mort de Portia White. Organisée par l’Ontario Black History Society et les parents de Portia White et présentée par George Elliott Clarke, l’exposition inclut des portraits, des photographies, des enregistrements et des objets personnels, notamment un exemplaire du Book of American Negro Spirituals que l’architecte Andrew Cobb lui a offert, et une rare partition de musique du compositeur américain W.C. Handy. On prévoit de faire voyager l’exposition un peu partout au Canada, y compris à Truro, la ville natale de Portia White, avant d’entreposer tous les artefacts dans des archives permanentes.

Un grand nombre de documents et d’effets personnels ayant appartenu à Portia White sont conservés à Bibliothèque et Archives Canada, au Musée des beaux-arts du Canada, au Centre culturel noir de la Nouvelle-Écosse, à l’Ontario Black History Society et aux universités Dalhousie, Acadia et Stanford.

Liens de parenté

On compte plusieurs autres personnes connues dans la famille de Portia White, hormis son père, George Elliott Clarke et Chris White. Son frère, Bill White, est compositeur et militant social et devient le premier Canadien noir à se porter candidat à des élections fédérales en 1949, représentant la Co-operative Commonwealth Federation dans la circonscription de Spadina, à Toronto. En 1970, il est fait officier de l’Ordre du Canada. Un autre frère de Portia, Jack White, est un célèbre chef syndical et l’un des premiers Canadiens noirs à se présenter à des élections provinciales en Ontario. Sheila White, la nièce de Portia White, est quant à elle une conseillère et commentatrice politique reconnue.

Une version de cet article a d’abord été publiée dans l’Encyclopédie de la musique au Canada.

Récompenses


Lecture supplémentaire

  • Aitken, Margaret. 'Portia White, the new Canadian star of the concert stage,' Saturday Night, 8 Apr 1944

    Geller, Vincent. 'I, too, am Nova Scotia,' Performing Arts in Canada, vol 23, Sep 1986

    White, Jay. "Portia: A portrait," paper presented to the Royal Nova Scotia Historical Society 15 Sep 1992

    White, Jay. 'Portia White's spiritual winter,' Collections of the Royal Nova Scotia Historical Society, vol 44, 1995

    Russell, Hilary. "Portia White," paper, Historic Sites and Monuments Board of Canada, 1995

    Nurse, Donna Bailey. 'Portia White, 1911-1968,' Opera Canada, vol 39, Fall 1998

    Goodall, Lian. Singing Towards the Future: The Story of Portia White [juvenile] (Toronto 2004)

Liens externes