Programmation radiophonique

La programmation radiophonique est passée par trois stades au cours des 60 dernières années. Objet de curiosité lors de son avènement, la radio devient un moyen de communication de masse entre 1920 et 1940.

Ferguson, Max
L'animateur de la chaîne radiophonique de Radio-Canada, Max Furguson, dans un court extrait de la série \u00ab Graphic \u00bb diffusée au réseau anglais de Radio-Canada le 29 mars 1957 (avec la permission de la Société Radio-Canada).

Programmation radiophonique

 La radio permet d'atteindre un public plus vaste que celui de la presse écrite. La technologie de la RADIODIFFUSION, où la seule préoccupation est de véhiculer un message sonore, en fait un média très souple, loin des contraintes des médias visuels. Ses frais d'exploitation sont bien moins élevés. Il en va de même des exigences de l'auditoire. Le radiodiffuseur peut se livrer à des expériences et élaborer sa programmation en vue de susciter un intérêt constant chez l'auditeur et de stimuler son imagination. Ainsi, la radio joue une multitude de rôles dans la société, répondant aux besoins toujours changeants du public.

La programmation radiophonique est passée par trois stades au cours des 60 dernières années. Objet de curiosité lors de son avènement, la radio devient un moyen de communication de masse entre 1920 et 1940. Dans les années 20, les stations canadiennes de petite taille et à faible puissance remplissent leur temps d'antenne avec des émissions en direct de qualité inégale : musique, comédie, drame, éducation, religion, nouvelles, poésie, contes. Son trait dominant reste l'amateurisme. L'auditoire préfère toutefois les émissions mieux conçues de la radio américaine ,et à la fin de la décennie, 80 p. 100 des émissions écoutées au Canada sont américaines. En 1929, deux stations de Montréal et de Toronto s'affilient à des réseaux américains.

La création de réseaux canadiens semble être la solution au problème. Les pionniers sont des entreprises qui trouvent ainsi une façon de promouvoir leurs produits. En 1925, le service de radiodiffusion du Canadien National diffuse des pièces de théâtre. Dès 1930, il présente chaque semaine quelques heures de programmation de qualité, tant en français qu'en anglais, dans ses propres stations indépendantes réparties dans l'ensemble du pays : musique de chambre, symphonique et folklorique, productions originales de théâtre et d'opéra, contes pour enfants, information sur les prix des céréales et même chroniques médicales. Certaines émissions nationales sont commanditées par l'Imperial Oil et le Canadien Pacifique. Ces initiatives ne résistent pas à l'arrivée de la radio d'État en 1932. Le gouvernement accorde à cette dernière le monopole de la radiodiffusion. La Commission canadienne de radiodiffusion met sur pied le premier réseau national qui, à partir de 1936, prend de l'expansion avec la création de la SOCIÉTÉ RADIO-CANADA (SRC). Deux réseaux, l'un de langue française et l'autre de langue anglaise, sont mis sur pied. Chacun possède ses propres stations, auxquelles s'ajoutent, dans certaines régions, des stations privées affiliées.

Dès la fin des années 30, les auditeurs ont accès à une programmation très variée. La présence américaine se fait sentir en raison de la vaste utilisation de musique populaire enregistrée et d'émissions transcrites, des stations canadiennes affiliées aux réseaux américains et de la SRC elle-même, qui transmet des émissions populaires américaines commanditées le soir. Les feuilletons américains de jour, tels que Ma Perkins et Big Sister et les comédies de soirée, comme Amos'n'Andy et Fibber McGee & Molly, sont extrêmement populaires. Les stations privées présentent en direct un grand nombre d'émissions : grands orchestres enregistrés dans les salles de bal d'hôtels, théâtre pour enfants ou adultes, émissions-débats et commentaires sur l'actualité. La SRC offre au public un nombre toujours grandissant d'émissions canadiennes : des matchs de hockey, des spectacles de variétés tels que The Happy Gang de Toronto, des orchestres de danse comme le Mart Kenny's Group de Vancouver, le feuilleton sur la famille rurale The Craigs, des tables rondes et des forums. La radio est cependant un phénomène encore trop récent pour s'attirer un public nombreux et fidèle, au Canada anglais du moins. Au Québec, la situation est toute différente. Les émissions de langue française sont suivies avec passion par un vaste auditoire.

Avec la guerre, on découvre le puissant instrument de propagande que représente la radio. La SRC offre un ensemble équilibré d'émissions visant à informer, à inspirer et à divertir le grand public ainsi qu'un auditoire sélectionné ou un public plus précis. On met sur pied un service spécial de nouvelles qui renseigne la population en émoi sur les efforts déployés par les Canadiens tant au front qu'au pays. Les bulletins d'informations sont complétés par des discussions et des émissions éducatives, comme le célèbre Citizens' Forum et la TRIBUNE RADIOPHONIQUE AGRICOLE, par des miniséries ayant trait à la guerre, telles que Let's Face the Facts et Arsenal of Democracy, et par l'émission Radio-Collège du réseau français. On déploie de nombreux efforts en vue de réaliser des émissions musicales, telles que Les Joyeux Troubadours et Victory Parade, et des émissions de variétés faisant la promotion des bons de la Victoire et où figurent des vedettes américaines. Cependant, les plus grands succès de la SRC sont accomplis dans le domaine du théâtre radiophonique.

De nombreuses séries ont pour thème la guerre, notamment Theatre of Freedom, Fighting Navy, L for Lanky et Soldier's Wife (feuilleton commandité par la Commission des prix et du commerce en temps de guerre). Une série d'un style tout autre, Stage, comporte plusieurs pièces canadiennes, et sa diffusion débute en 1944 par une pièce d'Andrew ALLAN destinée à un public averti. Afin de diffuser les meilleures émissions canadiennes et américaines de divertissement, la SRC crée un deuxième réseau, le Dominion, qui ne diffuse que le soir. Ce réseau se veut un complément de Trans-Canada, lequel diffuse le jour.

Le succès remporté pendant les années de guerre prépare l'âge d'or de la radio canadienne. Les JOURNAUX et les MAGAZINES n'exercent plus leur monopole sur l'information. Des émissions telles que Les idées en marche traitent de sujets aussi divers que l'éducation des enfants, le contrôle des prix, la voie maritime du Saint-Laurent et la politique internationale du Canada. Les émissions de musique sérieuse et d'opéra fondent la réputation de la SRC comme promoteur de la grande culture. Les nombreuses pièces de théâtre réalisées par des producteurs tels Allan, Esse W. LJUNGH, Rupert Caplan et J. Frank Willis font de la SRC le théâtre national des Canadiens anglais. En 1947, la SRC entreprend une expérience de programmation élitique avec CBC Wednesday Night : trois heures sans interruption publicitaire sous la supervision de Harry BOYLE, où l'on offre opéras, comédies musicales, oeuvres théâtrales classiques et originales et même des documentaires. Cette initiative gagne la faveur des milieux intellectuels et artistiques canadiens.

Les réseaux atteignent bien sûr un auditoire beaucoup plus vaste avec la présentation régulière d'événements sportifs, notamment le hockey, ce dernier étant l'une des seules activités où vibre à l'unisson toute la population canadienne. La SRC offre aux Canadiens français des émissions de divertissement et des feuilletons qui jouissent d'une extraordinaire popularité (voir RADIO, THÉÂTRE DE LANGUE FRANÇAISE À LA). Parmi les plus écoutées, signalons Un homme et son péché (qui, à certains moments, a la faveur de 80 p. 100 des auditeurs), des émissions consacrées à la MUSIQUE FOLKLORIQUE et à la DANSE FOLKLORIQUE , comme Soirée à Québec, ou aux jeunes artistes, telles Nos futures étoiles. Le Canada anglais possède également des émissions de variétés et de comédie fort populaires : The Happy Gang et The Wayne and Shuster Show, produites par le réseau anglais de la SRC. On a aussi des émissions spécialisées destinées à un public précis : les écoles, les régions, les femmes (Lettre à une Canadienne), les enfants (Maggie Muggins), les agriculteurs (Le choc des idées) et les fidèles (National Sunday Evening Hour). De 1945 à 1955, la SRC est au coeur de la vie nationale, mettant en valeur et alimentant les facettes les plus diverses de la culture du pays.

La SRC n'est toutefois pas la seule station de radiodiffusion. Une étude réalisée en avril 1949 sur la programmation hebdomadaire de diverses stations révèle une grande variété d'approches principalement due à l'existence de trois sortes de radiodiffuseurs : les stations de la SRC, les stations privées affiliées et les 36 stations indépendantes. Les émissions provenant de la Grande-Bretagne sont peu nombreuses. À la radio d'État, les émissions produites au Canada dominent la programmation de jour et celle du soir, contrairement aux stations indépendantes. Toutefois, les auditeurs canadiens peuvent entendre à toute heure du jour émissions ou disques américains, surtout aux stations privées, ce qui fait des États-Unis la source la plus importante de programmation anglophone au Canada anglais. Les émissions américaines se classent au premier rang des émissions les plus écoutées. La programmation d'émissions locales réalisées en direct (nouvelles, sports, variétés, religion et causeries) se poursuit, surtout dans les stations privées où elle occupe le tiers du temps d'antenne en soirée.

Malgré tout, la musique populaire étrangère occupe la part la plus importante de l'ensemble des émissions, sauf au réseau français de la SRC qui accorde encore une grande place à la musique « sérieuse ». La programmation de la SRC variée, à contenu canadien, est célèbre pour son grand nombre d'émissions d'où la réclame est toujours absente. Pour cette raison, plusieurs la comparent à la British Broadcasting Corporation (BBC), la radio d'État britannique. Néanmoins, la programmation des principales stations privées, même celle des affiliées de la SRC, prend exemple sur la radio américaine. Elle vise à attirer un plus vaste public et davantage de revenus provenant de la publicité. Donc, au Canada anglais, la radio garde les auditeurs en contact avec les principaux courants culturels des États-Unis.

 En 1952, l'avènement de la télévision au Canada sonne le glas de cet âge d'or. Les téléviseurs pénétrant dans les foyers canadiens, la cote d'écoute des émissions du soir à la radio baisse considérablement. Il en va de même des revenus de la publicité et, finalement, du nombre d'émissions. Les grands noms anglais des variétés, Johnny Wayne, Frank Shuster (voir WAYNE AND SHUSTER), Don MESSER et ses Islanders, se tournent vers la télévision. Dès la fin de la décennie, les grands succès américains sont retirés des ondes. Le radio théâtre connaît aussi le même sort. La SRC reconnaît officiellement que la radio est détrônée en fermant son réseau Dominion en 1962.

Bien que la radio ne soit presque plus écoutée en famille, surtout en soirée, elle s'affirme comme la compagne des personnes seules. Cette renaissance est favorisée par l'apparition des transistors et des autoradios qui permettent aux auditeurs d'écouter la radio lorsqu'ils en ont envie et dans leurs moments de solitude. Les stations privées s'adaptent bien au changement, accroissant même des deux tiers leurs revenus provenant de la publicité au cours des années 50. Les émissions comme telles disparaissent, l'accent est mis sur la musique diffusée pratiquement sans interruption, entrecoupée de bulletins d'informations et de publicités. La présentation est confiée à des animateurs qui se relaient à quelques heures d'intervalle. Les seules exceptions à cette règle surviennent lors de la présentation d'événements sportifs ou des nouvelles tribunes libres, dans la tradition de la radio en direct. Un nombre croissant de stations se spécialisent dans un genre de musique particulier : musique grand public, musique légère, rock et enfin country. Cette formule de programmation type a aussi permis aux stations FM déjà populaires d'accroître leurs cotes d'écoute.

Le Conseil de la radio-télévision canadienne établit des règles afin d'assurer un minimum de contenu canadien sur les ondes AM et une programmation distincte dans les stations FM. La musique américaine conserve cependant sa prédominance, en accord avec les goûts de la majorité des auditeurs, même au Canada français où une réglementation est nécessaire afin d'assurer la diffusion de chansons francophones menacées par les stations qui accordent trop de temps d'antenne au rock américain. Dès 1967, les stations privées sont écoutées par les trois quarts des auditeurs de la radio. Les cotes d'écoute atteignent maintenant leur sommet lors des émissions du matin et de fin d'après-midi.

 La SRC s'adapte beaucoup moins rapidement au changement. Jusqu'à la fin des années 60, la programmation y conserve un caractère vieillot, avec des émissions courtes et bien délimitées. Au Canada anglais d'abord, puis au Québec, le nombre d'auditeurs décroît. La SRC ne répond plus aux besoins des temps nouveaux. À partir de 1971, l'ancienne programmation de jour est modifiée et laisse place à sept heures d'informations quotidiennes, le matin et en fin de journée. De nouvelles émissions-débats et tribunes, comme As It Happens, Aux 20 heures, This Country in the Morning et Présent à l'écoute, sont lancées aux réseaux AM. On apporte, en outre, des améliorations aux émissions consacrées à la musique populaire, aux arts, au théâtre et aux tribunes libres, en particulier en soirée. Ainsi, la SRC établit un réseau FM pour offrir au public l'occasion de satisfaire leurs goûts culturels : musique classique et érudition. Ces changements s'accompagnent de l'élimination de toute forme de publicité en 1975.

 Le renouveau de la SRC en matière de programmation permet aux stations du réseau de presque doubler leur clientèle au Canada anglais de 1967 à 1977. This Country in the Morning (devenue par la suite Morningside) et As It Happens sont devenues très populaires. La radio de la SRC est réputée dans toute l'Amérique du Nord pour son excellence. Néanmoins, cette renaissance ne met pas en danger la domination des stations privées au Canada anglais et français, où les stations de la SRC obtiennent près de 10 p. 100 des cotes d'écoute en 1987.

Aucun changement à cette situation n'est survenu ces dernières années. La popularité croissante du FM, qui détient plus de 40 p. 100 des cotes d'écoute dès 1988, l'accessibilité plus facile aux stations américaines grâce au câble, l'entrée en ondes de postes FM voués à l'information seulement, le retour à la programmation-réseau sont tous des facteurs qui modifient la radio à venir. Aujourd'hui, la musique reste l'élément dominant (même à la radio de la SRC, où 20 p. 100 des émissions AM et 70 p. 100 des émissions FM sont consacrées à la musique). On offre un éventail de genres musicaux divers afin de répondre à tous les goûts.Voir aussi ÉMISSIONS ÉDUCATIVES; MUSIQUE, DIFFUSION DE.


Lecture supplémentaire

  • B. McNeil and M. Wolfe, Signing On: The Birth of Radio in Canada (1982); A.E. Powley, Broadcasting from the Front (1975); S. Stewart, A Pictorial History of Radio in Canada (1975).

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