Egerton Ryerson

Adolphus Egerton Ryerson, ministre méthodiste, éducateur (né le 24 mars 1803 dans le canton de Charlotteville, comté de Norfolk, au Haut-Canada; décédé le 18 février 1882 à Toronto, en Ontario). Importante personnalité du monde de l’éducation et de la politique en Ontario au 19e siècle, Egerton Ryerson est né au sein d’une famille loyaliste et anglicane bien en vue, mais il s’est converti au méthodisme et a été ordonné en 1827 au sein l’Église épiscopale méthodiste. Il a contribué à la fondation et à la rédaction du Christian Guardian (1829), a fondé l’Upper Canada Academy (1836) et est devenu le premier principal du Victoria College (1841). Il est reconnu comme un partisan de la liberté religieuse et le fondateur du système d’éducation publique de l’Ontario, et l’Université Ryerson porte son nom en mémoire de ses contributions à l’éducation. Cependant, le rôle qu’il a joué dans le développement du système des pensionnats indiens a amené des activistes à réclamer que le nom de l’université soit changé.

Egerton Ryerson
Egerton Ryerson, \u00e0 l'origine de l'aménagement des programmes canadiens, fait partie des fondateurs du syst\u00e8me scolaire qui voient dans un syst\u00e8me d'éducation contr\u00f4lé par l'\u00c9tat le principal moyen d'intégrer des \u00ab étrangers \u00bb.

Jeunesse

Adolphus Egerton Ryerson naît en 1803 dans une importante famille loyaliste. Son père, Joseph Ryerson, officier pendant la Révolution américaine, s’enfuit au Canada puis s’établit en tant qu’officier disponible près de Vittoria, au Haut-Canada, dans les années 1790. Pendant la guerre de 1812, Joseph combat contre les Américains, comme ses trois fils les plus âgés. Egerton est trop jeune pour combattre, mais il grandit dans un environnement profondément loyal à la Grande-Bretagne. Il fréquente la London District Grammar School à Vittoria.

Méthodisme

Le père d’Egerton, Joseph Ryerson, est membre de l’Église anglicane, mais sa mère, Mehetable Stickney Ryerson, a un penchant méthodiste. (Le méthodisme est à l’origine un mouvement au sein de l’Église anglicane, avant de devenir une église distincte en 1795.) Egerton partage les sympathies méthodistes de sa mère, qui sont fortifiées par l’enseignement de missionnaires itinérants méthodistes, connus sous le nom de circuit riders, qui prêchent le christianisme évangélique dans le comté de Norfolk. La mère d’Egerton se joint à l’Église méthodiste en 1816, en même temps que deux de ses frères, au grand dépit de son père anglican. Quelques années plus tard, quand Egerton demande à devenir membre de sa société méthodiste locale, à l’âge de 18 ans, son père exprime sa désapprobation en lui demandant de quitter la maison. Pendant deux ans, de 1821 à 1823, Egerton Ryerson travaille comme assistant pour son frère George, maître d’école à la London District Grammar School. Il revient à la maison pour une courte période en 1823 avant de repartir à Hamilton pour étudier le droit à la Gore District Grammar School.

Après s’être remis d’une grave maladie qui a interrompu ses études, Egerton Ryerson s’engage davantage dans la foi méthodiste. En 1825, il devient missionnaire méthodiste, circulant à cheval sur les rues York et Yonge, puis vivant en missionnaire sur la rivière Credit (aujourd’hui Mississauga). Il y travaille auprès du peuple ojibwé, apprenant sa langue, et devient un enseignant respecté. Il se lie d’amitié avec Kahkewaquonaby (plumes sacrées), aussi connu sous le nom de Peter Jones, le premier missionnaire méthodiste d’origine autochtone. En 1826, dans une réunion du conseil, Egerton Ryerson reçoit le nom ojibwé Cheechock (oiseau prenant son envol).

Egerton Ryerson se fait remarquer pour la première fois en 1826 quand il lance une offensive contre la doctrine et les prérogatives de l’Église d’Angleterre, qui prétend être l’Église officielle de la colonie et la bénéficiaire exclusive des réserves du clergé(terres réservées pour assurer la subsistance du clergé protestant selon l’Acte constitutionnel de 1791). Il publie une réplique à l’évêque anglican John Strachan qui accuse les méthodistes d’être pro-américains et, par conséquent, déloyaux à l’Angleterre. Egerton Ryerson s’impose alors comme une voix de premier plan pour l’Église méthodiste. En 1827, il est pleinement ordonné ministre de l’Église épiscopale méthodiste et devient le plus important porte-parole méthodiste, et une figure importante de la cause de la Réforme pour la liberté religieuse. Il est élu premier rédacteur en chef du journal méthodiste The Christian Guardian. Il utilise la presse pour promouvoir le méthodisme, et demeure un commentateur politique influent pendant le restant de sa vie. De 1874 à 1878, il est président de l’Église méthodiste du Canada.

Politique

La longue et prolifique carrière publique d’Egerton Ryerson est fondée sur une vision politique cohérente, mais souvent mal comprise, qui conjugue une solide loyauté aux institutions canado-britanniques et une méfiance conservatrice à l’égard des philosophies radicales avec une foi optimiste et libérale en l’humanité, à laquelle s’ajoute un engagement religieux profond et durable.

Au début de sa carrière, quand la vie politique du Haut-Canada est polarisée par l’opposition entre tories et réformistes, Egerton Ryerson se voit souvent reprocher de n’appartenir clairement ni à un camp ni à l’autre. Il combat le Family Compact (dirigé par l’évêque anglican John Strachan et le juge en chef John Beverley Robinson) et sympathise très tôt avec l’idéal d’égalitarisme civique de William Lyon Mackenzie, notamment en ce qui a trait à la sécularisation des réserves du clergé.

Au milieu des années 1830, toutefois, Egerton Ryerson critique publiquement le mouvement réformiste, devenu selon lui trop radical. Il use aussi de son influence pour s’opposer aux méthodes violentes de Mackenzie pendant la rébellion de 1837. Dans les années 1840, il poursuit son rôle actif en politique, et il suscite la colère de ses alliés réformistes et de beaucoup de méthodistes en soutenant le gouverneur Charles Metcalfe contre Robert Baldwin et Louis-Hippolyte Lafontaine en 1844. Il semble s’être joint aux tories, après les avoir combattus pendant près de 20 ans. Il est approché pour jouer un rôle dans le gouvernement de Metcalfe, mais finalement on lui offre plutôt le rôle de surintendant de l’éducation dans le Canada-Ouest. Il trouve tout naturellement sa place dans l’alliance libérale-conservatrice modérée qui prédomine après le milieu des années 1850, et en fait il contribue à lui créer un cadre idéologique par le système d’éducation qu’il promeut.

Réforme de l’éducation

En 1844, Egerton Ryerson est nommé surintendant de l’éducation pour le Canada-Ouest et il conserve ce poste jusqu’à sa retraite en 1876. En 1844 et 1845, il parcourt l’Europe afin d’étudier différents systèmes d’éducation, puis se basant sur ses recherches, il rédige son Report on a system of public elementary instruction for Upper Canada (1846). Dans ce texte, il présente des recommandations pour améliorer le système d’éducation, dont beaucoup seront mises en œuvre dans les deux premiers Common Schools Acts (1846 et 1850).

Egerton Ryerson croit que la pauvreté ne doit pas être un obstacle à l’éducation et que le Canada-Ouest doit disposer d’un système d’enseignement public gratuit et obligatoire. Il croit aussi que les écoles doivent enseigner la morale chrétienne afin de bonifier les individus et contribuer au progrès de la société. Ce nouveau système d’éducation, précurseur du système d’éducation actuel de l’Ontario, serait supervisé par le surintendant en chef des écoles, qui établirait des standards communs dans tout le Canada-Ouest. Egerton Ryerson recommande un système d’inspection scolaire efficace pour maintenir ces standards. Il recommande aussi des manuels standards dans tout le système et la création d’un dépôt pédagogique qui fournirait les manuels et le matériel pédagogique aux écoles à prix abordable. Le Journal of Education est créé pour aider les enseignants à se tenir à jour. Egerton Ryerson est un des fondateurs de la première école normale provinciale (1847), le premier collège d’enseignants de Toronto, qui deviendra plus tard le Toronto Teachers’ College puis l’Ontario Institute for Studies in Education. Le point culminant est le Common Schools Act de 1871, qui met en place un système d’écoles gratuites et obligatoires. L’Ontario y gagne un système d’écoles primaires et secondaires nouveau et accessible fondé sur ces principes.

Egerton Ryerson intervient aussi dans l’enseignement supérieur; il promeut les universités confessionnelles, où il voit le sommet du cheminement éducatif. Il croit que les individus aussi bien que la société peuvent être bonifiés par l’éducation et la religion. Il joue un rôle important dans la création par l’Église méthodiste de l’Upper Canada Academy en 1832 à Cobourg. En 1841, celle-ci devient une université et est renommée Victoria College. L’année suivante, Egerton Ryerson devient son principal. Il enseigne au collège et laisse parmi ses étudiants le souvenir d’un professeur intelligent, exigeant et parfois sévère. En 1892, dix ans après sa mort, le Victoria College est intégré à l’Université de Toronto et le campus est déménagé à Toronto.

Durant sa longue carrière en éducation, Egerton Ryerson rédige de nombreuses brochures et autres documents, ainsi qu’une autobiographie et plusieurs ouvrages sur l’histoire de la province. Il est aussi rédacteur en chef du Journal of Education for Upper Canada de 1848 à 1875.

Pensionnats indiens

Tout en prônant une instruction gratuite et obligatoire, Egerton Ryerson recommande un système distinct pour les élèves autochtones et non autochtones. Il propose que ceux-ci soient éduqués séparément et convertis au christianisme afin de les assimiler à la culture euro-canadienne. De telles écoles ont existé en Nouvelle-France dès le 17e siècle, mais ce n’est qu’en 1831 que le premier pensionnat indien du Haut-Canada est ouvert à Brantford. Egerton Ryerson est en accord avec les conclusions du rapport de la Commission Bagot (1842-1844), qui recommande la création d’écoles de travaux manuels dans lesquelles les enfants autochtones seront séparés de leur parents afin d’assurer leur assimilation.

En 1847, le service des Affaires indiennes du gouvernement commande à Egerton Ryerson un rapport sur les meilleures méthodes pour administrer des pensionnats indiens, dans le cadre d’un plus grand document intitulé Statistics Respecting Residential Schools. Dans ce rapport, il recommande que les élèves autochtones continuent à être éduqués dans des internats fondés sur le travail agricole, pour y recevoir un enseignement religieux et en langue anglaise. Les écoles formeraient des agriculteurs, tout en dispensant un enseignement équivalent à celui des écoles ordinaires. Il recommande de renommer les établissements « écoles industrielles » plutôt qu’« écoles de travaux manuels » afin d’encourager à la fois le travail physique et mental. Les élèves recevraient une formation agricole pendant deux à trois heures par jour (entre huit et douze pendant les mois d’été) et passeraient le reste de la journée à étudier des matières comme l’histoire, la géographie, l’écriture, la musique, la comptabilité ou la chimie agricole. Comme beaucoup de ses contemporains, Egerton Ryerson croyait que l’instruction religieuse était nécessaire pour assimiler les enfants autochtones et proposait que les écoles soient administrées par des organismes religieux et supervisées par le gouvernement. Sa proposition s’appuyait sur l’exemple de l’école pour indigents d’Hofwyl, en Suisse, qu’il avait visitée en 1845. Bien qu’Egerton Ryerson n’ait pas inventé l’idée, ses recommandations ont influencé les décisions prises lors du développement du désastreux système de pensionnats indiens du Canada.

Postérité et controverses

Depuis la création de la Commission de vérité et réconciliation du Canada (CVR) en 2008, le dialogue est ouvert concernant le rôle joué par Egerton Ryerson en élaborant le modèle des pensionnats indiens du Canada. Le Rapport final de la CVR, Volume 1, Première partie retrace l’influence qu’il a exercée sur la structure du système de pensionnats indiens. L’Université Ryerson, baptisée en son honneur quand elle ouvre ses portes sous le nom de Ryerson Institute of Technology, en 1948, publie en 2010 une déclaration reconnaissant le rôle qu’il a joué dans la conception du système de pensionnats indiens et l’effet dévastateur de ce dernier pour les peuples autochtones. Le 1er juillet 2017, l’association étudiante réclame que le nom de l’université soit changé et que la statue d’Egerton Ryerson soit retirée du campus, dans le cadre de ses demandes pour le 150e anniversaire du Canada. Jusque-là, la position de l’université a été de souligner le rôle pionnier d’Egerton Ryerson pour le système d’éducation publique, tout en reconnaissant sa contribution au système abusif des pensionnats indiens, une erreur désastreuse commise alors qu’il était en position d’autorité.

Sur une note plus positive, Egerton Ryerson a laissé sa marque sur de nombreuses autres institutions culturelles. En 1829, il fonde la maison d’édition Methodist Book Room, qui devient plus tard Ryerson Press et est finalement vendue à l’éditeur américain McGraw-Hill en 1970. Les édifices de l’École normale, sur St. James Square à Toronto, hébergent non seulement le programme de formation des enseignants mais aussi le ministère de l’Éducation ainsi que des expositions destinées au public. Celles-ci constituent le prototype des nombreux musées et galeries à fonds publics qui existent aujourd’hui dans tout l’Ontario, dont le Museum of Natural History and Fine Arts (créé en 1857), le premier musée à financement public du Canada, dont la collection commence grâce aux voyages d’Egerton Ryerson en Europe dans les années 1850; après la Confédération, il est renommé Ontario Provincial Museum et, plus tard, Musée royal de l’Ontario. Les édifices de St. James comprennent aussi un arboretum et un collège d’agriculture, qui conduit à la création de l’Ontario Agricultural College à l’Université de Guelph. L’école d’arts établie sur la propriété deviendra plus tard l’Université de l’École d’art et de design de l’Ontario.

Déterminé et parfois arrogant, Egerton Ryerson n’a jamais reculé dans une controverse, combinant un grand talent d’administrateur, une énergie infatigable et un esprit non partisan fortement motivé par ce qu’il croyait être le bien de sa province.

Mariages et vie personnelle

En 1828, Egerton Ryerson épouse Hannah Aikman à Hamilton. Elle meurt en 1832, peu après la naissance de leur deuxième enfant. Un certain temps, les membres de la famille l’aident à prendre soin des enfants, John et Lucilla Hannah. John meurt de la dysenterie en 1835, à l’âge de six ans, et Lucilla meurt de tuberculose en 1849, à 17 ans. En 1833,Egerton Ryerson épouse Mary Armstrong à York (Toronto). Ils ont ensemble deux enfants, Sophia en 1837 et Charles Egerton en 1847.


Lecture supplémentaire

  • Egerton Ryerson, The Story of My Life, ed. J.G. Hodgins (1883).