Conservatisme

Au Canada, l'idéologie des personnes qui s'identifient comme des conservateurs peut varier énormément.

Conservatisme

Au Canada, l'idéologie des personnes qui s'identifient comme des conservateurs peut varier énormément. Certains, comme les analystes des politiques du Fraser Institute ou encore Stephen HARPER, le chef de l'ALLIANCE CANADIENNE, préconisent un programme d'action qui consiste à baisser les impôts, à réduire la réglementation et à poursuivre la privatisation. D'autres, qu'on appelle les TORIES ROUGES, privilégient plutôt une intervention importante de l'État qui subviendrait aux besoins des plus pauvres de la société et prendrait un rôle actif dans le redressement des inégalités entre les régions.

Le conservatisme canadien tire son origine historique des « tories » britanniques de l'ère pré-industrielle. Il est renforcé par l'arrivée massive de LOYALISTES de l'Empire-Uni après la Révolution américaine. La plupart de ces loyalistes sont des monarchistes (voirMONARCHISME), partisans d'une société organisée et hiérarchique respectueuse de la loi et de l'ordre, idéaux auxquels adhèrent généralement les immigrants britanniques qui arrivent ici durant la première moitié du XIX<SUP>e</SUP> siècle. Les tendances conservatrices sont longtemps dominantes également au Canada français en raison de l'emprise de l'Église catholique et de la détermination d'un peuple conquis à préserver sa langue et sa culture.

Tandis que la Déclaration américaine d'indépendance proclame le droit à « la vie, à la liberté et à la poursuite du bonheur », l'ACTE DE L'AMÉRIQUE DU NORD BRITANNIQUE constitutionnalise des principes de PAIX, D'ORDRE ET DE BON GOUVERNEMENT. Quels qu'en soient les autres aspects, le conservatisme est fondé sur le respect de l'autorité légitime, de la tradition et de la continuité dans les affaires de la cité. Cela n'empêche pas les réformes nécessaires, mais les conservateurs ne veulent pas que ces dernières découlent d'un raisonnement abstrait sans lien avec l'expérience commune. La plupart des conservateurs canadiens passés et actuels souscriraient à la maxime d'Edmund Burke : « L'homme d'État idéal, à mon avis, allierait la tendance à préserver et la capacité d'améliorer ». Or, comme l'écrit l'historien W.L. MORTON, « Le [conservatisme canadien] n'a pas changé. Il continue d'être traditionaliste, respectueux de la Constitution, progressiste et pragmatique. Il se soucie de la saine application des lois établies plutôt que de l'élaboration de nouvelles lois, et du développement économique plutôt que de la réforme politique ».

Toutefois, le conservatisme canadien n'a jamais été l'apanage exclusif des tories. Les idées du fondateur de la tradition libérale des libertés civile et religieuse en Grande-Bretagne, le philosophe John Locke (1632--1704), ont toujours inspiré les conservateurs canadiens des deux tendances. D'ailleurs, les tendances tory et libérale coexistaient déjà au moment de la création du Parti conservateur par sir John A. MACDONALD en 1854.

Autrefois, les conservateurs canadiens se sentaient profondément attachés à la Grande-Bretagne, mais depuis la Deuxième Guerre mondial, même l'attrait de l'appartenance au COMMONWEALTH s'amoindrit. De manière générale, les conservateurs de tradition tory sont souvent nationalistes, car ils valorisent l'identité collective qui s'est créée au Canada au fil des ans. Pour leur part, les conservateurs nourris par la tradition libérale prônent plus souvent le libre échange et des liens plus étroits avec les États-Unis.

Depuis Macdonald, les gouvernements conservateurs ont souvent préconisé, à l'instar de Robert Stanfield, « un gouvernement fort et efficace, mais [envisageaient] un rôle limité ou restreint pour le gouvernement ». Les conservateurs canadiens ont introduit des programmes de bien-être social et lancé beaucoup d'entreprises publiques dans des domaines comme les transports, la radiotélévision, les banques, la mise en marché du grain et l'énergie hydroélectrique. Au pire, le conservatisme canadien est conformiste, autoritaire et ne tient pas assez compte des diversités raciales et régionales du Canada. L'attachement des conservateurs au principe de « paix, ordre et bon gouvernement » suscite dans le public une perception selon laquelle ceux-ci, et particulièrement les Progressistes-Conservateurs, forment une élite privilégiée, blanche, protestante et très à l'aise. Au mieux, le conservatisme canadien est humanitaire et pragmatique, sachant sacrifier l'idéologie en faveur d'un équilibre délicat entre les exigences contraires de l'ordre social et de la liberté individuelle.

Avec l'élection de Margaret Thatcher comme première ministre du Royaume-Uni et celle de Ronald Reagan à la présidence des États-Unis, l'attrait du néo-conservatisme augmente sensiblement au Canada. Le gouvernement conservateur de MULRONEY (1984-1993) négocie un accord de LIBRE-ÉCHANGE avec les États-Unis (se détachant ainsi de l'aversion traditionnelle des conservateurs pour le resserrement des liens commerciaux sur le continent) et cherche à réduire les interventions du gouvernement dans l'économie.

En 1987, un nouveau mouvement conservateur surgit au Canada. Basé en Alberta, ce mouvement dirigé par Preston MANNING trouve sa voix avec la création du PARTI RÉFORMISTE. Ce parti donne naissance à une nouvelle tendance conservatrice. Ses politiques sont fondées sur une réduction radicale des responsabilités de l'État dans les domaines économiques et sociaux, assortie à un transfert important des responsabilités d'Ottawa vers les provinces. Le Parti réformiste est remplacé par l'Alliance canadienne en l'an 2000. Le gouvernement conservateur provincial de Ralph KLEIN en Alberta et celui de Mike HARRIS en Ontario (avec sa «Révolution du Bon Sens») appliquent des programmes allant dans le même sens.

Au Canada, il existe nombre d'autres groupes qui se qualifient de conservateurs, dont certains sont ouvertement racistes et d'autres s'intéressent à une seule question, notamment le contrôle des armes à feu. Le groupe le plus important et le plus influent comprend sans doute des éléments de l'Église catholique et de certaines églises évangéliques qui interviennent dans la politique suite aux décisions de la Cour suprême sur des questions d'avortement et des droits des homosexuels. Ceux-ci espèrent qu'un changement politique permettra de renverser ces décisions judiciaires et de rétablir la famille traditionnelle et les valeurs judéo-chrétiennes.


Lecture supplémentaire

  • David Laycock, The New Right and Democracy in Canada (2002); Colin Campbell and William Christian, Parties, Leaders and Ideologies in Canada (1996); Thomas Flanagan, Waiting for the Wave: The Reform Party and Preston Manning (1995); George Grant, Lament for a Nation: The Defeat of Canadian Nationalism (1965).

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