Réserves en Ontario

L’Ontario compte 205 réserves et neuf établissements appartenant aux Premières Nations. Les membres des 126Premières Nations de l’Ontario résident dans ces collectivités, ainsi que dans d’autres collectivités non autochtones à travers la province. En 2016, 210159Indiens inscrits vivent en Ontario et 46% d’entre eux résident dans des réserves. Les réserves ontariennes sont détenues par les Ojibwés, les Cris, les Oji-Cris, les Haudenosaunee, les Potawatomi, les Delawares, les Outaouais et les Algonquins.

Géographie

Bien que tout l’Ontario soit le territoire traditionnel des Premières Nations, les réserves représentent moins de 1% de la superficie totale de la province. En comparaison, les parcs provinciaux et les autres aires protégées de l’Ontario en totalisent plus de 9%. La plus grande réserve de l’Ontario, d’une superficie de 426km2, est Wiikwemkoong, située à l’extrémité est de l’île Manitoulin , dans la baie Georgienne . À titre de comparaison, London , en Ontario, est d’une superficie de 420km2.

En général, les réserves cries et oji-cries dominent le nord de l’Ontario tandis que les collectivités ojibwées , outaouaises et des Mississauga sont concentrées le long des rives des Grands Lacs ; les Haudenosaunee , quant à eux, occupent les régions sud-ouest et est de la province. Les autres nations ayant des réserves en Ontario sont les Potawatomi, établis dans le sud de l’Ontario et l’est de la baie Georgienne, les Delawares et les Munsee-Delawares du sud de l’Ontario et les Algonquins de la vallée de l’Outaouais. Certaines collectivités ont plusieurs réserves. Par exemple, la Première Nation de Batchewana en a quatre: Goulais Bay, Obadjiwan, Rankin Location et Whitefish Island. De plus, 34réserves– toutes situées dans le nord de l’Ontario– sont uniquement accessibles par avion ou par routes d’hiver.

Démographie

Première Nation de Mattagami

Fille d’Alex Luke, photographiée dans la Première Nation de Mattagami en 1958. Mattagami est une collectivité ojibwée et oji-crie située entre Sudbury et Timmins, en Ontario.

La majorité des réserves ontariennes sont détenues par les Ojibwés (Anishinaabeg), suivis par les Cris, les Haudenosaunee, les Potawatomi, les Delawares, les Outaouais et les Algonquins. Les Six Nations de la rivière Grand représentent la réserve la plus peuplée en Ontario. En 2017, 27276Indiens inscrits vivent en Ontario et 47% d’entre eux (soit 12848) résident dans des réserves. Les Mohawks d’Akwesasne constituent la deuxième population en importance: de leurs quelque 12556membres (en 2017), près de 79% (soit 9871) vivent sur la réserve.

Comme dans les autres provinces, les résidents des réserves ontariennes sont généralement plus jeunes que les populations autochtones vivant à l’extérieur des réserves. En 2016, 42% des Indiens inscrits vivant sur une réserve de la province sont âgés de 24ans ou moins, comparativement à 29,2% de ceux vivant à l’extérieur des réserves.

Histoire

Avant l’arrivée des Européens, les Premières Nations chassent, cueillent et cultivent partout en Ontario et dans les régions environnantes. À l’arrivée des Européens au début des années1600, les Premières Nations participent au commerce des fourrures et se battent parfois pour l’accès aux ressources, notamment pendant les guerres des Iroquois , des Renards et des Dakotas. Dès leur arrivée en Ontario, les Européens cherchent à créer des alliances avec les Premières Nations par le biais de traités; toutefois, ce n’est qu’à partir des années1850 que les traités incorporent le concept de réserves. Jusque-là, les traités ne mentionnent pas les réserves, bien que les terres des Premières Nations signataires ainsi que des montants d’argent et d’autres cadeaux fassent souvent partie de l’entente. Ces terres finissent par faire partie du système des réserves à la suite de la création de la Loi sur les Indiens en 1876.

Les premiers traités en Ontario qui mènent directement à la création de réserves sont les traités Robinson-Huron et Robinson-Supérieur de 1850. Connues collectivement sous le nom de traités Robinson, ces ententes sont signées avec les collectivités ojibwées de la rive nord des lacs Huron et Supérieur ( voir Traités autochtones au Canada ).

Les traités conclus en Ontario continuent d’appliquer le système de réserves jusqu’en 1923, année où le Canada cesse d’adopter des traités. Les ententes conclues au cours de cette période sont les traités n°3, n°5 et n°9, signés avec les collectivités ojibwées et cries du nord de l’Ontario, ainsi que les traitésWilliams (les derniers à être signés en Ontario et au Canada), signés avec les Chippewas des lacsSimcoe et Huron, et avec les Mississaugas de la rive nord du lac Ontario et du centre de l’Ontario.

Plusieurs Premières Nations en Ontario vivent sur des terres non cédées, c’est-à-dire qu’elles n’ont jamais donné leur territoire au gouvernement fédéral. Ces Premières Nations font partie des signataires des traitésRobinson. Contrairement aux traités leur ayant succédé, les traités Robinson ne prévoient pas la cession des terres choisies par les Premières Nations signataires pour leurs réserves.

En comparaison, les traités numérotés obligent les Premières Nations à choisir des réserves sur les terres qu’elles cèdent. En plus des signataires des traitésRobinson, quelques Premières Nations habitent sur des terres non cédées, ayant refusé de signer les traités. La Première Nation de Wiikwemkoong, par exemple, refuse de signer le traité McDougall de 1862, qui porte sur les terres des Anishinaabe de l’île Manitoulin. En vertu de la Loi sur les Indiens, toutes les terres mises à l’usage d’une Première Nation sont traitées comme une réserve, qu’elles se trouvent sur un territoire cédé ou non. Cependant, le fait que ces terres n’aient jamais été cédées est une distinction importante pour les collectivités concernées.

Les revendications territoriales , aussi connues sous le nom de traités modernes, débutent après 1972. Les revendications territoriales tentent de faire reconnaître les droits des peuples autochtones qui n’ont pas signé de traités, comme la Première Nation de Wiikwemkoong, et de régler les griefs des Premières Nations signataires qui n’ont pas reçu ce à quoi elles avaient droit (voir Revendications territoriales globales: traités modernes et Peuples autochtones: Revendications particulières ).

Première Nation de Neskantaga

Des femmes font sécher de la sphaigne dans la Première Nation de Neskantaga (anciennement Lansdowne House) en 1956. Neskantaga est une collectivité oji-crie située sur la rive du lacAttawapiskat dans le nord de l’Ontario.

Il existe de nombreux exemples de Premières Nations en Ontario qui utilisent le processus de règlement des revendications territoriales comme moyen de réparer les torts causés par les traités. Par exemple, la Première Nation de GullBay, située sur la rive ouest du lacNipigon , croit au départ que le traité Robinson Supérieur lui promet une réserve de 16lieues françaises carrées, ce qui reflète la mesure de la distance qu’elle a apprise des commerçants de fourrure français. Elle reçoit plutôt une réserve de 16 milles carrés. Ce genre de malentendu est un problème avec tous les traitésRobinson. Bien que les traités décrivent la superficie des terres de réserve en milles, les Premières Nations supposent que les terres sont mesurées en lieues françaises– la seule unité de mesure européenne qu’elles connaissent. Étant donné qu’une lieue représente environ deux fois et demie la taille d’un mille et demi, les réserves sont beaucoup plus petites que ce dont les Premières Nations croient avoir convenu. Des problèmes surviennent également lorsque les arpenteurs et les Premières Nations ont de la difficulté à situer les limites des réserves énoncées dans les traités. De plus, les arpenteurs, avec l’aide de spéculateurs fonciers et miniers, veillent à ce que les frontières des réserves excluent les zones déjà peuplées ou qui contiennent des ressources minérales précieuses. En 2016, la Première Nation de GullBay présente une revendication territoriale, demandant une compensation de 150millions de dollars pour les années où elle aurait pu tirer des revenus des activités minières et de foresterie , si la réserve avait été de la taille convenue.

Le processus de règlement des revendications territoriales crée également de toutes nouvelles réserves pour certaines nations. La Première Nation crie de Missanabie, par exemple, se voit promettre une réserve en 1906, en vertu du Traité n°9. Toutefois, les terres promises ne sont jamais arpentées ou mises à la disposition de la collectivité. En 1993, elle présente une revendication territoriale, demandant les terres de réserve auxquelles elle a droit. En 2010, 104ans après la signature du Traité n°9 et 17ans après le dépôt de la revendication territoriale, le gouvernement de l’Ontario consacre près de 39km² de terres au nord-est de Sault Ste. Marie à la collectivité. En 2018, les terres deviennent une réserve.

Les Premières Nations de tout l’Ontario, comme les Six Nations de la rivière Grand, FortSevern, la Première Nation crie de la Moose et Walpole Island, continuent de négocier avec le Canada pour régler les revendications en suspens liées à la perte et au retour des terres de réserve.

Politique

Première Nation de Garden River

Pont ferroviaire qui traverse la Première Nation de Garden River. Garden River est une collectivité ojibwée située près de Sault Ste. Marie, en Ontario.

La gouvernance des Premières Nations en Ontario connaît divers changements au fil du temps. Traditionnellement, les Premières Nations sont gouvernées par des chefs héréditaires nommés par diverses méthodes, en fonction de la collectivité. Par exemple, dans les Six Nations de la rivière Grand, les femmes âgées consultent leurs clans étendus, puis choisissent les chefs héréditaires, alors que chez les Anishinaabeg de Sault Ste. Marie, les chefs héréditaires sont toujours choisis dans le clan Crane. Ces systèmes traditionnels de gouvernance restent en place après la création des réserves. Toutefois, lorsque la Loi sur les Indiens entre en vigueur en 1876, la gouvernance des Premières Nations– en Ontario et partout au pays– s’affaiblit quelque peu.

En vertu de la Loi sur les Indiens, chaque réserve a généralement droit à un chef et à un conseiller pour 100membres de la Première Nation. Le chef et les conseillers sont élus tous les deux ans. Au départ, les Premières Nations peuvent choisir d’adopter ou non le système de gouvernance de la Loi sur les Indiens; toutefois, en 1884, son utilisation devient obligatoire. En imposant le système électoral prévu par la Loi sur les Indiens, le gouvernement fédéral vise à assimiler les peuples autochtones en uniformisant leurs processus électoraux.

Première Nation de Batchewana

Bureau administratif de la Première Nation de Batchewana. Batchewana est une collectivité ojibwée située près de Sault Ste. Marie, en Ontario.

En 1988, le gouvernement fédéral donne aux Premières Nations la possibilité d’adapter leur processus électoral, conformément à la Loi sur les Indiens. Grâce à cette nouvelle loi, la moitié des Premières Nations en Ontario adoptent leur propre processus électoral en 2015; les autres Premières Nations continuent, quant à elles, d’utiliser le système original. Les systèmes électoraux personnalisés peuvent varier considérablement d’une nation à l’autre. Le chef des Six Nations de la rivière Grand, par exemple, est élu dans l’ensemble de la réserve, tandis que 12conseillers sont élus en paires dans six districts. La Première Nation ojibwée de Saugeen se trouve à l’opposé: elle décide d’élire un chef à vie en 1997. Lorsque le chef en place décédera, un nouveau chef à vie sera choisi pour servir jusqu’à sa mort.

En 2014, la Loi sur les élections au sein de premières nations est adoptée. Elle ne remplace pas la Loi sur les Indiens ni les systèmes de gouvernance personnalisés, mais permet plutôt aux bandes d’adopter une forme modifiée du système électoral de la Loi sur les Indiens. Par exemple, en vertu de la Loi de 2014, un chef et un conseil sont élus pour quatre ans au lieu de deux. En mars2019, on compte huit Premières Nations en Ontario ayant adopté cette forme de gouvernance.

Quel que soit le système électoral qu’elles utilisent, les Premières Nations de l’Ontario reçoivent des fonds du gouvernement fédéral dans le cadre d’ententes annuelles. Leurs revenus proviennent également des intérêts sur les fonds en fiducie détenus par le gouvernement et des développements économiques, comme les parcs d’affaires, les projets forestiers, les terrains de golf et les activités touristiques. Comme la croissance démographique et l’inflation ne sont pas accompagnées d’une hausse importante du financement fédéral, les réserves ontariennes disposent de ressources éducatives, de logements et d’autres infrastructures inadéquats.

Difficultés

Les personnes habitant sur des réserves en Ontario font souvent face à des difficultés avec lesquelles leurs voisins non autochtones n’ont pas à composer. Il peut s’agir de niveaux d’éducation inférieurs, de possibilités économiques moins nombreuses et de logements inadéquats. On peut constater d’autres disparités lorsque l’on compare les réserves sur le plan géographique: les réserves au sud de la province ont tendance à jouir de meilleures conditions que les réserves situées au nord. Bien que le financement gouvernemental des réserves soit le même, peu importe leur emplacement, les réserves au sud sont plus près des grands centres urbains, ce qui leur offre de meilleures possibilités d’emploi et d’éducation.

De plus, les réserves au nord, en particulier les collectivités qui sont accessibles uniquement par avion, ont tendance à faire face à des crises du logement, ce qui n’est pas le cas des réserves plus au sud. Par exemple, le 28octobre2011, la Première Nation d’Attawapiskat, située sur la rive est de la baieJames , déclare l’état d’urgence en raison d’une crise du logement. Au printemps2018, 50nouvelles maisons sont construites; cependant, 300familles figurent sur la liste d’attente pour un logement et on estime que la collectivité aura besoin de 595nouvelles maisons d’ici 2030. Il y a environ sept personnes par ménage à Attawapiskat, comparativement à la moyenne provinciale de 2,7. Par ailleurs, sur les 22avis d’ébullition de l’eau à long terme touchant les réserves de l’Ontario, 18concernent les réserves au nord. (Un avis d’ébullition de l’eau indique que l’eau est impropre à la consommation ou à l’hygiène personnelle. Le gouvernement fédéral définit «à long terme» comme un avis en vigueur depuis un an ou plus.)

La pollution environnementale a également des répercussions sur la santé et le bien-être des collectivités. Par exemple, les habitants de GrassyNarrows voient leur mode de vie traditionnel anéanti par la contamination au mercure de leur réseau hydrographique. Cette contamination détruit la pêche vivrière de la collectivité et a des répercussions négatives sur la santé et le bien-être de plusieurs générations. GrassyNarrows cherche toujours les mesures appropriées pour lutter contre la pollution continue par le mercure sur leurs terres. De même, la Première Nation de SerpentRiver est touchée par la contamination des déchets nucléaires provenant des anciennes mines d’ uranium d’ Elliot Lake , une ville située au nord de la réserve. Les terres de la réserve et la santé de la population sont également touchées par la présence d’une usine d’acide sulfurique construite sur le territoire de la collectivité en vue d’employer les Premières Nations locales et de fournir ce produit aux mines d’Elliot Lake. Au terme d’un long processus, le gouvernement fédéral accepte finalement de nettoyer l’usine d’acide sulfurique en 1988 et en 1989. Le site est alors transformé en terrain où se tiennent les pow-wow de la réserve. Lorsque les habitants découvrent par la suite que l’acide sulfurique résiduel érode les mocassins , le terrain de pow-wow est déplacé à une altitude plus élevée; la collectivité négocie à nouveau (en 2019) un nettoyage du site.

Arts et culture

Vidéoclip de Midnight Shine pour sa reprise de Heart of Gold de Neil Young. Adrian Sutherland, le chanteur principal du groupe cri Midnight Shine, est originaire de la Première Nation d’Attawapiskat. La vidéo met en vedette des membres de sa collectivité et comporte un vers chanté en cri.

Les réserves ontariennes produisent de nombreux acteurs, artistes et athlètes célèbres. Parmi les acteurs connus, mentionnons JaySilverheels , originaire des Six Nations, qui est célèbre pour son rôle de Tonto dans The Lone Ranger (1949-1957) et GrahamGreene , également originaire des Six Nations, qui est connu pour ses rôles dans la série télévisée Red Green Show (1991-2006), ainsi que pour les films Maverick (1994), Il danse avec les loups (1990) et Clearcut (1991).

Parmi les artistes célèbres, notons NorvalMorrisseau de la Première Nation de Sand Point (dorénavant la Première Nation Bingwi Neyaashi Anishinaabek). Il fonde la Woodland School of Art et fait partie du Groupe indien des sept . La culture anishinaabeg, à laquelle il appartient, est une source d’inspiration pour son art et le pousse à créer des œuvres lumineuses et vibrantes qui sont reconnues dans le monde entier. Tout comme NorvalMorrisseau, l’artiste DaphneOdjig , originaire de la Première Nation de Wiikwemkoong, fait partie du Groupe indien des sept. Une grande partie de son œuvre explore les mythes et l’histoire anishinaabeg ainsi que l’importance des relations entre les êtres vivants.

Les athlètes connus comprennent TomLongboat (Six Nations) pour la course, Ted et JordanNolan (Garden River) pour le hockey et TaraHedican (Eabametoong) pour la lutte.


Mots-clés // Réserves

Réserve

Terre mise de côté par le gouvernement fédéral pour l’usage d’une bande autochtone. Les réserves sont gérées en vertu de la Loi sur les Indiens.

Établissement

Endroit, généralement sur des territoires provinciaux, où la majorité de la population est autochtone. Contrairement aux réserves, les établissements ne sont pas encadrés par la Loi sur les Indiens.

Bande

Terme colonial défini par la Loi sur les Indiens et désignant un groupe des Premières Nations qui possède, généralement, une terre de réserve. Plusieurs bandes préfèrent la dénomination de Première Nation et ont changé leur nom en conséquence.

Premières Nations

Peuples autochtones du Canada qui ne sont ni métis ni inuits. Le terme « Première Nation » peut aussi désigner une bande ou un peuple faisant partie d’un plus grand groupe autochtone. Par exemple, la Première Nation crie comprend plusieurs petites communautés (ou bandes), comme la Première Nation crie de Beaver Lake, en Alberta, et la Première Nation crie de Moose, en Ontario.

Indien inscrit

Terme juridique appliqué aux membres des Premières Nations dont le nom est inscrit dans le Registre des Indiens, un document tenu par le gouvernement fédéral. Pour obtenir le statut d’Indien inscrit, certains critères définis dans la Loi sur les Indiens doivent être respectés.

Liens externes