Les prix Nobel et le Canada

  Douze Canadiens sont honorés d'un prix Nobel scientifique : F.H. BANTING et J.J.R MACLEOD (né en Grande-Bretagne) gagnent celui de médecine et physiologie en 1923; Gerhard HERZBERG, Henry Taub, John POLANYI et Rudolph Marcus, le prix de chimie respectivement en 1971, 1983, 1986 et 1992.

Nobel Prize medal
(© Bertil Jonsson/Dreamstime)

Comment a été créé le prix Nobel?

Dans son testament, l’inventeur de la dynamite, le Suédois Alfred Nobel (1833-96), ordonne à ses exécuteurs de mettre sur pied cinq prix visant à récompenser les contributions positives à l’humanité en physique, en chimie, en physiologie ou médecine, en littérature et en matière de paix. La fondation Nobel voit le jour en 1900 pour exécuter cette mission et décerne les premiers prix l’année suivante. La fondation remet annuellement les cinq premiers prix jusqu’en 1969, année où la Banque de Suède commencer à subventionner un sixième prix : celui d’économie.

Chaque prix Nobel consiste en une médaille et un prix en argent. Bien que sa valeur monétaire (en couronnes suédoises) varie, le prix s’élevait généralement à plus d’un million de dollars canadiens dans les récentes années. Deux ou trois gagnants se partagent souvent le prix, et celui pour la paix peut être remis tant à des organisations qu’à des individus.

Quel est le processus de sélection?

Plusieurs personnes peuvent nommer des candidats, notamment des professeurs d’université, des scientifiques, des parlementaires et les anciens gagnants du prix Nobel. Un individu ne peut pas se nommer lui-même.

Le saviez-vous?
La fondation Nobel garde secret les noms des nommés et des présentateurs durant 50 ans. Au cours de cette période, elle tait également les détails sur les « enquêtes et opinions » entourant le processus de sélection.

Des comités du prix Nobel dans quatre institutions différentes sélectionnent des gagnants parmi les nommés. L’Académie royale des sciences de Suède décerne les prix pour la physique, la chimie et l’économie. L’Académie suédoise, une institution culturelle indépendante, décerne le prix Nobel de littérature. L’Assemblée Nobel de l’institut Karolinska, une université de médecine suédoise, décerne le prix Nobel de physiologie ou de médecine. Le comité Nobel norvégien, nommé par le parlement norvégien, remet le prix Nobel de la paix.

Prix Nobel en physique : les gagnants canadiens

Affiche sur les travaux de Donna Strickland
Les travaux de Donna Strickland sur l’amplification d’impulsions par dérive de fréquence ont jeté les bases des impulsions laser les plus courtes et les plus intenses jamais créées. Ces dernières sont utilisées dans la recherche sur l’action des forces sur la matière à des températures et des pressions extrêmes et en chirurgie oculaire. (Avec la permission d'Ingenium)
Photographie du physicien Richard E. Taylor
Richard Taylor a remporté le Prix Nobel en Physique en 1990. Photo prise en 1967.) (avec la permission du Département de l'Énergie des États-Unis/domaine public)

Six Canadiens ont remporté le prix Nobel de physique. Le premier est Richard E. Taylor, qui partage le prix en 1990 avec les Américains Jerome I. Friedman et Henry W. Kendall pour leur travail à l’Université de Stanford sur le développement du modèle des quarks, en physique des particules.

En 1994, Bertram Brockhouse partage le prix avec l’Américain Clifford G. Shull. Brockhouse remporte sa part du prix pour avoir développé la spectroscopie des neutrons.

En 2009, Willard S. Boyle et George E. Smith partagent le prix avec Charles Kuen Kao, un citoyen anglo-américain. Boyle et Smith sont récompensés pour avoir inventé le dispositif à transfert de charges (ou capteur d’image CCD) en 1969, un appareil qui capte la lumière et la convertit en information numérique utile. Le CCD est largement utilisé dans les caméras numériques modernes et est une importante composante des appareils télescopiques, tel que le télescope spatial Hubble.

En 2015, Arthur B. McDonald partage le Nobel avec le Japonais Takaaki Kajita. Ils ont découvert que les neutrinos (une des plus petites particules fondamentales) ont bel et bien une masse. On croyait que les neutrinos avaient une masse nulle. Selon l’Académie royale des sciences de Suède, « la découverte change notre compréhension des rouages les plus cachés de la matière. »

En 2018, Donna Strickland partage le prix avec Gérard Mourou de la France et Arthur Ashkin des États-Unis. Strickland et Mourou, son directeur de thèse, sont récompensés pour le développement d’impulsions de lumière laser de haute intensité et ultracourtes. Cette technologie est utilisée en chirurgie oculaire et dans la production de petits appareils médicaux.

Prix Nobel en chimie : les gagnants canadiens

Gerhard Hertzberg
Gerhard Herzberg, prix Nobel (avec la permission du Conseil national de recherches du Canada).
John Polanyi
John Polanyi recevant son prix Nobel de chimie de la part du roi Carl Gustaf de Suède, le 10 décembre 1986 (photo de Rolf Hamilton, Pressens Bild).

Cinq Canadiens ont remporté le prix Nobel de chimie. Le premier est Gerhard Herzberg. En 1971, il remporte le Nobel de chimie pour sa recherche sur la structure moléculaire. Son travail se concentre sur les radicaux libres, de petites composantes des molécules qui se détachent durant les réactions chimiques.

Henry Taube remporte le Nobel de 1983 pour avoir fait avancer la compréhension des scientifiques quant à la circulation d’électrons dans les complexes métalliques.

En 1986, John Polanyi partage le prix de chimie avec le Taïwanais Yuan T. Lee et l’Américain Dudley R. Herschbach. Chacun a étudié la dynamique des réactions chimiques. Polanyi remporte sa part du prix pour le développement d’une méthode visant à cartographier les réactions chimiques en mesurant les faibles émissions infrarouges qu’elles émettent.

Sidney Altman, qui possède la double citoyenneté canadienne et américaine, partage en 1989 le prix avec l’Américain Thomas Cech, après qu’ils découvrent que l’ARN (un matériel génétique) peut jouer le rôle de biocatalyseur ou d’enzyme.

En 1993, Michael Smith partage le prix avec l’Américain Kary Mullis pour le développement de la mutagenèse in vitro, une technique d’importance cruciale utilisée en génie génétique. Cette découverte permet aux chercheurs de mieux comprendre comment fonctionnent les gènes reliés au cancer et aux virus.

Prix Nobel de physiologie ou médecine : les gagnants canadiens

Frederick Banting
Frederick Banting est l'une des personnes qui a découvert l'insuline. Il a partagé le premier prix Nobel décerné à des Canadiens (oeuvre d'Irma Coucill).

Trois Canadiens remportent le prix Nobel de physiologie ou médecine. Les deux premiers sont attribués à Frederick Banting et à J.J.R. Macleod en 1923 pour la découverte de l’insuline.

En 1981, David Hubel partage le prix avec Torsten Wiesel, Suédois de naissance, pour leur travail révolutionnaire sur la cartographie du cortex visuel du cerveau.

Prix Nobel en littérature : les gagnants canadiens

Alice Munro remporte le prix Nobel de littérature en 2013 pour sa maîtrise de la nouvelle. Cette victoire ouvre le débat quant à savoir qui de Munro ou de Saul Bellow est le premier Canadien à remporter le prix en littérature. Certains commentateurs suggèrent que Bellow, Montréalais de naissance, qui a remporté le prix en 1976, aurait abandonné sa citoyenneté canadienne en devenant Américain en 1941. (À l’époque, peu d’Américains ont le droit de posséder la double citoyenneté.)


Prix Nobel de la paix : les gagnants canadiens

Les prix Nobel de la paix sont surtout politiques ; ils sont remis à des organisations comme la Croix-Rouge et UNICEF, ou à des individus.

Lester B. Pearson remporte le prix Nobel de la paix en 1957 pour les solutions diplomatiques qu’il apporte dans la crise de Suez de 1956.

La moitié du prix Nobel de 1995 est décerné aux conférences de Pugwash sur la science et les affaires internationales, une série de rencontres entre scientifiques et décideurs politiques mise sur pied en 1957 à Pugwash, en Nouvelle-Écosse. L’objectif de ces conférences est la réduction du rôle, et l’élimination éventuelle, des armes nucléaires (voir Pugwash gagne le prix Nobel).

En 1999, James Orbinski, président du conseil international de Médecins Sans Frontières (Doctors Without Borders), accepte le prix au nom de l’organisation.

La moitié du prix Nobel de la paix de 2007 est décerné au Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) des Nations Unies, dont l’un des auteurs principaux est le climatologue Andrew Weaver.

Lester B. Pearson
Lester B. Pearson Présentant le Prix Nobel qu'il a mérité pour son rôle dans le dénouement de la crise de Suez (avec la permission des Bibliothèque et Archives Canada/C-94168).

Prix Nobel d’économie

Le prix en sciences économiques ne fait pas partie des cinq subventionnés par Alfred Nobel. Officiellement appelé Prix de la banque de Suède en sciences économiques à la mémoire d’Alfred Nobel, il est financé par la banque de Suède à la mémoire de Nobel longtemps après sa mort. Pourtant, il est officieusement appelé le prix Nobel d’économie, car l’Académie royale de Suède le remet annuellement en même temps que les autres prix scientifiques, et ce, depuis 1969. Trois de ces lauréats sont nés au Canada et sont plus tard devenus Américains : William Vickrey (1996), Robert Mundell (1999) et Myron Scholes (1997). En 1999, un article du Maclean’s affirme que Mundell possède toujours sa citoyenneté canadienne.

Questions de nationalité

Il n’est pas rare que des lauréats du prix Nobel aient vécu ou travaillé dans plus d’un pays. Conséquemment, il n’est pas toujours aisé de déterminer quelles nations peuvent raisonnablement « revendiquer » certains gagnants comme les leurs. Le Canada a plusieurs exemples de victoires « canadiennes » contestables, en plus de celles déjà mentionnées dans les sections sur les prix reliés à la littérature et à l’économie.

Les chimistes canadiens de naissance William Giauque (prix de 1949) et Rudolph Marcus (prix de 1992) ont passé leur carrière aux États-Unis et sont devenus des citoyens américains à une époque où la double citoyenneté n’était pas accessible à tous. Ils ont fort probablement dû renoncer à leur citoyenneté canadienne dans le processus. Marcus est cependant un membre étranger de la Société royale du Canada.

Charles Huggins (1966) et Ralph Steinman (2011), deux lauréats canadiens de naissance et lauréats du prix Nobel de physiologie ou médecine, sont devenus des citoyens américains naturalisés et ont été affiliés à des institutions américaines presque tout au long de leur carrière. Le Britannique de naissance Jack Szostak (2009) a quant à lui passé une partie de son enfance au Canada et il y a fait ses études avant de plus tard devenir citoyen américain.

Politique et controverses

Les prix Nobel se politisent dès 1936 quand le prix Nobel de la paix est décerné à Carl von Ossietzky, un citoyen allemand alors prisonnier d’un camp de concentration. Adolf Hitler décrète qu’aucun Allemand ne devrait accepter le prix Nobel. Trois scientifiques allemands qui ont été contraints de refuser des prix en 1938 et en 1939 reçoivent donc leurs médailles (mais pas le prix en argent) après la Deuxième Guerre mondiale. Les autorités de l’Union soviétique interdisent à Boris Pasternak d’accepter le prix Nobel de littérature en 1958. La politicienne birmane Aung San Suu Kyi et le militant chinois pour les droits de la personne Liu Xiaobo sont tous deux prisonniers politiques lorsqu’ils remportent le prix Nobel de la paix, respectivement en 1991 et en 2010.

Deux personnes refusent aussi leur prix Nobel : le Français Jean-Paul Sartre (littérature, 1964) et Le Duc Tho du Vietnam (paix, 1973). Les prix Nobel en sciences sont généralement perçus comme apolitiques, et aucun n’a été refusé. Ils ne sont cependant pas dépourvus de controverse, surtout dans le cas où plusieurs scientifiques contribuent à une découverte. Celle de l’insuline au Canada en est un bon exemple.

 Ampoule d'insuline
(avec la permission de Connaught Laboratories, University of Toronto).

Le prix Nobel de littérature est remis sur une base plus subjective que ceux remis en science (où le nombre de citations de recherche indique la réputation internationale d’un individu). Alfred Nobel stipule dans son testament que le prix de littérature doit être remis à « l’œuvre des plus remarquables ayant fait preuve d’un puissant idéal », indépendamment de la nationalité de l’auteur. L’Académie suédoise est cependant critiquée depuis fort longtemps parce qu’elle a décerné la plupart des prix à des auteurs européens. En 1984, l’organisation admet que le manque de représentativité mondiale est problématique. Bien que des efforts soutenus pour « atteindre une distribution mondiale » sont déployés, les allégations d’eurocentrisme persistent dans les années 2000. Qui plus est, les femmes sont largement sous-représentées : elles composent moins de 15 % de la liste des lauréats du prix de littérature.

Le prix Nobel de littérature de 2018 est différé lorsque 18 femmes portent des allégations d’agression sexuelle contre Jean-Claude Arnault, le mari d’une membre de l’Académie suédoise, Katarina Frostenson. Plusieurs des présumées agressions se seraient produites à l’Académie suédoise. Suite aux allégations, Frostenson est exclue du comité.


Lecture supplémentaire

  • Harriet Zuckerman, Scientific Elite: Nobel Prizes in the United States (1977).

Liens externes