L'Acadie est fondamentalement un pays d'histoire, et son statut actuel est celui d'une collectivité minoritaire aux contours flous, mais dotée d'un imaginaire vigoureux. Issue de la colonisation française du XVIIe siècle sur la côte atlantique nord-américaine, elle est le lieu des premiers établissements agricoles européens dans ce qui deviendra le Canada.

L'origine du terme

L'origine du terme « Acadie » remonte probablement à Giovanni da Verrazzano, un explorateur italien au service du roi de France. En 1524, Verrazzano effectue son premier voyage dans le Nouveau Monde et nomme « Arcadie » la région côtière s'étendant près du Delaware, en notant la « beauté de ses arbres ». Dans la Grèce antique, l'Arcadie faisait référence à une région du Péloponnèse perçue comme un paradis sur Terre. Les explorateurs et cartographes du XVIe siècle et du XVIIe siècle ont situé cette référence un peu plus au nord et ont altéré le terme, de telle sorte qu'en 1620, le terme « Acadie » désigne communément la région actuellement comprise dans les provinces martime du Canada.

Un pays

L'Acadie est un pays dans son sens premier, à savoir un territoire historiquement et toujours habité (voir Histoire de l'Acadie), lequel à son tour habite culturellement ses occupants. Ses traditions culturelles remontent à la colonisation et s'articulent autour des références à la langue française, à la religion catholique et à la vie rurale (agricole et maritime). L'expérience dramatique de la déportation des populations acadiennes, à la date symbolique de 1755, noue l'histoire, la mythologie et le rêve collectif de l'Acadie contemporaine.

Ses frontières

La géographie n'a pas la tâche facile pour dresser la carte de l'Acadie qui est sans véritables frontières géopolitiques (voir Acadie contemporaine). En s'appuyant sur les critères de la langue maternelle française et du sentiment d'appartenance acadienne dans les provinces maritimes du Canada, elle parvient à identifier un archipel de communautés concentré principalement au Nord, au Nord-Est et au Sud-Est du Nouveau-Brunswick, aux deux extrémités de la Nouvelle-Écosse et dans la région Évangéline de l'Île-du-Prince-Édouard. Ce faisant, elle délaisse les populations d'origine et parfois d'identité acadiennes, la dite « diaspora », habitant au Québec (Gaspésie, Îles de la Madeleine, etc.), en France ou en Louisiane et qui partagent la mémoire collective de la déportation.

Une société et son identité

Plus que toute autre minorité francophone au Canada, les Acadiens ont su développer une véritable société. Des institutions à caractère politique regroupent collectivement les Acadiens depuis la fin du XIXe siècle. Aujourd'hui, on ne compte plus le nombre d'institutions, d'entreprises, d'associations et d'événements qui affirment leur « acadianité » et qui font la vitalité de cette société minoritaire. C'est leur action collective auprès des instances gouvernementales fédérales et provinciales (Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Écosse et Île-du-Prince-Édouard) qui ont permis l'acquisition et le maintien de droits linguistiques, notamment au niveau scolaire. Le succès le plus retentissant de cette lutte a sans doute été la reconnaissance du caractère bilingue du Nouveau-Brunswick en 1982 (voir Loi constitutionelle de 1982 : document) et la reconnaissance des deux droits égaux des deux communautés de langue officielle de cette province dans la Constitution canadienne en 1993.

Les arts et les lettres expriment une vitalité culturelle qui se partage entre une orientation traditionnelle et une volonté de rupture postmoderne (voir Culture de l'Acadie). Le monde artistique participe pleinement dans l'espace public et, bien souvent, est à l'avant-scène de la définition identitaire.

L'avenir

Si la population acadienne a longtemps été perçue sous l'angle de son ethnicité, de son attachement à ses traditions, aujourd'hui elle s'inscrit bel et bien dans la modernité. La notion de petit pays rural ne saisit plus la pluralité des expériences sociales et des statuts sociaux auxquels sont parvenus les Acadiens. Leur participation sur la scène canadienne n'a pas été aussi influente que celle du Canada central, mais elle a su maintenir la question des minorités francophones à l'ordre du jour.

Pendant que des Acadiens s'acharnent à édifier un territoire politique, économique et culturel qui se veut tourné vers l'avenir, d'autres oeuvrent à l'échelle canadienne et à l'échelle de la francophonie mondiale, contribuant à la reconnaissance symbolique de leur pays.