Couture, Guillaume

Guillaume (William) Couture. Professeur, chef d'orchestre, maître de chapelle, compositeur, organiste, baryton, critique (Montréal, 23 octobre 1851 - 15 janvier 1915). Après de premières études de solfège à l'école primaire, il était à 13 ans maître-chantre à l'église Sainte-Brigide, sa paroisse natale. Il dirigea ensuite le choeur de l'église Saint-Jacques-le-Mineur (1868?-73) tout en enseignant le solfège à l'École normale Jacques-Cartier. En 1873, grâce à l'appui de Léon A. Sentenne, prêtre de Saint-Sulpice et curé de Saint-Jacques, il se rendit à Paris où, le 20 juin, il passa avec succès l'examen d'admission au Conservatoire, section des étrangers. Il y travailla le chant avec Romain Bussine et l'harmonie avec Théodore Dubois. En un an, il couvrit un programme normalement réparti sur trois ans et, après une deuxième année, il maîtrisait le contrepoint, la fugue, l'orchestration et s'attaquait à la composition. Dans une lettre à Sentenne (27 juin 1874), son maître Dubois écrivait : « Je suis heureux de vous exprimer à son sujet toute ma satisfaction. Depuis une année qu'il travaille avec moi il a montré un soin, un zèle, une intelligence dignes des plus grands éloges. » En mars 1875, son Memorare fut chanté à la salle Pleyel, et le 15 mai suivant, sa Rêverie pour orchestre fut créée lors d'un concert de la Société nationale de musique dirigé par Édouard Colonne, concert comprenant aussi des oeuvres des grands musiciens de l'heure tels Duparc, Fauré, Franck et Lalo.

Revenu à Montréal àla fin de l'été 1875, il reprit son enseignement ainsi que son poste à Saint-Jacques, et devint critique musical à La Minerve. Il savait reconnaître les vraies valeurs et leur rendre hommage avec lucidité, mais il manifesta par ailleurs de telles exigences dans toute son activité et fustigea si vigoureusement l'ignorance, la médiocrité et le charlatanisme de certains milieux qu'il déchaîna contre lui de violentes inimitiés. En juillet 1876, cette attitude des siens l'incita à regagner Paris où ses maîtres et amis musiciens l'accueillirent avec une chaleureuse sympathie.

Fixé dans la capitale française, il enseigna, composa et fit publier plusieurs oeuvres chez Girod. Quand Dubois succéda à Saint-Saëns comme organiste de la Madeleine en 1877, Couture le remplaça comme m. c. à Sainte-Clotilde, alors que César Franck était au grand orgue et Charles Bordes à l'orgue du choeur.

Estimé de contemporains tels Bussine, Delibes, Dubois, Fauré, Franck, Massenet, Saint-Saëns et Vincent d'Indy, solidement établi par son travail, sa conscience professionnelle, sa probité et sa valeur artistique à Paris où il ne pouvait que s'épanouir dans le succès, Couture décida néanmoins de rentrer au Canada. Sa reconnaissance envers M. Sentenne, son mécène, et plus encore sans doute le sentiment d'avoir quelque chose à donner pour le développement de la vie musicale de son pays ont vraisemblablement motivé sa décision. En décembre 1877, « c'est en toute lucidité qu'il prend le chemin du retour » selon son petit-fils, le compositeur Jean Papineau-Couture, « sachant qu'il rencontrera l'incompréhension, la jalousie, l'ignorance artistique... l'esclavage de la course au travail. »

Par son enseignement, ses multiples fonctions de chef d'orchestre et de choeur, et avec la fermeté qui le caractérisait, il entreprit à Montréal l'oeuvre de formation et de redressement qu'il estimait nécessaire. Ses exigences lui causèrent de fréquents désaccords avec ses employeurs; il passa d'une maîtrise à l'autre et on le vit successivement à l'église Trinity, à la cathédrale Christ Church, au Gesù, à l'église Notre-Dame puis enfin à la cathédrale Saint-Jacques où il restera de 1893 à sa mort.

Il donna des cours dans plusieurs maisons d'enseignement : Villa-Maria, couvent d'Hochelaga, High School for Girls, Protestant High School et McGill Cons. En 1896, il alla même enseigner au New England Cons. de Boston. Au nombre de ses élèves canadiens, on remarque Guillaume Dupuis, Lynnwood Farnam, L.J. Oscar Fontaine, Achille Fortier, Henri Gagnon, George Alfred Grant-Schaefer, Arthur Laurendeau, Édouard LeBel, Léo-Pol Morin, Ada Moylan, Rodolphe Plamondon et Caroline Racicot. Il donna aussi des leçons à Alexis Contant et participa à quelques concerts d'Emma Albani.

Comme chef d'orchestre, il déploya une intense activité, d'abord à la tête de la Société des symphonistes qu'il organisa en 1878 puis, à compter de 1880, comme chef de la Société philharmonique de Montréal, poste qu'il occupa 19 ans. Il fit connaître au public les grands oratorios et quelques opéras des maîtres classiques et romantiques, notamment les opéras de Wagner qu'il avait approfondis lors d'un voyage à Bayreuth (été 1897) et dont il s'était fait l'ardent défenseur. Après 1890, il fonda successivement le Montreal Amateur Operatic Club (premier concert en 1892), la Montreal Ladies Vocal Society et, en 1894, le premier OSM qu'il dirigea durant deux saisons. Pour assurer la qualité de certaines manifestations, il n'hésita pas à inviter des instrumentistes de Boston et parfois même tout le Boston Festival Orchestra. Comme critique, il collabora à la Revue de Montréal (1877), à La Patrie (v. 1879-84) ainsi qu'au Montreal Daily Star (1889-90), sous le pseudonyme de « Symphony ».

Cette multiple activité ne se déploya pas sans heurts. Si des critiques des É.-U. savaient apprécier la valeur du chef canadien et lui rendre hommage, de véritables campagnes de dénigrement et de calomnie se déchaînèrent contre lui dans sa propre ville, notamment dans L'Étendard et le Montreal Daily Witness. Avec la magnanimité d'un grand coeur, Couture laissa passer ces tempêtes et sut s'imposer par son talent, sa personnalité et sa valeur.

Son travail intense lui laissait peu de temps pour la composition. À la demande de son épouse, Mercédès Papineau, il écrivit une Messe de requiem qui fut exécutée en 1906 aux obsèques du ministre fédéral de la Marine et des pêcheries et ancien maire de Montréal, Raymond Préfontaine, ainsi qu'à ses propres funérailles. Sur les instances d'un groupe d'amis et grâce à l'intervention de l'archevêque de Montréal, Mgr Paul Bruchési, qui lui accorda le temps libre nécessaire, il composa entre 1907 et 1909 son oeuvre majeure, l'oratorio en trois parties Jean le Précurseur, inspiré de la vie de Jean le Baptiste. Prévue pour le mois de novembre 1914, la création en fut empêchée par la guerre. Couture n'eut pas la joie d'entendre, sinon chez lui dans une réduction pour piano, l'oeuvre à laquelle il avait donné tout son coeur et son talent. Ce n'est qu'en février 1923 qu'elle fut finalement créée.

Selon Léo-Pol Morin, Couture fut « le premier grand musicien dans l'histoire de la musique canadienne... le plus instruit, le plus intelligent, le plus cultivé de son temps. Il fut même le premier grand pédagogue en notre pays. » Si certains aspects de son oeuvre peuvent sembler décevants, on lui doit cependant d'avoir fait évoluer vigoureusement la musique canadienne vers les standards de qualité qui la caractérisent aujourd'hui. Couture mérite surtout un hommage d'admiration sans restriction pour son oeuvre de pédagogue et de pionnier. C'est peut-être là l'un de ses plus beaux titres de gloire.

La France reconnut sa valeur en le nommant officier d'Académie (1900) et officier de l'Instruction publique et des Beaux-Arts. En novembre 1951, à l'occasion du centenaire de sa naissance, Montréal donnait son nom à une place dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce et, en décembre 1962, à une avenue du nord-est; en 1985, le parc Saint-Fabien devenait le parc Guillaume-Couture, attenant à l'école primaire du même nom. Le Choeur Guillaume-Couture fut fondé en 1982 par Miklos Takacs. Le Centre de musique canadienne lui a accordé le statut de compositeur agréé à titre posthume. Plusieurs de ses manuscrits et autres documents autographes ont été déposés à l'Université de Montréal, dont le Service des archives à publié en 1979 le Répertoire numérique du fonds Guillaume-Couture (P 14) par Francine Pilote et Jacques Ducharme, préface de Jean Papineau-Couture (une révision inéd. du Répertoire a été effectuée par Pierre Quenneville en 1981-82).

Compositions

Musique vocale

« Ave Maria » op. 7 : 1875; tén, vn, vc, org; ms perdu.

« Hymne national canadien-français » op. 4 (N. Bourassa) : 1875; ch, orch (p); ms.

Memorare« Prière à la très sainte Vierge » op. 1 : 1875; sol, ch, orch (org); Girod 1875.

Salut pour la Fête-Dieu« Trois morceaux en plain-chant traités en contrepoint fleuri » op. 6 : 1875; ch, org; Girod 1875.

Salut pour les double majeur et mineur op. 5, arr de 3 chorals : 1875; ch, org; Girod 1875, PMC V (2 chorals)

Atala, cantate : 1876 ou 1877; sop, tén, bar, p; ms.

« Ave verum » : 1877; sop, basse (bar), org; ms.

« Sub tuum » : 1877; sop, ch, org; PMC IX.

« O mon pays, terre adorée » (Fréchette) : 1883?; v, p; Album musical, avril 1883.

2 « Berceuse » : 1884, v. 1890; v, p; mss.

« Épanchement » (Turquety) : 1884; v, p; PMC VII.

« Rêverie » (Lamartine)  : 1894?; v, p; Piano-Canada, 20 févr. 1894, PMC VII.

« Veni Creator Spiritus » : 1894?; tén, orch, org; ms perdu.

Messe de requiem : v. 1904; sol, ch, orch (org); ms.

« Le Souvenir » (L. Nastorg) : 1907; v, p; PMC VII.

Aussi 3 « Tantum ergo » pour ch et org (no 2, PMC IX); « Three Horsemen Rode Out » pour v et p; « Le Drapeau rouge et noir » (« Chanson des étudiants », Hardy v. 1890); harmonisations de plain-chant; arrangements div.

Voir aussi Jean le Précurseur.

Musique instrumentale

Marche triomphale : 1875; orch; ms perdu.

Quatuor-fugue op. 3 : 1875; quat cdes; Girod 1875.

Rêverie op. 2 : 1875?; orch; Girod 1875, PMC VIII; RCI 233, Cap ST-6261 et 4-RCI 513 (O SRC Wpg).

Fugue en ré mineur« Grande fugue » : 1876 ou 1877; org; ms perdu.

Petit menuet : 1884; p (vn, p); ms.

Souvenirs de couvent« Feuille d'album » : 1906; p; ms.

Une musique de scène, La Perle cachée (1875?, ms perdu).