Jean Drapeau

Jean Drapeau, avocat, homme politique et maire de Montréal (Montréal, 18 févr. 1916 - 12 août 1999). Jean Drapeau est le maire le plus audacieux, et qui a obtenu les plus grands succès, qu'ait connu le Canada. Sa longévité à titre de politicien est telle que 7 premiers ministres fédéraux et 9 premiers ministres du Québec se succéderont au cours de sa carrière politique de 29 ans à la mairie de Montréal. Il donne à la ville ses moments les plus extraordinaires : l'Exposition universelle de 1967, qui souligne le centenaire du Canada et attire 50 millions de visiteurs, les Jeux olympiques d'été de 1976. Mais il préside au déclin de Montréal comme capitale des affaires et plus grande ville du Canada. Alors que Toronto, sa rivale, grandit et gagne en prestige, Drapeau déclare : « Laissons Toronto devenir Milan, Montréal sera toujours Rome. »

Fils unique d'un vendeur d'assurance et d'une cantatrice, Drapeau est un protégé du prêtre et historien nationaliste Lionel Groulx. Candidat nationaliste à une élection fédérale partielle en 1942 et aux élections provinciales de 1944, il défend sa propre vision d'un Québec catholique et conservateur. Défait dans les deux cas, il voit sa réputation croître quand il se joint aux contestataires de sa génération pour défendre un syndicat catholique lors d'une grève violente à Asbestos, au Québec, en 1949.

Drapeau captive l'imagination de Montréal en lançant une enquête publique sur la corruption de la police. Quand le maire Camillien Houde démissionne soudainement, Drapeau est porté au pouvoir aux élections du 28 octobre 1954. Il n'a que 37 ans. Il entreprend la lente transformation de Montréal, ville portuaire décriée pour ses bordels et sa vie nocturne, en une métropole internationale de premier plan. Piqué de ce que Drapeau nourrisse de plus grandes ambitions, le premier ministre du Québec, Maurice Duplessis, écrase la Ligue d'action civique que dirige Drapeau lors des élections de 1957. Après 3 années de réflexion et le Québec ancien ayant disparu avec la mort de Duplessis, Drapeau se débarrasse de plusieurs de ses vieux alliés, forme un club politique privé, le Parti civique et, avec la promesse d'un métro et d'une administration honnête, il gagne les élections de 1960, au moment même où le Québec s'engage dans la Révolution tranquille. Drapeau tient parole et construit un métro d'un type nouveau et coûteux, dont les stations sont ornées de vitraux et de mosaïques. S'il réforme le système électoral et modernise le service de police, il ne se préoccupe pas des problèmes de logement, de planification urbaine et de pollution, ou choisit de les contourner. En 1987, Montréal ne traitait toujours pas les eaux d'égout qu'il déversait dans le Saint-Laurent, situation semblable à peu de choses près à celle qui prévalait lors de la fondation de la ville en 1642.

Drapeau préfère le sensationnel. En 1969, les relations de travail dégénèrent au point que les 3780 membres du corps policier, à l'exception de 47 d'entre eux, déclenchent une grève. L'armée est appelée pour réprimer le pillage et les émeutes nationalistes. La même année, Drapeau attire, à lui seul, à Montréal une équipe de baseball de la ligue majeure, les Expos de Montréal. « Le cirque continue », disent ses critiques. À quoi le maire répond : « Les masses ont besoin de monuments. » Il considère que ceux-ci représentent sa contribution à la survivance des Canadiens français. Mais le nationalisme de sa jeunesse s'était à ce point atténué qu'il ne prend pas parti au cours de la campagne référendaire de 1980 sur l'indépendance du Québec. À l'échelle internationale, il gagne le respect de bien des dirigeants, de Charles de Gaulle à la famille royale. L'ex-premier ministre britannique Edward Heath dira : « J'ai eu le privilège d'entendre les confidences privées du maire Drapeau sur la façon de prendre et de conserver le pouvoir en manipulant amis et ennemis à la fois. C'est une des conversations les plus drôles et les plus distrayantes que j'aie jamais eues avec un politicien. » Un adversaire le traite de « combinaison de Walt Disney et d'Al Capone ».

Le côté impitoyable et autoritaire de Drapeau se manifeste à l'occasion de la crise des enlèvements de 1970 (voir Crise d'octobre). Lors des élections municipales, qui se tiennent au moment de l'application des pouvoirs draconiens de la Loi sur les mesures de guerre, Drapeau qualifie l'opposition de front terroriste. Dans ce climat d'hystérie, son principal adversaire se retrouve en prison avec 467 autres personnes; le 25 octobre 1970, le parti privé de Drapeau remporte les 52 sièges du conseil. Drapeau rafle 92,5 p. 100 des voix de l'élection à la mairie. Le pouvoir absolu détenu alors par Drapeau lui permet d'imposer son plan pour les Olympiques, dont les structures de béton blanc incarnent sa politique de grandeur. Estimés à 310 millions de dollars, les coûts des jeux s'élèveront finalement à 1,3 milliard, sans compter la tour du stade olympique, demeurée inachevée jusqu'en 1987. Une enquête provinciale blâme le maire pour les coûts et une corruption endémique, mais rien ne prouve que Drapeau se soit rempli les poches. Les Montréalais le réélisent en 1978 et de nouveau en 1982, mais les grands projets sont choses du passé. Au fil des ans, il reçoit de nombreuses invitations, certaines alléchantes, à se présenter sur la scène provinciale ou fédérale, mais il considère que Montréal est sa meilleure tribune et il y reste jusqu'à la fin de son huitième mandat.

Le 20 juin 1986, ralenti par une attaque, Drapeau convoque la presse dans un lieu qui se trouve « à l'ombre de ses pyramides », les installations olympiques de l'Est, là où sa carrière politique a commencé et où il vit toujours dans une demeure modeste avec sa femme depuis 41 ans. Plusieurs Montréalais ont pleuré avec lui à l'annonce de sa démission. Son ami, le premier ministre Brian Mulroney, l'invite à finir sa carrière politique comme ambassadeur spécial auprès de l'UNESCO à Paris en décembre 1986. Drapeau parti, son Parti civique se retrouve avec un seul siège au conseil. Le Rassemblement des citoyens de Montréal, dirigé par Jean Doré, prend le pouvoir aux élections de novembre 1986.