Le 4 avril 1949, dans l'auditorium du Département d'État de l'avenue Constitution à Washington, les ministres des affaires étrangères du Canada, des États-Unis, du Royaume-Uni, de la France et de huit autres pays signent le Traité de l'Atlantique Nord. D'après l'article 5 de l'accord, une attaque armée contre un des signataires sera considérée comme une agression envers l'ensemble des pays membres.

L'historiographe de l'événement le qualifie de «seconde révolution américaine» qui transforme radicalement la politique étrangère des États-Unis. L'effet est le même au Canada. L'Amérique du Nord vient de s'engager à contribuer à long terme à la sécurité de l'Europe.

Louis Saint-Laurent a été le principal architecte de la politique internationale du Canada après la Deuxième Guerre mondiale et le promoteur de l'entrée du Canada à l'OTAN (avec la permission des Archives nationales du Canada/C-8099/tous droits réservés Bill et Jean Newton).

En ce bel après-midi printanier, le ministre des affaires étrangères, L. B. Pearson, conclut la première alliance militaire du Canada en temps de paix, un accord issu de la peur, de la frustration et de l'espoir.

Peur de la puissance militaire de l'Union soviétique à la tête d'un mouvement communiste agressif et subversif qui gagne du terrain.

Frustration envers l'Organisation des Nations Unies si loin de ses objectifs et de ses rêves et qui ne parvient pas à assurer la protection de ses membres.

Espoir en un traité qui sera plus qu'une alliance militaire bornée et vieux jeu et qui apportera la paix et le progrès, un pacte qui empêchera les Américains de s'isoler et de recourir à des décisions unilatérales.

Avant 1939, le Canada est sobre, prudent, abattu par la Crise et hésitant quant à son rôle sur la scène internationale. Malgré tout, la nation ermite contribue largement à la victoire des forces alliées dans la Deuxième Guerre mondiale : un Canadien sur dix endosse l'uniforme, les vivres et les armes arrivent en abondance et l'aide économique soutient la cause.

Au sortir de la guerre, le Canada est optimiste, économiquement fort et convaincu qu'il ne peut pas se permettre de revenir à un passé austère. Le pays est uni et au sommet de son influence internationale. Il possède le plus efficace des ministères des Affaires étrangères de taille moyenne du monde, lequel établit la stratégie canadienne pour les discussions entourant le Traité de l'Atlantique Nord.

Les membres fondateurs d'OTAN, 1949 (Hulton Archives, HB-7277).

Le Canada fait partie des trois instigateurs du traité. Les deux autres, ses partenaires traditionnels, sont la Grande-Bretagne et les États-Unis. Louis Saint-Laurent, qui précède Pearson en tant que ministre des Affaires extérieures, est un des premiers à prendre position publiquement pour un accord de défense régional, accusant, à la fin de l'été 1947, les Nations Unies d'être un organisme «encroûté dans la futilité et paralysé par les dissensions» [traduction]. Les pays démocratiques et épris de paix sont enclins à se regrouper en une association reposant sur des obligations centrées sur la sécurité des nations.

Pearson, alors adjoint de Saint-Laurent, passe la nuit dans un hôtel de New York à pondre un discours. Il se souvient combien les paroles du très respecté politicien à la veille d'être premier ministre du Québec ont retenu l'attention de l'assemblée internationale.»

Les instigateurs deviennent des négociateurs. Les Canadiens participent à la rédaction du traité, en particulier des articles 4 et 5 qui portent sur la consultation et les obligations. De surcroît, c'est sur l'insistance des Canadiens qu'on inclut l'article 2 qui appelle les membres de l'alliance à s'améliorer personnellement et mutuellement sur les plans politique, social et économique. L'«article canadien», comme on le baptise aussitôt, soutient qu'il faut développer une véritable communauté nord-atlantique pour que l'alliance dure et serve de base solide à un monde sain et équitable. Ce sont là des propos inspirants auxquels Saint-Laurent et Pearson croient fermement.

Au milieu du XXe siècle, le Canada jouit d'une importance qu'il n'a jamais connue auparavant et qu'il ne pourrait connaître aujourd'hui. Cinquante ans plus tard, après la vague de dépenses associées à l'engagement initial qui a mené ses militaires en Europe au début des années 1950, l'enthousiasme du Canada envers la sécurité et l'OTAN a faibli.

Il y voit plutôt un arrangement politique et, sur le plan militaire, s'en tient au minimum pour conserver sa crédibilité au sein de l'alliance. Il n'insiste pas non plus pour que l'Alliance atlantique devienne la Communauté atlantique que promettaient l'article 2 et ses promoteurs canadiens.

À preuve, la décision que prend le premier ministre Pierre Trudeau en 1969 de retirer la moitié des Forces canadiennes de l'Europe de l'OTAN et les privations qu'il fera ensuite subir au monde militaire des décennies durant.

Tous ceux qui, du point de vue international, s'apprêtent à considérer le pays comme un joueur absent et peu pertinent en ce début de XXIe siècle trouveront des munitions dans le fait qu'il a longtemps négligé une alliance qu'il avait aidé à fonder et à façonner au moment où le monde en avait vraiment besoin.