Oscar Cahén, visualiste (né le 8 février 1916 à Copenhague, au Danemark; décédé le 26 novembre 1956 à Oakville, en Ontario). Pendant les années 1950, Oscar Cahén, membre du Groupe des Onze, était reconnu comme illustrateur de revues et peintre abstrait. En 1953 et 1954, ses œuvres ont fait partie d’expositions pour représenter le Canada à l’étranger. Ayant fait école pour l’avancement de l’art abstrait au Canada, Oscar Cahén est représenté par ses œuvres dans les collections permanentes du Musée des beaux-arts du Canada et du Musée des beaux-arts de l’Ontario.

Jeunesse et formation

Oscar Cahén habite dans sept pays européens avant d’arriver au Canada. Il est l’enfant unique du journaliste et activiste antinazi bien connu Fritz Max Cahén, dont le travail l’oblige de déménager la famille à Copenhague, à Paris, à Berlin, à Stockholm et en Italie, puis, finalement, de vivre en exil. De 1930 à 1933, Oscar Cahén obtient sa formation en graphisme à l’académie d’art de Dresden, à l’époque où le peintre Otto Dix y est très en vue. Oscar Cahén étudie également en Italie, à Paris et à Stockholm. Vers la fin des années 1930, pendant l’invasion par le régime nazi, le jeune Oscar Cahén vit des moments terrifiants alors qu’il traverse la frontière vers la Tchécoslovaquie et, plus tard, en se faisant interroger par la police tchécoslovaque au sujet de son équipement radio de contrebande, utilisé pour diffuser des messages antinazis illégaux. La famille est divisée quand son père part pour les États-Unis, en 1937, tandis que sa mère l’amène en Angleterre vers la fin de 1938.

Début de carrière

La première exposition reconnue d’Oscar Cahén se tient en novembre 1934 à l’Ole Haslund Haus, à Copenhague, alors qu’il a 18 ans. Des paysages, des portraits et des illustrations publicitaires qu’il présente, ce sont les illustrations qui reçoivent le plus d’éloges. D’ailleurs, le mélange des beaux-arts aux arts appliqués le caractérisera désormais. En 1934, il est dessinateur-scénariste et illustrateur pigiste à Prague, et enseigne au Rotter School of Advertising Art, un établissement progressif dans cette même ville. En 1939, il poursuit son travail à la pige en Angleterre.

On l’envoie au Canada en 1940, avec des centaines d’autres hommes (surtout juifs) qui étaient emprisonnés par les Britanniques pendant la Deuxième Guerre mondiale. Détenu dans un camp de réfugiés près de Sherbrooke, au Québec, et privé de fournitures artistiques de qualité, il commence tout de même à faire de la pige pour le Montreal Standard en tant qu’illustrateur, en 1942. Le supplément hebdomadaire du journal est souscrit à travers le Canada, offrant à ses illustrations humoristiques une visibilité nationale. En octobre de la même année, il est libéré du camp et commence à travailler à Montréal en tant qu’artiste de publicité et illustrateur de revues. En 1943, il épouse Martha (Mimi) Lewinsky de Montréal. Au mois de novembre, il est inclus dans une exposition à l’Association d’art de Montréal (maintenant le Musée des beaux-arts de Montréal). De plus, il devient l’artiste le mieux rémunéré à l’atelier d’art commercial Rapid, Grip and Batten, recevant 90 $ par semaine. Il quitte son poste pour devenir le directeur artistique de Magazine Digest, à Toronto, vers la fin de 1944.

Ses illustrations, souvent aux formes cubistes et expressionnistes, sont accueillies par les directeurs artistiques qui veulent présenter quelque chose de différent de ce qui prévaut dans le style américain, superficiel et idéalisé. En 1947, il reçoit des commandes d’illustrations des revues nationales les plus en vue, comme Maclean’s et New Liberty. Il prépare également une série de tableaux pour une exposition. C’est une activité qui augmente après qu’il construit sa maison et son atelier en campagne à King, en Ontario. Ces tableaux à l’huile représentant des formes tordues aux couleurs mornes traitent de la souffrance et de la tristesse; Praying Man est son premier tableau à l’exposition annuelle de l’Ontario Society of Artists (OSA) en 1947. De 1948 à 1951, il explore des thèmes chrétiens, malgré son ambivalence apparente envers la religion.

Fin de carrière

En 1949, il s’oriente vers l’abstraction et, au cours des deux années suivantes, il cesse d’interpréter des objets reconnaissables (formes de personnes, de plantes et d’animaux) en termes cubistes. Il emploie plutôt son langage visuel personnel, composé de facettes, de lignes d’encre saignante et de formes projetées et courbes. Une influence artistique de l’époque est l’artiste britannique Graham Sutherland, tandis que son cercle d’amis à Toronto, qui inclut Albert Franck, Harold Town et Walter Yarwood, lui offre une stimulation critique. Il commence à participer souvent à des expositions annuelles organisées par les sociétés d’art, et suscite l’attention en 1951 quand les artistes conservateurs abandonnent l’OSA à cause de la quantité d’art moderne inclus dans le vernissage de l’organisme.

L’un des illustrateurs les plus reconnus du pays en 1950, il est représenté dans chaque exposition annuelle de l’Art Directors Club Toronto de 1949 à 1957, remportant cinq médailles et six prix. L’une de ses illustrations pour un article de Maclean’s, The Most Beautiful Girl I Ever Knew, fait partie de la 31e exposition de l’Art Directors Club of New York en 1952.

Toujours en train d’expérimenter, il mélange souvent des médias de façon inattendue. En créant des illustrations et de l’art pour les galeries, il n’est pas rare qu’il combine l’encre, l’aquarelle, la caséine et les pastels sur papier. Il dessine également sur cire, dans une technique appelée « monogravure », et il fait de la lithographie et du monotype avec Harold Town. Ses grandes œuvres, cependant, sont effectuées en huile sur panneau ou sur toile. Il se crée rapidement une réputation de coloriste sur ces deux fonds, en juxtaposant des masses vivides rehaussées d’agencements de couleurs complémentaires et analogues. Après 1954, il commence à utiliser plus de touches de pinceau calligraphique et retourne aux éléments figurés en 1956 sur sa toile The Warrior.

Il est membre actif de groupes d’artistes comme la Canadian Society of Graphic Art, l’OSA, l’Art Directors Club of Toronto et le Canadian Group of Painters in Water Colour. Il siège à l’occasion comme membre de comité, de conseil d’administration et parfois comme juge. Il se rassemble avec dix autres artistes modernes pour former le Groupe des Onze vers la fin de 1953. C’est l’époque où sa toile en huile Requiem est envoyée au deuxième Bienal do Museu de Arte, de São Paulo, au Brésil, et au dixième Inter-American Conference, à Caracas, au Venezuela.

Oscar Cahén est bien établi dans l’art canadien quand, en 4 ans (1953-1956), il participe à 43 expositions d’art, y compris une exposition solo à la Hart House en 1954. En 1956, on l’invite à compléter une série de peintures murales pour un édifice qui sera le nouveau point de repère d’Imperial Oil. Il complète celles-ci peu avant sa mort, dans un accident de voiture le 26 novembre 1956 à l’âge de 40 ans.

Après son décès, ses amis continuent à soumettre son travail à des expositions pendant trois ans et organisent une exposition solo commémorative en 1959 (Art Gallery of Toronto, maintenant le Musée des beaux-arts de l’Ontario). Il reçoit à titre posthume la médaille de l’Académie royale des arts du Canada et un prix d’excellence pour l’ensemble de ses réalisations de l’Association canadienne des créateurs professionnels de l’image. Des expositions rétrospectives ont lieu en 1968 au Ringling Museum of Art, à Sarasota, et au Musée des beaux-arts de l’Ontario en 1983.