Agroforesterie

L'agroforesterie est un système d'aménagement intensif des terres qui intègre les avantages des interactions biologiques créées lorsque la plantation d'arbres et/ou d'arbustes est intentionnellement combinée à la production agricole végétale et/ou animale.

Agroforesterie

L'agroforesterie est un système d'aménagement intensif des terres qui intègre les avantages des interactions biologiques créées lorsque la plantation d'arbres et/ou d'arbustes est intentionnellement combinée à la production agricole végétale et/ou animale. L'agroforesterie se démarque de la Foresterie et de l'agriculture traditionnelles car elle se concentre sur les interactions entre les composantes plutôt que sur les composantes seules.

Au Canada, les systèmes agroforestiers sont classifiés selon les descriptions adoptées par l'Association for Temperate Agroforestry : systèmes riverains intégrés, culture intercalaire, brise-vent, culture forestière et systèmes silvopastoraux. De plus, les systèmes de bioénergie, c'est-à-dire la production de chaleur et/ou d'électricité à partir de biomasse ligneuse, sont présentement explorés pour déterminer leur compatibilité avec les pratiques traditionnelles d'agroforesterie.

Les Prairies

Au début des années 1880, l'implantation agricole à grande échelle accompagne l'expansion des chemins de fer vers l'ouest. Plusieurs colons vivant sur les plaines dénuées ressentent fortement le besoin d'avoir des abris, et la plantation d'arbres débute dans les années 1890 pour protéger le paysage des fermes. Les colons qui arrivent de l'Ukraine et des steppes de la Russie savent très bien déjà que les arbres sont nécessaires pour protéger les cultures et les sols. Les réseaux de brise-vent dans les Prairies datent de leurs initiatives au début des années 1900.

En 1903, le Gouvernement du Canada met sur pied une pépinière (la Dominion Forest Nursery Station) à Indian Head, Saskatchewan (alors les Territoires du Nord-Ouest) pour pourvoir des plants d'arbres et ainsi répondre aux besoins des nouveaux agriculteurs. Dans les années 1930, la Sécheresse, la Dépression Économique et l'Érosion incitent le gouvernement à adopter la Loi sur le rétablissement agricole des Prairies de 1935. Par la suite, les efforts pour planter des brise-vent dans les champs s'accroissent considérablement et incluent l'installation de larges réseaux de brise-vent près de Lyleton, au Manitoba, et à Conquest et Aneroid, en Saskatchewan.

Depuis, les organismes municipaux, provinciaux, environnementaux et les groupes de conservation des bassins hydrographiques soutiennent des programmes de plantation et de soins aux arbres. Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) poursuit toujours des recherches et la mise sur pied de programmes agroforestiers dans les prairies. Sa direction générale des services agroenvironnementaux (DGSA) favorise des mesures agroforestières appropriées à travers le Canada.

Centre du Canada

Actuellement, les brise-vent représentent le système agroforestier le mieux accepté et le plus répandu au Québec. Les brise-vent peuvent être conçus de façon à protéger le paysage des fermes des amoncellements de neige, pour conserver une couche de neige égale dans les champs afin de protéger les sols, ou pour réduire l'érosion éolienne lorsque les champs sont nus au printemps et à l'automne. Les brise-vent servent également de tampons contre les températures journalières extrêmes, et réduisent les taux d'évapotranspiration. Étant donné que le Québec compte approximativement 4000 Fermes Porcines produisant plus de 7 millions de porcs chaque année, les brise-vent jouent un rôle essentiel dans la réduction des odeurs, en plus de diminuer les coûts de chauffage des bâtiments d'élevage. La plantation riveraine prend également place dans plusieurs régions de l'Ontario et du Québec, afin d'aider à stabiliser les berges et pour intercepter les éléments nutritifs agricoles et les empêcher de pénétrer dans les cours d'eau.

Bien que tous les types d'agroforesterie aient été largement étudiés dans le sud de l'Ontario, on y met surtout l'emphase sur les systèmes d'agroforesterie avec cultures intercalaires (ACI). Depuis 2004, les organismes de financement fédéraux et provinciaux soutiennent aussi de telles recherches au Québec. Les systèmes ACI, composés de rangées d'arbres largement espacées et de cultures annuelles intercalaires, sont multifonctionnels et procurent plusieurs avantages économiques et environnementaux aux propriétaires.

Lorsqu'un système ACI est appliqué avec succès, ses composantes maximisent l'utilisation des ressources tout en maintenant les interactions complémentaires, telles les cycles des éléments nutritifs, l'amélioration de la séquestration du carbone dans les sols, la rétention d'humidité, l'augmentation de la diversité de la micro et macro faune, la Biodiversité et des températures de sols moins élevées. La productivité par unité de terrain est ainsi accrue, ce qui augmente le rendement économique. La recherche au Québec a démontré que la monoculture de chacune des composantes nécessiterait de 1,5 à 2,3 fois plus de terrain pour obtenir des rendements comparables à ceux d'un système ACI. Elle indique aussi que l'ACI a le potentiel pour faire face à d'importants problèmes environnementaux (p. ex. la Pollution de l'eau souterraine, la dégradation de la qualité des sols, la perte de la biodiversité), tout en fournissant du bois de haute qualité pour approvisionner l'industrie des meubles en bois du Québec, par exemple. Si l'ACI était appliquée sur une grande échelle, elle contribuerait à l'atténuation des Changements Climatiques par la séquestration du carbone et la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Les avantages tangibles obtenus à partir des processus éco-biologiques, ainsi que les rendements combinés des arbres et des cultures, font en sorte que cette pratique d'aménagement du territoire est supérieure à l'agriculture conventionnelle en termes de productivité globale à long terme.

Région de l'Atlantique

Les brise-vent se retrouvent à travers toutes les aires agricoles de la région de l'Atlantique, sous forme de haies naturelles ou plantées. Compte-tenu des forts vents saisonniers, auxquels s'ajoutent des sols naturellement pauvres en matières organiques et un faible taux de résidus laissés par la Pomme de Terre ou les autres cultures, les haies y sont précieuses pour prévenir l'érosion éolienne. Tandis que par le passé, les programmes de développement agricole favorisaient l'enlèvement d'arbres afin d'encourager la modernisation et la mécanisation de la production agricole à grande échelle, les programmes d'aujourd'hui reconnaissent la valeur des haies dans le paysage et encouragent leur plantation et maintien.

Les haies sont particulièrement importantes dans les systèmes de production de bleuets, où les forêts sont défrichées afin de permettre aux bleuets de se développer sur les sols acides du sous-étage forestier. Lorsque les champs de bleuets sont trop étendus, la production décline parce qu'il n'y a pas assez d'habitat pour les Abeilles et autres pollinisateurs indigènes. L'inclusion d'étroites bandes boisées composées d'espèces mixtes fournit de la nourriture, un habitat et un abri pour les pollinisateurs indigènes, tout en créant un microclimat où ils peuvent faire leur travail de façon efficace.

Dans la région de l'Atlantique, la sensibilisation aux risques que pose le ruissellement des terres agricoles pour la qualité de l'eau et la sécurité publique fait en sorte qu'on y met l'accent sur une gestion prudente des zones riveraines. L'érosion hydrique est également coûteuse pour les producteurs, en termes de perte de sols et d'intrants agricoles. La vie des poissons, des mollusques et d'autres animaux marins de valeur peut également être affectée, causant des répercussions sur la pêche commerciale et sportive de la région. Au Nouveau-Brunswick et sur l'Île-du-Prince-Édouard, la production intensive de pomme de terre a contaminé les cours d'eau par les sédiments, les éléments nutritifs et les Pesticides et ce, plus particulièrement sur les champs en pente. On y encourage l'installation de zones tampons riveraines par l'éducation, les programmes et la législation. La création et l'entretien de zones tampons riveraines est un domaine d'intervention de l'agroforesterie dans la région de l'Atlantique, à travers lequel on encourage aussi la régénération naturelles des arbres et arbustes indigènes.

Puisque le prix des combustibles fossiles continue d'augmenter ou de fluctuer, on retrouve un intérêt croissant pour la production d'énergie renouvelable (voirÉnergie De La Biomasse) sur les fermes. La biomasse ligneuse pourrait représenter une énergie alternative en plus de générer des revenus. Tel que pratiqué dans le nord de l'Europe, la biomasse peut être produite à partir d'une grande culture d'espèces à croissance rapide, comme le Saule. Alternativement, les arbres et arbustes utilisés dans les zones tampons riveraines peuvent être récoltés pour la production de biomasse, en plus de procurer des avantages environnementaux en fixant les sols avec une couverture végétale permanente.

Plusieurs produits forestiers non ligneux (PFNL) génèrent des revenus importants dans la région de l'Atlantique. Le Sirop D'Érable, surtout produit au Nouveau-Brunswick, est le plus important. D'autres produits contribuant aux revenus de la culture forestière incluent : les Crosses De Fouggère sauvage (les jeunes poussent sont consommées comme légume), l'If du Canada (Taxus canadensis), les champignons sauvages, et des branches de Conifères utilisées pour les couronnes de Noël.

Colombie-Britannique

Au cours des dernières années, plusieurs facteurs ont convergé pour accroître l'intérêt pour l'agroforesterie en Colombie-Britannique : l'introduction du broutage comme outil de gestion sylvicole; les possibilités de diversification économique des boisés aménagés; et les paysages altérés par le dendroctone du Pin ponderosa (Dendroctonus ponderosae), l'épidémie qui a touché 17,5 millions d'hectares de pins tordus (Pinus contorta) adultes des forêts de l'intérieur. Les producteurs, les gestionnaires des ressources et les chercheurs tentent activement de trouver des alternatives qui complèteront et renforceront les systèmes de production classiques en plus de diversifier les économies locales. L'intérêt pour les systèmes agroforestiers découle des préoccupations sur la conservation et l'environnement, et du potentiel de l'agroforesterie pour une « approche triple bilan » avantageuse tant au niveau économique, environnemental que social.

L'Agroforesterie et la durabilité

Avec la demande croissante pour des pratiques agricoles durables et la nécessité d'une agriculture locale viable, l'intérêt pour les approches agroforestières va en augmentant. Des projets de démonstration de gestion intégrée des ressources sont présentement en cours afin d'équilibrer les résultats environnementaux et socio-économiques sur les terres agricoles. Ces projets incluent la récolte de feuillus de grande valeur dans les zones tampons riveraines, de l'aubépine de zones riveraines pour les produits de santé naturelle, et d'arbustes indigènes pour les marchés floraux, combinée à la restauration des habitats des cours d'eau. Des modèles similaires de culture commerciale en champ sont présentement évalués; on y utilise des systèmes de bandes boisées (ACI) dans le but de créer des produits de marché de niche multiples, durables et de grande valeur.


Lecture supplémentaire

  • R. Smith, S. Cameron and T. Beckley, Non-timber Forest Products (2011); B. Anel, De la multifonctionnalité de l'agriculture à l'agroforesterie: Le projet de mise en valeur de l'espace rural de la MRC du Rocher-Percé (février 2005 - août 2009) (2009); Agriculture and Agri-Food Canada, PFRA: A Brief History (2007); J. Tyndall and J. Colletti, "Mitigating swine odor with strategically designed shelterbelt systems: a review" in Agroforest Systems (2007); R.P. Carmichael, A Broad Review of the Agricultural Industry in Atlantic Canada (2005); N.V. Thevathasan and A.M. Gorden, "Ecology of tree intercropping systems in the North temperate region: Experiences from southern Ontario, Canada" in Agroforestry Systems (2004); Prairie Farm Rehabilitation Administration (PFRA), Prairie Agricultural Landscapes: A land resource review (2000); P.A. Williams, M.A. Gordon et al., "Agroforestry in North America and its role in farming systems" in Temperate Agroforestry Systems (1997); J.A.G. Howe, One Hundred Years of Prairie Forestry (1986).