Allergies

L'augmentation inquiétante du nombre d'allergies, qui frappent plus de 20 p. 100 de la population dans les pays développés, a conduit à la création d'une nouvelle branche de la médecine, l'allergologie, qui est en théorie étroitement liée à l'immunologie.


Allergies

L'augmentation inquiétante du nombre d'allergies, qui frappent plus de 20 p. 100 de la population dans les pays développés, a conduit à la création d'une nouvelle branche de la médecine, l'allergologie, qui est en théorie étroitement liée à l'immunologie.

Au sens biologique, le terme « immunité » fait référence à la capacité d'un hôte à résister ou à venir à bout d'une infection causée par un micro-organisme donné. La réponse protectrice du système immunitaire de l'hôte contre l'agent étranger consiste à reconnaître le caractère étranger de l'agent, que l'on nomme « antigène ». À cette étape suit une production par les cellules B d'anticorps spécifiques (protéines sanguines), aussi appelés immunoglobines, qui peuvent se fixer sur des éléments structuraux spécifiques de l'antigène qui sont appelés « épitopes », ou la production de cellules T cytotoxiques qui peuvent reconnaître spécifiquement l'agent agresseur et ainsi le neutraliser ou l'éliminer. Il est aussi possible que l'antigène qui déclenche la réponse immunitaire soit un corps étranger non viable ou une molécule assez grosse pour être ingérée et « traitée » par les macrophages de l'hôte, afin de présenter les épitopes ainsi formés aux lymphocytes T facilitant, qui deviennent alors « spécifiquement » activés. L'interaction entre les lymphocytes T et lymphocytes B appropriés (c'est-à-dire le signal activateur venant des lymphocytes T) amène des lymphocytes B spécifiques à produire les anticorps correspondants.

En 1906, le médecin autrichien Clemens von Pirquet a créé le mot « allergie » qui désigne une altération de la réactivité immunitaire de l'hôte face à une substance étrangère, qui provoque divers effets nocifs lorsque l'hôte se trouve à nouveau en contact avec cette substance. Le mot vient du grec allos, « autre », et implique une modification du comportement normal. La substance étrangère qui cause une allergie est appelée « allergène ».

Anticorps

Les immunoglobulines, ou anticorps, comprennent une famille hétérogène de protéines, classées en IgM, IgD, IgG, IgA et IgE. Chaque molécule d'anticorps réagit de façon sélective à son épitope spécifique et a une fonction précise dans le cadre de la réaction immunitaire protectrice de l'hôte. Ainsi, les anticorps IgE sont uniquement responsables des allergies immédiates, qui se déclenchent chez les personnes génétiquement prédisposées (p. ex. allergies aux composantes des différents pollens; à la poussière de maison; à la moisissure; aux champignons; à certains aliments; aux squames et aux poils d'animaux; aux parasites; au venin d'insecte; au latex; à diverses préparations pharmaceutiques, telle la pénicilline; ou à certains produits chimiques industriels, en particulier ceux pouvant réagir avec les protéines de l'hôte).

Anticorps IgE

La concentration sérique en anticorps IgE est la plus basse de toutes les immunoglobulines (0,3 g/ml) et elle est supérieure dans le sérum des patients allergiques. En raison de la faible concentration sérique des anticorps IgE, ce n'est qu'en 1966 que ces derniers sont découverts par l'équipe du couple Kimishige et Teruko Ishizaka, qui travaille alors à Denver (Colorado). À la suite de leur découverte, un grand nombre de compagnies pharmaceutiques fabriquent des trousses diagnostiques servant à déterminer la quantité d'IgE humain. L'existence de méthodes pour établir le niveau et la spécificité immunologique de l'IgE sérique conduit à son tour à des études permettant de comprendre les mécanismes moléculaires et cellulaires sous-jacents à l'hypersensibilité immédiate.

Les anticorps IgE sont uniques en ce qu'ils se lient intimement à des récepteurs particuliers sur les cellules inflammatoires, c'est-à-dire les polynucléaires basophiles et les mastocytes présents dans divers tissus. Ainsi, chez une personne ayant produit des anticorps IgE, les basophiles et les mastocytes, présents en grande quantité dans les tractus respiratoire et gastro-intestinal, sont recouvertes de ces immunoglobulines. Celles-ci sont orientées sur la membrane cellulaire, de telle sorte qu'elles peuvent encore se combiner à l'allergène causal. Lorsque les sujets allergiques sont exposés de nouveau à l'allergène déclenchant, celui-ci est combiné aux anticorps IgE sur la membrane de ces cellules. Cette combinaison entraîne une perturbation de la membrane cellulaire, puis la production presque immédiate par les polynucléaires basophiles et les mastocytes de composés vasoactifs inflammatoires, par exemple l'histamine et la leucotriène, le facteur chimiotactique des éosinophiles de l'anaphyllaxie et le facteur d'activation des plaquettes sanguines.

À leur tour, ces substances agissent rapidement sur les muscles lisses des différents organes cibles. Ceci provoque des manifestations caractéristiques des réactions d'hypersensibilité (c'est-à-dire des allergies) de type immédiat, à savoir de l'urticaire, des démangeaisons, des éternuements, des crampes abdominales, des nausées, une respiration sifflante et même de l'asthme dans les cas prolongés. Dans les cas les plus graves, la réaction peut causer une importante chute de pression sanguine, une sensation d'étouffement et un choc anaphylactique. Ainsi, un nombre important de personnes meurent chaque année par suite des effets généraux des réponses allergiques à certains médicaments, comme la pénicilline, ou à des constituants du venin présents dans une piqûre d'abeille.

Il est possible que la capacité de produire des IgE reflète une fonction protectrice évolutive de l'immunoglobuline, par exemple pour l'inactivation des vers parasitaires. Cette fonction peut même parfois avoir un « rôle de surveillance » contre les cellules tumorales. Toutefois, chez ceux qui souffrent de rhume des foins, de rhinite et d'autres allergies, la production d'IgE déclenche la maladie. Les personnes normales produisent aussi des anticorps IgE, mais en infimes quantités. Ainsi, on peut distinguer les personnes allergiques de celles qui ne le sont pas par la quantité d'IgE produits plutôt que par leur production elle-même. Il n'est donc pas surprenant que les quantités d'histamines et de leucotriènes libérées par les mastocytes et les basophiles soient beaucoup plus élevées chez les personnes allergiques que chez les autres, et que les personnes allergiques soient extrêmement sensibles à des quantités même infimes d'allergène.

Réactions allergiques des lymphocytes T

 Un second type de réaction allergique, mettant en jeu les lymphocytes T plutôt que les anticorps IgE, moins agressifs, est caractérisé par une réaction à l'herbe à puce et au sumac de l'Ouest chez certaines personnes. Cette manifestation allergique cellulaire est à la base de différentes formes de dermatites de contact, qui se produisent immédiatement après que la peau a été en contact avec les allergènes déclenchant. Des médicaments comme l'ampicilline et des produits chimiques industriels courants, comme le formaldéhyde et l'anhydride trimellitique, entrent dans cette catégorie. On trouve aussi des composés potentiellement allergènes dans les crèmes topiques pour la peau.

Répartition des allergies

Les affections allergiques sont largement répandues en Amérique du Nord, quoique la répartition réelle des troubles morbides varie selon la nature de la réponse allergique. Les maladies allergiques comme le rhume des foins et l'asthme extrinsèque affectent environ 17 p. 100 de la population canadienne. Il apparaît clairement que la répartition des allergies causées par les allergènes environnementaux, comme le pollen de l'herbe à poux, la poussière de maison ou les squames d'animal domestique, varie avec la répartition de l'allergène lui-même. Les allergies au pollen de l'herbe à poux se produisent principalement dans les provinces de l'Est, celles aux pollens des plantes herbacées, dans tout le Canada, et celles au thuya géant, en Colombie-Britannique. Des allergies à des composantes alimentaires se produisent dans tout le pays.

Traitement des allergies

Dans les cas où l'allergène déclenchant peut être identifié, le meilleur traitement consiste à éviter tout contact avec cet allergène. Si cela est impossible, on a couramment recours à deux stratégies thérapeutiques de base. La première vise à provoquer, au moyen d'une série d'injections hyposensibilisantes à base d'allergène déclenchant, la production « d'anticorps bloquants » de classe IgG et, dans certains cas, la diminution concomitante d'anticorps IgE. La deuxième stratégie implique l'administration de médicaments, tels les antihistaminiques, qui réduisent les symptômes de l'allergie sans toutefois soigner la maladie.

Au cours des dernières années, l'application des méthodes de biologie moléculaire à l'allergologie a permis de connaître beaucoup mieux les allergies. Premièrement, les caractéristiques moléculaires des différents facteurs produits par les cellules impliquées dans la réaction allergique sont maintenant définies avec précision. Ces facteurs sont appelés d'une manière générale des cytokines, des lymphokines ou des interleukines (IL), lorsque qu'ils sont produits par des cellules lymphoïdes. Deuxièmement, des allergènes individuels à la composition chimique définie de façon précise, retrouvés dans les pollens, les acariens, la nourriture et autres matériaux allergéniques complexes, ont été synthétisés. Des progrès énormes ont ainsi été réalisés dans l'identification des signaux cellulaires et moléculaires responsables de la régulation de la synthèse de l'IgE chez l'humain.

Présentement, il existe un consensus international chez les allergologues, qui semble confirmer la découverte faite par Sergio Romagnani à Florence, en Italie. Selon lui, un sous-ensemble de lymphocytes T, les T2, produit des lymphokines IL-4 et IL-5 qui stimulent respectivement l'activation des cellules B qui produisent les anticorps IgE et l'infiltration par des poplys éosinophiles lesquels sont spécifiques de la réaction inflammatoire de l'organe, par exemple le poumon. À l'opposé, la libération des interférons gamma (IFNg) par le sous-ensemble de lymphocytes T1 a l'effet inverse sur la production d'IgE. Ces récentes découvertes ont permis d'établir une base scientifique solide pour le développement de stratégies thérapeutiques efficaces de suppression de la formation des anticorps IgE ou d'inactivation des cellules effectrices (c'est-à-dire les mastocytes, les polys basophiles et éosinophiles) responsables de la symptomatologie allergique.

Au Canada, on poursuit des recherches à un niveau compétitif international sur les divers aspects des maladies allergiques, en particulier par rapport à l'asthme. Ces recherches s'effectuent dans la plupart des facultés de médecine, surtout grâce à l'appui financier du Conseil de recherches médicales du Canada et des compagnies pharmaceutiques internationales. De plus, l'allergologie est considérée comme un domaine de spécialité par le Collège Royal des Médecins et Chirurgiens du Canada.


Lecture supplémentaire

  • Suggested Reading: Dietrich Kraft, Alec Sehon, eds, Molecular Biology and Immunology of Allergens (1993); David G. Marsh, Alain Lockhart, Stephen T. Holgate, eds, The Genetics of Asthma (1993); M. Chignard, M. Pretolani, P. Renesto, B.B. Vargaftig, "Cells and Cytokines in Lung Inflammation," Annals of the NY Academy of Sciences, CCLXXV (1994).

Liens externes