Apiculture

L'apiculture est la technique d'élevage des abeilles qui consiste à obtenir du miel et de la cire. Cette technique dérive de la chasse au miel et de sa récolte.

Apiculture
Lorsqu'un apiculteur installe un cadre en bois dans la ruche, les abeilles l'utilisent pour entreposer le miel. L'illustration en cartouche montre une abeille domestique (oeuvre de Claire Tremblay).

Apiculture

Depuis longtemps, l'organisation sociale complexe, la biologie et la nature industrieuse des abeilles domestiques (genre Apis) fascinent les humains. C'est peut-être ce qui motive de nombreux Canadiens à faire de l'apiculture un passe-temps. En n'ayant que quelques ruches à entretenir, ils ont le temps d'observer plus attentivement le comportement de ces insectes utiles si intéressants. L'apiculture ne se limite pas à l'élevage des abeilles. En Amérique centrale et en Amérique du Sud, depuis des milliers d'années, on pratique l'apiculture dite traditionnelle, ou méliponiculture, pour le miel avec ce qu'on appelle des mélipones (tribu Meliponini). À l'heure actuelle, l'apiculture inclut l'élevage d'autres abeilles pour la pollinisation des cultures.

L'apiculture est la technique d'élevage des abeilles qui consiste à obtenir du miel et de la cire. Cette technique dérive de la chasse au miel et de sa récolte. En effet, on a trouvé dans des grottes européennes et africaines des peintures qui indiquent qu'il y a au moins 15 000 ans, les humains volaient les nids d'abeilles sauvages pour leur trésor sucré. On sait que, dès 3000 ans av. J.-C. en Égypte, on fournissait des abris aux abeilles et on les gardait pour leur miel. Dans les plus anciens écrits grecs et romains, l'apiculture est mentionnée. Les produits de la ruche étaient si recherchés que les Romains levaient parfois des impôts sur le miel et la cire d'abeille.

Dans la Bible et le Coran, on fait souvent mention des abeilles et du miel. Dans diverses religions de partout dans le monde, on donne aux abeilles et au miel une place particulière auprès des humains. Les Mayas et les Aztèques vénèrent le miel, les abeilles et leur rapport avec les fleurs.

On garde - et c'est encore le cas dans certains endroits aujourd'hui - les abeilles domestiques dans des pots d'argile ou des cylindres, des bûches creuses, des paniers d'osier et des ruches de paille. Ces techniques limitent cependant la production de miel. Il y a peu de changements jusqu'au milieu du XIXe siècle, où le révérend Lorenzo L. Langstroth invente la ruche moderne à cadres mobiles, aux États-Unis. Le principe de la ruche à cadres mobiles consiste en un trou de passage pour les abeilles ouvrières d'environ 8 mm de largeur entre les cadres. Les abeilles laissent naturellement un passage entre leurs rayons, espace qu'elles ne comblent pas d'alvéoles ou ne bloquent pas avec de la propolis (ou résine d'abeille). Ainsi, grâce à l'ingéniosité de Langstroth, on peut ouvrir la ruche, en examiner le contenu et en retirer le miel sans abîmer les rayons qui sont sur les cadres. Cette invention a permis d'augmenter la production de miel et a rendu possible le développement de l'industrie apicole moderne. La méliponiculture, tout comme l'apiculture, utilise des ruches pour élever les abeilles, mais l'architecture du nid ne permet pas la mécanisation et ne produit pas le même rendement.

En colonisant l'Amérique du Nord, l'Amérique du Sud, l'Australie et la Nouvelle-Zélande, les Européens y introduisent des abeilles domestiques provenant de leur pays d'origine. Les abeilles survivent bien dans ces nouveaux milieux, et on y trouve actuellement d'importantes industries apicoles. En 2000, 9253 apiculteurs canadiens élèvent environ 600 000 colonies d'abeilles, et leur production totale de miel atteint 53 kilogrammes par ruche.

Abeilles domestiques

Le miel commercial provient de quatre espèces d'abeilles du genre Apis. L'abeille occidentale (A. mellifera) est la plus importante et la plus exploitée. Elle est originaire d'Europe, d'Asie Mineure et d'Afrique. L'abeille asiatique (A. cerana) est l'espèce la plus répandue en Asie. L'abeille géante (A. dorsata) et l'abeille naine (A. florea) sont également des espèces asiatiques, mais elles ne nidifient pas dans des ruches fabriquées par des humains. On récolte le miel sauvage dans leurs nids.

Les mélipones sont parfois gardées dans des ruches fixes ou dans des nichoirs spécialement conçus. Elles produisent moins que les abeilles domestiques.

Toutes ces abeilles forment des sociétés pérennes et emmagasinent du miel pour que la colonie puisse survivre pendant des périodes de disette, comme la saison hivernale, dans les zones climatiques tempérées. Cette caractéristique permet aux apiculteurs de récolter des surplus de miel. La plupart des autres espèces d'abeilles sauvages (par exemple les bourdons) se nourrissent de nectar, mais ne font pas de grandes réserves. Ils ne sont donc pas exploitables pour la production de miel.

Colonies d'abeilles

Au milieu de l'été, une colonie vigoureuse (race européenne des A. mellifera) contient une reine, de 60 000 à 80 000 ouvrières (femelles stériles) et quelques centaines de faux-bourdons (mâles). La reine peut pondre jusqu'à 2000 oeufs quotidiennement, la plupart fertilisés, qui arrivent à maturité comme ouvrières après 21 jours. Dans des conditions particulières, les abeilles peuvent élever, en quelque 16 jours, quelques-uns des œufs fertilisés en reines. Pour ce faire, elles les élèvent dans de grandes cellules en forme d'arachide dites cellules royales et nourrissent les larves de sécrétions glandulaires, la gelée royale. Une reine inséminée peut ne pas utiliser le sperme nécessaire à la fertilisation lorsqu'elle pond; les oeufs non fertilisés produisent alors des faux-bourdons qui se développent en 24 jours.

Dans les colonies d'abeilles domestiques, les rayons de cire qui servent au développement du couvain et à l'entreposage du miel et du pollen sont identiques, mais ces deux fonctions ne sont pas totalement séparées comme dans les colonies de mélipones. Le dessin architectural des colonies de mélipones est étonnamment varié, mais on peut cependant noter des caractéristiques communes. La chambre destinée au développement du couvain comprend des rangées de rayons horizontales. Elle est séparée de la chambre qui contient les réserves de miel. Celle-ci est composée de pots, d'une grosseur surprenante, qui s'ouvrent vers le haut. Les mélipones se servent de leur propre cire, souvent un mélange de résine de plantes et d'autres matériaux, pour construire les rayons et les pots qui contiennent des réserves.

Butinage

La plupart des abeilles obtiennent leur nourriture presque entièrement des plantes à fleurs. Elles récoltent le nectar en petites quantités de chaque fleur et l'apportent à la ruche dans leur jabot à miel. Elles transportent le pollen sous forme de boulettes dans les corbeilles à pollen situées sur leurs pattes. Le pollen n'est pas utilisé pour fabriquer le miel, mais il sert de source de protéines pour le développement des larves et pour les ouvrières adultes. Pour obtenir la grande quantité de nectar et de pollen nécessaire, les abeilles de chaque colonie butinent des millions de fleurs au cours d'une saison.

Lorsqu'elle butinent, elle assurent la pollinisation et rendent un service essentiel à l'industrie agricole, un service dont on estime la valeur à 10 ou 20 fois celle du miel et de la cire récoltés par les apiculteurs. Puisqu'il est possible de contrôler leur nombre et de les transporter facilement, on loue souvent les colonies d'abeilles pour la pollinisation et on les installe à proximité des cultures de fruitières et semencière commerciales.

Apiculture

Bien que l'on garde les abeilles domestiques dans des ruches et qu'on les sélectionne et les croise pour obtenir les caractéristiques de meilleures productrices de miel, on ne peut les considérer comme des animaux totalement domestiqués. Elles gardent leur instinct sauvage et ne peuvent être dirigées que de façon limitée.

La plupart des apiculteurs canadiens gardent leurs abeilles domestiques pendant l'hiver. Au cours de la saison froide, les abeilles se regroupent en grappes denses et génèrent assez de chaleur pour se garder au chaud. Les apiculteurs doivent s'assurer qu'elles sont suffisamment nourries et à l'abri du froid pour qu'elles puissent contrôler leur température. On garde la majorité des colonies dehors l'hiver, mais parfois on les abrite dans des caves non chauffées (particulièrement au Québec). Autrefois, les apiculteurs des Prairies tuaient leurs abeilles à l'automne et en importaient d'autres (une reine et environ 10 000 ouvrières dans une cage grillagée) du Sud des États-Unis au printemps. Cette pratique prend fin lorsque l'importation d'abeilles domestiques en provenance des États-unis est interdite à la suite de la propagation de maladies parasitaires. Les apiculteurs des Prairies gardent maintenant leurs abeilles pendant l'hiver, parfois dans des abris spéciaux.

Ces changements notables dans l'apiculture sont motivés par le risque d'invasion de parasites mortels comme les acariens des trachées (Acaparis woodii) et ceux du genre Varroa (Varroa destructor), les mites. Les acariens des trachées, originaires d'Europe, envahissent la trachée, ou les tubes respiratoires, des abeilles domestiques adultes et diminuent leur capacité à respirer et à transformer par le métabolisme. Ces problèmes sont particulièrement graves en hiver, période pendant laquelle les abeilles doivent respirer davantage pour contrôler leur température à l'intérieur de la ruche. Les parasites Varroa sont des ectoparasites indigènes aux A. cerana. Ils infestent le couvain, nuisent au développement des nymphes et prolifèrent sur les abeilles adultes. Bien qu'ils ne soient pas dévastateurs pour leur hôte d'origine, ils le sont en revanche pour les races européennes d'abeilles domestiques.

Ces deux espèces de parasites sont introduites aux États-Unis au milieu des années 1980 et sont responsables de graves problèmes dans l'industrie apicole. Depuis, ces deux parasites ont pénétré au Canada, mais ils font l'objet d'une surveillance constante. L'importation est toujours interdite afin de faciliter le contrôle et d'empêcher l'arrivée des abeilles africaines, appelées parfois abeilles meurtrières, maintenant établies dans le Sud-Ouest des États-Unis.

Récemment, et plus particulièrement en Ontario, la recherche s'est concentrée sur la production de colonies d'abeilles domestiques génétiquement améliorées, capables de mieux résister aux parasites ou du moins de les tolérer. Les apiculteurs qui élèvent ce genre d'abeilles tout en utilisant des stratégies de contrôle des fléaux, comme l'utilisation d'antibiotiques, de pesticides et de méthodes sanitaires arrivent à maintenir une exploitation rentable.

En s'assurant que les abeilles ont assez de nourriture et d'espace, qu'elles sont en santé et qu'elles ont une reine jeune et productive, l'apiculteur fait en sorte que la population de sa colonie soit maximale à l'époque de la miellée (habituellement en juin, juillet et août), au cours de laquelle la majorité des plantes fleurissent et alors que les abeilles emmagasinent des surplus de nectar. Ce nectar est converti en miel par l'évaporation de l'eau et par la conversion du saccharose en sucres simples, le dextrose et le lévulose.

L'industrie de l'élevage de l'abeille découpeuse de la luzerne, aussi appelée abeille coupeuse de feuilles, (Megachile rotundata) est très importante dans la région des Prairies. Dans la nature, ces abeilles solitaires nidifient dans des tunnels. Pour l'élevage, les apiculteurs utilisent des tunnels composés de panneaux de bois ou de styromousse. Les panneaux s'empilent de manière à ce que les demi-tunnels en forme de U soient vis-à-vis les uns des autres. Ces panneaux sont assemblés, souvent par milliers, dans des abris spéciaux au milieu des champs de luzerne. Dans les tunnels, les abeilles fabriquent des alvéoles à l'aide de feuilles découpées avec précision. Dans chaque alvéole, elles déposent du pollen, un peu de nectar et pondent un seul œuf. Lorsque les œufs éclosent, les larves se nourrissent du pollen. Une fois les larves transformées en nymphes, les panneaux sont séparés et les alvéoles sont réfrigérées. L'année suivante, les alvéoles sont couvées et placées dans les panneaux vides de nidification situés dans des abris.

Les bourdons (genre Bombus) sont maintenant couramment utilisés dans l'industrie serricole. Cette technologie, développée presque simultanément en Europe et au Canada, fait cependant appel à des espèces de bourdons différentes. De nos jours, des milliers de colonies de bourdons sont produites pour les serres nord-américaines (B. impatiens) et européennes (B. terrestris). Elles permettent surtout la pollinisation des tomates. Chaque colonie, élevée dans des installations spécialisées, comporte une reine et de nombreuses ouvrières enfermées dans une ruche en carton. Il y a suffisamment d'espace pour que les bourdons produisent le couvain et plus d'ouvrières, emmagasinent un peu de miel et de pollen et constituent une réserve de sirop de sucre. Ces colonies facilement transportables sont installées et contrôlées dans les serres.

Produits d'un rucher d'abeilles domestiques

Miel
Avant 1900, on consommait le miel directement des rayons. Aujourd'hui, le miel en rayons constitue une culture spécialisée, le miel pur extrait (sous forme liquide ou crémeuse) occupe la plus grande partie du marché. Pour ce faire, on prend les rayons remplis de miel, on enlève les bouchons de cire et on place les rayons dans un extracteur, où le miel est séparé des alvéoles par centrifugation. Le miel qui a été chauffé et filtré reste liquide pendant plusieurs mois et est souvent mis en marché sous cette forme.

Avec le temps, certains miels ont tendance à se cristalliser, ce qui donne au miel une texture granuleuse, voulue ou non, selon le cas. Le processus de granulation peut être contrôlé en ajoutant une petite quantité de miel déjà granuleux à du miel liquide et en le conservant à basse température (14º C). Cela accélère la cristallisation et donne un miel lisse et crémeux. On peut retransformer le miel granuleux en miel liquide en le faisant chauffer (à une température n'excédant pas 60º C) jusqu'à ce que les cristaux soient complètement fondus.

La couleur et la saveur du miel dépendent des fleurs qui ont servi à le produire. Les miels de trèfle, de luzerne, de canola, d'épilobe et de tilleul sont blancs, ceux de tournesol, de verge d'or et d'aster ont tendance à être dorés tandis que celui de sarrasin est foncé. Le miel plus foncé a généralement une saveur plus forte, mais il n'est pas de moindre qualité. La plupart des miels sont mélangés, car les abeilles butinent différentes espèces de plantes lorsqu'elles ramassent le nectar.

La qualité et les caractéristiques du miel jouent un rôle important dans l'industrie apicole. Si le miel contient trop d'eau (plus de 18 %), il peut fermenter et se gâter. Il n'est pas nécessaire de pasteuriser le miel mais, dans la pratique, il est souvent chauffé, puis rapidement refroidi pour accélérer le processus de mise en bouteille.

Pollen

Certains apiculteurs récoltent le pollen de leurs ruches. Pour ce faire, ils placent des barrières dans les ruches qui servent de pièges à pollen. Lorsque les abeilles rentrent dans la ruche après avoir butiné, elles traversent ces barrières qui délogent les boulettes de pollen de leurs pattes postérieures. Ces boulettes tombent dans un plateau que l'apiculteur n'a plus qu'à vider. Le pollen est vendu dans les magasins d'aliments naturels et les pharmacies.

Autres produits

La cire d'abeille est un mélange complexe d'hydrates de carbone à longue chaîne, très prisés dans l'industrie pharmaceutique et cosmétique puisqu'ils sont un ingrédient de base des onguents et des crèmes. La cire d'abeille est aussi couramment utilisée pour fabriquer les bougies. La plus grande partie de la cire d'abeille récoltée par les apiculteurs est réutilisée dans les ruches sous forme de feuille de cire sur laquelle a été imprimé le dessin hexagonal des alvéoles. Les abeilles se servent de ce dessin comme d'un modèle sur lequel construire les rayons et organiser la structure de leur ruche.

Le venin des abeilles domestiques est récolté à l'aide d'un dispositif spécial. On l'utilise dans le domaine de la médecine pour traiter les personnes allergiques aux piqûres d'abeilles. L'apithérapie, basée, entre autres, sur l'usage thérapeutique du venin, est de plus en plus envisagée pour traiter l'arthrite et la sclérose en plaques.

Les abeilles elles-mêmes sont un produit à part entière. Les exploitations de certains apiculteurs spécialisés reposent sur la production et la vente de reines pour remplacer les plus vieilles dans les colonies. Pour former une nouvelle colonie, on peut utiliser des paquets d'abeilles (de 1 à 2 kg) comprenant une reine inséminée ou un nucléus assorti de quelques rayons et d'une reine inséminée.


En savoir plus

Abeille // Mots clés

Insectes eusociaux :

Ces insectes répartissent le travail entre les groupes (castes) reproductifs et non reproductifs, présentent une organisation à générations imbriquées et prennent soin des jeunes collectivement. Chez les abeilles, le niveau de sociabilité varie considérablement, et le qualificatif « eusocial » est réservé aux espèces qui exhibent les trois caractéristiques susmentionnées.

Pollinisation :

C’est le transfert du pollen de la partie mâle d’une plante (étamine) à la partie femelle (pistil), permettant la fertilisation et la production de graines.

Lecture supplémentaire

  • Dedant & Sons, eds., The Hive and the Honey Bee (1975); Peter G. Kevan, ed., The Asiatic Hive Bee: Apiculture, Biology, and Role in Sustainable Development in Tropical and Subtropical Asia (1995); David W. Roubik, Ecology and Natural History of Tropical Bees (1989).