Architecture religieuse

Dès la seconde moitié du XVIIe s., avec l'arrivée d'un plus grand nombre d'artisans et de constructeurs formés en France, et sous l'influence des Jésuites, sont construites à Québec et Montréal quelques grandes églises qui transposent ici certains traits de l'architecture religieuse française.

Notre-Dame, à Montréal (vue intérieure)
La construction de l'église Notre-Dame de Montréal (1823-1829) marque un moment important dans l'histoire de l'architecture canadienne. Pendant le siècle qui suivra, le style néogothique sera étroitement associé à l'architecture religieuse (Corel Professional Photos).
Québec, chapelle Notre-Dame-de-Bonsecours
Québec (Corel Professional Photos).
Marie-Reine-du-Monde
Montréal (le panorama par Denis Tremblay, Labtex Inc.)
Église Notre-Dame
Montréal (Le panorama par Denis Tremblay, Labtex Inc.)
Chapelle extérieure
À Silton, en Saskatchwan, conçue par Clifford Wiens (photo obtenue avec la permission de William P. Thompson).
L
L'église anglicane St. James à Vancouver, en Colombie-Britannique, 1937, réalisée par Adrian Gilbert Scott en collaboration avec Sharp et Thompson, 1935-1937 (photo de Leonard Frank, avec la permission de la Vancouver Public Library/PN 4671).
St. Andrew, église presbytérienne de
1831, à Niagara-on-the-Lake, conception de James Cooper (photo de Ralph Greenhill).
St. James, église anglicane
L'église anglicane St. James à Vancouver, en Colombie-Britannique, réalisée par Adrian Gilbert Scott en collaboration avec Sharp et Thompson, 1935-1937 (photo de John Roaf).
Precious Blood Church
Conçue par Étienne Gaboury, située à Saint-Boniface, au Manitoba (photo de Henry Kalen).
Halifax, église St. Paul
Des édifices comme l'église St. Paul (1750) comportent des éléments classiques, tels que des colonnes, des frises décoratives et des baies palladiennes, dont les origines remontent à la période qui va de la Renaissance à l'époque georgienne (avec la permission d'Environnement Canada/Inventaire des bâtiments historiques du Canada).
Ottawa, basilique Notre-Dame d
L'un des beaux immeubles anciens conservés dans la région de la Capitale nationale (Corel Professional Photos).
Saint-Benoît-du-Lac, vue intérieure de
Vue intérieure de l'abbatiale de Saint-Benoît-du-Lac (1989-1994) (photo de Richard Max Tremblay/avec la permission de Dan S. Hanganu).
Sainte-Famille, église
La construction de l'église Sainte-Famille, à l'Île d'Orléans, débute en 1743 (photo de Luc Noppen).
Chapelle des Ursulines, autel de la
Retable de l'autel principal de la chapelle des Ursulines à Québec, réalisé par Pierre-Noël Levasseur, 1730-1735 (photo de Paul Laliberté du Centre de production multimédia, à l'U. Laval).
Notre-Dame (Québec), l
Les plans sont de Chaussegros de Léry, en 1743 (Archives nationales de France, photo de Holzapfel).
Christ Church, cathédrale
Façade de la célèbre cathédrale de Fredericton, au Nouveau-Brunswick (avec la permission de Parcs Canada, Section des services de relevés des richesses du patrimoine).
Notre-Dame-des-Victoires
Le panorama par Denis Tremblay, Labtex Inc.
Barrington, temple
Située à Barrington en Nouvelle-Écosse, cette maison commune, construite en 1765, était fréquemment utilisée par les fidèles congrégationalistes (photo de Lany Turner).
Notre-Dame, Montréal
La construction de l'imposante église Notre-Dame de style néo-gothique est terminée en 1829.
Mountain Road Church, vue intérieure de la
Vue intérieure de la nef, conçue par Philip Ruh (avec la permission des Provincial Archives of Manitoba).

Architecture religieuse

Les débuts de l'architecture religieuse canadienne coïncident avec la venue des premiers missionnaires en NOUVELLE-FRANCE. Les récollets, arrives au pays en 1615, et les jésuites, en 1625, bâtissent des chapelles de mission, en utilisant les techniques de construction des Autochtones. Puis ils remplacent ces premiers bâtiments rudimentaires par des structures un peu plus permanentes, en bois de charpente. Assez tôt au XVIIe s., les communautés religieuses construisent aussi des chapelles et des petites églises destinées à la pratique du culte des colons français. Comme les chapelles de mission, ces premiers bâtiments ont une facture très simple et dépouillée. Érigés d'abord en bois, ils font place graduellement à des constructions en pierre.

Dès la seconde moitié du XVIIe s., avec l'arrivée d'un plus grand nombre d'artisans et de constructeurs formés en France, et sous l'influence des Jésuites, sont construites à Québec et Montréal quelques grandes églises qui transposent ici certains traits de l'architecture religieuse française. Ces bâtiments se caractérisent notamment par leur plan en forme de croix latine et leur clocher posé à la croisée de la nef et du transept. L'église des Jésuites à Québec (érigée en 1666, démolie en 1807) se révèle un exemple marquant de cette architecture classique d'origine française, alors introduite dans la colonie. Le premier évêque de Québec, François de Montmorency-LAVAL, va jouer un rôle déterminant au niveau de la diffusion de ce style dans les villages et les campagnes, en encourageant et en contrôlant la construction de nombreuses églises de pierre qui adaptent et simplifient ces modèles de l'architecture française.

Le dix-huitième siècle

Pendant la première moitié du XVIIIe s., les travaux de l'ingénieur du roi, Gaspard CHAUSSE-GROS DE LÉRY, dans les villes de Montréal et Québec, perpétuent ce style tout en l'adaptant au contexte colonial. Mais ce sont les petites églises rurales, construites par une main-d'oeuvre locale qui témoignent le mieux de l'originalité et des qualités de cette tradition architecturale naissante. Autant par sa présence physique que par son symbolisme, l'église paroissiale devient alors le bâtiment le plus important de la collectivité. Les trois sortes de plans employés pour la construction de ces églises demeurent en usage au Québec jusqu'au début du XIXe s. Déjà présent au siècle précédent, le plan jésuite en forme de croix latine se distingue par des chapelles qui coupent la nef. Le plan récollet est constitué d'une nef avec une abside semi-circulaire légèrement en retrait. Encore plus simple, le plan MAILLOU comporte une nef qui se termine par une abside en demi-cercle. Avec son plan récollet, ses murs de pierre des champs et ses ouvertures tête cintrée, l'église Saint-François (1734-1736) à l'île d'ORLÉANS, est représentative de ces petites églises paroissiales dont l'extérieur est marqué de la plus grande sobriété. Par contre, plusieurs d'entre elles ont un riche décor intérieur qui contraste avec l'austérité de l'extérieur. La sculpture sur bois y est d'une très grande qualité. L'intérieur de la chapelle du couvent des Ursulines, à Québec, aménagé par Noël et Pierre-Noël Levasseur (de 1714 à 1759) témoigne encore aujourd'hui de la qualité de cette ornementation.

A compter de 1750, l'établissement au pays d'une nouvelle société brit., en grande partie anglicane, amène d'importants changements architecturaux. Ainsi assiste-t-on dans différentes régions de l'E. du pays à la construction d'églises suivant un style populaire en Angl. depuis le début du XVIIIe s., et étroitement associé à l'Église anglicane: le style palladien. Dans les centres urbains et les régions où la concentration des communautés anglicanes le permet, surgissent quelques grandes églises érigées selon les préceptes de ce style qui prône la symétrie, l'ordre et l'emploi d'un vocabulaire classique sobre. L'église St. Paul de Halifax (1750) est la première église anglicane érigée au Canada. Elle s'inspire du modèle de la chapelle Marylebone (1721-1722), à Londres, dessinée par l'architecte palladien James Gibbs.

La présence de nouveaux bâtiments de ce style, de même que l'arrivée d'une main-d'oeuvre originaire de l'Angl. ou des É.-U. favorisent la diffusion du style palladien et de ses variantes, surtout au Qc et dans les prov. de l'Atlantique. Ainsi en N.-É. et au N.-B., de nombreuses petites églises en bois, de différentes confessions, reprennent quelques-uns des motifs du nouveau style, notamment le large fronton qui orne la façade, la fenêtre vénitienne de l'abside, les ouvertures à tête cintrée et l'ornementation classique autour de la porte centrale.

Les immigrants d'origine LOYALISTE arrivés au pays à la fin du XVIIIe s. introduisent dans les prov. de l'Atlantique un nouveau genre d'églises, surtout utilisé par les Congrégationalistes: la meeting house. Avant tout un lieu de rencontre, ce bâtiment de bois est marqué de la plus grande simplicité extérieure et intérieure. Son architecture rappelle beaucoup celle d'une maison. La meeting house de Barrington (1765), en N.-É., en est un exemple.

Le dix-neuvième siècle

Au Québec, ce n'est pas avant les années 1820 que le style palladien affecte vraiment l'architecture religieuse traditionnelle. Même à ce moment, c'est au niveau de l'ornementation extérieure que s'exerce le plus gros de son influence. Au début du XIXe s., sous l'impulsion de l'abbé Conefroy, on délaisse les trois plans qui jusque-là avaient été privilégiés (récollet, jésuite et Maillou) en faveur d'un plan en forme de croix latine rappelant celui favorisé par les Jésuites au XVIIe s. C'est l'architecte François BAILLAIRGÉ qui parvient à intégrer le mieux l'aspect décoratif de la nouvelle mode architecturale palladienne aux églises du Qc. De son côté, en rédigeant son Précis d'architecture (1828), l'abbé Jérôme DEMERS joue lui aussi un rôle déterminant auprès de toute une génération de constructeurs, en favorisant la diffusion d'idées nouvelles, dont certaines proviennent des styles palladien et néo-classique.

À compter des années 1820 et jusque dans les années 1860, l'intérêt pour l'architecture classique se modifie: jusque-là dirigé vers la Renaissance, il se porte désormais vers l'Antiquité. Certains motifs de la façade des églises (colonnes, pilastres et entablement) prennent alors une plus-grande importance. Au Qc en particulier, cette étape du néoclassicisme s'exprime au cours des années 1830-1840 dans les travaux de l'architecte Thomas Baillairgé, qui construit des églises dont la façade est encadrée de deux tours.

L'influence néo-classique se manifeste par une préférence pour des motifs provenant de l'architecture grecque au détriment des détails romains. Dans certains cas, l'apport de l'architecture grecque s'exprime simplement par des détails décoratifs apposés à la façade de l'église. En d'autres occasions, l'église est conçue sur le modèle d'un temple grec, comme en témoigne l'église St. Andrews (1831) à Niagara-on-the-Lake.

La construction de l'église NOTRE-DAME à Montréal (1823-1829) marque un important moment de l'histoire architecturale canadienne. En effet, pendant près de cent ans, le style néo-gothique sera étroitement associé a l'architecture religieuse de toutes les régions canadiennes et de presque toutes les confessions. Ce nouveau style prendra du temps à s'implanter puisque surtout dans les régions de l'E., il cohabitera avec une tradition d'origine classique déjà bien établie.

Ce style se propage véritablement à partir des années 1840, au moment où se manifeste une tendance vers le réalisme et l'authenticité archéologique, qui convient tout particulièrement à l'architecture religieuse. La Cambridge Camden Society formée de théologiens anglais qui, à compter de 1839, favorisent un renouvellement de l'architecture religieuse, encourage alors les constructeurs d'églises anglicanes à retourner au plan des églises médiévales catholiques, caractérisé par une nef flanquée de bas-côtes, surmontée de galeries et orientée vers le choeur. Le choeur devient dès lors un élément déterminant du plan; chaque composante du plan intérieur (nef, choeur, bas-côtés, porche) est désormais exprimée à l'extérieur du bâtiment. Les cathédrales St. James (1849-1853) de Toronto, CHRIST CHURCH (1846-1853) de Fredericton et St. John The Baptist (1848-1880) de St. John's, T.-N. représentent cette volonté de copier des modèles médiévaux.

Au Québec, cependant, où la tradition classique est déjà étroitement associée à l'architecture catholique, l'implantation du style néo-gothique ne se fait pas aussi facilement que dans les autres régions. Ainsi en réaction à la construction de la cathédrale anglicane Christ Church (1857-1859) de Montréal, un édifice néo-gothique conçu selon les préceptes de la Cambridge Camden Society, Mgr Ignace BOURGET fait ériger la cathédrale Saint-Jacques (1875-1885) sur le modèle de Saint-Pierre de Rome. Mgr Bourget, qui entendait ainsi dissocier la foi catholique du style néo-gothique, ouvre la vole à un engouement pour l'architecture néo-baroque qui se manifeste en cette région du pays au cours des années 1870-1880.

Lorsque le style néo-gothique évolue vers l'expression d'effets visuels et pittoresques, c'est en Ont. qu'il s'exprime avec le plus d'éclat, grâce au travail de l'architecte Henry Langley qui, pendant plus de quarante ans, construira des églises anglicanes, méthodistes, baptistes et catholiques. Au moment où, dans l'E. du pays, cet aspect du style néo-gothique commence à disparaître, il se développe dans l'O.: la cathédrale St. Paul (1895) de Regina, en Sask., témoigne de l'influence de ce courant par sa tour latérale, sa large toiture et ses proportions massives, alors que la cathédrale St. John The Divine (1912) à Victoria, Colombie-Britannique, en exprime certains traits par sa verticalité et son ornementation.

Parallèlement à la construction de ces grands bâtiments, sont aussi érigées de petites églises qui privilégient certains des aspects particulièrement marquants du style néo-gothique. Ainsi des églises de l'E. du pays reproduisent en bois quelques-uns des détails néo-gothiques les plus frappants: c'est ce qui a été appelé le Carpenter's Gothic. L'église anglicane St. Johns (vers 1840) de Lunenburg, N.-É. et l'église Unie (vers 1870) de MALPÈQUE î.-P.-É., témoignent de cette mode.

En Ont., un groupe de petites églises utilise des briques de couleur contrastante pour accentuer le pittoresque de certains détails néo-gothiques, notamment autour des fenêtres. L'église Unie de Crown Hill (vers 1880), en Ont., illustre cette tendance. Toujours en Ont., de même qu'au Man. et en Sask., d'autres petites églises d'une facture très sobre ne retiennent du courant néo-gothique que les fenêtres en ogive et la tour centrale apposée à la façade. On en voit des exemples à l'église anglicane St. Clement (1860-1861) à Selkirk, Man. et à l'église anglicane St. James (vers 1909) à Star City, Sask.

Enfin, à l'extrémité O. du pays, de nombreuses églises en bois arborent de manière pittoresque certains détails néo-gothiques. Ainsi, l'église de mission Holy Cross (vers 1905) située à Skookumchuk, en C.-B., se distingue par une façade marquée de nombreux détails néo-gothiques, alors que celle de Fort Good Hope (1864-1882), dans les T. du N.-O., oppose à un extérieur assez conventionnel une décoration intérieure d'une grande richesse.

Par ailleurs, au cours des années 1880-1890, certains architectes délaissent le néo-gothique pour une nouvelle mode architecturale qui est alors populaire aux É.-U. Ces architectes construisent de grandes églises dont la maçonnerie rustiquée, la monumentalité et les ouvertures larges et arrondies expriment l'influence néo-romane. L'église Metropolitan United Church (1890-1891) à Victoria, en C-B., en est un exemple. À ce moment également, suivant une mode qui affecte tout particulièrement les églises méthodistes et presbytériennes, plusieurs églises adoptent un plan en auditorium.

En général au cours du XIXe s., les églises catholiques et protestantes adoptent une disposition rectangulaire où l'autel occupe une position centrale dans le sanctuaire. Le décor intérieur des églises anglicanes est habituellement plus sobre que celui des églises catholiques. Les églises méthodistes et presbytériennes sont également très dépouillées mais la chaire y occupe une place centrale. Enfin, d'autres congrégations religieuses, les congrégationalistes, les unitariens, les adventistes ou les baptistes, ont également des lieux de rencontre d'une grande simplicité.

Dans le dernier quart du XIXe s., plusieurs groupes d'immigrants venus de Scandinavie et de Russie peuplent les régions de l'O. et y amènent leurs traditions architecturales. C'est ainsi que les immigrants d'origine ukrainienne, établis au Man. et en Sask., construisent des églises dont l'architecture rappelle celle des églises byzantines: le plan cruciforme, les clochers en forme de bulbe et l'ornementation intérieure colorée sont les motifs les plus caractéristiques.

Le début du vingtième siècle

Au début du XXe s., sous l'influence de l'enseignement prodigué par l'École des Beaux-Arts de Paris, se développe une attitude nouvelle qui marquera profondément l'architecture une partie de ce siècle. Contrairement à ce qui s'est produit tout au long du XIXe s., les architectes accordent désormais moins d'importance à l'expression du pittoresque, aux styles historiques et aux détails stylistiques pour privilégier la disposition et la composition de l'édifice, l'expression de sa monumentalité et l'organisation de son plan.

Le plan des églises, conçu d'après un système d'axes, devient très rigoureux; la nef en particulier prend une importance nouvelle au sein de ce plan. Sous l'influence des principes de composition Beaux-Arts, on bâtit aussi bien des églises de style néogothique, que classique, baroque ou roman: ainsi la cathédrale catholique de Saint-Boniface (1908), au Man., développe la tendance romanesque alors que celle de Gravelbourg (1919), en Sask., traduit l'influence néo-baroque.

Cependant, sur le plan architectural, l'influence Beaux-Arts annonce la fin d'une époque au cours de laquelle les architectes se tournaient volontiers vers le passé pour y trouver leur inspiration et des modèles. À cause de leurs dimensions et aussi de leur importance symbolique pour chaque communauté, les églises du XIXe s. et du début du XXe s. comptent encore aujourd'hui parmi les bâtiments qui illustrent le mieux l'apport de ces grands courants architecturaux.

NATHALIE CLERK

Édifices religieux modernes

Par leur nombre, les églises et les temples érigés depuis la Deuxième Guerre mondiale occupent une place considérable dans l'ensemble de l'architecture religieuse au Canada. Dans les régions urbaines, où la croissance démographique est la plus forte, on bâtit plus d'églises que durant toutes les époques antérieures réunies. Surtout construites dans les banlieues, les églises nouvelles reflètent le caractère de ce milieu où la densité de la population est faible et l'échelle des édifices volontairement restreinte. Le nombre des paroissiens est souvent réduit et le budget limité. Parce que la plupart des paroissiens doivent se rendre à l'église en automobile, le terrain de stationnement devient une nécessité. À ces contraintes matérielles qui réduisent l'importance de l'église dans le paysage urbain et laissent une image ambiguë de ce type d'édifice, s'ajoute un problème plus fondamental encore, soit celui de la redéfinition de l'édifice pour le culte. Architectes et clients sont conscients de la nécessité de renouveler l'architecture religieuse, mais les solutions à adopter sont loin de ressortir clairement. Cette incertitude est d'ailleurs accrue par l'interrogation sur la place de la religion dans le monde moderne.

Suite à des débats houleux tenus en Europe entre les deux guerres, des colloques sur la construction des églises sont organisés dans diverses villes canadiennes (Toronto, 1956, 1961 et Vancouver, 1960). L'église est-elle davantage maison de Dieu que maison des hommes? Doit-elle se présenter comme un abri qui protège ceux qui s'y réunissent pour prier et entendre la parole de Dieu? Est-elle un refuge pour le recueillement ou doit-elle plutôt s'ouvrir sur le monde extérieur pour faire davantage partie de la vie quotidienne? L'aménagement intérieur est aussi soumis à une redéfinition des fonctions liturgiques. L'emplacement du baptistère, de l'autel et des autres lieux liturgiques dépend du symbolisme dont on les revêt. Bien que la construction des églises (dont certaines sont aussi des centres communautaires) témoigne de l'évolution de la liturgie et de la conception religieuse, beaucoup d'églises revêtent peu d'intérêt pour leurs qualités architecturales et depuis 1970 très peu d'églises sont construites.

Pendant que les théologiens cherchent à définir la nature et le rôle de l'église, les architectes, de leur côté, tentent d'en renouveler le langage formel et de convaincre leurs clients de la nécessité de ce changement. Jusqu'à la veille de la guerre, il va de soi qu'une église se construit dans l'un ou l'autre des styles historiques, généralement le néogothique au Canada anglais et un des styles classiques au Québec. Au milieu des années 30 cependant, des formes nouvelles commencent à voir le jour en architecture religieuse comme en architecture civile.

L'église anglicane St. James (1935) de Vancouver, de l'architecte londonien Adrian G. Scott, paraît marquer le départ du mouvement moderne sur la côte du Pacifique. Le plan en croix grecque et les voûtes en berceau de cette église en béton donnent à l'intérieur des airs de l'architecture byzantine, mais l'extrême dépouillement accentue la géométrie des formes. À l'extérieur, les ressauts rectilignes du portail et les grandes surfaces nues des masses géométriques recouvertes de stuc témoignent de l'influence de l'architecture fonctionnaliste, tandis que les formes prismatiques des parties hautes ont le caractère de l'art déco. Scott est assisté des architectes locaux Sharp et Thompson qui, dans les même années, bâtissent la Crown United Church également à Vancouver. Les fenêtres étroites couronnées par des arcs en mitre, comme à l'église St. James, sont un compromis entre l'arc brisé de l'architecture gothique et le géométrisme du style international. La masse cubique et son revêtement en stuc témoignent encore plus de l'enracinement du style moderne en Colombie-Britannique.

À la même époque, l'architecture religieuse québécoise subit l'influence de Dom Paul Bellot, un bénédictin français venu au Canada pour la première fois en 1934. Il revient en 1936 pour construire la coupole et finir l'intérieur de l'oratoire Saint-Joseph à Montréal, une église monumentale commencée pendant la Première Guerre dans la tradition académique. S'inspirant de l'architecture médiévale, Dom Bellot avait conçu pour le béton armé un système structural fait d'arcs polygonaux et d'arcs paraboliques pour la brique. Dès 1935-1936, on voit s'élever un exemple de chacun de ces deux types : en béton, l'église Saint-Jacques de Montréal (Gaston Gagnier) et en brique, l'église Sainte-Thérèse-de-Lisieux à BEAUPORT (Adrien Dufresne). C'est le début d'un courant qui durera une vingtaine d'années et qui va donner au Québec un style distinctif, bien que d'un modernisme modéré, d'architecture religieuse.

Après 1950

Après 1950, la différence entre les églises du Québec et celles du reste du pays commence à s'estomper. On distingue alors deux styles principaux. D'abord, les églises à toit horizontal ou à pentes très faibles, comme la petite église anglicane St. Cuthbert's à Montréal (1946-1947), de l'architecte Fred Lasserre. Les églises de la seconde catégorie ont les pentes du toit fortement accusées, ce qui maintient les murs goutteraux à une faible hauteur. Plusieurs de ces dernières ont comme charpente des arches en bois lamellé. Aussi bien dans les églises de la première que dans celles de la deuxième catégorie, la structure détermine à la fois la forme extérieure et l'espace intérieur. Ce rationalisme, particulièrement froid dans les églises de la première catégorie, est alors critiqué pour son inaptitude à inspirer aux fidèles un sentiment d'élévation.

Un moyen retenu pour résoudre ce problème consiste à donner un profil excurvé aux pentes de la toiture afin de renforcer l'effet d'ascension, comme à la Westminster Presbyterian Church (Salter et Allison) de Barrie, Ontario. Une autre solution consiste à percer une ouverture au faîte de la toiture, parfois sur toute sa longueur comme à la West Ellesmere United Church (Eberhard ZEIDLER) de Scarborough, afin d'éclairer l'intérieur d'une lumière zénithale. Certaines églises, telles Saint-Raphaël de Jonquière (Saint-Gelais et Tremblay) et Notre-Dame-des-Champs à Repentigny (D'Astous et Pothier), combinent les pentes excurvées et l'éclairage zénithal.

Au début des années 60, il devient de plus en plus courant dans les églises catholiques de remplacer le plan longitudinal par un plan centré. La résolution du concile Vatican II de favoriser la participation des fidèles à la célébration de la messe va généraliser l'adoption de ce plan qui garantit une relation intime entre l'assemblée et l'autel. Ces églises, dont plusieurs sont les plus expressives de toute l'architecture religieuse d'après-guerre, sont en général basses et ont le choeur et la nef couverts d'une seule et même toiture afin de souligner l'union de ces deux espaces. Ce toit s'élève depuis des murs bas pour atteindre son sommet au-dessus de l'autel. On en trouve des exemples dans toutes les régions du pays, comme Saint-Jean-Baptiste-de-la-Salle à Montréal (Lemay et Leclerc), St. John Brébeuf à Winnipeg (Libling, Michener and Associates), Précieux-Sang à Saint-Boniface, Manitoba (GABOURY, Lussier et Sigurdson) et St. Mary's à Red Deer, Alberta (Douglas CARDINAL).

Depuis les années 80, le plan centré fait le plus souvent place à la forme plus simple et posée du rectangle où l'autel occupe le milieu d'un des longs côtés. Des formes plus traditionnelles remplacent aussi les lignes dynamiques qui procuraient un effet expressionniste aux églises des deux décennies précédentes. Il arrive même de suggérer, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, les trois nefs parallèles des églises traditionnelles, même si l'intérieur ne forme qu'un seul et même espace. Un bel exemple de ce parti est l'église Divine Infant à Orléans, Ontario (Murray and Murray, Griffiths and Rankin Architects).

Dès les années 60, quelques architectes entreprennent de renouveler le style des églises de rite oriental, tout en cherchant à respecter certaines traditions architecturales de ces églises. Radoslav Zuk fait figure de pionnier avec ses églises ukrainiennes comme Holy Family à Winnipeg et St. Michael's à Tyndall, Manitoba. Les coupoles, qui donnent aux églises traditionnelles leur silhouette caractéristique, sont rappelées dans des formes géométriques gracieuses qui respectent également les propriétés du bois ou du béton, matériaux avec lesquels elles sont construites. Un autre exemple est la cathédrale grecque orthodoxe de Montréal (AFFLECK, Desbarats, DIMAKOPOULOS, LEBENSOLD, Sise), qui s'inscrit dans la tradition byzantine avec sa coupole en béton posée sur une nef de plan carré. Plus récemment, des édifices religieux pour le culte islamique ajoutent une note de couleur au paysage canadien. La Jamatkhana (Mosquée de Khan) de Burnaby, Colombie-Britannique (Bruno Freschi), rassemble les dômes et les formes octogonales traditionnellement associées à cette architecture.

Étant donné que les églises postérieures à la Deuxième Guerre mondiale sont de dimensions relativement petites et que, depuis les années 70, la construction de nouvelles églises se fait plutôt rare, on peut s'étonner que deux des églises les plus vastes de la deuxième moitié du XXe siècle soient des réalisations récentes. Il s'agit dans les deux cas d'églises pour des abbayes bénédictines : Westminster Abbey à Mission, Colombie-Britannique. (Asbjorn Gathe), et SAINT-BENOÎT-DU-LAC au Québec (Dan S. HANGANU), la première, du début des années 80 et la seconde, du début des années 90. En employant respectivement le béton et l'acier, les architectes tentent d'y reproduire le mouvement vertical et l'effet squelettique qui caractérisent les monumentales églises abbatiales du Moyen Âge.


Lecture supplémentaire

  • Claude Bergeron, L'Architecture des églises du Québec, 1940-1985 (1987); N. Tardif-Painchaud, Dom Bellot et l'architecture religieuse au Québec (1978).