Best-sellers de langue anglaise

Les livres canadiens qui ont obtenu les succès les plus durables en librairie au fil des ans (comme Anne of Green Gables, 1908, de L.M. Montgomery; trad. Anne... la maison aux pignons verts, 1986) témoignent de la récurrence des goûts chez le grand public.

Best-sellers de langue anglaise

Les livres canadiens qui ont obtenu les succès les plus durables en librairie au fil des ans (comme Anne of Green Gables, 1908, de L.M. Montgomery; trad. Anne... la maison aux pignons verts, 1986) témoignent de la récurrence des goûts chez le grand public. En revanche, les livres qui atteignent immédiatement des ventes sensationnelles sont sujets à des modes passagères. Enfin, certains auteurs, comme Arthur Hailey, produisent un best-seller après l'autre.

Les premières bibliographies de best-sellers, à la fois de fiction et d'essais, paraissent dès 1888 dans The Canadian Bookseller. Depuis 1970, elles sont publiées dans le Toronto Star, et depuis 1975, dans Maclean's.

Les records de vente varient énormément. Pour la fiction par exemple, une même liste de best-sellers peut inclure, au palmarès des 10 premiers, des livres qui ne se sont vendus qu'à 3 000 exemplaires parmi d'autres dont les ventes ont atteint 75 000 à 100 000 exemplaires. Dans le cas des essais, on parle de chiffres se situant entre 20 000 et 40 000, bien que certains titres aient atteint les 100 000 exemplaires vendus.

Comme les éditeurs, les libraires et les auteurs sont parfois réticents à fournir des données précises et la recherche effectuée n'est pas tellement scientifique. De telles bibliographies ne donnent donc que des résultats partiels. Elles ne comprennent d'ailleurs pas les manuels scolaires, bien qu'ils soient souvent vendus en grandes quantités. Néanmoins, les listes courantes et les listes historiques fournissent des indices importants sur l'évolution des goûts et des intérêts des lecteurs canadiens.

Certains livres canadiens, en plus de connaître du succès au pays, se sont également bien vendus à l'étranger. Les auteurs canadiens ont rapidement compris qu'il n'est pas nécessaire de recourir à un cadre non canadien pour qu'une œuvre connaisse une popularité internationale. The Clockmaker, de T.C. Haliburton (1836), ne tarde pas à être largement accueilli en Grande-Bretagne et aux États-Unis. La Néo-Écossaise Margaret Marshall Saunders situe prudemment son roman Beautiful Joe (1894) en Nouvelle-Angleterre, mais d'autres auteurs des premiers best-sellers internationaux proposent des images purement canadiennes : The Seats of the Mighty (1896) de Gilbert Parker se déroule dans le Vieux-Québec; Black Rock (1898) de Ralph Connor, dans les Rocheuses; Songs of a Sourdough (1907; trad. Chants d'un sourdaud, 1979) de Robert Service, dans le Yukon; Anne of Green Gables (trad. Anne... La maison aux pignons verts, 1986) de L.M. Montgomery, dans l'Île-du-Prince-Édouard; et Sunshine Sketches of a Little Town (1912; trad. Un été à Mariposa. Croquis en clin-d'oeil, 1986) de Stephen Leacock, en Ontario.

La réputation d'un auteur à succès est souvent garante de ventes importantes pour les prochaines parutions. Parker, Connor (pseudonyme de C.W. Gordon), Montgomery, Service et Leacock demeurent en tête de liste des best-sellers, année après année, jusque dans les années 1920, et chacun de leurs nouveaux ouvrages répond à des goûts établis. Ainsi, Anne of Green Gables de L.M. Montgomery, avec sa langue imagée, son portrait d'une héroïne libérée et proche de la nature, décrit une enfance canadienne idéalisée, d'un attrait universel. En 1918, plus de 750 000 exemplaires se sont vendus aux États-Unis. Au Japon et en Pologne, ce roman figure encore parmi les premiers best-sellers pour enfants.

À la fin de la Première Guerre mondiale, The Cow Puncher (1918) de R.C. Stead connaît un grand succès au Canada, mais mitigé à l'étranger. Vient ensuite un autre best-seller international de l'auteure canadiennne Mazo de la Roche, Jalna (1927; trad. Jalna, 1934), qui décrit une famille passionnée vivant dans un cadre attrayant de l'Ontario. Au début des années 1980, les ventes de cette œuvre et de ses suites dépassent les neuf millions d'exemplaires.

Dans les années 1920 et 1930, un public important apprécie également un cadre canadien moins raffiné, comme celui que décrivent Luke Allan dans Blue Pete: Half Breed (1921), Frank Packard dans les histoires de « Jimmy Dale » ou encore Hulbert Footner dans des romans policiers comme Easy To Kill (1931). Ces ouvrages concurrencent les ventes de romans bucoliques, tel The Yellow Briar (1933) de Patrick Slater, et celles de romans historiques comme The Flying Years (1935), de Frederick Niven.

Au Canada et à l'étranger, les sujets historiques sont en tête de liste au début de la Deuxième Guerre mondiale. Parmi les œuvres canadiennes, mentionnons Champlain Road (1939; trad. La Route de Champlain, 1942), de F.D. McDowell, Three Came to Ville-Marie (1941) d'Allan Sullivan et, de manière plus sentimentale, Thorn-Apple Tree (1942) de Grace Campbell.

Après Jalna, aucun ouvrage canadien ne connaît un tel succès international, sauf Earth and The High Heaven (1944; trad. Entre ciel et terre, 1946) de Gwethalyn Graham, qui dépeint un climat de tensions familiales exacerbées par l'antisémitisme dans le Montréal du temps de la guerre. Les conflits ethniques sont aussi à la base du best-seller Two Solitudes (1945, trad. Deux solitudes, 1963) de Hugh MacLennan. Ces deux livres sont bien accueillis aux États-Unis, malgré leur cadre canadien. Le roman de Graham se retrouve d'ailleurs au sixième rang des listes américaines de best-sellers de l'année. The Loved and the Lost (1951) de Morley Callaghan, avec son cadre montréalais et ses luttes interraciales, s'inscrit dans le mouvement lancé par Graham et MacLennan.

Dans les années d'après-guerre, les histoires de guerre atteignent de forts tirages. Ainsi en est-il pour The Sealed Verdict (1947) de Lionel Shapiro, Home Made Banners (1946) de Ralph Allen, et Turvey (1949) d'Earle Birney. Mais l'histoire sociale des années 1950 doit aussi retenir la multiplication des ventes de romans d'amour tels que The Nymph and the Lamp (1952; trad. La Nymphe et la lampe, 1952) de Thomas Raddall, de livres humoristiques comme The Roving Eye (1950) d'Eric Nicol et de livres pour enfants (voir Littérature enfantine de langue anglaise) tels que Who Has Seen the Wind (1947; trad. Qui a vu le vent, 1974) de W.O. Mitchell et Lost in the Barrens (1956; trad. Perdus dans le Grand Nord, 1974) de Farley Mowat.

En 1959, le best-seller canadien de fiction est The Apprenticeship of Duddy Kravitz (trad. L'Apprentissage de Duddy Kravitz, 1960) de Mordecai Richler, dont l'action se situe à Montréal, tandis que Where the High Winds Blow (1960), de David Walker, démontre qu'il existe encore, en 1960, un marché pour les livres d'aventures prenant place dans l'austère Grand Nord canadien.

Dans les années 1960, les habitudes de lecture et d'achat de livres des Canadiens ont changé en raison des effets de la télévision et de l'arrivée du livre de poche. The New Canadian Library, les clubs du livre et les tournées de lecture des auteurs ont fait grimper les ventes. Entre 1960 et 1970, bien qu'aucun livre canadien ne devienne un best-seller international, le nombre d'ouvrages canadiens de langue anglaise augmente d'environ 250 p. 100.

Au début des années 1970, les best-sellers internationaux s'intéressent aux nouvelles attitudes à l'égard de la violence, du féminisme, des relations interraciales, des drogues et de la vie familiale. Les écrivains canadiens cherchent à écrire des œuvres de fiction qui traduisent ces changements. Mais le roman traditionnel connaît aussi du succès (voir Littérature populaire de langue anglaise); des romanciers canadiens écrivent des romans dans la collection Harlequin, qui offre des histoires de jeunes travailleuses courageuses et harcelées (dans des décors exotiques) et de leurs luttes pour parvenir à une vie de luxe et au bonheur conjugal.

Les éditeurs affrontent des périodes inflationnistes difficiles et se réjouissent de compter sur des auteurs doués comme Richard Rohmer, dont la fiction s'inspire des situations alors en cours dans le monde des finances et de la politique. Parmi les ouvrages généraux, on remarque alors The National Dream (1970) et The Last Spike (1971; trad. des deux volumes, Le Grand Défi. Le chemin de fer canadien, 1974) de Pierre Berton, et The Canadian Establishment (1975; trad. L'Establishment canadien, 1981) de Peter C. Newman.

La liste des best-sellers depuis les années 1970 et 1980 devrait probablement comprendre des souvenirs et des biographies d'hommes politiques comme One Canada (1975-1977) de J.G. Diefenbaker, Mike (1972-1975) de L.B. Pearson et The Northern Magus (1980; trad. Le Prince, 1981) de Richard Gwyn; des romans d'aventures comme A Man Called lntrepid (1976) de William Stevenson; des livres humoristiques comme ceux de la série Charlie Farquharson de Don Harron; des guides de finance comme ceux de la collection « How To Invest » de Morton Shulman; des romans comme ceux de la trilogie Deptford de Robertson Davies, surtout Fifth Business (1970; trad. Cinquième emploi, 1975), et ceux de la série Manawaka de Margaret Laurence, dont A Jest of God (livre de poche, 1974; trad. Un Dieu farceur, 1981) dont la version cinématographique Rachel, Rachel a stimulé les ventes; la suite historique d'Alice Munro, dont Lives of Girls and Women (1971); et enfin, les contes divertissants de Harry Boyle et de Constance Beresford-Howe. Les romans authentiques, frais et à l'humour caustique de Margaret Atwood connaissent un très grand succès, plus particulièrement The Handmaid's Tale (1985; trad. La Servante écarlate, 1987) dont les ventes surpassent celles de toutes ses autres œuvres. Certains best-sellers canadiens ont remporté de prestigieux prix internationaux, comme ce fut le cas pour The Stone Diaries de Carol Shield, qui remporte le prix Pulitzer. D'autres ont rejoint un plus large public par le biais, par exemple, des livres-cassettes. C'est le cas de In the Skin of a Lion (trad. La Peau d'un lion, 1989) de Michael Ondaatje.

Dans les années 1990, de nombreux ouvrages canadiens connaissent un succès notoire au pays et à l'étranger. En tête de liste se trouve The English Patient (trad. Le Patient anglais) de Michael Ondaatje, qui remporte le prestigieux Booker Prize et est adapté au cinéma, le film gagne un oscar. Away (1993; trad. La foudre et le sable) de Jane Urquhart établit un record en demeurant sur la liste des best-sellers nationaux du journal The Globe and Mail pendant 132 semaines. Margaret Atwood remporte le Prix Giller pour son roman Alias Grace (1996; trad. Captive), alors que Barney's Version (1997; trad. Le monde de Barney) de Mordecai Richler remporte également le Prix Giller et l'auteur connaît une augmentation de ses partisans. Le magnifique premier roman d'Anne Michael, Fugitive Pieces (1996; trad. La mémoire en fuite), gagnant du Prix Orange en Grande-Bretagne, remporte un succès monstre au Canada et à l'étranger.

A Fine Balance (trad. L'Équilibre du monde) de Rohinton Mistry et Fall On Your Knees (trad. Un parfum de cèdre,1999) d'Ann-Marie MacDonald, publiés tous les deux en 1996, connaissent des ventes énormes à l'échelle internationale après leur entrée dans le club du livre d'Oprah Winfrey. The Jade Peony de Wayson Choy se vend également très bien pays et à l'étranger. L'animateur de radio Stuart McLean publie le premier de ses nombreux recueils d'histoires à succès Vinyl Café en 1996. Robert J. Sawyer est reconnu dans le monde entier comme un écrivain majeur de littérature d'anticipation au milieu des années 1990. Carol Shields figure sur les listes des best-sellers à la fin des années 1990 avec son roman primé Larry's Party (trad. Une soirée chez Larry), tout comme Wayne Johnston pour son roman épique se déroulant à Terre-Neuve The Colony of Unrequited Dreams.

Dans les années 1990, de grands marchés s'ouvrent au Canada pour les écrivains d'ouvrages documentaires. Jay Ingram publie The Science of Everyday Life (1990), le premier de ses nombreux ouvrages scientifiques populaires et accessibles, et Burning House : Unlocking the Mysteries of the Brain (1995). Boom, Bust, and Echo : How to Profit from the Coming Demographic Shift (trad. Entre le boom et l'écho : comment mettre à profit la réalité démographique,1996) de David K. Foote et Daniel Stoffman demeure sur les listes des best-sellers pendant trois ans. Les livres de recettes rédigés par des chefs canadiens, tels que Bonnie Stern, Elizabeth Baird et Lucy Waverman continuent à être très populaires, comme c'est le cas de The Canadian Oxford Dictionary (1998).

Le nom de Margaret Atwood est en tête des listes de récompenses et de best-sellers au tournant du XXIe siècle, d'abord avec le prix Man Booker (2000) pour The Blind Assassin (trad. Le tueur aveugle, 2002), puis pour son roman de science-fiction dystopique Oryx and Crake (trad. Le dernier homme ). Le prix Man Booker (2002) est décerné également à un Canadien, Yann Martel, pour son ouvrage acclamé internationalement Life of Pi (trad. L'histoire de Pi). Un an plus tard, L'histoire de Pi est sélectionné comme l'ouvrage que tous les Canadiens devraient lire dans Canada Reads de la SRC. Notons parmi les autres best-sellers qui sont mis en vedette dans le cadre de cette compétition annuelle, The Last Crossing (2002; trad. La dernière traversée) de Guy Vanderhaeghe, A Complicated Kindness (2004; trad. Drôle de tendresse) de Miriam Toews et Three Day Road (2005; trad. Le chemin des âmes) de Joseph Boyden. Les recueils de nouvelles d'Alice Munro, notamment Runaway (2004) et The View from Castle Rock (2006) continuent à captiver les lecteurs et les critiques au Canada et ailleurs.

Les profils de dirigeants d'entreprises et de personnalités politiques dressés par Peter C. Newman, tels que The Secret Mulroney Tapes : Unguarded Confessions of a Prime Minister (2005; trad. Mulroney : les enregistrements secrets, 2007), sont toujours des best-sellers, comme c'est le cas de son mémoire Here Be Dragons : Telling Tales of People, Passion and Power (2004). La critique de corporations multinationales, No Logo : Taking Aim at the Brand Bullies (trad. No Logo : La Tyrannie des marques) de Naomi Klein fait sensation partout et galvanise le mouvement antimondialisation lors de sa publication en 2000. Le démantèlement d'une puissance internationale de nature et d'époque différentes, est analysé dans Paris 1919 : Six Months That Changed the World. L'ouvrage de MacMillan recueille de nombreuses distinctions nationales et internationales, notamment le Prix du Gouverneur général (2003) dans la catégorie Ouvrage documentaire. L'année suivante, le prix est décerné à Roméo Dallaire pour son mémoire poignant et à succès Shake Hands with the Devil : The Failure of Humanity in Rwanda (trad. J'ai serré la main du diable).

Les bibliographies des best-sellers traduisent les préférences des Canadiens et peut-être aussi leurs aspirations et leur besoin d'évasion, de plaisirs inaccessibles, d'information et de conseils sur des sujets brûlants. Les bibliographies de best-sellers n'indiquent pas ce que les Canadiens devraient lire, mais bien ce qu'ils lisent vraiment.

Voir aussi : Best-sellers de langue française, Littérature populaire de langue anglaise; Autobiographies politiques.


Lecture supplémentaire

  • Mary Vipond, "Best Sellers in English Canada, 1899-1918," Journal of Canadian Fiction 24 (1979).