Câblodistribution

La télévision par câble, qui est un mode de transmission de l'information à partir de la maison et vers la maison, a révolutionné plusieurs aspects des COMMUNICATIONS canadiennes.

Câblodistribution

La télévision par câble, qui est un mode de transmission de l'information à partir de la maison et vers la maison, a révolutionné plusieurs aspects des COMMUNICATIONS canadiennes. Bien qu'elle existe depuis 1952 au Canada et qu'elle soit techniquement simple, la télévision par câble contribue à transformer la diffusion et la production d'émissions au Canada au cours des années 90. Elle a également des implications de grande portée sur d'autres aspects des communications.

Les débuts
Pendant la première décennie de son existence, la télévision par câble n'est qu'un ajout secondaire au système de télédiffusion sans fil. Le câble est d'abord un phénomène rural concentré dans les petites communautés qui ne disposent pas d'un service local de télévision. Au début, les systèmes CATV (télévision par antenne collective) se composent d'une « extrémité principale » ou d'une antenne réseau placée au sommet d'une colline ou d'un édifice élevé, qui capte les signaux éloignés provenant généralement des États-Unis, et d'un réseau de câbles coaxiaux qui transmettent ces signaux aux foyers. Des amplificateurs renforcent périodiquement les signaux en cours de route. Même dans le milieu des années 60, cette industrie reste marginale. En 1964, 215 000 ménages (4 p. 100 des ménages canadiens) sont abonnés à la télévision par câble.

L'industrie connaît une croissance rapide entre 1965 et 1975 environ. Soixante pour cent des ménages canadiens sont alors abonnés au câble, et des réseaux sont établis dans tous les grands centres. Deux facteurs peuvent expliquer la popularité initiale du câble dans les agglomérations urbaines : la prolifération d'édifices élevés qui gênent la réception sans fil et l'utilisation d'hyperfréquences pour importer des signaux américains éloignés.

En 1994, 7,8 millions de ménages sont abonnés au câble, soit 78,4 p. 100 des foyers auxquels le câble est accessible et 75,4 p. 100 de tous les ménages canadiens. Alors que 507 sociétés commerciales sont enregistrées par Statistique Canada cette année-là, trois sociétés à plusieurs réseaux (ROGERS COMMUNICATIONS INC., Vidéotron et Shaw) totalisent plus de 59 p. 100 des abonnements au câble (voir MÉDIAS, PROPRIÉTÉ DES). En 1994, l'industrie de la câblodistribution affiche des revenus de 2,3 milliards de dollars, en hausse de 8,3 p. 100 par rapport à 1993. En 1994, l'industrie verse 52,7 millions de dollars en droits d'auteur.

Développements récents

Depuis le milieu des années 70, les compagnies de câblodistribution cherchent de nouvelles manières d'augmenter leurs revenus. Les réseaux les plus importants offrent 50 chaînes ou plus au lieu de 12, avec l'objectif de proposer des services de programmation additionnels, tels que la TÉLÉVISION PAYANTE et des chaînes spécialisées, moyennant un coût supplémentaire. On introduit aussi la capacité bidirectionnelle (interactive) pour faciliter les services autres que la diffusion d'émissions, tels que l'alerte médicale, l'avertisseur d'effraction, le relevé de compteurs et, éventuellement, la banque électronique, toujours moyennant des frais additionnels. Finalement, les réseaux jusqu'alors isolés sont connectés par satellite. De cette façon, la télévision par câble peut se transformer en un réseau national de données de TÉLÉCOMMUNICATIONS.

Ces développements se sont produits dans la controverse et les affrontements. Un des obstacles importants aux premiers développements du câble est l'ensemble des restrictions que lui imposait l'industrie de la téléphonie. L'industrie de la câblodistribution a toujours été dépendante des compagnies de téléphone pour l'accès aux poteaux, aux tuyaux, les servitudes et droits de passage. Sans l'accès à ces aménagements, peu de réseaux de câblodistribution auraient été bâtis. Toutefois, l'accès n'était permis qu'à des conditions extrêmement restrictives conçues pour limiter les offres de service et neutraliser la menace de concurrence potentielle du câble. Dans les territoires de Bell Canada (voir ENTREPRISES BELL CANADA INC.) en Ontario et au Québec, ces restrictions ne disparaissent qu'en 1977 par une décision du CONSEIL DE LA RADIODIFFUSION ET DES TELECOMMUNICATIONS CANADIENNES (décision CRTC 77-6), qui ordonne qu'on permette aux compagnies de câblodistribution de posséder leur propre câble, que les frais d'accès imposés par Bell soient raisonnables et qu'aucune restriction sur les services ne soit imposée (voir TÉLÉPHONE).

Un deuxième obstacle important qui ralentissait la progression de la câblodistribution au cours des années précédentes est une réglementation politique conçue pour protéger les revenus des télédiffuseurs sans fil. Jusqu'à la fin des années 70, le CRTC est très préoccupé d'empêcher le câble de fragmenter la clientèle des diffuseurs et de réduire ainsi les revenus de la PUBLICITÉ au détriment des buts culturels fixés aux diffuseurs canadiens. Toutefois, au début des années 80, on adopte une nouvelle position concernant la câblodistribution. En 1982, le CRTC accorde des permis à plusieurs services de télévision payante par satellite et diffusée par câble, et, en 1984, il accorde de la même façon des permis à plusieurs chaînes spécialisées (vidéoclips, sports, nouvelles, etc.). En effet, 30 chaînes payantes et spécialisées obtiennent des permis au cours de cette décennie.

La télévision par câble est également au centre de continuels conflits de compétences fédérale et provinciales, surtout dans les années 70. C'est particulièrement le cas du gouvernement du Québec qui revendique à ce moment-là l'autorité d'accorder des permis à toutes les compagnies de câblodistribution de la province. Par conséquent, les compagnies doivent demander des permis au fédéral et au provincial pendant un certain temps.

Les gouvernements des Prairies revendiquent aussi la compétence provinciale, considérant le câble comme un moyen de télécommunication analogue à celui des compagnies de téléphone de propriété provinciale et même comme un concurrent potentiel de ces compagnies. Toutefois, la Cour suprême confirme en 1977 la compétence exclusive de l'État fédéral en matière de câblodistribution.

Possibilités d'avenir

Il est évident que la télévision par câble transforme la radiodiffusion canadienne. Avant le câble, le nombre d'entités autorisées à diffuser des émissions de radio et de télévision dans n'importe quelle localité était limité par la rareté des bandes de diffusion et par la nécessité technique de répartir géographiquement les fréquences radio. Toutefois, la télévision par câble, en utilisant des câbles à la place de la transmission aérienne, augmente sérieusement le nombre de services de programmation en concurrence. Alors que le gouvernement avait comme politique traditionnelle d'utiliser la radiodiffusion à des fins de promotion de l'unité nationale et de sauvegarde de la culture canadienne, ces objectifs, toujours évasifs, deviennent même plus problématiques alors que les forces croissantes du marché réduisent la capacité de l'État de légiférer dans ce domaine ou de gérer son fonctionnement (voir RADIODIFFUSION ET TÉLÉDIFFUSION, RADIO ET TÉLÉVISION).

En raison de l'abondance des chaînes offertes sur le câble et parce que la réception par satellite couvre une vaste zone, une réorientation se dessine dans la diffusion de la programmation. Au lieu de cibler géographiquement des publics spécifiques, les programmeurs et les annonceurs publicitaires ciblent de plus en plus précisément certaines clientèles types identifiables (p. ex. les jeunes, les aînés, les femmes, les Noirs, les professionnels, les fans de musique country). La télévision par câble combinée avec les satellites réduit alors l'utilisation de la télévision comme instrument de la souveraineté culturelle et politique du Canada.

La télévision par câble est aussi un facteur révolutionnaire dans les télécommunications canadiennes. Jusqu'ici, les réseaux de câblodistribution et de téléphonie étaient distincts autant sur le plan technologique que pour les service offerts. Bien que les deux industries transmettent par fil la communication dans les foyers sur une base de monopole, le câble était unidirectionnel pendant nombre d'années, alors que les réseaux téléphoniques étaient bidirectionnels. De plus, les téléphones possédaient la pleine capacité de commutation et offraient des services de porte en porte, alors que le câble n'avait pas de commutateur et n'offrait donc de service que d'un point central vers les foyers. Par ailleurs, les compagnies de téléphone étaient interconnectées par hyperfréquences à la grandeur du pays, alors que les réseaux de câblodistribution étaient des entités locales et isolées. Finalement, les téléphones étaient optimisés à leur point d'aboutissement pour une seule voie téléphonique, alors que les réseaux de câblodistribution faisaient appel à des largeurs de bande atteignant plusieurs centaines de milliers de voies téléphoniques (50 chaînes de télévision).

Toutefois, de nos jours, les réseaux de téléphone et de câblodistribution convergent techniquement : par conséquent, leurs services chevaucheront de plus en plus aussi. Les compagnies de téléphone et de câblodistribution ont introduit la fibre optique (largeur de bande de 10 KHz), qui donne une capacité énorme aux deux réseaux. Les réseaux modernes de câblodistribution sont bidirectionnels et certains expérimentent des services et des techniques substituables. En fait, les réseaux de câblodistribution planifient pour un proche avenir leur pénétration dans le marché local et substituable de la transmission de la voix, en concurrence avec les compagnies téléphoniques, de la même manière que celles-ci prévoient entrer dans le domaine traditionnel des services de télévision par câble. Les réseaux de câblodistribution sont maintenant interconnectés sur le plan national, un autre progrès qui fait ressortir leur convergence technologique.

Vu que le câble transforme la radiodiffusion et converge avec les télécommunications, il provoque aussi la convergence de la radiodiffusion avec les télécommunications. De cette façon, le câble met les politiques sous forte pression puisque les lois, les objectifs et les règlements dans ces zones jusqu'ici séparées sont traditionnellement différents. La politique de radiodiffusion insistait traditionnellement d'abord sur les messages et leurs impacts culturels, relayant au deuxième rang les questions techniques et économiques comme les tarifs, les profits, les taux de dépréciation et les techniques innovatrices pour relayer les messages. Les permis de diffusion étaient répartis en fonction de la contribution prévue aux objectifs culturels, politiques et sociaux canadiens. Par contraste, en télécommunications, les règlements portaient presque exclusivement sur les facteurs économiques en essayant de garantir un accès juste et raisonnable aux expéditeurs et aux receveurs de messages, et ignoraient largement la nature des messages ou leur impact culturel.

Il est évident que la convergence de la radiodiffusion et des télécommunications compromet sérieusement le maintien de telles politiques dichotomiques. Des questions fondamentales de politique sont ainsi mises en jeu. Le câble devrait-il être encore régi par des intérêts de radiodiffusion traditionnels, par la délivrance de permis aux auteurs de messages en fonction de leur contribution à la culture? Devrait-on traiter le câble comme un réseau de communications courant, avec des règles de tarification et de profit pour garantir l'égalité d'accès de tous les expéditeurs et de tous les receveurs de messages? Les compagnies de câblodistribution devraient-elles continuer à payer des droits d'auteur aux radiodiffuseurs ou des frais de rediffusion pour les signaux éloignés? Les concepteurs des émissions devraient-ils payer des droits d'accès aux compagnies de câblodistribution pour la diffusion par l'intermédiaire de leurs installations de câblodistribution? Les compagnies de câblodistribution devraient-elles avoir la permission de sélectionner n'importe quelle programmation ou de s'intégrer verticalement dans la production d'émissions (comme les télédiffuseurs l'ont déjà fait et comme on le fait de plus en plus avec la télévision par câble)? Les compagnie de câblodistribution devraient-elles être écartées de l'exercice de tout contrôle, quels que soient les messages qu'elles diffusent (le principe du réseau de communications commun)? Ce sont là certaines des questions difficiles auxquelles font face les décideurs dans les années 90.

Voir aussi COMMUNICATIONS, TECHNOLOGIE DES.


Lecture supplémentaire

  • Robert E. Babe, Cable Television and Telecommunications in Canada (1975) and Telecommunications in Canada: Technology, Industry and Government (1990); Canada, Information Highway Advisory Council, The Challenge of the Information Highway (1995).

Liens externes