Céramique.

La céramique est fabriquée avec de l'ARGILE (ou avec tout autre composé minéral non métallique) et mise en forme par cuisson. Les principales variétés de céramique sont la porcelaine, généralement translucide; la poterie de grès; et la poterie de terre cuite, opaques.

Céramique.

La céramique est fabriquée avec de l'ARGILE (ou avec tout autre composé minéral non métallique) et mise en forme par cuisson. Les principales variétés de céramique sont la porcelaine, généralement translucide; la poterie de grès; et la poterie de terre cuite, opaques. Toutes ces variétés peuvent être glacées ou non. Les céramiques non glacées sont dites biscuitées. Elles demeurent poreuses, car seule la glaçure imperméabilise. Pour les potiers, par opposition à l'industrie de la céramique, le terme « biscuit » fait référence à la première cuisson à basse température (normalement d'environ 900° à 1000 °C), qui permet la glaçure de l'objet. La deuxième cuisson, ou glaçure, se fait à une température beaucoup plus élevée pour produire la poterie de grès ou la porcelaine. En ce qui concerne la céramique industrielle, on peut biscuiter la porcelaine ou la faïence à une température plus élevée que celle de la cuisson de glaçure afin de la rendre plus solide.

Céramique canadienne

Au Canada, les Européens produisent la poterie de terre cuite utilitaire à partir des années 1750 (et les autochtones depuis bien plus longtemps). La poterie utilitaire est la forme la plus répandue de contenant puisque, étant produite sur place, elle est bon marché et peut être remplacée facilement. Le verre soufflé, les métaux soudés ou moulés et les barils sont considérablement plus coûteux et sont moins utilisés.

Céramique britannique

Après la CONQUÊTE britannique de 1760, les articles en céramique les plus utilisés au Canada viennent de Grande-Bretagne. Trois facteurs en sont responsables : il semble normal à la Grande-Bretagne de considérer ses colonies comme des marchés pour les produits britanniques; l'industrie britannique de la poterie est en pleine croissance; les potiers britanniques savent promouvoir leurs produits. À l'époque où le Canada tombe sous le contrôle de l'Angleterre, les potiers britanniques s'apprêtent à viser le marché mondial.

Vers le milieu du XIXe siècle, quand les lois concernant le commerce et le code maritime sont modifiées afin de faciliter l'entrée de marchandises étrangères, la variété de produits britanniques en céramique est si importante et leur position si bien ancrée que les Canadiens continuent de les acheter en grandes quantités. Au début, les capitaines des navires sont recrutés pour présenter des échantillons à d'éventuels acheteurs et des agents canadiens sont engagés. Certains potiers se rendent au Canada afin d'évaluer le marché, d'autres ouvrent des entrepôts dans des villes comme Québec et Toronto. En 1836, William Taylor Copeland, un important potier du Staffordshire, devient le fournisseur d'articles en céramiques pour tous les comptoirs et magasins de la COMPAGNIE DE LA BAIE D'HUDSON situés dans le Nord-Ouest.

Terre cuite

Bien qu'avec les années, l'on importe toutes les poteries de terre cuite (des pots à marinades aux objets décoratifs), certains types de poterie britannique prédominent sur le marché canadien. Le premier de ces articles populaires est la vaisselle en terre cuite à glaçure plombifère du XVIIIe siècle. On l'appelle faïence fine, ou « pâte de la reine », après que Josiah Wedgwood a obtenu l'appui de la Reine Charlotte pour cet article, dans les années 1760. La faïence fine, de couleur ivoire aux tons variés, est utilisée dans les fermes canadiennes françaises, dans les maisons des commerçants en ville et dans les résidences des représentants du gouvernement.

Au début du XIXe siècle, la faïence fine, généralement décorée à la main sur la glaçure, est remplacée par des articles d'apparence plus blanche, décorés au moyen d'un procédé semi-mécanique appelé gravure imprimée sous glaçure. Cette technique consiste à transférer, sur du papier puis sur la poterie, des motifs gravés sur cuivre. Cela permet l'impression d'une variété infinie de motifs (dont des scènes canadiennes) sur la vaisselle à un prix relativement peu élevé. Le glacis recouvrant la décoration la protège et lui donne de l'éclat. Déclarée vaisselle à la mode en 1811 par un importateur d'Halifax, la poterie à gravure imprimée sous glaçure devient la vaisselle la plus utilisée au Canada.

Les poteries britanniques prennent une place encore plus grande sur le marché canadien, en 1913, quand leur fabrication est modifiée. Charles James Mason, un potier de Staffordshire, fait breveter une poterie robuste cuite à haute température appelée faïence fine dure. De nombreux potiers britanniques imitent le produit de Mason et le mettent sur le marché sous différents noms (grès fin et autres), et ils l'offrent avec des motifs peints, imprimés ou sans motifs. Sa durabilité et le prix peu élevé des articles non décorés garantissent les ventes dans un pays de colons comme le Canada.

La porcelaine

Plus coûteuse, elle n'a jamais été importée en quantité aussi importante que la poterie. En 1793, par exemple, la porcelaine de Worcester est offerte à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick, en échange de fourrures quand il n'y a pas d'argent disponible. Les porcelaines anglaises du XVIIIe siècle peuvent poser des problèmes lors de la cuisson. L'invention, vers la fin du siècle, de ce qu'on appelle aujourd'hui la porcelaine anglaise phosphatique (un mélange de terre à porcelaine, de kaolin et d'une forte proportion de poudre d'os calcinés) diminue les pertes lors de la cuisson et assure des ventes plus importantes de porcelaine britannique au Canada. À l'époque victorienne, pratiquement tous les fabricants de porcelaine britannique ont adopté une formule phosphatique.

L'époque victorienne apporte aussi un goût sans précédent pour ce qu'un importateur de Toronto appelle « des articles destinés à remplir l'espace et à réjouir l'oeil ». Parmi les ornements en céramique en provenance des poteries britanniques populaires dans les foyers canadiens, ceux fabriqués en parian ont le plus de succès. Il s'agit d'une porcelaine inventée à Staffordshire, dans les années 1840, et portant le nom de l'île grecque Paros. Son but avoué est d'imiter le marbre. Des bustes, notamment ceux de sir John A. MACDONALD et d'Edward HANLAN (le rameur de Toronto devenu champion en 1880), sont fabriqués en parian.

Le Canada n'a jamais développé une industrie de la poterie susceptible de menacer l'importation d'articles de vaisselle ou d'objets décoratifs. Quand les potiers canadiens commencent à produire (pour la cuisine ou la conservation) de plus en plus d'articles en terre cuite ou en grès foncés, très utilisés pendant la deuxième moitié du XIXe siècle, les importations de ces produits diminuent. Cependant, la population canadienne augmente rapidement, et la demande de poterie plus fine augmente proportionnellement. Les potiers britanniques continuent à avoir un marché pour certains de leurs produits dans tous les foyers canadiens.

ELIZABETH COLLARD

Auteurs ayant contribué à cet article:

Terre cuite

Produite à partir d'argiles rouges locales, elle sert à fabriquer différents types de récipients. La production de la terre cuite exige une argile brute naturelle, diluée et filtrée pour en extirper tout corps étranger, puis séchée afin d'obtenir une consistance plus malléable. Pour assurer l'uniformité entre les pièces, on pèse souvent l'argile avant de la tourner. Après avoir tourné une pièce, le potier la fait sécher à l'air libre afin de permettre l'évaporation d'un maximum d'eau (lors du séchage des pièces, les potiers doivent tenir compte des conditions atmosphériques). Les pièces séchées sont cuites dans un four à bois. Cette étape nécessite une grande attention, car une fournée peut représenter un mois de production.

La cuisson se fait à l'aide de plusieurs foyers alimentés avec du bois sec et situés autour du four. Elle dure souvent deux à trois jours, après quoi le four est refroidi graduellement, car la poterie peut craquer sous l'effet d'un refroidissement trop rapide. La poterie est ensuite glacée par trempage dans la glaçure. En ce qui concerne l'intérieur de la poterie, la glaçure est versée puis épandue et le surplus jeté. La glaçure (généralement un mélange d'oxyde de plomb et de silice dilué dans l'eau) est séchée, puis les pièces sont cuites de nouveau au four pour la faire fondre.

Poterie de grès

Elle est fabriquée pour la première fois au Canada en 1849, avec des argiles importées d'Amboy, au New Jersey. Sur le plan de la forme et de la technique, la poterie de grès canadienne est identique à celle produite aux États-Unis à la même époque. D'ailleurs, plusieurs des premiers potiers canadiens viennent des poteries américaines. L'argile du New Jersey, coûteuse en raison des frais de transport, est cuite à une température d'environ l200 °C. Au Canada, l'argile américaine est souvent mélangée avec de la terre d'argile locale, ce qui permet d'abaisser sa température de cuisson.

La poterie de grès, cuite à des températures beaucoup plus élevées que la terre cuite, est vitrifiée, c'est-à-dire qu'elle est imperméable avant d'être glacée. La glaçure se fait en jetant des sels dans le four quand la température est la plus élevée. Les sels (chlorure de sodium) se gazéifient, le sodium se combine avec la silice, formant un glacis de silicate de sodium (une variété de verre). Généralement, le chlore se mélange à la vapeur d'eau en suspension dans l'air pour donner de l'acide chlorhydrique, mais lorsque le taux d'humidité est très bas, il peut arriver qu'il s'échappe sous forme de gaz mortel. En raison, de sa structure vitrifiée, la céramique glacée est moins fragile que la poterie de terre cuite rouge. Les liens chimiques entre le silicate de sodium et le grès permettent à la glaçure de la céramique d'être insoluble et imperméable aux acides et aux alcalis.

Ce n'est qu'à la fin du XIXe siècle que des dépôts de grès sont découverts au Canada, près de la rivière Shubenacadie, en Nouvelle-Écosse. La poterie Enfield utilise le grès pour sa production. Les gisements qui alimentent la Medalta Pottery de Medicine Hat, en Alberta, et la poterie d'Abbotsford, en Colombie-Britannique, sont parmi les plus importants au Canada.

La production de poterie de grès a recours à une technique plus sophistiquée que pour la terre cuite. Les récipients de céramique sont identifiés par estampille, avec des caractères d'imprimeur, au nom de l'artisan ou de la marque de commerce. La poterie est séchée et souvent décorée, avant la cuisson, de motifs bleus à l'oxyde de cobalt appelé bleu de cobalt par les potiers. Le COBALT est l'oxyde de glaçure utilisé pour la décoration, lui seul pouvant supporter les températures de cuisson tout en conservant le même bleu uniforme. Les motifs varient de la simple esquisse florale peinte sur la surface du récipient aux scènes élaborées incisées ou incrustées dans la glaçure.

L'imperméabilité et la durabilité de la poterie de grès la rendent plus populaire que la terre cuite, glacée au plomb et moins chère, pour la préparation et la conservation des aliments, et plus spécialement pour la salaison et le marinage. Cependant, à la fin du XIXe siècle, la préparation des aliments passe graduellement de la maison à l'industrie. La réfrigération, la mise en conserve et le traitement des produits laitiers nuisent au marché de la poterie utilitaire, nécessaire au traitement domestique des denrées. Dans les années 1880, le VERRE, peu coûteux grâce à la production de masse, offre l'avantage de contenants transparents et réduit encore le marché de la poterie. À la fin des années 1880, le nombre de poteries en activité au Canada a diminué. En raison des changements de plus en plus rapides dans le domaine de la préparation alimentaire et du marketing, la plupart des poteries ferment boutique entre 1890 et 1910.

Les fouilles archéologiques entreprises pour trouver des poteries anciennes ont démontré que les accidents de cuisson étaient fréquents, de grandes quantités de poterie gâchée ont été mises au rebut. Avant le XXe siècle, les potiers connaissent peu les composantes de leurs argiles et ne possèdent que des moyens rudimentaires pour contrôler la température des fours. Dans les petites poteries locales, on estime à 50 p. 100 le pourcentage des pertes. Avant le XXe siècle, la poterie de céramique canadienne recouvre quatre formes, selon les régions.

La poterie du Québec

Elle est la plus ancienne et est produite du milieu du XVIIe siècle au début du XXe siècle. Malgré l'établissement au Québec de la première poterie dès 1655, la Nouvelle-France continue d'importer de la terre cuite de France jusqu'en 1760. Les importations consistent principalement en bols, cruches et brocs, avec une glaçure verte d'oxyde de cuivre. Les potiers québécois copient les modèles, mais non les couleurs des produits français. Leur poterie ont généralement un glacis transparent à l'oxyde de plomb, superposé parfois à une couche brune qui recouvre entièrement la pièce. La poterie québécoise n'est pas décorée au XVIIIe siècle. Au XIXe siècle, on imite les poteries américaines, décorées d'éclaboussures brunes.

La poterie des Maritimes

Sa conception (surtout en Nouvelle-Écosse et dans l'Île-du-Prince-Édouard) dérive principalement du Nord de l'Angleterre et de l'Écosse. On n'y produit pas de terre cuite avant le début du XIXe siècle et, à de rares exceptions près, ces régions offrent peu de variété. La terre cuite des Maritimes se fabrique à partir d'argiles denses, riches en fer, trouvées sur place, qui, une fois cuites, deviennent rouge foncé. La couche intérieure des récipients et les rares décorations sont faites d'argile blanche très fine des Îles de la Madeleine. Les pièces les plus courantes sont des cruches et de larges bols de couleur rouge foncé à l'extérieur, glacés de blanc à l'intérieur et recouverts d'un glacis transparent à l'oxyde de plomb.

La poterie du Haut-Canada

Elle montre des influences ethniques variées, la plus importante étant celle des ALLEMANDS de Pennsylvanie immigrés dans la région. La poterie allemande d'Ontario se caractérise par une grande variété de formes, des superpositions d'argiles de différentes couleurs et des glaçures tirées de différents oxydes métalliques (oxydes de cuivre, de fer, de manganèse et de plomb). Couleurs, motifs et variations de la glaçure sont infinis, tout comme la forme des récipients. La plupart des potiers produisent les pièces et les récipients de base, mais ils fabriquent aussi des articles à engobe coulée, des figurines, des statuettes, des jouets, des cadeaux et des pièces commémoratives. La première poterie de la région est fondée en 1794. Contrairement au Québec et aux Maritimes, les poteries prolifèrent à cause de l'isolement et des difficultés à obtenir les poteries britanniques.

La poterie nord-américaine ordinaire

Vaisselle à engobe coulée, jarres pour la mise en conserve sous vide et pièces « rustiques » à la mode des années 1880 apparaissent et deviennent très populaires après la disparition des traditions régionales, vers 1870. L'influence de la publicité et l'apparition des catalogues de vente par correspondance rendent vites désuètes les traditions régionales, non seulement en poterie, mais aussi dans les arts décoratifs en général. L'ère de l'artisanat cède la place à l'ère de la machine et de l'industrie.

Les premières poteries des régions situées à l'Ouest de l'Ontario sont peu connues, l'usage domestique de la terre cuite travaillée à la main est déjà sur le déclin au moment de l'établissement des Européens dans cette région. Une poterie est fondée à Winnipeg dans les années 1880. Des preuves fournies par l'ARCHÉOLOGIE industrielle indiquent qu'elle ne fabriquait que des articles utilitaires. Plus tard, la Medalta Pottery s'établit à Medicine Hat et produit de la céramique à partir d'argile locale, découverte vers 1910.

D.B. WEBSTER et BARBARA H. TIPTON


Lecture supplémentaire

  • Elizabeth Collard, Nineteenth-Century Pottery and Porcelain in Canada (1984).