Charles Tomkins

Charles Marvin Tomkins (aussi connu sous le nom de Checker Tomkins), Métis, ancien combattant de la Deuxième Guerre mondiale et traducteur (né le 8 janvier 1918 à Grouard, au nord-est de Grande Prairie, en Alberta; décédé le 20 août 2003 à Calgary, en Alberta). Charles Tomkins a fait son service comme soldat dans l’armée canadienne et transmetteur en code pour l’US Air Force pendant deux ans durant la Guerre. À ce titre, il a traduit des messages militaires secrets de l’anglais à la langue crie, une manière d’en dissimuler le contenu à l’ennemi. Reconnu pour sa contribution à la victoire alliée, comme les autres transmetteurs en code, Charles Marvin Tomkins a été le sujet d’un court documentaire de 2016, Cree Code Talker.



Charles Tomkins
Le transmetteur en code cri Charles Tomkins dans son uniforme de l’armée.
Charles Tomkins
Le transmetteur en code cri Charles Tomkins portant ses médailles de la Deuxième Guerre mondiale.

Jeunesse

Né à Grouard, en Alberta, Charles Tomkins est membre d’une famille de 10 enfants et trois beaux-enfants. Ses parents métis sont Isabella et Peter Tomkins fils, qui parlent tous deux la langue crie et l’enseignent à leurs enfants. Selon la famille Tomkins, les grands-parents de Charles, Marie et Peter Tomkins père, insistent aussi sur l’importance d’apprendre la langue crie. Cette solide connaissance de la langue fait de Charles un excellent candidat pour la fonction de transmetteur en code pendant la Deuxième Guerre mondiale.

Enrôlement et formation

Après avoir épousé Lena Anderson en 1939, Charles Tomkins se joint à l’armée canadienne pour combattre durant la Deuxième Guerre mondiale. Six mois plus tard, il est appelé à Londres, en Angleterre. Charles se souvient d’un voyage très pénible. Plus de 800 soldats passent 11 jours entassés dans un bateau, ne se nourrissant que de hareng salé et de betteraves. Après avoir accosté en Écosse, la veille de Noël 1941, Charles est assigné à la 2e Brigade blindée canadienne, stationnée en Angleterre. (Voir aussi Les peuples autochtones et les guerres mondiales.)

Le haut commandement canadien à Londres envoie une convocation secrète à Charles, ainsi qu’à une centaine d’autres soldats autochtones. On ne leur annonce pas le but de la réunion : même le commandant de Charles ne la connaît pas. À leur arrivée, les Forces armées canadiennes regroupent les soldats selon la langue autochtone qu’ils parlent.

Charles est jumelé avec un Cri de Saskatchewan. Pour tester leur maîtrise de la langue, les deux hommes reçoivent des messages en anglais qu’ils doivent traduire en cri. Charles et son partenaire remettent des traductions correctes et on leur dit qu’ils serviront bientôt de transmetteurs en code, des traducteurs de communications militaires très secrètes des Alliés.

Les langues autochtones sont un élément essentiel du plan des Alliés pour dissimuler à l’ennemi des informations concernant les troupes et les approvisionnements. L’Allemagne nazie et le Japon impérial ont réussi à décrypter certains codes des alliés, mais ils ne sont pas familiers avec les langues autochtones du Canada. Par conséquent, des langues comme le cri fournissent aux Alliés un astucieux moyen de transmettre secrètement des informations importantes. 

Le service de transmetteur en code

Après avoir été entraîné par l’armée canadienne, Charles est assigné à la US 8th Air Force et au 9th Bomber Command en Angleterre. Avec cinq autres hommes de sa région parlant le cri, Charles entreprend son service de transmetteur en code.

Les messages que Charles et ses collègues traduisent contiennent des informations vitales pour les forces alliées, comme des ordres de mouvement de troupes, l’identification des lignes d’approvisionnement ou la route des bombardiers partant d’Angleterre. Une fois traduits en cri par Charles, les messages sont envoyés au champ de bataille en Europe, où un autre traducteur les retraduit en anglais puis les transmet au commandement militaire.

Shirley Anderson, la nièce de Charles, explique dans un article du Readers Digest (2017) que puisque certains termes militaires comme tank, bombardier et mitraillette n’existent pas en cri, Charles et ses collègues doivent utiliser des mots existants, désignant des objets non militaires, en leur donnant un sens nouveau. Par exemple, le mot de code pour l’avion Spitfire devient iskotew, qui signifie « feu », et l’avion Mustang devient pakwatastim, « cheval sauvage ». Pour indiquer combien d’avions les militaires ont aperçus, les traducteurs utilisent le mot approprié et le nombre en cri.

Charles combat en France, en Allemagne et en Hollande. En tout, six enfants de la famille Tomkins font leur service pendant la Deuxième Guerre mondiale.

Serment de secret

La famille de Charles ignore tout de son rôle de transmetteur en code encore longtemps après la guerre. Son frère Jimmy n’est mis au courant qu’en 1992, après qu’ils aient regardé ensemble Windtalkers, un film sur des transmetteurs en code navajos dans l’armée américaine. Les autres membres de la famille de Charles ne sont pas mis au courant avant 2003, deux mois avant sa mort, à l’âge de 85 ans, lorsque deux représentants de l’Institut Smithsonian viennent à Calgary pour l’interviewer au sujet du programme de transmetteurs en code. Ayant prêté un serment de secret pendant la guerre, Charles ne révèle la vérité au sujet de son service que vers la fin de sa vie. Certains transmetteurs en code sont morts sans même avoir parlé de leur travail à leur famille ou leurs amis.

Il existe peu de sources sur le rôle des transmetteurs en code au Canada. Les documents à ce sujet sont demeurés secrets jusqu’à ce que le gouvernement du Canada les rende disponibles en 1963. Même à ce moment, les informations sur les transmetteurs en code canadiens, par exemple le nombre d’entre eux qui ont contribué à l’effort de guerre allié pendant la Deuxième Guerre mondiale, demeurent rares, car ces transmetteurs en code ont travaillé avec l’armée américaine. Enfin, les ouvrages ou les films américains sur les transmetteurs en code s’intéressent surtout à leurs collègues navajos.

Enrôlement après la Guerre

Charles revient au Canada après la Guerre. Ayant du mal à se trouver du travail, il s’enrôle à nouveau dans l’Armée canadienne. D’abord stationné dans la caserne Currie à Calgary, Charles sert dans les forces armées pendant encore 25 ans, dans différents régiments, dont les Fusiliers de Sherbrooke, le Corps royal d’intendance de l’Armée canadienne et le Princess Patricia’s Canadian Light Infantry, et il devient caporal.

Mort

Charles meurt au centre Peter Lougheed, un hôpital de Calgary. Lui survivent sa fille adoptive Adele et de nombreux neveux et nièces. Son fils, Ronald, est mort avant lui. Charles est enterré dans la section du champ d’honneur des anciens combattants du cimetière de Queen’s Park, à Calgary.

Postérité

Charles Tomkins est le sujet d’un court documentaire de 2016, Cree Code Talker, réalisé par Alexandra Lazarowich et produit par Cowboy Smithx avec le soutien de l’Office national du film et de l’Aboriginal Veterans Society of Alberta. Le film montre comment les habiletés de Charles en langues, traduction et enseignement ont aidé les alliés à transmettre d’importantes communications stratégiques pendant la Deuxième Guerre mondiale.