Stompin' Tom Connors

Charles Thomas (Stompin’ Tom) Connors, OC, chanteur, compositeur, guitariste, violoniste, est né le 9 février1936 à Saint John, N-B et est décédéle 6 mars 2013 à Ballinafad, ON. Stompin’ Tom Connors est un troubadour, le sel de la terre de la classe ouvrière. Il est une des figures les plus emblématiques de la musique canadienne, et peut-être le compositeur le plus ouvertement nationaliste que le Canada n’ait jamais produit. Ses chansons country traditionnelles, quiparlent des gens et lieux au Canadatels que « Bud the Spud », « Sudbury Saturday Night »et « Big Joe Mufferaw »,sont humoristiques, patriotiques, très populaires et reflètentses nombreux voyages à travers le pays. Il est un militant passionné de la musique et de la culture canadiennes, au point de rendre sixprix Juno en signe de protestation parce que selon lui, l’organisation favoriserait les artistes canadiens expatriésau détriment de ceux dont le succès n’était que national. Il reçoit des prix d’excellence pour l’ensemble de ses réalisations, comme le prix de la musique de la côte Est, du Syndicat des musiciens de l’OntarioSOCAN. Il est nommé Officier de l’Ordre du Canada et un membre de l’Allée des célébrités canadiennes.

Jeunesse

Tom Connors a une enfance très difficile. Il vit dans la pauvreté, l’itinérance, la faim et les rigueurs des organismes de protection de la jeunesse. Très jeune, sa mère et lui mendient dans les rues du Nouveau-Brunswick, et quand elle est emprisonnée, le jeune Tom l’est avec elle. Finalement, il est placé dans un orphelinat et un foyer d’accueil jusqu’à ce qu’il soit adopté par une famille à Skinners Pond, à l’Île-du-Prince-Edward.

Connors compose sa première chanson, « Reversing Falls Darling » à l’âge de 11 ans. Il commence à jouer de la guitare à 15 ans. La musique country de Wilf Carter et de Hank Snow a une profonde influence sur lui et sur son genre musical. Il quitte sa famille adoptive à l’âge de 15 ans et parcourt le Canada en auto-stop. Pendant 13 ans, il fait des petits boulots par-ci et là, et passe de temps à autre des nuits en prison pour vagabondage. C’est à cette période qu’il découvre une bonne partie du pays et le côté sordide de la vie, ce qui forge sa personnalité de musicien dur, sincère, et de compositeur populaire.

Début de carrière

Connors commence sa carrière professionnelle de chanteur en 1964 à l’hôtel Maple Leaf à Timmins, en Ontario. Il y chante d’abord pour une bière puis finit par y rester 14 mois et gagne 35 $ par semaine. Ses chansons sont également diffusées à la radio locale CKGB. Lorsqu’il n’y a pas d’amplificateur au Maple Leaf ou dans d’autres bars en Ontario où il joue, Connors tape du pied avec sa botte pour rythmer ses chansons, en partie chantées et en partie récitées, afin de couvrir le bruit de la foule. Le 1er juillet 1967, il est présenté sous le nom de « Stompin’ Tom » pour la première fois avant sa prestation au King George Tavern à Peterborough en Ontario lors du Centennial Day. Afin de ne pas endommager la scène, il place une feuille de contreplaqué sous sa botte. Cette planche pour taper du pied devient une partie de son personnage tout autant que le chapeau Stetson noir qu’il porte souvent.

Connors chante avec une audace perçante qui laisse entrevoir une vie difficile passée sur la route et son expérience de vie durement acquise. Il enregistre son premier disque « Carolyne » en 1965 et le distribue pendant sa tournée dans le nord de l’Ontario, ainsi que d’autres de ses premiers enregistrements avec l’étiquette de disque Rebel. En 1969, il déménage à Toronto et commence à travailler avec l’étiquette de disque Dominion. Son premier disque, « Bud the Spud » (1969), est classé au Top 30 des succès au palmarès de la musique country du Canada. D’autres succès sur le plan national ont suivi tels que « Big Joe Mufferaw » et « Ketchup Song », qui ont chacun été numéro 1 au palmarès de 1970, et « Luke’s Guitar » qui y a atteint la 2e place. Connors et son agent Jury Krytiuk fondent l’étiquette de disque Boot Records et sortent « The Bridge Came Tumbling Down » (1971), « Moon-Man Newfie » (1972) et « The Bug Song » (1972), qui deviennent respectivement No 2, No 1, et No 9 au palmarès de la musique country au Canada. Parmi ses premières chansons bien connues, on retrouve « Sudbury Saturday Night » (1967) et « To It and At It » (1974).

Les années 1970

Dès les années 70, Connors adopte une attitude de tout est permis pour défendre les valeurs canadiennes. Alors que beaucoup dans l’industrie ne voient en son style qu’une simple nouveauté, les radios commerciales ignorent pratiquement ses chansons (il intitule son album de 1975 The Unpopular Stompin’ Tom Connors), et la vente de ses disques est limitée. Par conséquent, Bud the Spud and Other Favourites, sorti en 1969 n’est certifié disque d’or qu’en 1998. Il a plus de succès sur les stations de radio country et universitaires. Cependant, il reçoit le prix Juno en 1971 pour le meilleur chanteur de country et devient une sorte de personnage culte, grâce surtout à sa popularité en tant qu’artiste de scène. Il fait une tournée exhaustive partout au Canada et son record de 25 nuits successives de spectacles au Horseshoe Tavern à Toronto fait de lui une légende.

Il part en tournée avec ses héros Wilf Carter et Hank Snow, et sa popularité croissante mène à la réalisation de deux films : This Is Stompin’ Tom (1972) et Across This Land with Stompin’ Tom Connors (1973). Son mariage avec Lena Welsh est retransmis en direct sur la CBC à l’émission télévisée « Elwood Glover’s Luncheon Date » le 2 novembre 1973, et de 1974 à 1975, il tient la vedette dans sa propre émission de télévision de la CBC, « Stompin’ Tom’s Canada ». Sa chanson « The Consumer » est la chanson-thème de l’émission de la CBC « Marketplace » pendant plusieurs saisons.

L’étiquette de musique Boot Records produit 12 albums studio de Connors et six compilations pendant les années 70, y compris les séries de cinq volumes suivantes; Stompin’ Tom Sings 60 Old Time Favourites (1972) et Stompin’ Tom Sings 60 More Old Time Favourites (1976).

Boycottage de 1978 – retour en 1988

Connors remporte le prix Juno de meilleur chanteur country de manière consécutive de 1971 à 1975, son PL To It and At It (1972) reçoit le prix Juno en 1974 de l’album country de l’année. Cependant en 1978, il rend les prix reçus en protestation contre des prix Juno donnés à des artistes expatriés d’origine canadienne. Par la suite, il se retire de la scène et boycotte, pendant une année, la radio et les autres médias pour protester contre leur manque de soutien au matériel typiquement canadien.

En 1986, le chanteur Dave Bidini de Rheostatics et un groupe de jeunes s’invitent à la fête du 50e anniversaire de Connors à Ballinafad en Ontario et lui présentent une pétition lui demandant de sortir de sa retraite. Les étiquettes de musique s’intéressent à nouveau à Connors lorsqu’un article de Bidini, publié dans le magazine Nerve en octobre 1986 à Toronto, relate cet événement.

Connors ne revient au spectacle qu’en 1988 avec la parution de Fiddle and Song. Cet album, qui révèle le jeu de violon qu’il a développé pendant son absence, comprend des chansons populaires comme « Canada Day, Up Canada Way », « Lady KD Lang » (voir k.d. lang), et « I Am the Wind ». Puis, il réalise une tournée triomphale en 1990 qui l’emmènera dans 70 villes au Canada et finira par deux concerts au Massey Hall. Cette année-là est aussi celle de la sortie de la compilation de ses succès A Proud Canadian (1990), le premier album de Connors à être certifié or et même platine au Canada. La maison de disques Capitol Records réédite aussi bon nombre des premiers albums de Connors et sort en 1991 son nouvel enregistrement, More of the Stompin’ Tom Phenomenon.

Le succès des années 90 et 2000

L’attitude cocardière de Connors, qui met l’accent sur l’histoire, la beauté naturelle et le caractère unique du Canada, se répand dans les années 90, ce qui lui procure un soutien plus large. À une époque où les valeurs culturelles canadiennes étaient perçues comme menacées par celles des États-Unis, les sujets de ses chansons typiques au Canada ont permis de forger un style de chanson nationaliste. William Echard écrit en 1994 dans la Revue canadienne de la musique folklorique que Connors a contribué « de manière significative à changer l’idée selon laquelle les thèmes canadiens sont moins appréciables que ceux des États-Unis ou des thèmes banals “universels” ».

En 1992, la chanson « The Hockey Song » de Connors est jouée lors d’un match de hockey des Sénateurs d’Ottawa et elle deviendra très vite un hymne des matches de la Ligue nationale de hockey. À cette époque, ses albums se composent de Believe in Your Country (1992), Dr. Stompin’ Tom... Eh? (1993), Long Gone to the Yukon (1995), Move Along with Stompin’ Tom (1999), et An Ode for the Road (2002). Plusieurs de ses nouvelles chansons commémorent assez les événements du Canada, tels que « Confederation Bridge » (l’édifice du pont de la Confédération qui relie l’Île du-Prince-Édouard au continent, « The Blue Berets » (les déploiements des casques bleus de l’ONU) et « Believe in Your Country » (le 125e anniversaire du Canada).

Une autre compilation de ses succès, 25 of the Best Stompin’ Tom Souvenirs, sort en 1998 et est certifié platine au Canada. Deux autobiographies distinctes de Connors sont publiées et se projettent au palmarès des ventes : Stompin’ Tom: Before the Fame (1995) et The Legend Continues: Stompin’ Tom and the Connors Tone (2000).

En 2005, les relations entre Connors et la CBC se détériorent lorsque la société refuse de diffuser un concert live que Conners avait produit à ses propres frais, au motif que la CBC se défaisait des programmes de musique et de variétés. La CTV saisit l’occasion et diffuse « Stompin’ Tom in Live Concert ». Le DVD se vend à plus de 20 000 exemplaires.

Un spectacle sur scène, The Ballad of Stompin’ Tom, écrit par David Scott mettant en vedette Randy Hughson dans le rôle de Connors, est joué pour la première fois en 2006 au Blyth Festival de l’Ontario. Ce spectacle a été par la suite rejoué à Charlottetown et à Gananoque, en Ontario. Au cours des dernières années de sa vie, Connors continue d’enregistrer et de se produire au Canada, notamment au Klondike Days à Edmonton en 2004, à la Place Banque Scotia à Ottawa en 2009 et dans l’Ouest canadien en 2010. Au fil des années, il met aux enchères plusieurs de ses « stompin’ boards » (contreplaqués sur lesquels il tapait du pied) et il fait don des recettes aux œuvres de charité. Une de ces plaques se vend 15 000 $ au profit d’un programme d’aide aux sans-abri et aux malades mentaux à Orillia, en Ontario en 2011. Il enregistre son dernier album, Stompin’ Tom and The Roads of Life en 2012.

Composition

Connors, écrivain prolifique et très patriote, compose plus de 500 chansons, dont plusieurs sont inspirées de faits et de personnages réels (p. ex. « Big Joe Mufferaw » fait référence au bûcheron légendaire Jos Montferrand), et d’autres chansons qui honorent les endroits où il s’est produit (p. ex. « Tillsonburg »). Il poursuit ainsi une longue tradition folklorique. Il montre une préférence pour les chansons nouvelles et locales surtout pour les faits de campagne. En 2011, il déclare à la Winnipeg Free Press qu’il compose de la musique country traditionnelle.

De grands artistes ont joué ses chansons les plus populaires, c’est le cas de Corb Lund (« The Hockey Song ») et de Kim Mitchell (« Sudbury Saturday Night »). La SOCAN considère Connors comme « lauréat officieux du prix du poète canadien » et qualifie ses chansons « d’hymnes nationaux virtuels. Les paroles et la musique de 125 chansons de Connors sont publiées dans Stompin’ Tom: Story & Song en 1975. En 2005, Crown-Vetch Music publie un deuxième recueil de ses chansons, 250 Songs by Stompin’ Tom Connors.

Prix et récompenses

En1993, Connors devait être intronisé au Hall d’honneur de la musique country, mais il refuse cet honneur. Il accepte le prix d’excellence pour l’ensemble de ses réalisations décerné par les prix de la musique de la côte Est à condition qu’un prix soit créé pour honorer ceux qui ont apporté une contribution de longue date à l’industrie de la musique de la côte Est, pavant ainsi la voie à d’autres artistes de la côte Est. Le prix (The Stompin’ Tom Award) Stompin’Tom est créé en 1996 et cette même année, Connors est nommé Officier de l’Ordre du Canada.

Il est récipiendaire du Prix d’excellence national SOCAN en 1999, de même que du Prix du Gouverneur général pour les arts de la scène en 2000. Il reçoit en 2009, le Prix d’excellence pour l’ensemble de ses réalisations de la SOCAN et Poste Canada émet un timbre-poste sur lui dans la série artistes canadiens de la chanson. Les prix de la musique de la côte Est l’honorent à plusieurs reprises. Stompin’ Tom Road à Skinners Pond, Î.-P.-E. porte son nom et le Syndicat des musiciens de Toronto lui décerne un Prix d’excellence pour l’ensemble de ses réalisations en 2011. Il reçoit des diplômes honorifiques de l’université St. Thomas, de l’Université de Toronto et de l’Université de l’Île-du-Prince Edward

Héritage

Connors, qui buvait et fumait beaucoup, meurt d’une insuffisance rénale le 6 mars 2013 à l’âge de 77 ans. Le Centre National des Arts (CNA) à Ottawa met son drapeau en berne, un hommage à sa contribution à la vie artistique du pays. Le 7 mars, les députés néo-démocrates rendent hommage à Connors en offrant une prestation de ‘Bud the Spud’ dans le foyer de la Chambre des communes. Le 13 mars 2013, un service est organisé au centre commémoratif de Peterborough à Peterborough, lieu de naissance de son surnom.

Le patriotisme implacable de Connors lui a valu le respect de gens de toutes les couches sociales. Après sa mort, les hommages lui ont été rendus en masse. Peter Herrndorf du NAC souligne que « Stompin’ Tom Connors aimait le Canada et a composé sur la beauté des gens et des paysages qu’il avait découverte au Canada. Lorsqu’il compose ‘The Hockey Song’, cette chanson devient le deuxième hymne national au Canada’ selon le député libéral Bob Rae, ‘Tom était une merveilleuse voix du pays et sa musique a réjoui le cœur de tant de gens. Il était un vrai patriote et incarnait ce qu’il y a de mieux chez les Canadiens ».

L’auteur et musicien Dave Bidini dit, « Stompin’ Tom Connors a changé ma vie. Je lui suis vraiment redevable, comme le devrait tout Canadien fier de l’être. Il n’aura pas son pareil ». Le chanteur et compositeur Corb Lund a commenté que « l’art consiste vraiment à faire ce que vous voulez face à différents défis, et à ne pas laisser votre vision se diluer. En cela, Connor était un artiste à 1000 %. Il a fait ce qu’il voulait du début jusqu’à la fin, de la première chanson à la dernière ».

Prix

Meilleur chanteur de country, Prix Juno (1971)

Chanteur de country de l’année, Prix Juno (1972 et 1973)

Meilleur interprète masculine de country de l’année, Prix Juno (1974 et 1975)

Album country de l’année (To It and At It), Prix Juno (1974)

Diplôme honorifique de l’Universsité St. Thomas (1993)

Dr. Helen Creighton Prix d’excellence pour l’ensemble de ses réalisations, prix de la musique de la côte Est (1993)

Officier de l’Ordre du Canada (1996)

Prix national d’excellence SOCAN (1999)

Diplôme honorifique, Université de Toronto (2000)

Prix du Gouverneur général pour les arts de la scène(2000)

Diplôme honorifique, University de l’Île-du-Prince Edward2002)

Prix d’excellence pour l’ensemble de ses réalisations SOCAN (2009)

Prix d’excellence pour l’ensemble de ses réalisations décerné par le Syndicat des musiciens de Toronto (2011)

Membre de l’Allée des célébrités canadiennes (2017)

Prix de la musique de la côte Est (divers)


Lecture supplémentaire

  • Dave Bidini, “These Boots… Stompin’ Tom, Man of Mystery, Man of Song,” Nerve, No. 29, October 1986.

    Stompin’ Tom Connors, Bud the Spud (Charlottetown: Ragweed Press, 1994).

    Stompin’ Tom Connors and Brenda Jones, Hockey Night Tonight: The Hockey Song (Charlottetown: Ragweed Press, 1995).

    Stompin’ Tom Connors, Stompin’ Tom: Before the Fame (Toronto: Viking Books, 1995)

    Stompin’ Tom Connors, The Legend Continues: Stompin' Tom and the Connors Tone (Toronto: Viking Books, 2000)

    “Musicians say Stompin’ Tom Connors urged them to write, sing about their own country,” The Canadian Press, 7 March 2013.