Jeux dénés

Les jeux dénés sont des épreuves d’habileté physique et mentale auxquelles s’adonnaient à l’origine les Dénés (peuple athabascan du Nord) pour se préparer à la saison de chasse et de pêche, ainsi que pour se divertir. Aujourd’hui, on joue encore aux jeux dénés (par exemple à la traction du doigt et aux jeux de mains) dans plusieurs écoles et centres communautaires du Nord pour préserver les traditions et la culture. En tant que sports de compétitions, les jeux dénés sont également présentés dans diverses compétitions sportives nationales et internationales, y compris aux Jeux d’hiver de l’Arctique.

Les jeux dénés sont des épreuves d’habileté physique et mentale auxquelles s’adonnaient à l’origine les Dénés (peuple athabascan du Nord) pour se préparer à la saison de chasse et de pêche, ainsi que pour se divertir. Aujourd’hui, on joue encore aux jeux dénés (par exemple à la traction du doigt et aux jeux de mains) dans plusieurs écoles et centres communautaires du Nord pour préserver les traditions et la culture. En tant que sports de compétitions, les jeux dénés sont également présentés dans diverses compétitions sportives nationales et internationales, y compris aux Jeux d’hiver de l’Arctique.


Jeux dénés
Jeunes s'adonnant aux jeux dénés à Déline, T. N.-O. (2011)
Jeux de mains dénés
Jeux de mains dénés

Histoire

Avant la colonisation, l’économie dénée est principalement centrée sur la chasse, la pêche et la cueillette. Les Dénés parcourent leur vaste territoire traditionnel, qui va de la baie d’Hudson aux Territoires du Nord-Ouest en passant par le Yukon jusqu’à l’intérieur de l’Alaska. Ils parcourent le territoire pendant les mois du printemps et de l’été afin d’accumuler des vivres, ainsi que des matériaux qui serviront à fabriquer des vêtements, des abris et des outils. Certains groupes dénés chassent également le gibier pendant les mois d’hiver, parcourant d’immenses distances en raquettes ou en  toboggan.

Les jeux des Dénés les préparent au voyage, ainsi qu’à la chasse, à la pêche et à la cueillette. Ils testent l’endurance, la vitesse, la force, la tolérance à la douleur et l’agilité mentale des joueurs. Par exemple, les hommes préparent la force de leurs doigts pour transporter de lourds poissons en s’adonnant au jeu de la traction du doigt, un jeu où les joueurs entrecroisent leurs majeurs et tirent le plus fort possible jusqu’à ce que leurs adversaires abandonnent. Comme la plupart de ces jeux sont créés et pratiqués par les chasseurs et les pêcheurs qui sont tous des hommes, ils sont traditionnellement réservés à ces derniers.  

Quand ils ne servent pas à tester l’endurance et l’habileté des joueurs, les jeux dénés sont également pratiqués pour le plaisir ; certains sont créés pour amuser des personnes de tous âges, hommes comme femmes. La balançoire dénée, par exemple, est un jeu où les participants tentent de faire tomber leur adversaire d’une balançoire, le tout dans un esprit de compétition amicale. Bien que l’on trouve de légères variantes des jeux dénés à travers les différentes communautés, ils présentent des ressemblances frappantes, puisqu’ils ont tous été créés pour la même raison.

Jeux modernes

Les jeux dénés sont encore pratiqués aujourd’hui, bien qu’ils servent maintenant à des fins récréatives et éducatives, ainsi qu’à démontrer les compétences et aptitudes athlétiques des joueurs. De nombreuses écoles du Nord enseignent les jeux dénés dans le cadre de leur programme scolaire afin de transmettre l’histoire et la culture dénée et de promouvoir un mode de vie sain et actif.

Les femmes participent désormais à plusieurs des jeux qui étaient traditionnellement réservés aux hommes. Dans plusieurs écoles et centres communautaires, les jeux sont ouverts aux hommes et aux femmes. En 2004, les Jeux d’hiver de l’Arctique (JHA) permettent aux jeunes femmes de participer à certains jeux dénés pour la première fois, comme la poussée du poteau, la traction du doigt et les jeux de mains. Bien que cette inclusion offre aux femmes de nouvelles possibilités, certains affirment qu’elle n’établit pas l’égalité des sexes : en 2016, il était toujours interdit aux femmes nées avant 1996 de participer aux jeux dénés à l’occasion des JHA, mais les hommes de tous âges peuvent librement y participer. Certaines communautés dénées ont exprimé leurs inquiétudes quant à l’inclusion de compétitrices dans certains jeux, invoquant des raisons culturelles. Cependant, les femmes progressent lentement et de manière constante vers la pleine inclusion. Par exemple, en mai 2016, la Yukon Hand Games Society a organisé le premier tournoi entièrement féminin de jeux de mains.

Catégories de jeux dénés

Bien qu’il existe toute une variété de jeux dénés, les cinq jeux les plus répandus sont la traction du doigt, le serpent des neiges, la traction du bâton, les jeux de mains et la poussée du poteau. Plusieurs compétitions sportives régionales comprennent ces jeux, notamment les Jeux d’hiver de l’Arctique (JHA). Les compétitions de jeux dénés des JHA présentent quatre catégories en fonction de l’âge et du sexe des joueurs : hommes (sans limite d’âge), junior masculin (nés en 1996 ou après), junior féminin (nées en 1996 ou après) et juvénile féminin (nées en 2000 ou après). Chaque groupe d’âge ou catégorie compte quatre athlètes provenant de chaque territoire concurrent participant à ces cinq événements sportifs. Les JHA établissent généralement les règles du jeu standard pour ces jeux dénés, mais d’autres compétitions sportives peuvent présenter des règles et des règlements légèrement différents.

Traction du doigt

Il s’agit d’un jeu individuel, traditionnellement utilisé pour renforcer les doigts des pêcheurs qui doivent transporter de lourds poissons du rivage jusqu’à leur campement en utilisant leurs doigts en guise de crochet. Le jeu implique deux personnes dans un test d’endurance. Les joueurs entrecroisent leurs majeurs et tirent de toutes leurs forces vers eux-mêmes jusqu’à ce que l’un d’entre eux abandonne.

De nos jours, le jeu est joué par deux joueurs assis l’un en face de l’autre ; l’un est joueur défensif, l’autre est joueur offensif. Le but du joueur défensif est d’empêcher son adversaire de relâcher la prise de doigt et/ou de forcer le joueur défensif à tendre son bras. Chaque joueur doit maintenir des positions précises pendant la partie. Le joueur défensif doit étendre sa jambe gauche, plier sa jambe droite, et placer son pied droit sur la partie intérieure de sa cuisse gauche. Il place ensuite son bras droit sur sa jambe pliée, tourne la paume de sa main droite vers le haut, et place sa main gauche sur la jambe gauche de son opposant. Le joueur offensif place ses deux pieds contre la jambe pliée de son opposant. Il place ensuite sa main gauche sur l’épaule gauche de son adversaire. Les joueurs doivent alors entrecroiser les majeurs de leur main droite. Le joueur offensif commence à tirer lentement et à un rythme régulier, essayant de faire perdre à son adversaire sa prise ou sa position. S’il y parvient, le joueur offensif gagne. Si le joueur défensif arrive à l’en empêcher, c’est lui qui gagne. En général, ce jeu dure environ 8 secondes chez les jeunes joueurs, et 10 secondes chez les joueurs masculins plus âgés. La compétition est composée de trois parties de tractions.

Serpent des neiges

Ce sport individuel qui s’apparente au lancer du javelot (voir Athlétisme) servait autrefois à enseigner aux hommes comment chasser le gibier. Le caribou était particulièrement important pour l’économie et le mode de vie traditionnels des Dénés. Par conséquent, il était primordial que les hommes maîtrisent les techniques de chasse. À l’aube, les chasseurs dénés se faufilaient sur les lacs couverts de neige où se reposaient les caribous, et ils projetaient leurs lances à travers les neiges, et tuaient ainsi l’animal. Ceci exigeait de grandes précisions et habiletés. Par conséquent, les chasseurs pratiquaient cette technique, qui a fini par être surnommée le « serpent des neiges ».

Aujourd’hui, le serpent des neiges est un jeu de distance. Les joueurs doivent lancer leur lance, qui mesure 1,4 mètre, le plus loin possible. Ils doivent la lancer par en dessous (le mouvement commence sous la hanche) et la lance glisse sur une étendue de neige plate, une piste qui est délimitée par un bac. Le joueur qui lance le plus loin l’emporte. Les joueurs ont un espace de 7,62 mètres maximum pour se donner un élan avant chaque lancer. Ils ont également tous droit à trois essais.

Bien que le serpent des neiges soit considéré comme un jeu déné, d’autres peuples autochtones pratiquent également ce jeu ou une de ses variantes, incluant les  Ojibwés et les Haudenosaunee. Puisque l’objectif initial de ce jeu était d’entraîner les chasseurs, il est normal que plusieurs nations autochtones, dont les économies ancestrales étaient souvent basées sur la chasse au gibier, aient développé leur propre version du serpent des neiges.

Traction du bâton

Le but de ce jeu individuel était (et est toujours) de retirer un bâton graissé de la main d’un adversaire, simulant ainsi la capture d’un poisson à la main. Autrefois, les chasseurs s’adonnaient à ce jeu après que la communauté se soit rassemblée pour partager la nourriture qu’ils avaient rapportée. Il arrivait à l’occasion que plusieurs communautés dénées se réunissent pour se disputer amicalement le bâton convoité.

Dans les compétitions modernes, deux joueurs se font face, et chacun a une main sur le bâton. Ils tirent ensuite chacun de leur côté avec une force contrôlée, la main serrée contre la hanche, pour tenter de libérer le bâton de la prise de leur adversaire. Les joueurs ne peuvent effectuer de torsion du bras, et aucun contact physique n’est permis. Ils ne peuvent également pas déplacer leurs pieds au-delà d’une ligne tracée au sol. Le bâton doit demeurer parallèle au sol en tout temps. Le gagnant est celui qui parvient à retirer le bâton à son adversaire ou qui réussit à tirer le bâton derrière sa hanche sur le côté de son corps pendant 8 secondes, tandis que son adversaire maintient toujours une prise sur le bâton. La compétition consiste en trois des meilleures tractions.

Jeux de mains

Ce sport d’équipe, aussi connu sous le nom « jeu de bâtonnets », est l’un des jeux les plus populaires parmi les Premières Nations dénées. Contrairement à la plupart des jeux dénés qui servent à tester l’habileté physique, les jeux de mains sont des jeux de devinettes pratiqués pour le plaisir ou à des fins d’échange. À l’époque, des troupes de chasseurs pariaient des armes, des outils ou des couvertures sur le résultat de la partie. Deux équipes d’environ vingt hommes s’assoient face à face, souvent séparées par des couvertures étalées sur le sol. Au son des chants et de la musique de tambours qui jouent en arrière-plan, les membres d’un des deux groupes cachent de petits objets dans une de leurs mains, tandis que l’autre groupe tente de deviner l’emplacement de l’objet. Afin de compliquer la tâche de l’équipe qui doit deviner, les joueurs bougent leurs mains et leurs bras autour de leur corps ou sous les couvertures. Ceux qui doivent deviner utilisent des signaux manuels pour indiquer ce qu’ils croient être l’emplacement des objets cachés. Des bâtonnets sont attribués à ceux qui devinent correctement. L’équipe qui a le plus de bâtonnets remporte la partie et, par le fait même, les biens ou les items qui ont été pariés.

La version moderne des jeux de mains dénés est très semblable à la version originale. Deux équipes d’environ quatre joueurs et un capitaine s’assoient face à face, et des couvertures ou des manteaux délimitent les deux groupes. Les membres d’une équipe cachent des objets dans leurs mains et ils bougent ensuite leurs mains de manière rythmique au son des tambours, plaçant leurs mains sous leurs vêtements ou sous les couvertures. Souvent, les joueurs croisent leurs bras sur leur poitrine et utilisent d’autres mouvements du corps, des expressions faciales et certains sons pour induire en erreur le capitaine de l’équipe adverse, qui doit deviner où sont cachés les objets. Lorsque le capitaine est prêt à deviner, il l’indique en sifflant ou en émettant un son fort. Le capitaine utilise une variété de signes de la main pour avancer ses hypothèses. Les joueurs adverses doivent montrer leurs poings fermés au capitaine, puis ouvrir la main que ce dernier a désignée. Si le capitaine s’est trompé et qu’il n’y a pas d’objet dans cette main, l’équipe opposée remporte un bâtonnet. Si le capitaine a vu juste, le joueur adverse en question est éliminé. Le jeu se poursuit jusqu’à ce que le capitaine ait deviné autant de fois que possible, ou que l’équipe adverse ait obtenu tous les bâtonnets (habituellement 12 par partie).


Une controverse entoure les jeux de mains depuis quelques années, puisque les femmes tentent de plus en plus d’y prendre part. Les traditionalistes affirment que les femmes étaient historiquement bannies des jeux de mains en raison d’une croyance spirituelle selon laquelle une femme menstruée distrairait les hommes par son « pouvoir médicinal », compromettant ainsi la capacité des hommes à profiter de ce jeu de hasard. Bien que certains hommes et femmes dénés adhèrent toujours à ces croyances, d’autres soutiennent que les femmes devraient être autorisées à participer aux jeux de mains. D’autres encore affirment qu’autrefois, les femmes n’étaient pas nécessairement bannies des jeux, mais qu’elles n’avaient simplement jamais l’occasion de jouer puisqu’ils étaient réservés aux chasseurs de gibier, un statut qui était exclusivement masculin. De nos jours, des femmes et des filles participent de plus en plus aux jeux de mains dénés, représentant leurs territoires respectifs sur des plateformes nationales et internationales.

Poussée du poteau

Ce jeu, qui s’apparente au tir à la corde, met à l’épreuve l’endurance et la force physique des joueurs. Traditionnellement, ces derniers formaient un cercle autour d’un feu et, à tour de rôle, tentaient de se pousser les uns les autres hors du cercle. Bien que ce jeu ait souvent été joué lors de festins communautaires ou de festivals, la tradition orale des Gwich’in d’Alaska raconte que le jeu était également organisé en l’honneur d’un chef décédé.

De nos jours, les joueurs de la poussée du poteau (généralement quatre par équipe) ont pour objectif de pousser le centre d’un poteau d’environ 6,10 mètres de long en dehors d’un cercle tracé sur le sol. Les joueurs enfoncent leurs pieds dans le sol pour assurer leur prise et leur équilibre, et ils entrecroisent parfois leurs bras avec ceux de leurs coéquipiers afin de pouvoir pousser tous ensemble. Le poteau ne doit pas se déplacer au-dessus des épaules ou en dessous des hanches des joueurs. Les concurrents ne sont pas non plus autorisés à se déplacer vers la droite ou la gauche s’ils sont poussés hors du cercle. Si les joueurs tombent ou perdent leur position durant la compétition, il leur est permis de se relever ou de se remettre en position, mais seulement si le centre du poteau est toujours à l’intérieur du cercle. La meilleure équipe remporte la victoire au terme de trois parties.

Autres jeux

Certains jeux dénés sont moins répandus, et ils sont spécifiques à certaines communautés. Par exemple, le jeu de cerceaux et poteaux, un jeu dans lequel les participants tirent des flèches à travers un cerceau en mouvement, est populaire parmi les peuples du Sud-Ouest américain qui parlent la langue dénée, tandis que les jeux de mains ne sont traditionnellement pas très connus parmi les peuples Gwich’in.

Dans d’autres cas, au fil du temps, des jeux populaires ont été développés différemment dans diverses communautés dénées, ce qui entraîne des variations dans les règles et les objectifs du jeu. Par exemple, le jeu de la balle en peau d’orignal (également connu sous le nom « ballon-esclave » ou « ballon chasseur yukonnais ») est un jeu où les participants tentent de placer un ballon dans un panier ou dans un trou dans le sol. Toutefois, selon la région, le jeu a des éléments semblables au ballon-chasseur, au volleyball ou au rugby. Dans certaines versions du jeu, les joueurs atteints par le ballon lancé sont automatiquement éliminés, alors que dans d’autres versions, ils ont droit à plus d’une chance avant d’être éliminés. Dans d’autres versions encore, il n’y a ni gagnants ni perdants, et le score n’est pas compté. Malgré ces différences, des jeux comme celui de la balle en peau d’orignal étaient souvent joués par des hommes et des femmes, et ils étaient donc plus inclusifs que d’autres jeux dénés. Le jeu de la balle en peau d’orignal et ses variations sont encore généralement joués dans de nombreuses communautés dénées et autochtones.

Cependant, d’autres jeux ont presque entièrement disparu, comme le jeu de la balançoire, un jeu que se remémorent les aînés de la communauté comme étant amusant et généralement non compétitif (bien que le jeu était parfois accompagné de paris), et ouvert aux personnes de tous les âges et de tous les sexes. L’objectif du jeu était de faire tomber un adversaire d’une balançoire. Certains Dénés tentent de préserver ce jeu en organisant des parties dans les écoles, dans leurs communautés et lors d’événements culturels internationaux.

Importance

Les jeux dénés sont plus que de simples compétitions athlétiques ou des sports récréatifs, ils ont une signification spirituelle, culturelle et historique pour les peuples dénés. Ils représentent un lien avec leur passé tout en leur permettant de préserver leur culture et de promouvoir un mode de vie sain. Bien que les versions modernes des jeux soient quelque peu différentes des versions originales, elles conservent toujours un bon nombre des mêmes règlements et des mêmes traditions.