Divisions de la chimie

La chimie analytique identifie les différentes substances et détermine leur composition. Il existe des méthodes pour analyser la plupart des principaux composants d'une substance. Les problèmes majeurs surviennent lors d'analyse d'échantillons.

John Polanyi
John Polanyi recevant son prix Nobel de chimie de la part du roi Carl Gustaf de Su\u00e8de, le 10 décembre 1986 (photo de Rolf Hamilton, Pressens Bild).

Divisions de la chimie

À ses débuts, la chimie était avant tout de nature analytique. Il a fallu attendre l'accumulation des données expérimentales pour voir naître les spécialités d'aujourd'hui. Les principales divisions de la chimie sont la chimie analytique, la chimie inorganique, la chimie organique et la chimie physique.

Chimie analytique

La chimie analytique identifie les différentes substances et détermine leur composition. Il existe des méthodes pour analyser la plupart des principaux composants d'une substance. Les problèmes majeurs surviennent lors d'analyse d'échantillons. On utilise encore les méthodes classiques fondées sur des mesures de poids (masse) et de volumes (appelées respectivement méthodes gravimétrique et volumétrique) pour l'analyse des composants principaux et l'étalonnage. Toutefois, les techniques de mesure sont devenues de plus en plus perfectionnées afin d'améliorer les seuils de détection.

En effet, bien que tous les éléments de la croûte terrestre soient présents dans les océans, seulement une dizaine s'y trouvent en concentration supérieure à une partie par million; la plupart se mesurent en parties par milliard, ou en concentrations encore moindres. On tente de mettre au point des méthodes qui permettront de détecter une vaste gamme de substances dont les quantités se situent entre le nanogramme (10-9) et le picogramme (10-12).

L'analyse de ces concentrations requiert des techniques plus sensibles et une réduction des interférences. À cet égard, les pertes et la contamination subies pendant l'échantillonnage et l'entreposage prennent une grande importance. Un très grand soin est donc apporté aux procédés de préconcentration qui concentrent et séparent sélectivement les espèces recherchées.

On a mis au point des procédés d'analyse utilisant presque toutes les propriétés chimiques et physiques connues des substances à l'état atomique et moléculaire. Des procédés fondés sur les réactions en solution, l'absorption et l'émission de radiations, les propriétés thermiques, les propriétés optiques, les effets d'un champ magnétique et la vitesse d'électrodéposition sont couramment utilisés. De plus, l'utilisation des ordinateurs est devenue chose courante pour l'automatisation des procédés et le traitement de données.

La chimie analytique intervient dans notre quotidien grâce à l'identification et au contrôle des substances toxiques de l'environnement et aux travaux en laboratoire nécessaires à l'industrie (p. ex. métaux, produits pétrochimiques, aliments et boissons), les sciences biologiques (médecine) et les sciences physiques (géologie).

La plupart des programmes de tri et des analyses régulières de contrôle de qualité sont effectués par des techniciens à l'aide d'équipements automatisés. Les chimistes analystes font des recommandations sur le matériel requis, produisent et mettent au point de nouveaux appareils et s'assurent que les procédés utilisés sont rigoureusement scientifiques.

Au Canada, le domaine de la chimie analytique se compose de scientifiques travaillant dans les secteurs universitaires, gouvernementaux et industriels. Après la Deuxième Guerre mondiale et jusqu'en 1960, le secteur universitaire est restreint aux universités McGill (G. Cove), Carleton (C. Chakrabarti), McMaster (R. Graham), Alberta (W. Harris), Waterloo (W. McBride), Queens (J. Page) et Dalhousie (D. Ryan); chaque université ne compte alors dans son personnel qu'un seul chimiste responsable des recherches en chimie analytique.

En 1991, la discipline a déjà considérablement progressé : l'U de l'Alberta et Dalhousie comptent au moins six chimistes spécialistes en analyse, tandis que la Colombie-Britannique, Calgary, la Saskatchewan, Guelph-Waterloo, McMaster, Toronto, McGill et Montréal en ont tous au moins trois. Au total, il y a actuellement au Canada 50 chimistes analystes formant le personnel enseignant des universités.

Le Canada compte de nombreux laboratoires spécialisés en chimie analytique dans le secteur gouvernemental. Parmi eux, on note la Geological Society of Canada, le ministère de l'Environnement de l'Ontario, Environnement Canada, la Commission géologique de l'Ontario, la section de chimie analytique de la Division de chimie du CONSEIL NATIONAL DE RECHERCHES DU CANADA (CNRC).

Ce dernier laboratoire, dirigé par S. Berman, constituait la section de métrologie de l'Institut de chimie de l'environnement du CNRC; son programme, orienté vers l'élaboration de documents de référence sur les milieux marins et de normes de référence pour l'eau, les tissus biologiques et les sédiments, est reconnu mondialement.

Le secteur industriel de la chimie analytique est moins vigoureux. Au Canada, de nombreuses industries possèdent d'excellents laboratoires de service en chimie analytique, mais les entreprises qui conçoivent et fabriquent de nouveaux instruments d'analyse sont rares. Dans la première moitié des années 80, la Photochemical Research Associates de London, en Ontario, a mis en service une solide gamme d'instruments spectrométriques pour malheureusement faire faillite à la fin des années 80; la plupart de ses produits sont maintenant repris par des intérêts américains (Laser Photonics, Photon Technology et LECO). Bomem inc. de Québec a mis sur le marché international une gamme de spectromètres par transformation de Fourier, mais est récemment devenu en partie la propriété d'intérêts étrangers (Applied Automation/Hartmann and Braun).

L'entreprise canadienne qui a connu le plus de succès dans le domaine des instruments d'analyse est SCIEX de Thornhill, en Ontario. Depuis le début des années 70, elle a élaboré et mis sur le marché une gamme unique de produits basés sur des interfaces d'échantillonnage à pression atmosphérique pour les spectromètres de masse. Leurs instruments sont en partie conçus d'après les travaux de B. French de l'Institute for Aerospace Studies (UTIAS) à l'U. de Toronto.

Au début des années 80, SCIEX a mis au point le premier appareil commercial de spectrométrie de masse à couplage inductif (ICP-MS), une technique qui marque les limites de performance actuelles dans l'analyse d'éléments présents sous forme de traces. Elle est également au premier plan dans le développement des techniques de spectrométrie de masse faisant appel à l'ionisation à pression atmosphérique et à l'électronébulisation assistée par pneumatique, techniques appliquées aux biomolécules. Ses produits sont distribués partout dans le monde grâce à une coopération commerciale avec la British Aerospace et Perkin-Elmer Corporation.

D.E. RYAN et GARY HORLICK

Chimie inorganique

Traditionnellement, la chimie inorganique se consacrait à l'étude du comportement des éléments chimiques, à l'exception du carbone et de ses composés traités par la chimie organique. Toutefois, la frontière entre la chimie inorganique et la chimie organique est devenue floue. Ainsi, la chimie organométallique, champ d'étude d'importance grandissante qui traite de composés contenant des atomes d'un métal liés à un ou à plusieurs atomes de carbone, fait le pont entre les deux disciplines.

À l'origine, la chimie inorganique comprenait la caractérisation des éléments et la mesure de leurs propriétés physiques (point d'ébullition, densité, etc.). La chimie inorganique s'intéresse principalement aujourd'hui aux réactions chimiques que subissent des éléments combinés ainsi qu'à l'identification et à l'étude de nouveaux composés.

Au début du XXe siècle, l'évolution de la théorie atomique rendit possible l'organisation de la plupart des données sur les éléments les plus communs. De 1915 à 1940, la chimie inorganique s'est développée moins rapidement. Toutefois, pendant la Deuxième Guerre mondiale, elle fut l'objet d'un renouveau remarquable, en raison de diverses nécessités : comprendre la chimie de l'uranium et d'autres éléments lourds; séparer les lanthanides rares (numéros atomiques 57 à 71) et déterminer leur comportement chimique (ces éléments étant formés par des processus de fission nucléaire); faire progresser la chimie du fluor (sa forte réactivité ayant auparavant limité son étude); augmenter les connaissances de la chimie d'un grand nombre d'autres éléments associés à la mise au point d'armes nucléaires.

Des installations à Chalk River, en Ontario, ont joué un rôle dans ces recherches, que les CENTRES DE RECHERCHE EN ÉNERGIE NUCLÉAIRE canadiens ont poursuivies.

Sous sa forme actuelle, la chimie inorganique a pour but de comprendre l'importance des conditions de réaction (p. ex. température de réaction) pour découvrir des moyens de créer de nouvelles combinaisons d'éléments. Ainsi, un grand nombre de réactions inorganiques dépendent fortement du solvant utilisé. Dès lors, beaucoup de recherches sont effectuées sur les réactions inorganiques dans divers solvants organiques (p. ex. hydrocarbures et alcools) ou inorganiques (p. ex. ammoniac liquéfié et dioxyde de soufre liquide).

Ces recherches visent également à comprendre en détail toutes les étapes d'une réaction chimique et à déterminer la structure atomique des produits de chaque réaction. Ces informations structurales permettent d'étudier les forces de liaison mises en jeu dans chacune des molécules.

Dans les années 70 et 80, on insista considérablement sur les aspects de la chimie inorganique touchant l'état solide et les composés de métaux de transition (p. ex. cobalt, platine). L'étude de l'état solide a mené à la préparation de bon nombre de nouveaux matériaux. Elle a également débouché sur un nouveau champ de recherche portant sur les propriétés électriques et mécaniques des solides (mis en jeu dans l'INDUSTRIE DE L'ÉLECTRONIQUE et dans la préparation de nouveaux matériaux supraconducteurs).

Les métaux de transition forment de nombreux dérivés organométalliques, dont bon nombre servent de catalyseurs pour d'autres réactions chimiques (p. ex. la synthèse de combustibles importants comme le méthanol et la production de polymères synthétiques).

La chimie inorganique est particulièrement importante pour l'économie canadienne en raison de l'ampleur des RESSOURCES MINÉRALES. Le mise sur pied d'entreprises d'extraction (nickel, potasse, plomb, zinc, uranium) nécessita l'utilisation des principes de chimie inorganique. Toutefois, ce n'est que depuis les années 50 que le Canada contribue à cette recherche d'une façon significative.

Les principaux travaux comprennent les études d'avant-garde sur les acides de R.J. Gillespie (U. McMaster), les travaux sur la chimie organométallique de H.C. Clark et de W.A.G. Graham et des études des substances inorganiques à l'aide de la diffraction des rayons X faites par J. Trotter (U. de la Colombie-Britannique). En 1962, N. Bartlett (U. de la Colombie-Britannique) démontra que les prétendus gaz inertes (appelés aujourd'hui gaz nobles) ne sont pas si inertes et peuvent en fait former des composés chimiques stables (p. ex. tétrafluorure de xénon).

En 1965, A.D. Allen et C.V. Senoff, de l'U. de Toronto, montrent que l'azote moléculaire pouvait se lier chimiquement à un atome de métal : cela jette la base de la recherche intensive actuelle visant à découvrir des moyens économiques de fixation de l'azote qui est extrêmement importante pour les cultures agricoles.

Les chimistes canadiens contribuent de façon prédominante à la chimie inorganique dans une vaste gamme de domaines importants pour la croissance du pays. Les composés inorganiques sont d'une importance considérable pour l'industrie chimique. Dans la liste des 10 principaux produits chimiques, 6 sont des composés inorganiques. De plus, les composés inorganiques sont indispensables à la catalyse dans l'industrie pétrochimique et dans les convertisseurs catalytiques et autres dispositifs antipollution des automobiles.

Les composés inorganiques ont de nouveaux usages importants dans la fabrication de matériaux solides pour les semiconducteurs et les céramiques techniques. Ils sont également utilisés en optique non linéaire et dans la production de revêtements métalliques en couche mince. L'industrie pharmaceutique et la médecine comptent énormément sur le spécialiste en chimie inorganique.

Non seulement les catalyseurs inorganiques sont-ils importants pour la synthèse de nouveaux médicaments, mais ils sont aussi utilisés directement dans le traitement, entre autres, de la maladie d'Alzheimer, du cancer et de l'arthrite. Ils servent aussi de marqueurs radioactifs pour diagnostiquer des maladies. En fait, il existe maintenant tout un domaine, la chimie bio-inorganique, qui étudie l'importance de la chimie inorganique dans les systèmes biologiques.

Les composés inorganiques jouent un rôle pivot dans des processus comme le stockage et le transport d'oxygène, la photosynthèse ainsi que la digestion des protéines et le transfert d'électrons pour n'en nommer que quelques-uns. En 1983, le prix Nobel de chimie est décerné à Henry TAUBE, un chimiste d'origine et de formation canadiennes, pour ses travaux sur les réactions de transfert d'électrons.

H.C. CLARK, JOSEF TAKATS et MARTIN COWIE

Chimie organique

Depuis l'Antiquité, les hommes s'intéressent à l'extraction de substances provenant de fluides et de tissus animal et végétal. Peu de substances pures furent identifiées avant le XIXe siècle. Ces extraits animal et végétal sont en effet des mélanges extrêmement complexes de molécules dont la plupart sont non volatiles. Ces substances étant dérivées d'organismes vivants, ceux qui les étudiaient étaient appelés des organiciens. Toutes les matières qui pouvaient être isolées contenaient l'élément carbone.

Au XIXe siècle, le nombre de composés organiques susceptibles d'être isolés à l'état pur, soit directement (pour les produits naturels) ou sous forme dérivée (par dégradation thermique ou chimique), augmente rapidement. On découvre que le contenu en carbone varie beaucoup d'un produit à l'autre et que les autres éléments principaux sont l'hydrogène, l'azote et l'oxygène. Le soufre et le phosphore sont également présents, mais les autres éléments sont rares.

Quand les réactifs organiques et inorganiques (c'est-à-dire minéraux) furent disponibles, la théorie de la chimie organique se développa rapidement. Il devint évident que des produits naturels et leurs dérivés pourraient être synthétisés à partir de sources non vivantes selon des processus réactionnels de mieux en mieux compris. Ces innovations ont rendu possible la compréhension de la structure moléculaire et de la réactivité chimique des composés organiques.

L'existence de molécules organiques complexes est due à la forte tendance qu'ont les atomes de carbone à partager leurs électrons avec d'autres atomes pour former de fortes liaisons covalentes. Cette propriété est le fondement des structures moléculaires dont est composée la plus grande partie de la matière vivante (eau mise à part) et des composés synthétiques (plus d'un million) élaborés depuis un siècle.

La transformation chimique de molécules d'hydrocarbures, dérivées principalement du pétrole, a donné naissance à des substances synthétiques aussi indispensables que les plastiques, les résines, les fibres, les caoutchoucs, les colles, les peintures, les détergents, les pesticides et les explosifs.

Les connaissances et la compétence des chimistes organiciens ont permis de créer une vaste gamme de médicaments fabriqués par l'industrie pharmaceutique moderne. La chimie organique a également beaucoup contribué aux plaisirs de la vie de tous les jours (colorants, photographie couleur, parfums, saveurs, édulcorants).

L'utilisation répandue et toujours croissante des principes de base de la chimie organique fait de cette spécialité, au XXe siècle, le point d'appui d'autres disciplines scientifiques faisant ou non partie du domaine de la chimie. En effet, le traitement des tissus animaux et végétaux et l'étude de transformations biologiques ont fait leur entrée dans de nouvelles disciplines : BIOCHIMIE, pharmacologie,DIÉTÉTIQUE et BIOLOGIE MOLÉCULAIRE.

Bien que la chimie organique se préoccupe de moins en moins de la matière vivante, le terme « organique » a été conservé pour désigner les activités se concentrant sur la chimie des composés renfermant du carbone. Le terme chimie « bio-organique » désigne les tentatives en vue d'appliquer les théories de la chimie organique pour imiter les processus caractéristiques des êtres vivants. Le potentiel de la chimie organique synthétique moderne est illustré par le parachèvement (1973) de la synthèse chimique de la vitamine B12. Dans tous les laboratoires, de tels défis continuent d'être relevés.

Les techniques mises au point pour le programme spatial ont également des conséquences révolutionnaires sur la chimie organique. Ces dernières décennies, des innovations en informatique, en électronique, en technologie des capteurs et en science des matériaux ont mis à la disposition des chimistes organiciens une série d'instruments perfectionnés pour la séparation, l'identification et l'analyse structurale de la matière.

En ce qui concerne la matière vivante, de telles analyses soulèvent des questions morales qui devront être discutées par la société tout entière et non par les organiciens, biochimistes, généticiens et microbiologistes (voirBIOÉTHIQUE, GÉNIE GÉNÉTIQUE).

Au pays, beaucoup de travaux remarquables ont été effectués sur des composés d'origine naturelle. La découverte la plus importante fut peut-être celle de l'INSULINE, par F.G. BANTING, C.H. BEST et J.B. COLLIP à l'U. de Toronto (1922). Les premiers travaux sur les alcaloïdes menés par L.E. MARION et R.H.F. MANSKE au Conseil national de recherches, à Ottawa, la première synthèse du glucose en laboratoire réussie par R.U. LEMIEUX au Laboratoire régional des Prairies du CNRC, à Saskatoon (1953), la première synthèse du déterminant du groupe ABO et d'autres groupes sanguins humains, également par Lemieux, à l'U. de l'Alberta (1975) et les excellentes synthèses d'un grand nombre de substances naturelles réalisées par K. WIESNER à l'U. du Nouveau-Brunswick ont tous retenu l'attention mondiale.

Gobind KHORANA, qui remporta le prix Nobel de médecine (1968) pour ses travaux sur le code génétique, mena ses premières recherches au BRITISH COLUMBIA RESEARCH COUNCIL, à Vancouver. Tout récemment, Michael SMITH de l'U. de la Colombie-Britannique a partagé un prix Nobel pour la mise au point de techniques de manipulation de segments d'ADN et de détermination de leurs fonctions.

R.U. LEMIEUX

Chimie physique

La chimie physique est l'étude des propriétés physiques des atomes et des molécules à l'état (phase) gazeux, liquide et solide. Les résultats, provenant à la fois de mesures et de calculs, permettent de caractériser des systèmes en équilibre chimique, d'étudier l'énergie, la vitesse et la direction des transformations chimiques et de comprendre la structure atomique et moléculaire de la matière. En chimie physique contemporaine, ces aspects font l'objet des études de thermodynamique, de SPECTROSCOPIE, de cinétique chimique et de chimie théorique.

Thermodynamique chimique

La thermodynamique traite du calcul de l'énergie (sous forme de chaleur et de travail) et de l'évaluation de l'entropie (niveau de désordre). Une fois l'énergie, l'entropie et le potentiel chimique déterminés, il est possible de connaître les conditions d'équilibre pour les réactions, les solutions et entre les phases.

L'électrolyse, la formation d'émulsions, le mécanisme de diffusion à travers des membranes et la description des phénomènes d'absorption sur des surfaces ne sont que quelques exemples des problèmes de la chimie contemporaine traités par la thermodynamique et la mécanique statistique. L'application des principes de la thermodynamique aux systèmes non équilibrés (p. ex. les systèmes biologiques et leurs structures très ordonnées) a été entreprise avec succès par les physico-chimistes.

Spectroscopie

L'énergie des atomes et des molécules se manifeste sous forme de quanta caractéristiques des niveaux d'énergie associée aux mouvements électroniques, de vibration et de rotation. Chaque quantum est associé à un rayonnement électromagnétique de longueur d'onde déterminée et apparaît sous forme d'une raie distincte dans un spectre.

L'analyse des raies spectrales obtenues dans le domaine visible et ultraviolet a permis de clarifier la structure électronique des atomes et des molécules. L'étude des spectres infrarouges permet d'élucider les propriétés relatives à l'élongation et à la déformation des liaisons et, pour des molécules simples, les longueurs de ces liaisons. La cristallographie par rayons X permet de déterminer la position des noyaux atomiques, même dans de très grosses molécules.

Cinétique chimique

La cinétique traite des mesures et de l'interprétation des vitesses auxquelles molécules, atomes, ions et radicaux réagissent pour former de nouvelles substances. Les effets de la pression, de la température, de la concentration des réactifs et des radiations éventuelles permettent de décrire comment les réactions se produisent en termes de collisions, de complexes de transition, d'intermédiaires et de mécanismes de réaction. L'étude de réactions en phase gazeuse a permis de comprendre comment l'énergie est redistribuée en cours de réaction; le rôle des états (électronique, vibrationnel et rotationnel) concernés peut ainsi être examiné.

Chimie théorique

La chimie théorique traite de l'utilisation des principes fondamentaux de la PHYSIQUE et des MATHÉMATIQUES en vue de modéliser les processus chimiques. Elle est reconnue pour le rôle qu'elle a joué dans l'explication des liaisons chimiques. Les lois de la mécanique quantique sont essentielles à l'interprétation et au bon usage des mesures spectroscopiques. La chimie théorique a également contribué à l'évolution des modèles destinés aux études de cinétique, notamment au sujet du transfert d'énergie dans les réactions élémentaires.

Avec l'apport de la mécanique statistique, les mesures thermodynamiques (p. ex. chaleur spécifique) et les propriétés de transport (p. ex. viscosité) cèdent la place à l'interprétation théorique. L'étude de la chimie par modélisation numérique commença dans les années 60, avec l'arrivée d'ordinateurs à grande capacité. Les programmes contemporains de chimie quantique sont non seulement capables de reproduire les orbitales moléculaires et les niveaux d'énergie électronique, mais permettent également d'accéder à une grande variété de propriétés moléculaires. Des mécanismes de réaction complexes peuvent ainsi être modélisés, des spectres de synthèse et même les propriétés des fluides sont calculés par ordinateur.

La chimie physique commence à prendre forme dans les années 1870, quand le traité sur la thermodynamique de Willard Gibbs parut. En 1890, l'électrochimie préoccupe déjà beaucoup les physico-chimistes, surtout en ce qui concerne ses applications industrielles (voirMÉTALLURGIE). Vers les années 1900, les spécialistes se consacrent activement à l'étude de la radioactivité.

L'assimilation de résultats d'études provenant d'autres domaines se poursuit et certains concepts (p. ex. théorie des quanta) changèrent le cours de la chimie physique. D'autres théories, comme la résonance magnétique nucléaire et la spectroscopie infrarouge, ont été conçues et perfectionnées par les physico-chimistes et se sont avérées des outils essentiels pour toutes les disciplines relevant de la chimie.

Depuis un siècle, les contributions du Canada au développement de la chimie physique sont considérables, allant des travaux de William Lash MILLER, dans les années 1890, sur la thermodynamique, aux calculs sur les mouvements des électrons au cours des réactions chimiques qui ont valu à Rudolph Marcus un prix Nobel en 1992.

Les innovations en électrochimie de T.L. WILLSON (qui obtient en 1893 un brevet de production du carbure de calcium) et de A.E. LeSueur (production de chlore destiné à blanchir la pâte à papier, 1888) sont mises en application dans le monde entier et contribuent au développement des industries canadiennes de l'hydroélectricité et des pâtes et papiers.

L'intérêt d'origine pour la thermodynamique classique est maintenu par divers chercheurs : Andrew GORDON (U. de Toronto) réussit pour la première fois (1932) à calculer les propriétés thermodynamiques des molécules triatomiques; Otto MAASS effectue des mesures précises (années 30) sur les phénomènes critiques; A.N. CAMPBELL analyse la règle des phases (U. du Manitoba, des années 30 aux années 60).

Parmi les applications canadiennes de la thermodynamique classique à des problèmes industriels, on note les travaux de R. Scheissler et de J.H. Ross pour la mise au point d'explosifs pendant la Deuxième Guerre mondiale, les progrès plus récents réalisés dans les procédés de récupération utilisés dans les mines de nickel-cuivre et dans l'extraction de BITUME provenant des sables bitumineux. Les analyses et les expériences de S.G. Mason (Institut de recherches sur les pâtes et papiers, Montréal) sur l'écoulement des fluides et des particules sont reconnues mondialement.

Au Canada, les études sur la radioactivité et les structures atomiques et nucléaires commencent tôt : les travaux de physico-chimistes comme Ernest RUTHERFORD (étude de l'atome) et Frederick Soddy (radioactivité) à l'U. McGill leur ont valu le prix Nobel (1908 et 1921, respectivement).

De cet intérêt découle la compétence actuelle du Canada dans divers domaines : chimie des radiations (utilisation des rayons gamma du cobalt-60, dans le traitement du cancer, mise au point pour la première fois au Canada par Harold JOHNS), séparation isotopique (H.G. THODE), techniques de marquage isotopique dans les travaux avec des marqueurs (J.W.T. SPINKS) et production d'énergie grâce aux réacteurs nucléaires CANDU. Les apports de E.W.R. STEACIE (CNRC), de Carl Winkler (McGill) et de M. Polanyi (U. de Toronto) dans le domaine de la cinétique en phase gazeuse et en solution permettent la mise sur pied d'une industrie des polymères (les produits militaires, comme le caoutchouc synthétique, sont fabriqués chez Polysar, à Sarnia).

L'avance du Canada en chimie des radicaux libres et en photochimie fut accentuée par les travaux théoriques de J. POLANYI (U. de Toronto) et par des expériences sur du mercure photosensibilisé menées par H.E. GUNNING (U. de l'Alberta). Grâce à ses observations sur la chimiluminescence infrarouge appliquée aux lasers chimiques, John Polanyi obtient le prix Nobel en 1986. Une contribution des plus remarquables d'un Canadien à la chimie physique est le travail de Gerhard Herzberg : son étude exhaustive de la spectroscopie des petites molécules lui vaut un prix Nobel en 1971.

L'avenir de la chimie physique se perçoit nettement dans le regain d'intérêt à l'égard de la chimie complexe des phases liquide et solide. La chimie physique se consacrera sans doute de plus en plus à l'étude des processus biologiques. L'étude de la chimie par modélisation numérique continuera à se développer et, avec elle, la possibilité de mettre au point et d'évaluer des modèles théoriques permettant de faire des expériences par ordinateur.

W.G. LAIDLAW

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