Émigration des musiciens canadiens

Très tôt, alors que la profession musicale se développait au Canada, le pays souffrit du départ d'individus talentueux. Au cours des années 1850, H.A. Clarke se fixa à Philadelphie, Calixa Lavallée tenta fortune à la Nouvelle-Orléans, Joseph Sharland commença une carrière à Boston.

Émigration

Émigration. Très tôt, alors que la profession musicale se développait au Canada, le pays souffrit du départ d'individus talentueux. Au cours des années 1850, H.A. Clarke se fixa à Philadelphie, Calixa Lavallée tenta fortune à la Nouvelle-Orléans, Joseph Sharland commença une carrière à Boston. Les premiers bénéficiaires de cette manne ont toujours été les É.-U. : voisins géographiques et cousins culturels, ils proposent en outre davantage d'emplois. Parmi la foule de Canadiens qu'ils accueillirent, citons les instrumentistes Alfred De Sève, Raymond Dudley, Lynnwood Farnam, Arthur Gold, Gwendolyn Williams Koldofsky, Waugh Lauder, Salomon Mazurette, Kathleen Parlow et Samuel P. Warren; les artistes lyriques Éva Gauthier, Jeanne Gordon et Edward Johnson; les musicologues Marion Barnum, Elizabeth M. Bartlet, Jaroslav Mrácek et H. Colin Slim; les compositeurs Henry Brant, Nathaniel Dett, Sydney Hodkinson, Charles Jones, Cedric Lemont, Edward B. Manning, Gordon Monahan, Colin McPhee et Gerald Strang.

De même, l'Europe, à commencer par l'Angleterre et la France, n'a cessé d'attirer les talents canadiens : des chanteurs d'opéra surtout, depuis Emma Albani, Pauline Donalda, Raoul Jobin et Rodolphe Plamondon, jusqu'à Victor Braun, Donna Brown, Paul Frey, Frances Ginzer, Joseph Rouleau, Lilian Sukis, André Turp et Edith Wiens, mais aussi de nombreux instrumentistes (comme les clavecinistes Kenneth Gilbert et feu Bradford Tracey). À un moment donné de leur carrière, les uns et les autres sont partis s'installer en Europe. Quant aux pianistes Diedre Irons et Louise Bessette, elles vivent à présent en Nouvelle-Zélande et à Paris, respectivement.

Le phénomène n'a pas épargé certaines vedettes de la musique populaire et du jazz : Paul Anka, Dorothy Collins, Deanna Durbin, Maynard Ferguson, Robert Goulet, Beatrice Lillie, Guy Lombardo, Libby Morris, Hank Snow et Neil Young; les chefs d'orchestre et arrangeurs Percy Faith et Robert Farnon; les remarquables musiciens d'orchestre Emmanuelle Boisvert, Martin Chalifour, Malcolm Lowe, David Martin, Lorne Munroe, Joseph Shadwick et Paul Scherman; le chef d'orchestre Arthur Davison; le pianiste et professeur Russell Chester.

Quantitativement, qualitativement, la perte a certes été considérable. Toutefois, son importance a peut-être été exagérée par des éditorialistes et des organisateurs par ailleurs bien intentionnés. En fait, les carrières nationales des Canadiens et des immigrants ont joué un rôle prédominant dans l'évolution de la profession. Il faut aussi se rappeler que dans tous les pays occidentaux, chanteurs d'opéra, virtuoses et chefs d'orchestre ont tendance à mener des carrières internationales. Les musiciens changent de résidence beaucoup plus souvent que les comptables ou les avocats... La mobilité particulièrement élevée de nos musiciens est due en grande partie au manque de débouchés que ce pays en plein essor peut offrir aux artistes lyriques et aux instrumentistes et, d'autre part, à nos besoins en professeurs, chefs d'orchestre et instrumentistes formés dans les traditions de pays plus évolués. En outre, certains musiciens canadiens émigrèrent en raison d'événements qui se produisirent durant leurs études hors du Canada (ce fut le cas de Frederick Grinke et de Harry M. Field; quant à Gena Branscombe, Nora Clench, Ethel Codd Luening et Jane Leslie MacKenzie, elles se marièrent avec des étrangers). Non seulement de nombreux Canadiens revinrent au pays pour y entreprendre des « carrières tardives » de professeurs ou d'organisateurs - Pauline Donalda, Sarah Fischer, Raoul Jobin, Edward Johnson, Kathleen Parlow et Rodolphe Plamondon en sont des exemples -, mais dans bien des cas, il est difficile de distinguer émigration, absence temporaire et tournée prolongée.

Les directeurs de l' EMC ont parfois eu du mal à déterminer si certains musiciens devaient faire l'objet d'articles séparés ou si l'on pouvait se contenter de résumer leur carrière dans l'article consacré au pays où ils furent surtout actifs. On trancha d'après le nombre d'années que le musicien adulte passa au Canada et l'importance des liens qu'il maintint à l'étranger; mais il n'a pas été possible de fixer des règles précises et strictes, ni même d'éviter certaines contradictions. Ainsi, bien que leur vie professionnelle se soit surtout déroulée à l'étranger, Albani, Branscombe, Johnson, Lavallée, Parlow et Vickers bénéficient d'articles distincts, contrairement à des chanteuses comme Marie Dressler et Christie MacDonald et des professeurs de piano comme Kate Chittenden et Jeannette Durno. Par contre, on cite ces dernières dans l'article sur les É.-U., dont une section traite de l'apport canadien à ce pays.

Voir aussi les articles sur les pays (Angleterre, États-Unis d'Amérique, France, etc.), Chefs de musique, de choeur et d'orchestre, Profession musicale.