Nelligan, Émile

Son premier poème, « Rêve fantasque », est publié dans Le Samedi du 13 juin 1896, sous le pseudonyme d'Émile Kovar. D'autres de ses poèmes paraissent dans Le Monde illustré, l'Alliance nationale et Le Petit Messager du Très-Saint-Sacrement.

Nelligan, \u00c9mile
La voix poétique de Nelligan est triste et nostalgique, oscillant entre le th\u00e8me du passage du temps et une vision hallucinatoire du monde (avec la permission des Biblioth\u00e8que et Archives Canada/C-88566).

Nelligan, Émile

 Émile Nelligan, poète (Montréal, 24 déc. 1879 -- id., 18 nov. 1941). Nelligan est un remarquable poète romantique, parnassien et symboliste de la fin du XIXe siècle. À l'exception de vacances d'été à Cacouna et d'un voyage en mer dont on ne sait pas grand-chose, il passe toute sa vie à Montréal. Il fréquente l'école Olier (1886-1890), le Mont Saint-Louis (1890-1893) et le Petit Séminaire de Montréal (1893-1896). En septembre 1896, il s'inscrit au collège Sainte-Marie, qu'il quittera en mars 1897. Nelligan se lie d'amitié avec Louis Dantin et Arthur de Bussières et, le 10 février 1897, il est admis à l'École littéraire de Montréal. Il se consacre alors à la poésie avec une ardeur de plus en plus grande.

Son premier poème, « Rêve fantasque », est publié dans Le Samedi du 13 juin 1896, sous le pseudonyme d'Émile Kovar. D'autres de ses poèmes paraissent dans Le Monde illustré, l'Alliance nationale et Le Petit Messager du Très-Saint-Sacrement. Ses lectures lui font découvrir Lamartine, Hugo et Millevoye, Verlaine, Baudelaire et Pierre Dupont, Rodenback et Rolliant, Catule Mendès, Heredia et Leconte de Lisle ainsi que d'autres poètes parnassiens et symbolistes tels Sully Prudhomme, Théodore de Banville, Albert Samain et Arthur Rimbaud. Le monde ténébreux d'Edgar Allan Poe fascine Nelligan.

Nelligan assiste à quatre séances de l'École littéraire de Montréal, au cours desquelles il récite brillamment ses poèmes. À la dernière séance, au château de Ramezay le 26 mai 1899, il fait une lecture percutante de « La Romance du vin » qui, avec l'inoubliable « Vaisseau d'or », contribuera à sa renommé légendaire. Le 9 août 1899, épuisé, malade et au bord de la folie, Nelligan est emmené à la retraite Saint-Benoît. En 1925, il est transféré à l'hôpital Saint-Jean-de-Dieu (aujourd'hui appelé hôpital Louis-Hippolyte-Lafontaine ) où il demeurera jusqu'à sa mort. L'oeuvre de Nelligan, qui comprend quelque 170 poèmes, sonnets, rondeaux, chansons et poèmes en prose, frappe par son lyrisme. La voix du poète, triste et nostalgique, oscille entre les thèmes du passage du temps et d'une vision hallucinatoire du monde. Les images créées par Nelligan au moyen d'une prosodie traditionnelle atteignent souvent une dimension symbolique. Toujours elles expriment une conscience exacerbée du « moi »: la souffrance d'un coeur prématurément meurtri par la vie, la solitude, la fascination de la mort, l'échec du destin de l'homme et de l'artiste qu'il fut. À son époque, il fait figure de novateur libérant la poésie des contraintes de la forme par l'expression d'un vers souple, musical et nuancé, et opposant à ses thèmes patriotiques l'explosion de son univers intérieur. Ses oeuvres seront rassemblées par Louis Dantin et publiées en 1904. D'autres éditions suivront en 1925, en 1932 et en 1945. En 1952, Luc Lacourcière publie une édition critique de l'oeuvre de Nelligan, réimprimée en 1958, en 1966 et en 1974. Enfin, deux éditions de luxe paraissent en 1967 et en 1979.

Voir aussi LITTÉRATURE DE LANGUE FRANÇAISE; POÉSIE DE LANGUE FRANÇAISE.