Violence familiale

Au cours des 20 dernières années, on a pris de plus en plus conscience que les crimes violents ne sont pas uniquement perpétrés par des étrangers dans des lieux publics.

Violence familiale

Au cours des 20 dernières années, on a pris de plus en plus conscience que les crimes violents ne sont pas uniquement perpétrés par des étrangers dans des lieux publics. Des études ont révélé qu'un grand nombre d'actes violents et criminels sont commis par des proches dans des lieux privés, comme à la maison. Ces crimes sont peu déclarés par souci de préserver la vie privée et l'intégrité des liens familiaux et par peur des représailles. Ce refus de les déclarer fait en sorte que ces crimes sont méconnus et que les torts causés aux victimes ne sont pas reconnus. Toutefois, grâce à la vigilance accrue du corps médical, aux témoignages des victimes et aux changements d'attitude des forces policières, nous commençons à mieux connaître l'étendue du problème et ses conséquences.

La violence conjugale et la violence faite aux enfants

La violence familiale prend toutes sortes de formes. La violence envers les enfants (voir ENFANTS MALTRAITÉS) attire depuis peu l'attention du public grâce au dossier sur « le syndrome de l'enfant battu » qui constitue un cas typique de blessures suspectes que portent des enfants amenés dans les cliniques d'urgence. Selon les nouvelles lois sur les actes criminels, les médecins et autres intervenants qui sont régulièrement en contact avec les enfants (comme les enseignants) ont maintenant l'obligation de déclarer toute blessure suspecte aux services de police. En plus des agressions physiques, l'ampleur des cas d'agression sexuelle commise par un membre de la famille suscite une inquiétude grandissante (voir EXPLOITATION SEXUELLE DES ENFANTS).

Un sondage récent (1993) sur la violence faite aux femmes, mené par Statistique Canada à l'échelle nationale, nous informe sur les cas d'agressions commises par un conjoint. Selon cette étude, 29 p. 100 des femmes auraient été victimes de violence au cours de leurs relations maritales. À la violence faite aux femmes s'ajoutent les difficultés de sortir d'une relation de violence. Les femmes sont souvent prises au piège parce qu'elles n'ont pas d'emploi, qu'elles ont une responsabilité envers les enfants, qu'elles craignent la désapprobation sociale, surtout de la part d'amis et d'autres membres de la famille, et qu'elles se sentent responsables de l'échec de leur mariage.

Les changements dans la politique

d'intervention policière permettent aux agents qui constatent des blessures physiques à la suite d'une querelle domestique de porter des accusations contre l'assaillant sans que la victime n'ait à porter plainte comme auparavant. De plus, des changements au Code criminel font qu'un époux qui force sa partenaire à avoir des relations sexuelles commet un acte criminel.

Les organismes publics unissent leurs efforts pour répondre aux besoins des femmes victimes de violence familiale. Ils leur fournissent un refuge pour qu'elles puissent y vivre en sécurité avec leurs enfants pendant quelque temps. Il est toutefois à craindre que cette violence ne disparaîtra que lorsque la société changera ses attentes à l'égard des relations familiales de sorte que l'égalité entre conjoints finisse par remplacer une situation de dépendance et de soumission des femmes envers leur partenaire.

La violence conjugale est préoccupante non seulement pour le tort qu'elle cause aux individus qui vivent un relation, mais aussi à cause de l'exemple qu'elle donne aux enfants qui, une fois adultes, reproduisent ces mêmes comportements dans leurs rapports avec leur propre conjoint. Le cycle de violence laisse croire que les comportements violents sont appris par l'observation et reproduits par les générations suivantes.

Culpabilité

La violence familiale peut causer la mort. Depuis 30 ans, le meurtre d'un conjoint représente en moyenne de 20 à 25 p. 100 de tous les homicides au Canada. Parmi les femmes assassinées au cours de cette période, 49 p. 100 l'ont été par leur mari, tandis que seulement 10 p. 100 des hommes assassinés l'ont été par leur conjointe. Parmi les femmes meurtrières, 40 p. 100 ont tué leur mari ou leur conjoint de fait. Dans ces cas, elles étaient généralement en situation de légitime défense, donc non coupables, puisque leur vie était directement menacée.

Il y a eu des cas où des femmes ont invoqué la légitime défense après avoir tué leur époux, alors qu'il dormait, parce qu'il était violent depuis longtemps. La justice canadienne accepte une thèse modifiée de la légitime défense (la défense de la femme battue) qui dit qu'une femme qui vit dans un climat de violence peut finir par se sentir en danger de mort, même lorsque l'agression n'est pas en cours. Elle ne voit aucune autre issue que la mort de l'agresseur pour se protéger. Dans ces circonstances, la femme peut obtenir un verdict de non-culpabilité (p. ex., R. c. Lavalée, 1990).

La violence faite aux aînés pose maintenant problème, surtout sur les plans financier et émotif. Le haut degré de dépendance entre les aînés et les jeunes membres d'une famille peut engendrer des tensions en matière de soins, de propriété et d'héritage. Certains aînés ont besoin de plus de soins quotidiens que d'autres, ce qui risque d'aggraver ces problèmes. Étant donné que les aînés peuvent se blesser facilement, il devient difficile d'imputer leurs blessures à un membre de la famille. Encore là, les aînés sont très réticents à déclarer les mauvais traitements qu'ils subissent, alors qu'ils dépendent presque entièrement des membres de leur famille pour leurs besoins quotidiens.


Lecture supplémentaire

  • H. Johnson, Dangerous Domains: Violence Against Women in Canada (1996); M. McLean, Abuse and Neglect of Older Canadians (1995). R. Silverman and L. W. Kennedy, Deadly Deeds: Murder in Canada (1993).