Ferron, Jacques

Jacques Ferron, médecin et écrivain (Louiseville, Qc, 20 janv. 1921 -- St-Lambert, Qc, 22 avril 1985).

Ferron, Jacques

Jacques Ferron, médecin et écrivain (Louiseville, Qc, 20 janv. 1921 -- St-Lambert, Qc, 22 avril 1985). Très vite attiré par la politique, son père étant organisateur de comté pour le Parti libéral, il donne à ses premiers écrits, publiés vers 1950 dans les quotidiens montréalais et dirigés contre le régime répressif de Duplessis, le caractère profondément humaniste et socialiste qui caractérise son oeuvre et qui contribue à le faire connaître comme le Voltaire des lettres québécoises. Son engagement socialiste, attribuable en partie à l'allégeance communiste de sa première femme, se concrétise par une participation active à des revues de gauche (Situations, La Revue socialiste, Parti pris) et par sa candidature sous la bannière du Parti social démocrate (devenu le NPD) à l'élection fédérale de 1958. Sollicité ensuite par le Rassemblement pour l'Indépendance nationale (RIN), il est candidat à l'élection provinciale de 1966. Entre-temps, en 1963, il fonde avec quelques amis le Parti Rhinocéros, dont l'arme principale, la dérision, s'acharne à dénoncer le pouvoir de plus en plus dominateur du gouvernement central. Il en est l'Éminence de la Grande Corne jusqu'à l'élection de 1979.

Styliste remarquable et prolifique, Jacques Ferron aborde tous les genres littéraires. Son théâtre, peu joué, compte une vingtaine de titres où des oeuvres intimistes, de facture très classique (L'Ogre, La Sortie), voisinent avec des pièces qui sont en elles-mêmes des réflexions théoriques sur le genre dramatique (Le Coeur d'une mère) ou des pièces à caractère résolument nationaliste (Les Grands Soleils, La Tête du roi). D'autre part, Ferron puise dans son expérience d'omnipraticien en milieux défavorisés la plupart des sujets de ses contes et romans. Toute son oeuvre narrative traduit en fait la volonté de dénoncer l'aliénation sociale et culturelle dans laquelle on semble vouloir tenir la collectivité québécoise. Ces textes entremêlent rappels du passé et allusions à l'actualité, créant ainsi une fiction nouvelle peuplée de personnages historiques et d'êtres imaginaires qui atteignent parfois au mythe (Le Ciel de Québec, Papa Boss, Le Saint-Élias), redonnent au peuple une place privilégiée au sein de l'univers romanesque (Les Roses sauvages, La Chaise du maréchal-ferrant), ou privilégient tout simplement l'autobiographie (Les Confitures de coings, L'Amélanchier).

Chroniqueur attentif et lucide, Ferron fait appel à ses vastes connaissances de l'histoire dans un genre qu'il a tiré de l'oubli : l'historiette (Historiettes, Du fond de mon arrière-cuisine, Escarmouches). Dans près d'un millier de textes courts, percutants, souvent rédigés sur le ton du pamphlet, il mêle habilement ironie et sarcasme pour porter sur la vie politique, sociale et littéraire du Québec un témoignage d'une richesse et d'une justesse uniques.

Depuis 1985, de nombreux inédits de Ferron paraissent (Les Lettres aux journaux, La Conférence inachevée, Le Contentieux de l'Acadie, Les Pièces radiophoniques, Papiers intimes, Laisse courir ta plume), et quelques-unes de ses oeuvres ont été rééditées avec soin par des chercheurs et des admirateurs. Ferron, qui laisse une quantité considérable de manuscrits dignes d'être publiés, est l'objet de plusieurs études et de colloques qui le présentent comme l'écrivain le plus important de sa génération.

Jacques Ferron a reçu plusieurs prix littéraires : prix du Gouverneur général en 1963 pour ses Contes du pays incertain; prix France-Québec, en 1972 pour Les Roses sauvages; prix Duvernay, la même année pour l'ensemble de son oeuvre, ainsi que le prix David, en 1977.