Fêtes religieuses

Parallèlement à leur système de croyances, toutes les grandes religions pratiquées au Canada ont une manière de marquer le passage du temps et de célébrer les événements sacrés. Hindouistes, bouddhistes, sikhs, juifs, chrétiens et musulmans ont su enrichir, par leurs apports respectifs, la diversité culturelle et religieuse du Canada.

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L’appartenance religieuse au Canada

Selon l’enquête nationale menée auprès des ménages par Statistique Canada en 2011, un peu plus d’un million de personnes déclarent être musulmanes, ce qui représente 3,2 % de la population totale du pays. Les hindous représentent 1,5 %, les sikhs, 1,4 %, les bouddhistes, 1,1 % et les juifs, 1,0 %.

Les deux tiers de la population canadienne dit appartenir à une religion chrétienne, soit 22,1 millions de personnes. Les catholiques romains sont de loin le groupe chrétien le plus considérable au Canada avec 12 728 900 individus. Les adhérents de l'Église unie du Canada constituent le deuxième groupe par ordre d'importance avec environ 2 007 600 de membres. En revanche, plus de 7,8 millions de personnes, soit près d'un quart de la population canadienne (23,9 %), ont déclaré n’avoir aucune appartenance religieuse.

Chacune de ces religions a une manière, bien à elle, de marquer le passage du temps et de célébrer les événements sacrés. Deux principales unités de mesure permettent de délimiter les années et leurs subdivisions : le cycle solaire, auquel se rattache la durée des jours, des saisons et des années et le cycle lunaire, qui sert surtout à définir les mois. Les fêtes religieuses qui sont célébrées au Canada se rapportent donc à des calendriers différents.

Hindouisme

La tradition hindoue (voir Hindouisme) comporte une multitude de fêtes, dont les dates sont fixées d'après plusieurs calendriers lunisolaires. La date d'une fête est fixée au moyen de calculs complexes combinant le cycle de la lune et celui du soleil. La fête du Nouvel An, ou Divâlî, tombe en octobre ou novembre. Krishna, une divinité populaire, est honoré en février dans l'ambiance de carnaval qui entoure la fête de Holî.

Hindou, cort\u00e8ge de mariage
La plupart des Hindous canadiens se marient encore suivant la tradition (Corel Professional Photos).

Le Seigneur Râma (un roi mythique ou historique de l’Inde antique) est honoré à l'équinoxe de printemps, Râma Nâvami, en mars ou en avril, et les déesses Sarasvatî (qui représente la connaissance et les arts) et Lalitâ (déesse de la beauté) sont vénérées en même temps que les ancêtres familiaux à l'équinoxe d'automne, en septembre ou en octobre. En août ou en septembre, deux nativités sont célébrées pendant le mois hindou de Bhâdrapada : celles du Seigneur Ganesha (dieu de la sagesse, de l’intelligence, de l’éducation et de la prudence) et celle du Seigneur Krishna. Une pûjâ (service du culte) comportant des mantras (prières) appropriés est offerte à la divinité dont c'est la fête.

Holi - UFV Abbotsford campus le 14 mars 2014

Bouddhisme

Les fêtes bouddhistes (voir Bouddhisme) commémorent le Bouddha historique, les fondateurs de certains mouvements et les enseignements inscrits dans les cycles de la nature. La communauté japonaise du Canada (voir Canadiens d’origine japonaise) suit l'école bouddhiste du Jôdo-Shinshû. Le système de datation de cette école fixe la naissance du Bouddha au 8 avril, jour célébré sous le nom de Wesak ou Hanamatsuri (festival des fleurs). Son illumination, sur laquelle repose le fondement de la doctrine bouddhiste, est célébrée le 8 décembre sous le nom de jour du Bodhi (l'Éveil). Le 15 février, jour du Nirvana ou du Parinirvâna, on célèbre son décès, qui aurait eu lieu au Népal en 486 av. J.-C., d'après la tradition. Le mouvement du Jôdo-Shinshû a été fondé par Shinran Shonin (1173–1262), dont la naissance et la mort sont commémorées par des fêtes, le 21 mai et le 16 janvier respectivement. Aux équinoxes de printemps et d'automne, la plupart des bouddhistes célèbrent le jour de la Dévotion, qui met en valeur l'enseignement de Bouddha sur les six perfections, qui permettent de mener une vie équilibrée à l'image de l'univers au moment de l'équinoxe. Chez les bouddhistes japonais, la plus grande fête est l’O-Bon, en juillet ou en août. Les fidèles visitent alors les cimetières et accomplissent divers rites pour commémorer leurs ancêtres.

La tradition bouddhiste du Theravâda, répandue chez les Asiatiques du Sud-Est, célèbre deux grandes fêtes. Le Vaishâkha, fête de la pleine lune de mai, commémore la naissance, l'illumination et la mort du Bouddha; le Vas (carême), période de claustration monastique commençant en juillet, est précédé par une fête et se termine en octobre par une plus grande fête, qui marque la fin du carême. Les bouddhistes de tradition Theravâda célèbrent également le Dharmachakka, qui rappelle la proclamation de la doctrine par Bouddha, le jour de la pleine lune en juillet. Le Dharmavijaya célèbre le travail missionnaire effectué par l'empereur indien Ashoka, qui a introduit la foi au Sri Lanka.

Sikhisme

Les fêtes sikhes (voir Sikhisme) s'inscrivent dans le développement historique de la foi et suivent le calendrier lunaire. Elles commémorent notamment la naissance et le martyre des principaux gurus (professeurs) : la naissance du guru Nânak (novembre) et celle du guru Govind Singh (décembre ou janvier), le martyre du guru Arjun Dev (mai ou juin) et celui du guru Tegh Bahâdur (décembre). Une grande fête est célébrée le 13 avril en l'honneur de la fondation de la fraternité sikhe du Khâlsâ.

Judaïsme

Le cycle annuel des fêtes juives (voir Judaïsme) commence par la célébration de la fête de Pourim, d'allure carnavalesque, le 14 du mois d'Adar (février ou mars). Elle commémore l'histoire biblique d'Esther et son rôle dans la libération de la communauté juive contre l'oppression perse. Pessah (Pâque ou fête de la liberté) rappelle la libération des Juifs exilés en Égypte. Elle commence le 15 Nisan (qui tombe en mars ou avril) et dure huit jours. Les célébrations comportent surtout des repas rituels à la maison. En mai ou en juin, les 6 et 7, Sivan, Shavououth (fête des Semaines ou Pentecôte) commémore le don de la Torah à Moïse sur le mont Sinaï. Roch Hachanah (Nouvel An) tombe en septembre ou en octobre. Elle se prépare par 10 jours de pénitence et est célébrée pendant deux jours. Yom Kippour (Jour du Grand Pardon) est la fête la plus sainte, à l'exception du Shabbat. Elle consiste en une journée de jeûne rigoureux et de prières pénitentielles. Cinq jours plus tard, une antique fête des récoltes est fusionnée à une commémoration des 40 ans passés par les Israélites dans le désert avant leur installation en Palestine : Soukkoth (fête des Tabernacles ou des Tentes), célébrée pendant huit jours en septembre ou en octobre. La dernière lecture du cycle des Écritures juives est marquée par la fête de Simha Torah (septembre ou octobre), pendant laquelle on exprime la joie donnée par la Révélation manifestée dans la Bible hébraïque.

Hannoucah, la fête des Lumières est célébrée pendant huit jours en décembre et rappelle la lutte pour la liberté menée par les Maccabées en 168 av. J.-C. contre les chefs gréco–syriens, qui dominaient la Palestine. Fête mineure en soi, elle a pris de l'importance en Amérique du Nord parce qu'elle est proche de Noël. La plus grande des fêtes juives est le Shabbat (sabbat ou samedi), le dernier jour de la semaine, qui célèbre le repos du Créateur après ses travaux.

Christianisme

Les fêtes de tradition chrétienne (voir Christianisme) suivent deux calendriers : le calendrier julien, établi en 46 av. J.-C. par Jules César, et le calendrier grégorien, calendrier réformé instauré par le pape Grégoire XIII en 1582. Une partie de l'Église Orthodoxe et des Églises catholiques (voir Catholicisme) de rite oriental continuent de suivre le calendrier julien, qui a environ 13 jours de retard sur le calendrier grégorien. La fête de Noël (voir Noël au Canada), qui tombe le 25 décembre selon le calendrier grégorien, célèbre la naissance de Jésus-Christ. Elle fait suite à une période de préparation de quatre semaines appelée l'avent. L'Épiphanie (6 janvier) rappelle le baptême de Jésus et, pour certains chrétiens, la visite des mages après la Nativité. Pâques, la plus grande fête du christianisme, comporte une série de rites rappelant les souffrances, la mort et la résurrection du Christ. Sa date est fixée, suivant le calendrier lunaire juif, au premier dimanche après la pleine lune qui suit l'équinoxe de printemps (mars ou avril). Le carême, période de préparation pénitentielle qui dure 40 jours, commence par le mercredi des Cendres et atteint son sommet le dimanche des Rameaux, une semaine avant le dimanche de Pâques (voir Pâques au Canada).

L'Ascension, célébrée 40 jours après Pâques, est une fête importante, qui rappelle la dernière apparition du Christ sur la terre et, comme son nom l'indique, l'ascension du Christ auprès de Dieu le Père. Le cycle des fêtes pascales se termine par le dimanche de la Pentecôte, 50 jours après Pâques. Selon la tradition, c'est le jour où le Saint-Esprit est descendu sur les disciples et où l'Église a été fondée.

Plusieurs Églises protestantes (voir Protestantisme) célèbrent la fête de leur fondateur; par exemple, le dimanche de la Réforme, le plus près possible du 31 octobre, commémore la protestation officielle lancée en 1517 par Martin Luther contre les pratiques et les croyances catholiques. Quant à l’Action de grâce (voir Jour de l’Action de grâce), elle est aujourd’hui une fête essentiellement laïque, même si historiquement, il s’agissait d’un jour de fête chrétienne durant laquelle on remerciait Dieu pour la récolte abondante.

Islam

L'année islamique (voir Islam) est lunaire et dure 11 jours de moins que l'année solaire. Les musulmans célèbrent la grande fête du Sacrifice, ou Id al-Adha, à la fin du pèlerinage annuel à La Mecque. Cette fête comporte plusieurs rites entourant le sacrifice d'un animal consacré à Mina, près de La Mecque, et elle commémore la fondation de La Mecque et la foi monothéiste d'Abraham et de son fils Ismaël.

La petite fête, Id al-Fitr (fête de la rupture du jeûne), termine les 28 jours de jeûne du ramadan, qui est le neuvième mois du calendrier musulman. Elle commence au moment de la nouvelle lune. Les musulmans chi'ites ont une fête additionnelle qui porte le nom du premier mois islamique, le muharram, pendant lequel elle est célébrée. Un jeu de la passion rappelle le martyre de Hoseyn, fils d'Ali et petit-fils du prophète Muhammad, mort le 10 muharram de l'an 61 de l'Hégire (10 octobre 680 apr. J.-C.) dans une bataille contre les califes de Damas.

Les fêtes religieuses et la société canadienne

Au cours des dernières années, des institutions scolaires et universitaires ont intégré certaines de ces fêtes religieuses à leur calendrier férié. C’est le cas notamment de l’Université McGill (Montréal), de l’Université Carleton (Ottawa) et l’Université de Calgary qui publient chaque année un calendrier universitaire multiconfessionnel. À McGill, une politique en matière d’observance religieuse a même été élaborée. En vertu de celle-ci, l’université demande à ses professeurs de planifier, lorsque c’est possible, les examens et les évaluations afin qu’ils n'entrent pas en conflit avec des fêtes religieuses ou, à défaut, de trouver d'autres arrangements. En revanche, si ces fêtes sont reconnues par les calendriers des institutions d’enseignements, elles ne constituent pas des jours fériés. Au Canada, comme dans plusieurs pays occidentaux, les seules fêtes religieuses qui sont des jours fériés sont des fêtes d’origine chrétienne telles que Noël ou le jour de l’an.

L’intégration à la société canadienne des fêtes issues de différentes confessions religieuses ne se fait pas non plus sans soulever la controverse. En 2011, des parents d’élèves de Toronto ont dénoncé le fait que les concerts de Noël et certaines activités reliées à la fête d’Halloween (une fête de tradition païenne) sont maintenant interdits dans leurs écoles, alors que parallèlement, de plus en plus d’accommodements religieux sont consentis pour les élèves d’autres confessions religieuses. Depuis le début des années 2000, un important débat sur la question des accommodements raisonnables soulève également les passions parmi la population québécoise (voir Charte des valeurs québécoises).

Danseurs chinois
des danseurs faisant partie de la parade du nouvel an chinois 2010, vacouver (avec la permission du Vancouver Sun).
Nouvel an Chinois 2017 - l
Timbre-poste émis par Postes Canada à l'occasion de l'année du coq. Design par la firme montréalaise Paprika

Plusieurs de ces fêtes religieuses, comme le Nouvel An chinois (célébré également par les Vietnamiens et Coréens) revêtent un caractère public auxquelles participent dans les villes du pays des Canadiens de diverses confessions religieuses. Hannoucah est sans doute la fête non chrétienne à être fêtée la plus largement et publiquement au Canada. Tout comme Noël et le Nouvel An chinois, elle est soulignée chaque année par le Premier ministre du Canada, qui, à l’occasion de ces célébrations offre ses vœux à tous les Canadiens. Enfin, certaines de ces fêtes religieuses sont aussi commémorées par l’émission de timbres par la Société canadienne des postes.


Lecture supplémentaire

  • Gurcharn S. Barsan et B. Singh Bolaria, The Sikhs in Canada: migration, race, class, and gender (2003);

    Peter Beyer et Rubina Ramji, dir., Growing up Canadian: Muslims, Hindus, Buddhists (2013);

    Serge Cantin et Robert Mager, dir., Modernité et religion au Québec : où en sommes-nous? (2010);

    David J. Goa, Working in the fields of meaning: cultural communities, museums and the new pluralism (2014);

    David J. Goa, ed, Traditions in Transition: World religions in the context of Western Canada (1982);

    John S. Harding, Victor Sōgen Hori et Alexander Soucy, dir., Wild Geese: Buddhism in Canada (2010);

    Bruce Matthews, dir., Buddhism in Canada (2006);

    Janet McLellant, Many Petals of the Lotus. Asian Buddhist Communities in Toronto (1999);

    Daniel A. Métraux, The lotus and the maple leaf: the Soka Gakkai Buddhist movement in Canada (1996);

    Moni Minhas, The Sikh Canadians (1994);

    Terrence Murphy, dir., A Concise History of Christianity in Canada (1996);

    David Seljak et Paul A Bramadat, dir., Religion and ethnicity in Canada (2005);

    Amarjit Singh Sethi, Sikhism in the West: the way to ethical and spiritual transformation (1999);

    Marybeth White, Enlivening the Buddha: laying the Foundations for the Re-Creation of Lao Buddhism in Canada, Thèse de doctorat (2012).

Liens externes