Premiers journaux au Canada

Les premiers journaux dans ce qui est aujourd’hui le Canada ont été publiés en Nouvelle-Écosse et au Québec au début des années 1750, puis au Haut-Canada dans les années 1790. Appelés gazettes, ils étaient des instruments du gouvernement colonial, étroitement contrôlés et surveillés par les responsables du gouvernement qui les finançaient. Ce n’est pas avant 1800–1850 que des journaux indépendants ont été créés. À cette époque, établir et exploiter une presse était devenu moins coûteux. Le taux de littératie était plus élevé et l’intérêt pour les nouvelles et les débats d’opinons s’était développé.

Halifax Gazette
L'original Halifax Gazette (avec la permission de The Massachusetts Historical Society).

Premiers journaux du Canada : des années 1750 à 1800

La plupart des journaux coloniaux d’Amérique du Nord sont directement liés à des entreprises d’imprimerie qui dépendent de subventions gouvernementales. Appelés « imprimeurs du roi », ce sont des commerces indépendants qui tirent la plus grande partie de leur revenu de l’impression de documents comme des proclamations, des lois et des règlements pour les dirigeants de la colonie. Les premiers imprimeurs s’établissent à Halifax, Québec et Montréal dans les années 1750 et publient des journaux hebdomadaires, appelés gazettes, qui diffusent les avis officiels au nom des administrateurs de la colonie. Plutôt que sur leurs lecteurs, ces journaux comptent sur les gouvernements, les partis politiq​ues et la publicité pour assurer leur revenu. Ceci demeurera une caractéristique des journaux canadiens jusque dans les années 1850, quand la croissance de la population et du commerce des colonies auront rendu les revenus des lecteurs et de la publicité plus profitables.

Après l’éclatement de la Révolution​ américaine en 1775, de nombreux imprimeurs loyalistes de métier arrivent de Nouvelle-Angleterre. Au milieu des années 1780, on trouve des journaux hebdomadaires à Saint-Jean, Nouveau-Brunswick (Royal Gazette and the New Brunswick Advertiser, 1785) et Charlottetown, Île-du-Prince-Édouard (Royal American Gazette, and Weekly Intelligencer of the Island of Saint John, 1787).

Voir aussi Imprimerie.

Halifax Gazette

La Halifax Gazette est le premier journal publié dans ce qui est maintenant le Canada. Sa première édition, de deux pages, sort de presse le 23 mars 1752. Il est lancé par John Bushell, un imprimeur arrivé à Halifax quelques mois plus tôt pour mettre en fonction la première presse à imprimer de la ville. Les premières éditions de la Halifax Gazette contiennent des extraits de publications britanniques et européennes, ainsi que des nouvelles des colonies britanniques en Amérique et dans les Caraïbes. Halifax a été créée seulement trois ans avant la fondation de la Halifax Gazette et possède une petite population (à peu près 4 000 personnes). Les actualités locales sont donc peu importantes, mais se développent graduellement. Près du quart de la Halifax Gazette est consacré aux nouvelles de Nouvelle-Écosse, incluant les proclamations, les annonces d’arrivées de bateaux ou de bien volés, et même d’esclaves en fuite.

Après avoir changé plusieurs fois de nom, le journal devient la Royal Gazette, qui demeure la publication officielle du gouvernement provincial de Nouvelle-Écosse.

Journaux de Québec

Il n’y a pas de journaux en Nouvelle-France (1608–1763), en grande partie parce que les autorités françaises s’opposent à l’établissement d’imprimeries dans la colonie. Mais après la Conquête brita​nnique et la fin de la guerre de​ Sept Ans, en 1763, des imprimeurs en provenance des colonies américaines commencent à arriver dans la province de Qu​ébec.

Gazette de Quebec
La premi\u00e8re édition du Gazette de Quebec, publié jeudi le 21 juin 1764.

Quebec Gazette/Gazette de Québec​

Le 21 juin 1764, deux imprimeurs de Philadelphie, W​illiam Brown et Thomas Gilmore, publient à Québec la première édition de la Quebec Gazette/Gazette de Québec. Le journal bilingue de quatre pages comprend de nombreuses annonces du gouvernement et deux pages de publicité, qui assurent ensemble le financement de la publication. La Gazette de Québec est le premier journal de la province ​de Québec et se propose dès sa fondation de fournir au public une information impartiale. Ses rédacteurs présentent des commentaires politiques autant du point de vue britannique que du point de vue républicain (américain). Toutefois, la couverture des événements révolutionnaires dans les colonies américaines est censurée par le gouverneur G​uy Carleton après 1768, et la publication du journal est suspendue pendant l’inv​asion américaine de 1775-1776.

Le Quebec Chronicle-Telegraph, un journal hebdomadaire anglophone publié à Québec, est issu de la Gazette de Québec, qui s’est fusionnée avec le Morning Chronicle en 1874 puis avec le Daily Telegraph en 1925.

La Gazette de Montréal

En mai 1776, Fleury Mesplet, un imprimeur de Philadelphie, arrive à Montréal pendant que la ville est occupée par les Américains, et y établit une presse imprimée de langue française. Quand les Américains se retirent de Montréal, quelques semaines après son arrivée, il est emprisonné en raison de sa tentative de persuader Québec de se joindre à la Révolution a​méricaine. Il est libéré peu après et, le 3 juin 1778, il publie le premier journal entièrement francophone du Canada, La Gazette du commerce et littéraire, pour la ville et district de Montréal. En 1779, la publication de la Gazette de Montréal est suspendue après que Fleury Mesplet et le rédacteur du journal, Valentin Jautard, ont été arrêtés et emprisonnés par les autorités coloniales à cause de leurs opinions radicales.

Fleury Mesplet est libéré en 1782 parce qu’il est le seul imprimeur compétent à Montréal. Le 25 août 1785, il publie la première édition de la Montreal Gazette/La Gazette de Montréal, un journal bilingue. Il ne s’agit pas d’une gazette officielle du gouvernement, et elle critique plutôt le clergé catholique et le système seigneurial. La Gazette de Montréal publie aussi des articles sur l’éducation, la littérature et la politique ; par exemple, en 1788, elle demande la création d’une assemblée législative au Québec. La Gazette de Montréal contient de la publicité qui assure une nouvelle source de revenus au journal. Selon l’historien Claude Galarneau, les annonces constituent des documents historiques qui « révèlent le développement rapide de la vie économique, sociale et culturelle de Montréal. » C’est l’un des plus anciens journaux encore existants au Canada.

Upper Canada Gazette

En 1793, Louis Roy, qui travaille à la fois pour William ​Brown et Fleury Mesplet, est embauché en tant qu’imprimeur officiel du Haut-Canada par le lieutenant-gouverneur John Gr​aves Simcoe. Tout en exploitant l’imprimerie à Newark (aujourd’hui Niagara-on-the-Lake), Louis Roy lance le premier journal de ce qui est maintenant l’Ontario : l’Upper Canada Gazette, or American Oracle. Sa première édition, publiée le 18 avril 1793, est une gazette officielle du gouvernement. L’Upper Canada Gazette publie des annonces du gouvernement, de même que des nouvelles non-gouvernementales, dont de la publicité, des nouvelles étrangères et quelques nouvelles locales, des éditoriaux et des lettres à l’éditeur. Contrairement aux journaux plus modernes, les noms des auteurs n’apparaissent pas sous le titre ou à la fin des articles ; on trouve plutôt des mentions comme « d’un journal de New York » ou « Nous avons extrait ceci d’un journal de Londres ».

Les frères Gideon et Silvester Tiffany reprennent l’imprimerie et le journal après 1794. Ils publient des nouvelles des États-Unis, susceptibles d’intéresser leurs lecteurs, des loyalistes installés au Haut-Canada. Pour cette raison, les dirigeants de la colonie réprimandent les Tiffany pour leur « soutien républicain ». L’Upper Canada Gazette déménage à York (aujourd’hui Toronto) en 1798 et devient une gazette officielle du gouvernement.

Le 20 juillet 1799, les Tiffany publient le Canada Constellation, le premier journal indépendant du Haut-Canada. Il fait faillite peu après, en 1800.