Claude Gauthier

Joseph Pierre Claude Gauthier, auteur-compositeur-interprète et comédien (né le 31 janvier 1939 à Lac-Saguay, Québec). Ayant fait ses premières armes dans le milieu de la chanson, cet artiste a connu une fructueuse carrière tant au Québec que dans les pays de l’Europe francophone.

Joseph Pierre Claude Gauthier, auteur-compositeur-interprète et comédien (né le 31 janvier 1939 à Lac-Saguay, Québec). Ayant fait ses premières armes dans le milieu de la chanson, cet artiste a connu une fructueuse carrière tant au Québec que dans les pays de l’Europe francophone. Comédien de talent, il a également participé à une vingtaine de films et téléséries.

Formation et début de carrière

Né dans un pays de pionniers d’un père (Almazor Gauthier) maître chantre à la grand-messe et d’une mère (Antonia Bélisle) musicienne à ses heures, Claude Gauthier grandit entouré de musique. Il quitte sa terre natale des Hautes-Laurentides pour s’installer à Montréal en 1954. Cette année-là, il compose ses premières chansons et suit des cours de diction avec Madame Jean-Louis Audet (Yvonne Duckett). Sa carrière débute en 1959 lorsqu’il remporte le premier prix au concours Les étoiles de demain à la station radiophonique CKVL (Verdun) avec « Le soleil brillera demain ». Il commence aussi à chanter dans les boîtes à chansons qui naissent à l’époque. En 1961, il enregistre un premier microsillon, Claude Gauthier chante Claude Gauthier, incluant « Ton nom » et « Le grand six pieds ». Cette dernière chanson lui vaut le Grand prix du disque canadien décerné par la station radiophonique CKAC de Montréal (1961).

Des boîtes à chansons à l’effervescence des années 1960

Durant les années 1960, le jeune troubadour se produit aux quatre coins du Québec et au-delà. Il participe en 1962 au Festival de folklore Mariposa, en Ontario, et est invité en 1964 au prestigieux Carnegie Hall de New York, où il partage la scène avec Buffy Sainte-Marie. Il co-écrit avec elle le succès « T’es pas une autre » (« Until It’s Time For You To Go »), qui sera repris par Michèle Richard, Pierre Lalonde et Renée Claude en français et par Elvis Presley et Neil Diamond dans sa version anglaise. L’année suivante, Gamma imprime 10 nouvelles chansons de Gauthier, dont « Geneviève » qu’il interprète dans le film Entre la mer et l’eau douce (1967) réalisé par Michel Brault et écrit par Denys Arcand. L’artiste fait ainsi ses débuts au cinéma, aux côtés de Geneviève Bujold. En 1966-1967, il tient aussi un rôle dans le téléroman de Guy Dufresne, Septième nord, présenté à Radio-Canada.

En 1967, il chante en compagnie de Gilles Vigneault, Pauline Julien et Clémence Desrochers dans le cadre du spectacle « Vive le Québec » présenté à l’Olympia de Paris. Il s’est déjà produit à l’Olympia l’année précédente avec Monique Leyrac, les Jérolas (voir Jean Lapointe) et les Feux-Follets lors de l’événement « Pleins feux sur le Canada ». La même année, il chante avec Louise Forestier à l’Expo-théâtre de Terre des Hommes à l’occasion de l’Exposition universelle de 1967 (voir aussi La musique à Expo 67) et fait une tournée à travers le Canada dans le cadre du centenaire de la Confédération.

En 1969, Gauthier obtint un prix du Festival du disque pour son microsillon Cerfs-volants. En 1970, une autre tournée l’amène au Nouveau-Brunswick et dans les collèges du Québec. En 1972, il représente le Canada à Spa, en Belgique, dans le cadre du Festival international de la Francophonie, et il enregistre un disque en France, Le plus beau voyage. Un livre portant le même titre et contenant les textes de 71 de ses chansons est publié à Montréal en 1975.

Carrière cinématographique

Durant deux ans (1973-1974), l’artiste délaisse le spectacle pour le cinéma. Il joue dans trois films : Les Ordres (Michel Brault), Partis pour la gloire (Clément Perron) et La piastre (Alain Chartrand), dont il a aussi composé la chanson-thème « Les beaux instants » que l’on retrouve sur un microsillon du même nom (1975). En octobre 1975, il revient à la chanson dans une salle comble au cinéma Outremont, à Montréal. À la suite d’un spectacle au Théâtre Le Patriote, à Sainte-Agathe-des-Monts, la journaliste Johanne Mercier écrit l’avoir retrouvé « avec cette facilité, cette poésie de chanter ses appartenances, sa femme, son enfance, sa terre, sa vie » (Montréal-Matin, 21 avril 1976).

En 1977, il participe au Grand gala de la chanson francophone de Strasbourg, en France. Par la suite, il devient en quelque sorte un ambassadeur culturel du Québec : en 1981, il fait la tournée des Maisons de la culture en France et en Belgique; en 1982, il est artiste invité à l’inauguration de la Maison du Québec à Mexico, et en 1983, il est artiste invité lors de l’exposition rétrospective du peintre Jean Paul Riopelle au Musée d’art moderne de Caracas, au Venezuela (voir Délégations du Québec).

À partir du milieu des années 1980, la participation de Claude Gauthier au cinéma est plus régulière que sa carrière musicale. Néanmoins, il remonte ponctuellement sur scène le temps de quelques concerts, par exemple pour faire la tournée « Trois fois chantera » avec Claude Léveillée et Pierre Létourneau en 1985 et pour prendre part au Festival de la chanson québécoise à Saint-Malo, en France, en 1989. Au cinéma, il participe en 1986 à Henride François Labonté, à La Guêpe de Gilles Carle et à Qui a tiré sur nos histoires d’amour? de Louise Carré. En 1988, on le trouve une nouvelle fois aux côtés de Geneviève Bujold dans L’emprise de Michel Brault.

Télévision

Au début des années 1990, Gauthier participe à plusieurs films pour la télévision, dont L’homme de rêve (1990) de Robert Ménard et Le Violon d’Arthur (1991) de Jean-Pierre Gariépy. Il fait également partie de la distribution du populaire téléroman Chambres en ville de Sylvie Payette, diffusé à TVA, et de deux téléséries réalisées par François Labonté, Bombardier (1991) et Les Bâtisseurs d’eau (1997). En 1991, il fait un retour à la chanson et sort son dixième album, Planète cœur, sur lequel il rend hommage à Félix Leclerc avec la chanson « Il était une fois, Félix ». Il s’est écoulé sept ans depuis la parution de son album précédent.

Retour à la chanson et narration

En 1993, Gauthier entreprend une série de spectacles dans les villes de Montréal et de Québec; il présente de nouvelles chansons, dont certaines se retrouvent sur l’album L’Agenda qui paraît en décembre de la même année. Il fait ensuite une tournée en région. En 1997, il monte sur scène pour un spectacle aux Francofolies de Montréal. L’année suivante, il propose l’album Jardins, réalisé par Daniel Lavoie, ainsi qu’un enregistrement public inédit de 1962 intitulé Au temps des boîtes à chansons. En 1998, il remporte un prix Génie pour la chanson « Est-ce si loin Québec? », tirée du film Aujourd’hui ou jamais de Jean-Pierre Lefebvre.

En 1999, il joue une dernière fois devant la caméra pour Michel Brault dans Quand je serai parti... vous vivrez encore, un film qui relate la Rébellion du Bas-Canada en 1837-1838. À partir du milieu des années 1995, Gauthier prête sa voix à titre de narrateur dans différentes productions telles que Les Marchés de Londres (1996) de Mireille Dansereau, La Conquête du grand écran (1996) d’André Gladu et La Manic (2003) de Michel Brault. Il avait assuré en 1981 la narration d’un film d’André Gladu, Le dompteur de vent, pour l’Office national du film.

En 2001, Gauthier publie un nouvel album, L’homme qui passait par là, et entreprend une tournée provinciale. Dans les années qui suivent, il propose surtout des rétrospectives de son œuvre et plusieurs rééditions, sauf en 2008 où, dans un hommage implicite à Michel Brault, il réalise l’album Pour la suite du monde. L’année suivante, à l’invitation de Robert Charlebois, il se lance dans l’aventure du spectacle « Il était une fois… la boîte à chansons » en compagnie de Pierre Létourneau, Pierre Calvé et Jean-Guy Moreau. En dépit du succès remporté, il prend en 2011 la difficile décision de quitter la tournée pour des raisons de santé. Toutefois, il revient en musique dès la fin de l’année 2012 avec l’album 50 ans plus loin.

Héritage

Gauthier a été le premier Canadien français à endisquer chez Columbia (1961, 1963), avant les Claude Léveillée, Pauline Julien, Gilles Vigneault, Pierre Calvé et Monique Leyrac. Même chose chez Gamma (1965, 1967, 1969, 1972) et chez Presqu’île (1975, 1977). Il a composé au-delà de 100 chansons, dont plusieurs ont été interprétées par Renée Claude, Louise Forestier, Pauline Julien, Pierre Lalonde, Monique Leyrac et Michèle Richard. Parmi ses titres les plus marquants, outre ceux déjà mentionnés, on trouve « Marie-Noël », « Sur la rue du Palais », « Parlez-moi de vous » et « La tête en fleurs ».

Les chansonniers des années 1960, dont Georges Dor et Claude Gauthier, expriment la condition du Québécois aliéné, à l’instar de la poésie de Gaston Miron, dont l’influence devient prééminente dans le champ littéraire avec la publication de L’homme rapaillé en 1970.

Discographie

  • Claude Gauthier chante Claude Gauthier (1961). Columbia FL-284/FS-531.
  • Claude Gauthier (1962). Columbia FL-295/FS-541.
  • Claude Gauthier (1965). Gamma GS-101.
  • Claude Gauthier (1967). Gamma GS-110.
  • Cerfs-volants (1969). Gamma GS-119 [réédition en 2002 UBK-4143].
  • Le plus beau voyage (1972). Gamma GS-158 [réédition en 2002 UBK-4144].
  • Album-souvenir, compilation (1975). Alta LT-807 [réédition en 2002 AGEK-2365].
  • Les grands succès de Claude Gauthier, compilation (1975). Gamma GS-2-1006 [réédition en 2002 AGEK-2364].
  • Les beaux instants, spectacle au théâtre Outremont (1976). Presqu’île PE-7500, Transit TRCD-9104.
  • Ça prend des racines (1977). Presqu’île PE-7506.
  • Tendresses.o.s. (1984). Son Hi-Fi C-184.
  • Collection souvenir, compilation (1988). DMI CS-2-6104, CS-4-6104.
  • Collection souvenir, compilation (1988). DMI CS-4-6114.
  • Planète cœur (1991). Transit TRCD-9101.
  • L’agenda (1993). Transit TRCD-9105.
  • Québec Love : La collection, compilation (1993). Gamma GCD-504 [réédition en 1998 Unidisc AGEK-2204].
  • Jardins (1998). GSI Musique GSIC-989.
  • Au temps des boîtes à chansons, enregistrement public de 1962 (1998). Analekta AN2-7012.
  • L’homme qui passait par là (2001). GSI Musique GSIC-978.
  • Collection souvenir, compilation (2002). Gamma AGEK-2365.
  • Le plus beau voyage de mes chansons (1959-1972) (2003). GSI Musique GSIC-905.
  • Pour la suite du monde (2008). GSI Musique GSIC-2-567.
  • 50 ans plus loin (2012). La Tribu TRICD7328.

Prix et distinctions

Premier prix (« Le soleil brillera demain »), concours Les étoiles de demain à CKVL (1959)

Grand Prix du disque canadien (« Le grand six pieds »), CKAC (1962)

Prix du Festival du disque (microsillon Cerfs-volants) (1969)

Médaille Jacques-Blanchet (1992)

Prix Génie, Meilleure chanson originale (« Est-ce si loin Québec? », du film Aujourd’hui ou jamais), Académie canadienne du cinéma et de la télévision (1998)

Prix Hommage, SOCAN (2000)

Chevalier de l’Ordre de la Pléiade, Assemblée parlementaire de la Francophonie (2004)

Prix Sylvain-Lelièvre, Société professionnelle des auteurs et compositeurs du Québec (2006)

Voir aussi Cinéma québécois.


Lecture supplémentaire

  • Serge Bouchard, Les images que nous sommes. 60 ans de cinéma québécois (Éditions de l’Homme, 2013).

    Roger Chamberland et André Gaulin, La chanson québécoise de La Bolduc à aujourd’hui : anthologie (Nuit Blanche,‎ 1994).

    Jean-Nicolas De Surmont, De l’écho canadien à la lanterne québécoise, comment la chanson est devenue la figure de proue de l’identité québécoise, 1850-2000 (Les Éditions GID, 2010).

    Claude Gauthier, Le plus beau voyage (Leméac, 1975).

    Josée Lapointe, « Claude Gauthier, homme de cœur », La Presse, 11 novembre 2012.

    Yves Lever, Histoire générale du cinéma au Québec (Boréal, 1995).

    Bill Marshall, Quebec National Cinema (McGill-Queen’s University Press, 2001).

    Gilles Marsolais, Cinéma québécois : de l’industrie à l’artisanat (Éditions Triptyque, 2012).

    Christian Poirier, Le cinéma québécois. À la recherche d’une identité? (Presses de l’Université du Québec, 2004).

    Janis L. Pallister, The Cinema of Québec: Masters in Their Own House (Fairleigh Dickinson University Press, 1995).

    Robert Thérien et Isabelle D’Amours, Dictionnaire de la musique populaire au Québec, 1955-1992 (Institut québécois de recherche sur la culture, 1992).

Liens externes