Paul Gérin-Lajoie

Paul Gérin-Lajoie, C.C., G.O.Q., avocat et politicien (né le 23 février 1920 à Montréal, Québec; décédé le 25 juin 2018 à Montréal). Il est l’une des grandes figures politiques de la Révolution tranquille au Québec, ayant occupé les postes de ministre de la Jeunesse (1960-1964) et de l’Éducation (1964-1966) au sein du gouvernement libéral de Jean Lesage. Il est notamment à l’origine de la réforme de l’éducation et de la formulation de la première politique internationale du Québec, deux éléments marquants de cette période qui a contribué à définir le Québec moderne. Paul Gérin-Lajoie a aussi joué un rôle de premier plan dans le domaine du développement international, d’abord à titre de président de l’Agence canadienne de développement international (ACDI), puis de la Fondation Paul Gérin-Lajoie.

Paul Gérin-Lajoie

Formation et début de carrière

Fils d’Henri Gérin-Lajoie et de Pauline Dorion, il est né au sein d’une famille reconnue depuis plusieurs générations pour son engagement social, politique et intellectuel. Son arrière-grand-père est le journaliste et avocat Antoine Gérin-Lajoie, auteur du célèbre poème « Un Canadien errant », alors que sa grand-mère Marie Lacoste Gérin-Lajoie est une pionnière de la lutte pour les droits des femmes au Québec. Sa grand-tante Justine Lacoste-Beaubien et sa tante Marie Gérin-Lajoie ont quant à elles joué un rôle de premier plan dans les domaines des soins de santé et des services sociaux en fondant respectivement un hôpital pour enfants (le Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine) et une communauté religieuse vouée à l’action communautaire (Institut Notre-Dame-du-Bon-Conseil).

Antoine Gérin-Lajoie
Marie Gérin-Lajoie (née Lacoste) en 1928.
Militante pour le droit de vote des femmes, cofondatrice de la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste en 1907 et présidente de 1913 à 1933.
Justine Lacoste-Beaubien
Thaïs Lacoste-Frémont
Thaïs Lacoste, fille d'Alexandre Lacoste et Marie-Louise Globensky (Bibliothèque et Archives nationales du Québec, P115, S1,SS2,D42,P4).
Marie-Joséphine Gérin-Lajoie

Paul Gérin-Lajoie fait ses études au Collège Brébeuf à Montréal, puis en droit à l’Université de Montréal. Admis au Barreau du Québec en 1943, il est boursier de la fondation Rhodes (1945) et titulaire d’un doctorat en droit constitutionnel de l’Université d’Oxford (1948). En 1953, il devient conseiller juridique de la Commission fédérale d’enquête sur les pratiques restrictives du commerce, puis de 1954 à 1957, de la Commission fédérale d’enquête sur le cabotage. En 1957, il fonde l’hebdomadaire L’Écho de Vaudreuil-Soulanges et Jacques-Cartier. Il œuvre ensuite comme conseiller pour différents organismes comme la Ville de Montréal, la Fédération des collèges classiques, la Fédération des commissions scolaires du Québec, la Chambre de commerce de la province de Québec et la Fédération des pilotes du fleuve Saint-Laurent.

Ministre au sein du gouvernement Lesage

Candidat vedette aux élections générales de 1960, Paul Gérin-Lajoie est élu député libéral dans la circonscription de Vaudreuil-Soulanges. Jean Lesage le nomme d’abord ministre de la Jeunesse (1960-1964), puis en fait son ministre de l’Éducation (1964-1966). En tant que premier titulaire de ce ministère, il entreprend une réforme en profondeur du système d’éducation qui relevait jusqu’alors essentiellement du clergé, et il établit une administration laïque et centralisée qui met l’accent sur les études postsecondaires.

Le cardinal Paul-Émile Léger, archevêque de Montréal, et Paul Gérin-Lajoie, ministre de la Jeunesse du Québec, lors de l'inauguration et bénédiction des nouvelles ailes du Collège Sainte-Croix, à Montréal, le 19 mai 1962.

Éminent spécialiste du droit international et constitutionnel, Paul Gérin-Lajoie est bien armé pour défendre les intérêts du Québec dans les fréquentes querelles fédérales-provinciales de l’époque. En avril 1965, il formule d’ailleurs la première politique internationale du Québec. Lors de deux discours prononcés devant des représentants étrangers, il fait part de la volonté du Québec de jouer un rôle sur la scène internationale, et ce, sans le consentement ou la surveillance du gouvernement fédéral. La doctrine juridique concernant les activités internationales du Québec tient en une expression qui résume ces discours: « le prolongement externe des compétences internes du Québec ». En d’autres mots, le Québec est en droit de négocier et de mettre en œuvre des traités ou des engagements internationaux dans les champs de compétence qui lui sont dévolus par la Constitution canadienne comme la santé, l’éducation et la culture. Cette position, appelée la doctrine Gérin-Lajoie, est formulée quatre ans après l’ouverture de la première délégation du Québec à Paris, en 1961.

De 1966 à 1969, Paul Gérin-Lajoie est président du comité des affaires constitutionnelles du Parti libéral. Siégeant dans l’opposition depuis juin 1966, il démissionne à titre de député le 20 juin 1969.

La vie après la politique

Professeur invité à l’Université d’Ottawa (1969-1970) et à l’Université de Montréal (1970-1975), il est nommé à la présidence d’un organisme fédéral, l’Agence canadienne de développement international (1970-1977), où il apparaît comme un président libre d’esprit et très présent, donnant au Canada une place d’avant-garde dans la coopération avec les pays en développement. Il siège au Conseil des gouverneurs de la Banque mondiale et de chacune des grandes banques régionales de développement pour l’Afrique, l’Amérique latine, les Caraïbes et l’Asie.

En 1977, il met sur pied la Fondation Paul Gérin-Lajoie, un organisme philanthropique de coopération internationale qui contribue à l’éducation des enfants en Afrique et en Haïti grâce au parrainage d’écoliers et à l’appui à l’alphabétisation. Depuis 1991, cette fondation organise chaque année la Dictée PGL dans les écoles francophones du Canada, une activité de financement ludique dont les fonds recueillis servent à la construction de nouvelles écoles et à l’élaboration de programmes d’éducation.

Un pavillon de l’Université du Québec à Montréal, un pôle universitaire situé à Sainte-Thérèse (Université du Québec en Outaouais, Université Laval et École nationale d’administration publique) ainsi qu’un centre de formation professionnelle (École secondaire de la Cité-des-jeunes) ont été nommés en son honneur. En 2009, la Fondation de la Tolérance a créé le Prix de la Tolérance Paul Gérin-Lajoie.Lors de son décès le 25 juin 2018, le premier ministre Philippe Couillard annonce la tenue de funérailles nationales et déclare :

Au lendemain de notre fête nationale disparait Paul Gérin-Lajoie, personnage d’envergure historique à l’origine du Québec moderne. […] Au cours de la Révolution tranquille, la modernisation et la démocratisation de l’éducation ont ouvert les portes de la modernité aux Québécois et aux Québécoises. M. Gérin-Lajoie aura marqué son époque et l’histoire du Québec. Plus d’un demi-siècle plus tard, nos institutions publiques d’enseignement perpétuent sa mémoire. Le Québec de 2018 doit beaucoup à Paul Gérin-Lajoie. Cette reconnaissance traversera notre époque et les générations futures.

Prix et distinctions

  • Prix David, Gouvernement du Québec (1950)
  • Doctorat honorifique (droit), Université de Montréal (1963)
  • Doctorat honorifique (droit), Université de Mount Allison (1964)
  • Doctorat honorifique (droit), Université McGill (1964)
  • Doctorat honorifique (droit), Université Carleton (1965)
  • Doctorat honorifique (sciences de l’éducation), Université Laval (1965)
  • Doctorat honorifique (droit), Université Western Ontario (1966)
  • Doctorat honorifique (droit), Université Bishop’s (1966)
  • Doctorat honorifique (droit), Université Sir George Williams (1966)
  • Doctorat honorifique (droit), Université d’Ottawa (1974)
  • Doctorat honorifique (droit), Université Candido Mendès, Rio de Janeiro, Brésil (1976)
  • Prix international de la Paix de l’Association canadienne des fédéralistes mondiaux (1976)
  • Commandeur de l’Ordre du Mérite, Ordre Saint-Jean de Jérusalem et de Malte (1976)
  • Grand officier de l’Ordre national du lion du Sénégal (1977)
  • Docteur d’Université, Université de Sherbrooke (1978)
  • Compagnon de l’Ordre du Canada (1979)
  • Officier de l’Ordre national du Québec (1987)
  • Doctorat honorifique, Université du Québec à Montréal (1992)
  • Officier de l’Ordre de la Pléiade, Assemblée parlementaire de la Francophonie (1995)
  • Grand officier de l’Ordre national du Québec (1998)
  • Doctorat honorifique (éducation), Université du Québec en Outaouais (2001)
  • Chevalier de la Légion d’honneur (2002)
  • Médaille du Jubilé de la Reine Elizabeth II (2002)
  • Prix Blanche Lemco Van Ginkel, Ordre des urbanistes du Québec (2003)
  • Grand Montréalais (secteur social), Chambre de commerce du Montréal métropolitain (2007)
  • Médaille d’or Albert-Einstein, UNESCO (2008)
  • Grand officier de l’Ordre national du Lion du Mali (2008)
  • Prix René-Chaloult, Amicale des anciens parlementaires du Québec (2008)
  • Hommage spécial du jury, Institut de Coopération pour l’Éducation des adultes (2009)
  • Médaille du Barreau de Montréal (2010)
  • Prix du Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CERIUM) (2010)
  • Médaille du Lieutenant-gouverneur du Québec (2010)
  • Médaille de la Révolution tranquille, Gouvernement du Québec (2010)
  • Hommage de la Fédération autonome de l’enseignement (2011)
  • Médaille du mérite, Faculté de droit de l’Université de Montréal (2011)
  • Prix Georges-Émile-Lapalme, Prix du Québec (2013)
  • Membre émérite de l’Ordre de l’excellence en éducation du Québec, gouvernement du Québec (2018)

En savoir plus // La révolution tranquille

Lecture supplémentaire

  • Paul Gérin-Lajoie, Combats d’un révolutionnaire tranquille (1989).

    Mario Cardinal, Paul Gérin-Lajoie : L’homme qui veut changer le monde (2007).

    Stéphane Paquin et Annie Chaloux, dir., La doctrine Gérin-Lajoie : 50 ans d’actions internationales du Québec (2016).

Liens externes