Grève des médecins de la Saskatchewan

Le 13 octobre 1961, le projet de loi sur la Saskatchewan Medical Care Insurance est présenté à l'Assemblée législative et obtient la sanction royale le 17 novembre, après que Woodrow S. LLOYD eut remplacé Douglas comme premier ministre.

Gr\u00e8ve des médecins de la Saskatchewan
Les médecins font la gr\u00e8ve pendant la crise de l'assurance-maladie en 1962 (Biblioth\u00e8que et Archives Canada/PA-88485).

Grève des médecins de la Saskatchewan

 En 1959, le premier ministre de la Saskatchewan, T.C. DOUGLAS, annonce son intention d'établir un régime d'assurance-santé administré par le gouvernement et prévoyant le paiement d'avance, une couverture universelle ainsi que la prestation de services de qualité selon un modèle qui conviendrait tant aux médecins qu'aux patients. Ce point est au coeur des élections de 1960. Les médecins s'y opposent vigoureusement. En septembre 1961, la commission chargée de recommander un régime rend compte de ses conclusions. Des membres du College of Physicians and Surgeons of Saskatchewan s'entretiennent avec des représentants du gouvernement et déclarent qu'ils ne peuvent pas travailler dans le cadre d'un système obligatoire contrôlé par le gouvernement.

Le 13 octobre 1961, le projet de loi sur la Saskatchewan Medical Care Insurance est présenté à l'Assemblée législative et obtient la sanction royale le 17 novembre, après que Woodrow S. LLOYD eut remplacé Douglas comme premier ministre. La Loi devrait entrer en vigueur le 1er avril 1962, mais la date est reportée au 1er juillet suivant. Tandis que le projet de loi fait encore l'objet de débats, le collège insiste sur son refus de collaborer à la mise en oeuvre de ce régime, affirmant que celui-ci donnerait lieu à une espèce de dirigisme qui nuirait aux rapports entre les médecins et les patients. Lors d'une réunion tenue en mai 1962, les médecins décident de ne pas exercer leur profession si la loi est mise en application.

À Regina, un groupe de mères forment un comité pour soutenir les médecins. D'autres comités semblables sont créés partout en province, sous l'encouragement des médecins, et comptent parmi leurs membres des adversaires politiques du gouvernement. Ces comités KOD (Keep Our Doctors), avec l'aide des médias, lancent une campagne provinciale contre le gouvernement et le régime d'assurance-santé. De grands rassemblements, des pétitions, des tables rondes et des annonces attisent le climat émotionnel à un niveau extrême.

Le 1er juillet 1962, quand la Loi entre en vigueur, la plupart des médecins ferment leur cabinet. Certains prennent des vacances ou un congé de formation, tandis que quelques-uns pourvoient les centres des urgences. Un petit nombre d'entre eux quittent la province sans idée de retour. La Commission d'assurance médicale fait venir des médecins de Grande-Bretagne et en encourage d'autres à venir des États-Unis et d'autres régions du Canada pour faire face à la crise. Des groupes de citoyens locaux établissent des cliniques médicales et engagent les médecins nécessaires.

Vers la mi-juillet, l'appui accordé au mouvement KOD est pratiquement dissipé. Des médecins retournent au travail. L'ampleur de la grève s'est amenuisée. Le gouvernement de la Saskatchewan fait venir lord Taylor, médecin ayant joué un rôle de premier plan dans l'introduction du régime d'assurance-santé en Grande-Bretagne, à titre de médiateur. Enfin, le 23 juillet 1962, les deux parties signent un entente à Saskatoon.

Le 2 août, les modifications à la Loi sont adoptées, permettant aux médecins d'exercer leur profession en dehors des cadres du régime. Les sommes versées par le gouvernement représentent 85 p. 100 des honoraires prévus par le collège, comme il est d'usage pour ce qui est des régimes d'assurance administrés par les médecins. En outre, le nombre de médecins siégeant à la Commission passe au nombre de trois. Les pouvoirs de la commission sont réduits et le libellé de certaines sections ou phrases est modifié ou éliminé afin d'atténuer la crainte des médecins relativement à l'ingérence gouvernementale.

Les médecins retournent au travail après la signature de l'entente de Saskatoon, mais les hostilités durent encore longtemps. Les patients sont contrariés par l'abandon des médecins, tandis que ces derniers s'opposent à l'intervention du gouvernement en matière de soins médicaux. Néanmoins, un sondage mené en 1965 révèle que la plupart des médecins sont favorables à la poursuite du régime.