Heintzman & Co. Ltd.

Heintzman & Co. Ltd. Entreprise de fabrication et de vente au détail de pianos établie à Toronto (1866-1978) puis, sous le nouveau nom de Heintzman Ltd., à Hanover, Ont. (1978-86).

Heintzman & Co. Ltd.

Heintzman & Co. Ltd. Entreprise de fabrication et de vente au détail de pianos établie à Toronto (1866-1978) puis, sous le nouveau nom de Heintzman Ltd., à Hanover, Ont. (1978-86). Elle fut fondée par Theodore August Heintzman (né Theodor August Heintzmann, Berlin, 19 mai 1817, naturalisé canadien 1886 - Toronto, 25 juillet 1899) qui avait fait son apprentissage dans le commerce de la fabrication de pianos vers 1831. Il ne semble pas que Heintzman ait passé toutes ses années à Berlin dans le commerce de pianos puisque diverses esquisses biographiques le décrivent comme machiniste, fabricant d'instruments et ébéniste. Une source affirme même qu'il dessina les plans de la première locomotive construite dans sa ville natale. Ces nombreux talents durent se révéler utiles au futur facteur de pianos. À la suite des troubles politiques de 1848, la famille de la femme de Heintzman alla à New York où le jeune couple la suivit en 1850. Durant quelque temps, Heintzman fut employé chez les facteurs de pianos Lighte & Newton. L'hypothèse voulant qu'il ait travaillé dans la même usine que Henry E. Steinway n'a pas été confirmée, mais il est certain néanmoins que les deux Allemands qui allaient fonder les plus célèbres firmes de pianos, au Canada et aux États-Unis respectivement, arrivèrent en Amérique du Nord la même année. De New York, Heintzman se rendit en 1852 à Buffalo, où il travailla pour la Keogh Piano Co. Il s'associa ensuite à la firme Drew, Heintzman & Annowski. Un piano carré construit par cette compagnie vers 1854 était toujours en possession de Heintzman Ltd. en 1980. À Buffalo, Heintzman fut associé à la Western Piano Co., peut-être un autre nom de Drew, Heintzman & Annowski, laquelle avait déclaré faillite en 1857. Quoi qu'il en soit, Heintzman demeura à Buffalo jusqu'à ce que l'instabilité politique antérieure à la Guerre civile et une invitation du facteur de pianos canadien John Thomas l'incitent à s'établir à Toronto en 1860. Il aurait, paraît-il, fabriqué son premier piano canadien dans une cuisine de Toronto, l'aurait vendu immédiatement, poursuivant ensuite son travail et développant son entreprise avec les profits. Il est sûr cependant que les répertoires d'adresses de la ville pour 1862-65 mentionnent Heintzman comme employé de la Thomas Piano Co., au 86 de la rue York. L'année 1860, souvent citée comme date officielle de fondation de la compagnie à Toronto, est vraisemblable en ce qui concerne le début de la fabrication de pianos par Heintzman mais uniquement à son compte, probablement chez lui au 73, rue Queen. La compagnie ne fut toutefois incorporée qu'en mai 1866, avec l'appui financier et administratif du gendre de Heintzman, Charles Bender, prospère marchand de tabac. (En 1873, la firme annonça qu'elle avait « débuté en affaires il y a 12 ans ».) La première usine de Heintzman - mis à part les ateliers à sa résidence - fut ouverte au 23, rue Duke. En mai 1868, elle avait déménagé au 105, rue King ouest où elle employa bientôt 12 ouvriers et commença à produire plus de 60 pianos par année. En 1873, elle se trouvait plus bas sur la même rue, aux numéros 115-117, où il y avait suffisamment d'espace pour l'usine, les bureaux et les salles de vente. Cette année-là, la compagnie offrit huit modèles de pianos carrés et un piano droit ou « cabinet » pour le concert, le plus coûteux. Bender prit sa retraite en 1875 et mourut deux ans plus tard, mais l'entreprise continua à croître. (Un petit-fils de Bender et un arrière-petit-fils de Heintzman, Charles Bender, né en 1899, fut gérant général de la compagnie jusqu'au milieu des années 1950). En 1876, la jeune compagnie gagna des prix à l'Exposition du centenaire de Philadelphie, et, en 1879, elle avait déjà fabriqué près de 1000 instruments. La même année, Heintzman exposa aussi pour la première fois à l'Industrial Exhibition de Toronto (CNE). En 1884, près de 2000 pianos avaient été fabriqués et, en 1888, une nouvelle usine fut construite dans le district Junction à Toronto. Les locaux de la rue King furent maintenus comme salles de vente et entrepôt. Il en résulta une production accrue qui passa de 500 pianos par an durant les années 1880 à environ 1000 dans les années 1890, et à 2140 en 1906. La marque de commerce Heintzman & Co. fut adoptée en 1888.

Contrairement à certains de ses concurrents, Heintzman préférait des instruments de la meilleure qualité à ceux à bon marché. Il parvint à se faire une solide réputation dès le début et réussit à la maintenir. Les pianos à queue firent leur apparition vers 1886 et, deux ans plus tard, une démonstration de l'un d'eux en présence de la reine Victoria à l'Albert Hall de Londres suscita les éloges de la souveraine et ouvrit ainsi la voie à un commerce d'exportation.

Dès 1867, Heintzman annonça ses instruments comme des « full Agraffe Bar Pianos », terme désignant une barre métallique placée en travers du cadre de fer fondu et qui aide à empêcher les cordes de glisser tout en rendant la sonorité plus égale. L'agrafe avait été introduite en 1809 à Paris par Sébastien Érard, mais Heintzman y apporta quelques améliorations pour lesquelles il obtint des brevets d'invention canadiens en 1873, 1882 et 1896.

Après la mort du fondateur en 1899, son fils George C. Heintzman (1860-1944), qui était surintendant et gérant général depuis 1885, devint prés., même si trois de ses frères (Herman, 1852-?; William F., 1856-?; Charles Theodore, 1864-1897) se joignirent à l'entreprise familiale. Durant les premières années de la présidence de George C. Heintzman, les premières succursales furent ouvertes et un modèle de piano à queue, le « quart » (1,7 m), fit son apparition (1905). Les bureaux du siège social et du dépt des ventes situés au 195, rue Yonge, à Toronto, qui allaient demeurer le centre nerveux de la firme jusqu'en 1971, furent occupés en janvier 1911, époque à laquelle le personnel, y compris les employés de bureau et les commis voyageurs, comptait quelque 400 personnes. En plus de ses principaux modèles, Heintzman fabriqua des pianos pneumatiques (à queue et droits, manuels et électriques) jusqu'aux années 1920. Après un fléchissement temporaire des affaires au cours de la Première Guerre mondiale, la demande s'intensifia dans les années 1920. Au début de cette décennie, la vente annuelle de pianos Heintzman était d'environ 3000 instruments. Dix-huit succursales et treize distributeurs étaient établis d'un océan à l'autre et le commerce d'exportation était florissant. Deux compagnies concurrentes furent acquises par Heintzman lorsque leurs dirigeants prirent leur retraite en 1927 : celle du neveu de Theodore August, Gerhard Heintzman et la Nordheimer Piano & Music Co. Dans les années suivantes toutefois, les effets de la dépression se firent durement sentir sur les ventes de pianos. Seulement 200 pianos Heintzman furent fabriqués en 1934. Pour diversifier ses opérations, la compagnie se tourna vers la vente de musique imprimée, de phonographes et de disques, d'orgues Hammond et d'autres instruments et même d'appareils ménagers, et ce dans toutes ses succursales. Sous la présidence (1942-56) de George Bradford Heintzman (1892-1961), fils de George C., il y avait 7 succursales et 40 agences, mais les pianos ne comptaient que pour moins de la moitié des ventes, atteignant quelque 900 instruments par an au début des années 1950.

En 1956, Edward L. Baker, ex-administrateur des Canadian Breweries Ltd., fut le premier étranger à la famille à accéder à la présidence. Toutefois, Herman Heintzman (Toronto, 1922-1969), arrière-petit-fils de Theodore, détenait des intérêts majoritaires dans la compagnie et fut l'un des vice-présidents, tandis que d'autres membres de la famille continuèrent d'occuper des postes clés : Bradford Craig Heintzman fut gérant des ventes jusqu'en 1968, et William D. Heintzman (Toronto 17 mai 1923 - Toronto 16 nov 2008) dir. de l'usine jusqu'en 1964. Dans la seconde moitié des années 1950, la production annuelle de pianos fut d'environ 1000 instruments. Baker abandonna les produits accessoires tels que la musique imprimée et les appareils à haute fidélité pour rétablir l'exploitation comme à l'origine, axée sur la fabrication et la vente de pianos, quoique la vente d'orgues électroniques ait été maintenue. Baker porta de 9 à 16 le nombre de succursales et introduisit des méthodes de vente plus dynamiques. En 1960, la production s'élevait à environ 1450 pianos droits et 50 pianos à queue. En 1962, une usine moderne (supposément la première construite au Canada au XXe siècle, mais plus vraisemblablement la première après la guerre de 1914-18) fut érigée à Hanover, en remplacement de celle de Junction à Toronto. La fabrication des pianos à queue se poursuivit cependant jusqu'en 1977 dans une usine à Don Mills (Toronto) et ne fut intégrée à Hanover qu'en 1978. On agrandit l'usine de Hanover en 1967 afin d'en arriver à une production annuelle de 5000 pianos. Heintzman fit l'acquisition de D.M. Best and Co. Ltd. en 1973 et géra cette compagnie comme filiale.

Baker demeura prés. jusqu'en 1969 et, après une période de litige, Ann Heintzman (veuve du vice-prés. Herman, décédé en 1969) lui succéda. Dans l'intervalle, un autre arrière-petit-fils du fondateur de la compagnie, William D. Heintzman, était devenu prés. de la Sherlock-Manning Piano Co. et, en 1978, une fusion de Heintzman et de Sherlock-Manning sous la présidence de William fut annoncée. Le nom de Heintzman Limited fut adopté, et le siège social fut transporté à Hanover, Ont. L'usine de Don Mills, qui était devenue le siège social en 1971, fut vendue en 1976, mais le siège social demeura à Don Mills jusqu'en 1978. La nouvelle compagnie continua à fabriquer des instruments sous les deux noms, le piano à queue Heintzman demeurant le principal produit. Toutes les succursales furent vendues en 1976, mais quelques concessionnaires gardèrent le nom à titre d'agents de la compagnie.

Activité marginale de la compagnie, l'édition musicale fut active grâce aux copyrights acquis de Nordheimer (notamment l'édition canadienne du Menuet de Paderewski, quelques manuels d'examens du TCM [RCMT], et un petit nombre de pièces de W.O. Forsyth). Une Heintzman & Co. Waltz fut écrite sous un pseudonyme par J.B. Glionna en 1899; il existe aussi une Heintzman & Co. March (s.d.) de H. Zickel, et une autre (s.d.) de S. Minnes.

Une harmonie, la Heintzman Piano Company Band, fut active dans les années 1880 et 1890. Sous la direction de Herbert L. Clarke jusqu'en 1892, elle compta de 40 à 45 instrumentistes et joua à Hanlan's Point (une des îles de Toronto) les soirs d'été. Elle vint à l'Exposition de Montréal en septembre 1891.

Il est raisonnable de supposer que les numéros de série des pianos Heintzman commencèrent à 1000. Voici quelques numéros de repère précédés de l'année correspondante :

1867 .......... 1150

1870 .......... 1400

1880 .......... 2310

1890 .......... 7510

1900 ......... 15,700

1910 ......... 35,600

1920 ......... 61,700

1930 ......... 83,200

1940 ......... 86,300

1950 ......... 93,060

En 1980, les pianos à queue Heintzman étaient numérotés dans la série 200 000, et les pianos droits dans la série 165 700. La production de pianos droits cessa en 1979, mais fut reprise plus tard. Outre les instruments Drew-Heintzman & Annowski et un spécimen de 1874 appartenant à la compagnie, d'anciens pianos Heintzman sont conservés au Glenbow-Alberta Institute à Calgary et au Western Development Museum à Yorkton, Sask. Les membres de la famille Heintzman (dont la cinquième génération continua de participer directement aux activités de la compagnie jusqu'en 1981) ont continuellement encouragé et appuyé les sociétés et diverses activités musicales à Toronto ainsi que des organismes du monde des affaires. En mai 1979, la Commission des sites et monuments historiques du Canada dévoila une plaque commémorative à la mémoire de Theodore Heintzman à la First Lutheran Church sur la rue Bond, à Toronto.

En janvier 1981, Heintzman Ltd. fut vendue par la famille à Sklar-Peppler Inc. de Hanover, Ont. Les nouveaux propriétaires administrèrent leur nouvelle filiale sous le nom de Heintzman Ltd. Ils repensèrent la conception, l'assemblage et la construction mécanique des pianos droits et des pianos à queue, et, dès 1985, la production annuelle était de 750 pianos droits et de 40 à 50 pianos à queue. En 1986, The Music Stand, une chaîne de magasins de détails franchisés basée à Oakville, acheta de Sklar-Pepler la marque déposée Heintzman Ltd., ses brevets et le reste de l'inventaire, qu'elle mit en marché. Cependant, en 1990, un juge de la Cour fédérale jugea que la compagnie ne pouvait apposer le nom Heintzman sur des pianos construits en Corée du Sud et aux États-Unis et importés au Canada pour la vente.


Lecture supplémentaire

  • The Commemorative Biographical Record of the County of York (Toronto 1907)

    Porter, McKenzie. 'The piano with the all-Canadian tone,' Maclean's, 11 May 1957

    Harbron, John D. 'At Heintzman hustle replaces history,' Executive, May 1961

    Gibson, Paul. 'Soon play Yankee Doodle on Heintzman & Co. pianos,' Financial Post, 19 Sep 1964

    Jones, Donald. 'Heintzman's old house enduring as his pianos,' Toronto Star, 10 Apr 1976

    Harper, Tim. 'The Heintzman family: 110,000 pianos later,' Fugue, Sep 1977

    Swimmings, Betty. 'Piano firm remains a family affair,' Ottawa Citizen, 6 Oct 1979

    Dewey, Martin. 'Heintzman piano firm has played its part for 120 good and bad years,' Toronto Globe and Mail, 14 Apr 1980

    Finlayson, Ann. 'They shoot piano-makers, don't they?' Maclean's, 3 Nov 1980

    [Gould, Malcom.] 'Heintzman Pianos,' Canadian Music Trade, Apr-May 1985

    Freeman, Alan. 'Judge rules against Korean Heintzmans,' Toronto Globe & Mail, 22 Nov 1990

    Kelly, Wayne. Downright Upright: A History of the Canadian Piano Industry (Toronto 1991)

    DCB, vol 12