Weinzweig, John Jacob

Il suit des cours de direction d'orchestre avec Reginald Stewart au Conservatoire de musique de Toronto. En 1937, il obtient un baccalauréat en musique à l'Université de Toronto, où la faculté de musique se compose du doyen Ernest MACMILLAN et de deux chargés de cours, Leo SMITH et Healey WILLAN.


Weinzweig, John Jacob

 John Jacob Weinzweig, compositeur, pédagogue, administrateur (Toronto, 11 mars 1913 - Toronto, 24 août 2006). Ce fils d'immigrants juifs polonais commence par suivre des cours de mandoline à la Workmen's Circle Peretz School. Avec des enfants juifs et italiens de son quartier, il interprète des chants folkloriques et improvise de nouveaux airs. À l'âge de 14 ans, il suit des cours de piano chez Gertrude V. Anderson, qui laisse libre cours à son goût de l'improvisation et l'encourage à écrire ses propres morceaux. Alors qu'il étudie au Harbord Collegiate, il fait partie de l'orchestre parascolaire de Brian McCool. Il s'y familiarise avec le saxophone, le tuba et la contrebasse. McCool l'encourage à écrire ses propres compositions et, en 1930, ce compositeur en herbe dirige aussi l'orchestre. Avec son frère Morris au saxophone et d'autres jeunes musiciens, il joue diverses gigues tirées d'un vaste répertoire allant des classiques populaires aux succès du jour.

Il suit des cours de direction d'orchestre avec Reginald Stewart au Conservatoire de musique de Toronto. En 1937, il obtient un baccalauréat en musique à l'Université de Toronto, où la faculté de musique se compose du doyen Ernest MACMILLAN et de deux chargés de cours, Leo SMITH et Healey WILLAN. Weinzweig met sur pied et dirige l'orchestre symphonique de l'Université de Toronto, dont le premier concert a lieu en 1935. Il rédige des chroniques sur des concerts pour le journal de l'université, The Varsity.

De passage à Toronto pour diriger un concert, Howard Hanson, directeur de l'Eastman School of Music, encourage Weinzweig à poursuivre son travail de composition. En 1937, Weinzweig s'inscrit au programme d'études supérieures de cette école, à Rochester dans l'État de New York, avec Bernard Rogers comme professeur de composition. Il compose cette même année une série impressionnante d'œuvres orchestrales et est très heureux lorsque la National Broadcasting Company (NBC) joue et radiodiffuse sa Suite for Orchestra, première composition canadienne jouée à l'Annual American Symposium. Pendant son séjour à Eastman, il découvre la musique d'Alban Berg et d'Arnold Schoenberg et compose, en 1938, la première œuvre canadienne de musique dodécaphonique. C'est avec fascination qu'il y découvre également la puissance rythmique et l'orchestration magistrale du Sacre du printemps de Stravinsky. Décidé à développer sa propre identité comme compositeur, il pense rentrer dans son pays natal.

De retour à Toronto, il enseigne la composition, d'abord à titre privé, puis au Conservatoire de musique de Toronto. À la SOCIÉTÉ RADIO-CANADA, en 1940, Samuel Hersenhoren réunit 52 programmes sous le nom de Canadian Snapshots, dont chacun présente la musique d'un Canadien différent. Les compositions de Weinzweig l'impressionnent particulièrement et il lui demande de composer la première musique originale pour une dramatique radio au Canada. Pendant les trois années qui suivent, Weinzweig prépare plus de 100 partitions de musique symphonique et de chambre : on lui demande souvent d'y faire allusion à l'histoire et aux paysages du Canada ainsi qu'aux expériences musicales de ses habitants. Il y réussit en combinant des airs folkloriques adaptés aux personnages et au contexte historique avec des extraits de l'hymne national canadien et des emprunts à des textes musicaux de circonstance. Cela donne un langage musical où prédominent la technique dodécaphonique et les modes rythmiques de Stravinsky et de Bartók.

En 1941, Weinzweig prépare aussi des trames sonores pour des films de l'OFFICE NATIONAL DU FILM DU CANADA. Pour le film North West Frontier (v. f. Les frontières du Nord-Ouest), qui décrit la vie dans les Territoires du Nord-Ouest, il étudie le langage musical du groupe DENE des Premières Nations afin d'adapter la trame sonore au scénario. Weinzweig écrit les trames sonores d'autres films de l'ONF : Turner Valley, qui raconte la découverte du pétrole, The Great Canadian Shield (v. f. Le Grand Bouclier canadien) et un film sur la vie du peintre Tom THOMSON.

Son étude des paysages canadiens et des expressions musicales de ses habitants transparaît dans plusieurs de ses œuvres pour concert, produites dans les années 1940 et 1950. C'est le cas dans sa composition pour orgue Improvisation on an Indian Tune (1942), Our Canada (1943) pour orchestre, To the lands over yonder (1945) pour chœur, Edge of the World (1946) pour orchestre, et dans sa partition pour le ballet Red Ear of Corn (1949), première partition canadienne commandée pour le Festival du ballet canadien. Cette dernière est un mélange de thèmes IROQUOIS, d'improvisations de violoneux et de chants folkloriques canadiens-français racontant pourquoi il arrive parfois au Québec que les épis de maïs soient rouges plutôt que jaunes. Elle raconte l'histoire de la première jeune fille iroquoise convertie au christianisme. Le chef de sa bande l'avait engagée de force comme servante et, pris de colère, l'avait battue. Là où son sang avait giclé sur le sol se mêlaient parfois des épis rouges à la récolte de maïs. En plus de montrer qu'un compositeur canadien peut écrire de grandes œuvres pour orchestre, Weinzweig révèle dans ces œuvres sa capacité d'utiliser de petites mélodies et des mouvements rythmiques empruntés à la musique folklorique plutôt que de créer un accompagnement différent pour une mélodie folklorique. Les générations suivantes de compositeurs ont utilisé cette technique propre à Bartók qui reste très utilisée aujourd'hui.

Durant les années 1940, de jeunes musiciens qui aspirent à devenir compositeurs entendent parler de Weinzweig et deviennent ses étudiants. En tant qu'enseignant au Conservatoire de musique de Toronto de 1939 à 1943 et de 1945 à 1960, Weinzweig fait découvrir à ses étudiants l'allant rythmique, l'organisation des motifs musicaux et d'autres concepts de la composition du XXe siècle. Toujours soucieux de les guider dans la maîtrise des outils de la composition, il les encourage cependant à découvrir leur propre style.

En ce qui concerne ses créations personnelles, il décide de se concentrer sur des œuvres orchestrales plutôt que de continuer à dépenser l'essentiel de son énergie créatrice dans de la musique éphémère et de circonstance destinée à la radio et au cinéma. Au milieu des années 1940, il a sa propre manière d'utiliser la technique dodécaphonique pour ordonner son échelle diatonique. Cela consiste à intégrer graduellement les 12 tons dans la portée pour obtenir une mélodie longue et fluide en reculant d'un ton pour passer au suivant. De courts motifs extraits de la portée choisie peuvent servir de motif récurrent dans d'autres parties de la partition, mais la portée sert rarement à créer des formations à cordes comme dans sa Violin Sonata (1941) ou son String Quartet no 2(1946). Les 12 divertimentos que Weinzweig compose entre 1946 et 1998 reflètent clairement l'évolution de ses techniques pour l'organisation du ton et du rythme. Chaque divertimento est généralement écrit pour un seul instrument à vent accompagné d'un petit orchestre de chambre. Le premier, pour flûte, obtient la plus haute récompense pour la musique de chambre à la London Olympiad de 1948. Avec cette série, qui forme l'essentiel de ses compositions, Weinzweig offre une œuvre instrumentale fascinante avec peu de répertoires pour soliste et présente aussi ces instruments sous un éclairage jusqu'ici inconnu.

Une des raisons qui décide Weinzweig à employer des orchestres de chambre plutôt que des orchestres symphoniques tient à la difficulté de pouvoir donner des représentations au Canada, même si certaines de ses œuvres ont trouvé un public à New York, à Prague et en Angleterre. (D'anciens étudiants, comme Harry SOMERSet Samuel Dolin, se plaignent de vivre la même situation à propos de leurs propres compositions.) Dès lors, Weinzweig envisage de former une association canadienne des compositeurs pour promouvoir la diffusion de leurs œuvres et faire accepter l'idée que la profession de compositeur est une profession à part entière. Aussi crée-t-il en 1951 la Ligue canadienne de compositeurs (LCC), qui présente son premier concert avec au programme des œuvres de Weinzweig le 16 mai 1951. Un critique écrit alors qu'il n'imaginait pas que l'on puisse créer une musique de cette qualité au Canada.

En 1952, Weinzweig est nommé professeur à la Faculté de musique de l'Université de Toronto. Jusqu'à sa retraite, en 1978, il y forme plusieurs générations d'étudiants, dont beaucoup deviendront de plein droit des compositeurs et des professeurs renommés au Canada et à l'étranger. De 1951 à 1957 et de 1959 à 1963, il préside la LCC, dont il augmente rapidement le nombre de membres pour qu'elle représente l'ensemble des compositeurs canadiens, et il crée des liens solides avec la communauté francophone du Québec. Contrairement aux associations de compositeurs d'autres pays, les critères pour devenir membre de la LCC se basent sur les qualités professionnelles et la volonté de composer plutôt que sur l'approche stylistique. En 1957, Weinzweig prépare un rapport pour la Commission Fowler sur la radiodiffusion et un autre, avec John BECKWITH, pour le CONSEIL DES ARTS DU CANADA. Ce dernier rapport donne naissance au CENTRE DE MUSIQUE CANADIENNE, à une bibliothèque et à un centre d'information pour la diffusion et la promotion des concerts, des opéras, ainsi que de la musique éducative et religieuse au Canada.

Malgré les restrictions que ses charges administratives et ses charges d'enseignement imposent à son activité de compositeur, Weinzweig continue à produire de la musique typiquement canadienne. Ses compositions du début des années 1960 empruntent des éléments rythmiques au JAZZ et au swing. La clarté de son écriture, l'économie des moyens, l'allant rythmique, de brèves envolées mélodiques contrastant avec des suites fluides, et des harmonies avec quelques orientations tonales caractérisent son style, qu'il s'agisse des 15 Pieces for Harp (1983) ou d'une œuvre chorale comme Hockey Night in Canada (1985).

Les efforts continus de Weinzweig, pendant les années 1990, à promouvoir la musique canadienne ont mené au lancement de deux séries de CD importants : Canadian Composers Portraits et Ovation. Parmi ses nombreuses autres récompenses figurent le titre d'Officier de l'ORDRE DU CANADA (1974), une nomination à l'Ordre de l'Ontario (1988) et la Médaille du Conseil canadien de la musique (1978). En 1981, la LCC le nomme « président émérite », et il est le premier compositeur à recevoir le Prix Molson. Il est aussi le premier compositeur à recevoir le prix Roy Thomson Hall (1991). Il reçoit par la suite le prix des arts de Toronto pour la musique (1998) et le prix Hommage de la SOCAN (2004).


Lecture supplémentaire

  • Elaine Keillor, John Weinzweig and His Music: The Radical Romantic of Canada (1994).