Joni Mitchell

Joni (Roberta Joan) Mitchell (née Anderson). Auteure-compositrice-interprète, guitariste, pianiste, poète, peintre (Fort Macleod, près Lethbridge, Alb., 7 novembre 1943).

Joni (Roberta Joan) Mitchell (née Anderson). Auteure-compositrice-interprète, guitariste, pianiste, poète, peintre (Fort Macleod, près Lethbridge, Alb., 7 novembre 1943). Élevée à Saskatoon, elle manifeste durant son enfance du goût pour la peinture, la poésie et la musique, autant d'intérêts qui trouvent leur expression dans sa carrière ultérieure. À neuf ans, elle se remet d'une poliomyélite. Elle étudie le piano durant quelque temps dans son enfance, achète un ukulélé baryton alors qu'elle fréquente l'école secondaire, et se tourne vers la guitare, au début des années 1960. Elle étudie pendant un an au Alberta College of Art à Calgary et chante également dans une « coffehouse » locale, The Depression. Elle s'établit alors à Toronto où elle écrit ses premières chansons (comme « Day by Day », « Carnival in Kenora », « Play Little David Play ») et se produit dans des « coffeehouses » de Yorkville comme la Penny Farthing.

Sa première apparition importante a lieu au Festival de folklore Mariposa, en 1965. Un deuxième engagement au même endroit en 1966 lui vaut ce commentaire d'Arthur Zelden : « Mlle Mitchell joue de la guitare de façon acceptable; sa voix est une version intéressante, bien que non inhabituelle, de celle de Joan Baez. Les chansons qu'elle écrit et interprète avec tant de sensibilité, cependant, sont ravissantes, poétiques et même canadiennes par leur ton » (Toronto Daily Star, 6 août 1966).

Pendant son mariage avec le chanteur folklorique américain Chuck Mitchell (1965-1966), elle vit à Detroit et se produit dans le nord des États-Unis et en Ontario. Elle donne naissance à une fille, qu'elle donne en adoption. À cette époque, le chanteur folklorique américain Tom Rush commence à chanter ses chansons « Urge for Going » et « The Circle Game ». D'autres artistes, dont Judy Collins, Ian and Sylvia et Buffy Sainte-Marie, font aussi connaître ses chansons à de nouveaux auditoires. Mitchell se fixe à New York en 1966 - se produisant dans des « coffeehouses » de Greenwich Village - puis s'établit à Los Angeles en 1968. En 1971, elle fait construire une maison à Half Moon Bay au nord de Vancouver, en Colombie-Britannique, mais continue de baser sa carrière aux États-Unis.

Les deux premiers 33-tours de Mitchell, et la chanson « Both Sides Now » enregistrée par Collins et d'autres, lui valent une reconnaissance internationale, qui ne se dément pas avec les 33-tours suivants. Sa carrière en récitals est cependant plus sporadique. En 1969, elle se produit au festival pop de Miami, au festival folklorique de Newport et effectue une tournée en Amérique du Nord, chantant en première partie des spectacles du groupe Crosby, Stills and Nash. Elle fait un retour à Mariposa en 1969 et en 1970 et chante au festival pop de l'île de Wight, puis dans diverses villes de Grande-Bretagne, en 1970. Elle se produit au Canada lors de grandes tournées (par exemple en 1972, 1974 et 1980) et avec Bob Dylan dans « Rolling Thunder Revue » en 1975. Elle figure dans l'émission spéciale « Shadows and Light » à la télévision de la SRC en 1981. Après une tournée internationale en 1983, elle ne se produit en public qu'en de rares occasions, comme Farm Aid à l'Université de l'Illinois en 1985 et dans la production de Roger Waters The Wall à Berlin en 1990 (au profit du Memorial Fund for Disaster Relief).

Les premiers albums de Mitchell connaissent un plus grand succès commercial que ses 45-tours, et du troisième (Ladies of the Canyon) au huitième (Don Juan's Reckless Daughter) se vendent à plus de 500 000 exemplaires chacun aux États-Unis. Néanmoins, quelques-uns de ses 45-tours (tous ses propres chansons) sont populaires : « Big Yellow Taxi » (1970, relancé dans une version concert en 1975), « Carey » (1971), « You Turn Me On, I'm a Radio » (1972), « Help Me » (1974) et « Free Man in Paris » (1975). Parmi d'autres chansons remarquables sur ses 33-tours figurent « Chelsea Morning », « Woodstock » (un succès en 1970 dans sa version enregistrée par Crosby, Stills, Nash and Young), « Cactus Tree » et « All I Want ». Au nombre des artistes qui enregistrent ses chansons se trouvent aussi Bing Crosby, Bob Dylan, Ian Matthews, Sergio Mendes and Brasil '66, et Frank Sinatra. Blue (1971) est intronisé au Temple de la renommée des Grammy.

Le caractère autobiographique des paroles de Mitchell, dont beaucoup parlent d'amour, attire l'attention sur sa vie personnelle et alimente les spéculations quand à leurs sources d'inspiration (par exemple Graham Nash pour « Willie »). Son style imagé et narratif atteint cependant un tel niveau d'universalité que ses auditeurs peuvent facilement s'identifier à ses sentiments. Les paroles sont habituellement publiées sur les pochettes des 33-tours (dont certaines sont dessinées ou peintes par elle) et paraissent dans des anthologies poétiques. Ses chansons sont publiées chez Siquomb Music, Crazy Crow Music et Joni Mitchell Publishing Co. Deux volumes du Joni Mitchell Songbook, des périodes 1966-1970 et 1970-1975, paraissent chez Warner Brothers en 1970 et 1975. Des chansons séparées sont publiées en musique imprimée en même temps que plusieurs de ses albums. Une revue comprenant 24 de ses chansons, « The Joni Mitchell Project », est préparée par David Schweizer et Henry Edwards et produite au Los Angeles Theater Center en 1990.

Mitchell figure parmi les femmes les plus influentes de sa génération pour la musique pop, à la fois par l'exemple qu'elle donne en dirigeant elle-même sa carrière et en en gardant la maîtrise complète dans une industrie dominée par les hommes, et par son style vocal aérien et ses mélodies asymétriques et reposant sur les paroles, qui est repris par bien d'autres artistes. En parlant des paroles de Hejira, Doug Fetherling écrit dans Saturday Night : « Elle les ajuste à l'intérieur de lignes mélodiques qui mettent à l'épreuve sa grande habileté à phraser... elle rassemble, étend et condense les phrases de façons inhabituelles, un peu comme un poète dont le contrôle de la respiration fait autant partie de son écriture que ses images sur le papier... C'est comme si elle utilisait sa voix comme autre instrument; en fait, elle crée une relation presque contrapuntique entre la ligne mélodique et la parole. »

De la simplicité relative de ses premières chansons, d'inspiration folklorique, la musique de Mitchell se développe avec une complexité croissante dans les années 1970. Avec le 33-tours Court and Spark, elle introduit une saveur particulière de jazz, grâce au concours du saxophoniste-flûtiste Tom Scott et du groupe LA Express comme accompagnateurs. L'influence du jazz se fait de plus en plus forte, comme le démontrent les 33-tours subséquents auxquels participèrent des membres de LA Express, des (Jazz) Crusaders et de Weather Report (particulièrement le saxophoniste Wayne Shorter et le guitariste basse Jaco Pastorius). Elle atteint son point culminant dans Mingus, réalisé en collaboration avec Charles Mingus juste avant le décès du contrebassiste et pour lequel elle écrit des paroles sur plusieurs compositions de ce dernier, et dans Shadows and Light, enregistré en concert avec Pastorius, le saxophoniste Michael Brecker, le guitariste Pat Metheny et d'autres.

Dans ses enregistrements des années 1980, on retrouve un catalogue d'explorations et d'éclectisme, auquel l'implication de son deuxième mari, le bassiste Larry Klein (de qui elle divorce en 1994), comme sideman et producteur, n'est peut-être pas étrangère. Le glissement esquissé vers le rock avec Wild Things Run Fast se confirme avec Dog Eat Dog, une production pop-synthé qui révèle aussi, dans les paroles de Mitchell, une vision du monde nouvelle et plus sévère. On retrouve ces mêmes sujets, quoiqu'à un degré moindre, dans Chalk Mark in a Rain Storm, album aux textures riches sur lequel elle chante avec Peter Gabriel, Billy Idol, Willie Nelson et Tom Petty. Avec la parution de Night Ride Home (qui comprend « Come in From the Cold »), en 1991, la boucle est cependant bouclée et Mitchell renoue avec l'économie, l'intimisme et l'introspection, basés sur le folklore, de ses débuts. Turbulent Indigo (1994) remporte deux Grammy et le Globe and Mail qualifie le suivant, Taming the Tiger (1998), de « l'un de ses meilleurs et plus accessibles albums depuis son apogée des années 1970 ». Entre temps, elle sort Hits et Misses (tous deux en 1996), qui sont des compilations de ses premières œuvres. Elle continue à explorer des approches musicales inattendues comme les classiques et les chansons d'amour mélancoliques, sur Both Sides Now (2000). En 2002, Travelogue paraît.

Après une longue pause, Mitchell reprend les tournées et les représentations. Sa première apparition dans un festival folklorique après quelques décennies d'absence a lieu au Festival de musique folklorique d'Edmonton (1994). On peut la voir en direct à MuchMusic, à Toronto (1994). Elle entreprend une tournée sur la côte Ouest avec Bob Dylan et Van Morrison (1998) et se produit à l'occasion d'un concert à New York et à la télévision payante au cours de la même année. En 2000, la première exposition d'art canadienne en solo, à Saskatoon, la fait connaître dans ce pays pour ses tableaux, qui sont déjà exposés aux États-Unis, au Royaume-Uni et au Japon.

L'importante carrière d'auteure-compositrice de Mitchell s'étalant sur quatre décennies fait d'elle le sujet de nombre d'hommages comme le Joni Fest 2000 (Nouvelle-Orléans), le concert théâtral Joni Mitchell : River (2002) et l'album Back to the Garden : A Tribute to Joni Mitchell (1992; Intrepid, Capitol N21 et N41 0016). Elle figure dans The Arts Tonight, à la radio de la SRC, et Arts and Minds, de Bravo!. Elle est aussi le sujet de l'émission télévisée de la SRC Life and Times, d'un documentaire de la série American Masters, à PBS, et d'un film-documentaire.

Mitchell remporte des Grammy Awards pour la meilleure interprétation folklorique avec le 33-tours Clouds, en 1969, pour le meilleur album populaire avec Turbulent Indigo, en 1994, et pour la meilleure instrumentaliste ,One Week Last Summer en 2008. Elle a reçu des prix Juno en tant que meilleure chanteuse, en 1975, et pour le meilleur album de jazz vocal, en 2001. En 1981, elle est admise au Panthéon de la musique canadienne, au Rock Hall of Fame des États-Unis, en 1997 (elle la première Canadienne à recevoir cet hommage) et, en 2002, elle devient la première Canadienne à recevoir le prix Grammy pour l'ensemble de ses réalisations. Elle continue à être honorée dans de nombreux milieux; elle est nommée Compagnon de l'Ordre du Canada (2002) et elle remporte le Century Award (1995) du Billboard Magazine, le Prix du Gouverneur général pour les arts de la scène (1996), le Polar Prize de Suède (1996) et une étoile sur l'Allée des célébrités canadiennes (2001), entre autres.

Écrits

The Complete Poems and Lyrics (Toronto, 1997).

Discographie

Song to a Seagull : (1968); Rep RS-6293.

Clouds : (1969); Rep RS-6341.

Ladies of the Canyon : (1970); Rep RS-6376.

Blue : (1971); Rep MS-2038.

For the Roses : 1972; Asylum SD-5057.

Court and Spark : (1974); Asylum 7ES-1001.

Miles of Aisles : 1974; 2-Asylum AB-202.

The Hissing of Summer Lawns : 1975; Asylum 7ES-1051.

Hejira : 1976; Asylum 7ES-1087.

Don Juan's Reckless Daughter : 1977; 2-Asylum BB-101.

Mingus : (1979); Asylum X5E-505.

Shadows and Light : 1979; Asylum 2XBB-704.

Wild Things Run Fast : (1982); Geffen XGHS-2019.

Dog Eat Dog : (1985); Geffen XGHS-24074.

Chalk Mark in a Rain Storm : (1988); Geffen XGHS-24172.

Night Ride Home : (1991); Geffen GEF-24302 (CD et cass).

Turbulent Indigo: (1994); Reprise 45786.

Hits : (1996); Reprise 46326.

Misses: (1996); Reprise 46358.

Taming the Tiger: (1998); Reprise 46451-2.

Both Sides Now: (2000); Reprise CDW 47620.

Bibliographie

Patrick NAGLE, « ... ssshhhhhh... listen, listen to Joni », Weekend Magazine (11 janv. 1969).

MALKA, « Face to face », Maclean's (juin 1974).

David DeVOSS, « Rock 'n' roll's leading lady », Time (16 déc. 1974).

Leonore FLEISCHER, Joni Mitchell (New York 1976).

Doug FETHERLING, « Joni as the older woman », SatN (mars 1977).

Peter GODDARD, « The very private Joni Mitchell », Toronto Star (19 août 1979).

Kevin SCANLON, « Joni Mitchell's back in town », Toronto Star (2 déc. 1980).

Nicholas JENNINGS, « Portrait of an artist in her prime », Maclean's (4 avril 1988).

Iain BLAIR, « Poetry and paintbrushes », Rock Express, 124 (mai 1988).

Douglas FETHERLING, « Joni Mitchell : back and forth », Some Day Soon : Essays on Canadian Songwriters (Toronto 1991).

Mary DICKIE, « No borders here », Impact (déc. 1994).

Brian HINTON, Joni Mitchell : Both Sides Now (Londres, 1996).

Christopher GULY, « Music world courts and sparks Joni Mitchell », Globe and Mail (16 déc. 1996).

Steve MORSE, « Tracking down an elusive runaway », Globe and Mail (1e oct. 1998).

Stacey LUFTIG, dir., The Joni Mitchell Companion : Four Decades of Commentary (New York, 2000).

Mendel Ar Gallery, Voices, the Work of Joni Mitchell : Catalogue of an Exhibition (Saskatoon, 2000).

Karen O'BRIEN, Joni Mitchell : Shadows and Light (Londres, 2001).

Filmographie

Come in from the Cold : 1991 (MCA Records Canada GEFV 39512 VHS).


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Sélection de la musique de Joni Mitchell

Lecture supplémentaire

  • Katherine Monk, The Creative Odyssey of Joni Mitchell (2012).

Liens externes