Musique à Kitchener et Waterloo

Villes jumelles du sud-ouest de l'Ontario qui ont toujours compté une proportion importante d'habitants d'ascendance allemande et mennonite. Kitchener, la plus importante, s'appella Ebytown jusqu'en 1824, puis Berlin jusqu'en 1916.

Kitchener et Waterloo

Villes jumelles du sud-ouest de l'Ontario qui ont toujours compté une proportion importante d'habitants d'ascendance allemande et mennonite. Kitchener, la plus importante, s'appella Ebytown jusqu'en 1824, puis Berlin jusqu'en 1916. Fondée en 1807, elle devint cité en 1912, alors que Waterloo, fondée dès 1806, n'obtint ce statut qu'en 1948. En 1991, leurs populations réunies atteignaient 235 000 âmes. Entreprises industrielles et compagnies d'assurance sont les principaux employeurs d'une région qui possède en outre deux universités, l'Université de Waterloo et l'Université Wilfrid Laurier (à Waterloo aussi), et plusieurs collèges communautaires; le plus grand est le Conestoga College, aux multiples campus. Affilié à l'Université de Waterloo, le Conrad Grebel College utilise son campus et gère son programme musical.

Dès le début, les deux localités cultivèrent le chant choral, pour lequel on fonda des écoles (voir Écoles de chant choral) et des sociétés vite florissantes. Une des premières, la United Male Singing Society de Berlin, Bridgeport et Waterloo, fut fondée en 1853 sous la direction de J. Biedermann. Un club athlétique, le Turnverein de Waterloo, organisa en 1861 des séances de chant bihebdomadaires. L'année suivante, Berlin accueillit le premier d'une longue série de Sängerfeste (voir la liste dans l'article de ce nom), festivals de chant avec concours où se produisaient choeurs réunis, petits ensembles vocaux, harmonies et instrumentistes solistes. Une autre célébration mémorable, le Friedensfest (festival de la paix), eut lieu à la fin de la guerre franco-prussienne en 1871. Parmi les chorales se trouvaient trois choeurs masculins : le Liedertafel de Waterloo fondé en 1865, l'Orpheus Singing Society de Waterloo (1866) et le Sängerbund de Berlin (1883). Ces deux derniers furent dirigés par Theodor Zoellner, venu d'Allemagne alors qu'il était encore enfant; il devint la personnalité locale la plus en vue. Zoellner dirigea aussi la Harmony, produit de la fusion (1894) du Liedertafel et de l'Orpheus Society, et la Berlin Philharmonic Society, fondée en 1883 et vouée à la présentation d'oratorios.

Vers le milieu du XIXe siècle, les fanfares s'étaient déjà taillé un beau succès à Berlin et Waterloo. Une des premières fut la Berlin Band, dirigée par un certain Kelk. Organisée par Heinrich Glebe en 1859, la Berlin Music Band reçut en 1863 une subvention municipale de 100 $. William Kaiser fonda une autre fanfare, qui fusionna avec la précédente au milieu des années 1860 pour former la Berlin Musical Society, dirigée par Kaiser. Vers 1875, elle s'enrichit d'instruments à anches; l'harmonie devint la musique du 29th Waterloo Battalion of Infantry en 1877. Selon des documents de l'époque, la Berlin Musical Society disposait de 22 instrumentistes et d'un ensemble de quadrille de 6 membres. Noah Zeller fut le plus remarquable de ses chefs. Entre deux mandats, il fonda et dirigea (1881-1900) la Waterloo Musical Society.

En raison du sentiment antiallemand suscité par la Première Guerre mondiale, Berlin fut rebaptisée Kitchener. Pire, les sociétés de chant allemandes et les Sängerfeste disparurent. Un nouvel Orpheus Male Choir surgit vers 1917, et le Choeur philharmonique de Kitchener-Waterloo, formé en 1922 par J.L. Yule, se transforma finalement en un choeur spécialisé dans les oratorios et que dirigea Howard Dyck à partir de 1972. Le Schneider Men's Chorus, formé en 1938 par des employés de la J.M. Schneider Meat Packing Co., s'intégra en 1947 à l'Orpheus Male Choir pour devenir le Schneider Orpheus Male Chorus, puis le Schneider Male Chorus. Paul Berg, son dir. de 1942 à 1975, eut comme successeur Fred E. Lehman. En 1952, 1954 et 1957, le choeur fut l'hôte de Big Sing, série de festivals internationaux de chant choral masculin qui renouaient avec la tradition du Sängerfest. En 1965, le choeur se produisit aux Bermudes et, en 1972, à Vancouver et dans d'autres villes lors d'une tournée transcanadienne. En 1955, dans le cadre des célébrations de son centenaire, Kitchener organisa son premier vrai Sängerfest en plus de 50 ans. Coordonnateur de deux autres Sängerfeste, en 1969 et 1970, Alfred Kunz avait mis sur pied le Kitchener-Waterloo Chamber Music Orchestra and Choir en 1959. Chef du Germania Male Choir (adjoint en 1962, principal en 1968) et des Concordia Male and Mixed Choirs en 1968, il fut le « maître-de-tous-les-choeurs » de la German-Canadian Choir Assn (1968-79, 1989 -). Kunz commença aussi à diriger le Music Alive Choir en 1989. La même année, Douglas Haas fonda un autre choeur de chambre - le Kitchener Bach Choir - qu'il dirigea jusqu'en 1972, date à laquelle Howard Dyck lui succéda pendant 10 saisons, jusqu'à ce que le choeur cesse d'exister en 1981. Parmi les autres groupes chorals de la région, on peut citer les Menno Singers, choeur formé en 1955, dirigé par Abner Martin jusqu'en 1979, puis par Jan Overduin (1979-84), William Janzen (1984-87) et Leonard Enns (1987-88), Janzen reprenant son poste en 1988; l'Inter-Mennonite Children's Choir, fondé en 1967 et dirigé par Helen Martens jusqu'en 1982; plusieurs groupes « barbershop ». En 1975, les Menno Singers s'unirent à d'autres choristes du sud-ouest de l'Ontario pour former le Mennonite Mass Choir qui s'est produit annuellement et a présenté de nombreux oratorios, dont La Création, Le Messie et Elijah.

Installé à Waterloo en 1919, Charles F. Thiele, dir. de l'harmonie de la Waterloo Musical Society de 1919 à 1950, joua un grand rôle au sein des harmonies et des festivals de musique : il fonda la Waterloo Music Co. en 1920, fut le premier prés. de l'Ontario Band Assn, participa en 1931 à l'organisation de la Canadian Bandmasters' Assn (dont il fut aussi le premier prés., voir CBA), et organisa en 1932 le Waterloo Band Festival, tenu annuellement (1932-40, 1946-58) au Waterloo Park, sous les auspices de la Waterloo Musical Society. En 1946, Thiele fonda le Waterloo Music Camp for Boys, le baptisant « Bandberg ». George Ziegler, qui dirigea (1925-32) une Ladies' Band de 94 membres, contribua également à l'intense activité des harmonies de Kitchener. De 1924 à 1967, il fut dir. de la Kitchener Musical Society Band, une harmonie rebaptisée Kitchener Concert Band en 1980 et dont Arthur Freund fut l'un des nombreux chefs après 1967. Quant à la Waterloo Society Band, elle est issue de la Waterloo Musical Society qui avait parrainé ses premiers concerts réguliers. En 1982, elle entama une série de Old Tyme Concerts sous la direction de John Conrad et d'invités comme Clifford Hunt et le major Jim Underwood; en 1991, le service des loisirs de la ville en assurait le financement et l'organisation.

Après la Première Guerre mondiale, les orchestres commencèrent à jouir d'une stabilité et à acquérir une importance qui avaient été jusqu'alors l'apanage des harmonies. Au cours des années 1920, James Galloway dirigea un petit orchestre à Kitchener. En 1944, Glenn Kruspe, C.F. Thiele et le percussionniste Archie Bernhardt fondèrent l'Orchestre symphonique de Kitchener-Waterloo, dont le premier concert fut donné en avril 1945 au Lyric Theatre de Kitchener en collaboration avec le Choeur philharmonique de Kitchener-Waterloo. Raffi Armenian, chef de l'OS de Kitchener-Waterloo à partir de 1971, forma en 1974 le Stratford Ensemble (Canadian Chamber Ensemble), composé de 13 instrumentistes engagés à temps plein, et lui assigna une triple fonction : orchestre de scène au Festival de Stratford, orchestre de chambre de la région de Kitchener-Waterloo et noyau permanent de l'OS de Kitchener-Waterloo. L'ensemble renforça également la Kitchener-Waterloo Chamber Music Society, formée en 1974 par Jan Narveson (en 1947, Nathaniel Stroh avait créé une organisation analogue portant le même nom). Armenian fut aussi chef (1976-79) du Kitchener-Waterloo Symphony Youth Orchestra. Dirigé au départ par Michael Dergauer, en 1967, et appelé Kitchener-Waterloo Junior Symphony Orchestra jusqu'en 1974, cet orchestre affilié a aussi été dirigé par Stuart Knussen (1975), Louis Lavigueur (1979-80), Alex Catherwood (1980-83) et, à partir de 1983, par Victor Sawa (avec Tom Wermuth au cours de la première saison), clarinettiste solo de l'OS de Kitchener-Waterloo.

Dès 1971, le Centre Opera Studio présenta des opéras en concert ou sur scène, sous la direction d'Armenian ou de Jacqueline Richard et avec le concours de l'OS de Kitchener-Waterloo et de solistes invités. En concert, on put entendre Les Contes d'Hoffmann (1971), La Traviata (1972), Carmen (1973), La Bohème (1974), Don Giovanni (1975), Rigoletto (1976) et Hänsel und Gretel (1977). À la scène furent présentés Il Combattimento di Tancredi e Clorinda (1977), Gianni Schicchi (1977), The Rape of Lucretia (1978) et d'autres. Les activités cessèrent en 1978 mais le mandat fut repris sous les auspices de la Kitchener-Waterloo Opera Guild.

Une filiale de la Gilbert and Sullivan Society fut fondée en 1959 : à chaque saison, dès 1963, Kitchener (plus tard Kitchener-Waterloo) Musical Productions monta une comédie musicale importante. D'autres initiatives sont venues enrichir la vie musicale : les Community Concerts de Kitchener-Waterloo, les concerts organisés par la Performing Arts Series de l'Université de Waterloo (amphithéâtre des sciences humaines) et repris en 1989 par la ville de Waterloo sous le nom de Waterloo Showtime, les concerts et récitals de la bibliothèque publique de Kitchener (dès 1970), les récitals de la Canadian-German Society, le Sounds of Summer Festival de Waterloo (annuel, au Waterloo Park), l'Oktoberfest de Kitchener (annuel) et les récitals-midi offerts par la faculté de musique de l'Université Wilfrid Laurier et le dépt de musique de l'Université de Waterloo. Ouvert à Kitchener en septembre 1980 et devenu la salle permanente de l'OS de Kitchener-Waterloo, le Centre in the Square est une salle polyvalente offrant un éventail de spectacles, musicaux ou non, dont un grand nombre avaient été présentés jusqu'alors dans des salles comme les amphitéâtres des arts et des sciences humaines de l'Université de Waterloo. En 1988, l'Université Wilfrid Laurier ouvrit son Aird Centre, qui inclut de vastes espaces pour les répétitions et les présentations.

Parmi les lieux fréquentés par les adeptes de la musique populaire en direct se trouvent le pub Bombshelter et le Federation Hall de l'Université de Waterloo; la Phil's Grandson's Place de Waterloo; les boîtes de nuit Pop the Gator, Coronet, et Lulu's Roadhouse, qui se prétend la plus grande salle du genre au Canada, ainsi que le Memorial Auditorium de Kitchener; et d'autres salles dans les villes voisines, comme Maryhill et Petersburg. Chaque année, Concert Productions International of Toronto organise un certain nombre de concerts dans la région de Kitchener-Waterloo. Côté radio, citons CKGL-FM à Kitchener (la plus importante station de musique country au Canada), CKMS-FM (l'éclectique radio étudiante de l'Université de Waterloo) et CKWR-FM (la plus vieille radio communautaire du Canada) à Waterloo.

À Kitchener-Waterloo, l'enseignement de la musique remonte à l'époque des premières sociétés chorales. Theodor Zoellner fut prof. de chant dans les écoles publiques (1897-1922), ainsi qu'au Saint Jerome's College. En 1911, George Ziegler fonda les Ziegler Associated Studios, qui devinrent le Berlin Cons. en 1913 puis le Kitchener Cons. en 1916. Ce dernier ferma ses portes en 1974, Ziegler partant à la retraite. J.L. Yule succéda à Zoellner en 1922 comme dir. des programmes de musique scolaire et céda la place à Harry Hill en 1928. Depuis la fermeture du Kitchener Cons., la plupart des professeurs privés de la région ont utilisé le matériel pédagogique et les syllabus du RCMT (qui organise des examens locaux à Kitchener-Waterloo), mais d'autres ont travaillé avec le WOCM. Bien des étudiants et des ensembles ont participé chaque année au festival de musique Kiwanis. D'autres activités musicales ont lieu dans des écoles secondaires, dont le Rockway Mennonite Collegiate de Kitchener, le Collegiate Institute de Waterloo, l'Elmira District Secondary School et la Waterloo-Oxford Secondary School, près de Baden. La faculté de musique de l'Université Wilfrid Laurier et le dépt de musique du Conrad Grebel College de l'Université de Waterloo offrent des programmes d'études en musique et en interprétation menant à un grade.

Kitchener a été le site de plusieurs entreprises commerciales en rapport avec la musique. À la fin des années 1890, Frederick Schneider, J.M. Staebler et d'autres investirent dans la Berlin Piano Co. qui, les bonnes années, produisait 20 instruments par semaine et employait 100 personnes. Vers 1906, les actionnaires vendirent la firme à la Nordheimer Piano Co. de Toronto, représentante de la firme amér. Foster-Armstrong; l'usine de Berlin fabriqua alors des pianos de cette marque, mais aussi des Marshall & Wendell et Haines Bros. La compagnie ferma ses portes en 1929. Des orgues Hallman furent fabriqués à Kitchener de 1941 à 1977. La Waterloo Music Co., qui fabrique des lutrins, a en outre importé et publié de la musique, importé et réparé des instruments, et réalisé des disques.

Parmi les musiciens nés à Kitchener-Waterloo ou dans les environs figurent Joseph W. Baumann, Carlo Boehmer (voir Italie 4), Beverley Diamond, Paul Frey, Douglas Haas, Art Hallman, Herbert Arthur Jeffrey, Daniel Lichti, Mari-Elizabeth Morgen, A.S. Vogt, Robert Witmer et George Ziegler.

Voir aussi Allemagne, Mennonites.


Lecture supplémentaire

  • Staebler, H.L. 'Random notes on music of nineteenth century Berlin, Ontario,' 37th Annual Report of the Waterloo Historical Society (Waterloo 1949)

    Eby, Ezra, and Snyder, Joseph. A Biographical History of Early Settlers and Their Descendants in Waterloo Township, ed Eldon D. Weber (Kitchener 1971)