Morris « Moe » Koffman, O.C., flûtiste, saxophoniste, clarinettiste, compositeur, arrangeur, agent artistique (né le 28 décembre 1928 à Toronto en Ontario; décédé le 28 mars 2001 à Orangeville en Ontario). Moe Koffman a été l’un des instrumentistes de jazz les plus populaires au Canada. Son simple instrumental pour flûte « Swinging Shepherd Blues » a connu un succès international en 1957-1958. Depuis, ce morceau a été enregistré par plus de 300 autres artistes, et a été intronisé au Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens en 2016. Moe Koffman est ensuite devenu une figure majeure du monde du jazz, du monde des studios et du monde des théâtres de Toronto en tant que musicien et contractant. Son groupe de jazz s’est produit régulièrement au restaurant George’s Spaghetti House de Toronto de 1956 à 1994. Ils ont effectué de nombreuses tournées au Canada et ont donné des concerts à l’étranger. Moe Koffman a également joué avec d’autres groupes de jazz de Toronto, comme le Boss Brass de Rob McConnell. Moe Koffman a été nommé Officier de l’Ordre du Canada en 1993 et il a été intronisé au Panthéon de la musique canadienne en 1997.

Jeunesse et éducation
Moe Koffman commence à étudier le violon à l’âge de 9 ans et le saxophone alto à 13 ans. Peu après, il entre au Toronto Conservatory of Music (maintenant le Conservatoire royal de musique) où ses professeurs sont Herbert Pye (clarinette) et Samuel Dolin (théorie).
À l’adolescence, Moe Koffman abandonne l’école et commence à jouer dans des orchestres de danse, travaillant tour à tour avec Horace Lapp, Leo Romanelli et Benny Louis. Moe Koffman est l’un des premiers musiciens de jazz canadiens à adopter le nouveau style bebop qui naît à New York au début des années 1940. En 1948, il remporte le sondage de l’émission Jazz Unlimited de la CBC en tant que meilleur saxophoniste alto de 1948. Cette même année, il enregistre ses premiers disques (78 tours) à Buffalo avec des musiciens américains pour la compagnie Main Stem. À cette époque, il étudie également avec Gordon Delamont.
En 1950, Moe Koffman déménage aux États-Unis où il joue dans les big bands de Sonny Dunham, Jimmy Dorsey et d’autres. À New York, il étudie la flûte avec Harold Bennett de l’orchestre du Metropolitan Opera et la clarinette avec Leon Russianoff, chef principal de pupitre du New York Philharmonic Orchestra.
Faits saillants de carrière
Moe Koffman retourne à Toronto en 1955, et dès lors, il partage sa carrière entre son groupe de jazz et son travail en studio. En 1956, il devient l’agent artistique du restaurant George’s Spaghetti House. Il conserve cette fonction tout en se produisant également dans cette salle une semaine par mois avec son orchestre, le Moe Koffman Quartet, et plus tard avec le Moe Koffman Quintet, jusqu’en 1994. Le succès qu’obtient son enregistrement de son Swinging Shepherd Blues au Canada et aux États-Unis en 1957-1958 établit sa renommée de flûtiste, tout en contribuant à populariser cet instrument dans le jazz.
Dans les années 1960, Moe Koffman se lance dans diverses expériences, aucune n’étant nécessairement originale (par exemple, jouer deux saxophones à la fois, utiliser des appareils électroniques pour amplifier et modifier le son du saxophone, et incorporer des éléments de rock dans le jazz). Ces expériences permettent à Moe Koffman de chevaucher les mondes de la musique pop et du jazz, et elles lui valent une notoriété inhabituelle pour un musicien de jazz canadien. Il est notamment invité à l’émission de télévision Tonight Show de la NBC au milieu des années 1960. En 1974, il est le directeur musical de son propre big band à l’émission Everything Goes, sur Global TV.
Dans les années 1970, avec l’aide du producteur et arrangeur Doug Riley, Moe Koffman enregistre plusieurs albums populaires d’arrangements de musiques de Bach, Berlioz, Debussy, Gluck, Grieg, Mozart et Vivaldi. Cette initiative est typique du refus de Moe Koffman d’être catalogué par les puristes du jazz, préférant plutôt enregistrer ce qu’il pense que le public aimerait entendre. Sur ses dix albums enregistrés dans les années 1970, trois seulement peuvent être considérés comme étant purement du jazz : Solar Explorations, Live at George’s et Museum Pieces.
Pour Solar Explorations, Moe Koffman commande des œuvres en l’honneur des planètes à Ron Collier, Doug Riley, Fred Stone, Don (W.) Thompson et Rick Wilkins. Moe Koffman lui-même compose Neptune et Venus. L’album Museum Pieces, qui est coproduit par GRT et le Musée royal de l’Ontario (Toronto), comprend des œuvres de Moe Koffman (Museum Pieces et Evolution Blues), Marty Morell, Doug Riley, Don (W.) Thompson et Rick Wilkins, qui sont toutes inspirées de divers aspects de la muséologie.
Tandis que The Magic Flute (1985) et Music for the Night (1991) ramènent Moe Koffman vers des arrangements instrumentaux pop, ses albums avec l’étiquette Duke Street Records, sortis entre 1986 et 1990, sont résolument jazz et comprennent des morceaux originaux, des thèmes de son pianiste de longue date Bernie Senensky, et des standards du jazz. Les autres compositions qui font la renommée de Moe Koffman comprennent les thèmes d’ouverture et de clôture (« Curried Soul » et « Koff Drops » respectivement) de l’émission d’actualités As It Happens qui est longtemps diffusée sur CBC Radio.
Les enregistrements de Moe Koffman (soit plus de 25 albums) combinent une polyvalence et un instinct commercial aigu. Certains sont de nature instrumentale pop, puisant dans un répertoire et des styles allant du classique (Moe Koffman Plays Bach, 1971) au disco (Jungle Man, 1976), en passant par les comédies musicales (Music for the Night: A Tribute to Andrew Lloyd Webber, 1991). D’autres sont plus strictement jazz, comme One Moe Time (1986) et Oop-Pop-A-Da (1988), ce dernier avec Dizzy Gillespie.
Concerts en direct
Profitant de la grande visibilité que lui procurent ses projets pop, Moe Koffman dirige un des groupes de jazz ayant le plus de succès au Canada, un quatuor (et plus tard un quintette) avec le guitariste Ed Bickert, qui est un membre de longue date. Le groupe se produit à l’Expo 67, au Festival Shaw en 1975 (dans un programme de Mozart avec Camerata), et il voyage au Art Park (Lewiston, à N.Y.) et au Monterey Jazz Festival en 1979.
Bien que certains cercles de jazz méprisent les initiatives commerciales de Moe Koffman, ce dernier et son quintette jouent dans divers festivals comme le Festival international de jazz de Montréal (FIJM) et le Festival de jazz de Ontario Place. Son itinéraire national repose toutefois en grande partie sur une série de « concerts communautaires ». Moe Koffman se produit également avec plusieurs orchestres, dont l’Orchestre symphonique de Toronto (avec lequel il est soliste pour Flute Concerto de Lucio Agostini en 1975), l’Orchestre philharmonique de Hamilton, l’Orchestre symphonique de Sudbury, le Orchestra London Canada, l’Orchestre symphonique de Kitchener-Waterloo, l’ Orchestre symphonique de Calgary et l’Orchestre symphonique d’Edmonton.
En 1982, lors d’un concert à Stratford en Ontario, le quintette de Moe Koffman commence une association occasionnelle avec le célèbre trompettiste de jazz américain Dizzie Gillespie. Quelques concerts s’ensuivent chaque année jusqu’en 1990, dont des concerts au Centre national des Arts, à la Place des Arts, au Art Park en 1983, en tournée canadienne en 1987, et au Budapest Spring Festival en 1989. Moe Koffman joue avec le big band United Nations de Dizzie Gillespie pour des concerts au Du Maurier Downtown Jazz Festival à Toronto et au Festival international de jazz de Montréal en 1988.
En 1991, le quintette de Moe Koffman commence une association semblable avec le vibraphoniste Peter Appleyard pour donner des concerts dans l’Ouest canadien et les Maritimes. Le quintette seul effectue des tournées en Australie (1980), en Amérique du Sud (deux fois en 1985) et en Allemagne (1990), et il se produit plusieurs fois dans les universités américaines au cours de la décennie. Après la fermeture de George’s Spaghetti House en 1994, le lieu de prédilection du quintette, Moe Koffman commence à jouer régulièrement au Senator. Mais le quintette se produit moins souvent.
Travail en tant que soliste
Pendant toute sa carrière, Moe Koffman est actif en tant que soliste. Il fait des tournées et des enregistrements en tant que premier alto et soliste vedette avec le Boss Brass de 1972 à 2000. Il joue un rôle semblable dans des orchestres de télévision et de studio orientés vers le jazz dirigés par Peter Appleyard, Guido Basso, Jimmy Dale et Rob McConnell. Sa réputation de lecteur à vue et d’apprenant rapide fait en sorte qu’il est très sollicité en tant que musicien de studio et pour des musiques publicitaires. Il est également flûte solo et/ou clarinette solo sur plusieurs enregistrements pop, et lors des premières d’œuvres de musique de chambre de Doug Riley et de Paul Hoffert. Moe Koffman est en nomination pour huit prix Juno entre 1976 et 1991.
Carrière ultérieure
Durant sa dernière décennie, Moe Koffman continue à composer et à se produire en solo et avec son quintette dans des clubs et des festivals. À partir de 1989 et durant la décennie qui suit, il engage des musiciens d’orchestre pour des comédies musicales qui sont présentées par la Live Entertainment Corporation de Garth Drabinsky, incluant des spectacles comme Phantom of the Opera, Show Boat et Ragtime. Il enregistre son dernier album, The Moe Koffman Project, durant l’été de 1999 (2000). Sa dernière apparition publique a lieu en juin 2000 au festival de jazz Du Maurier Downtown à Toronto.
Traits caractéristiques
La grande diversité des activités de Moe Koffman est considérée par certains comme la preuve d’un esprit musical curieux et par d’autres comme le simple exercice d’un instinct aigu pour les goûts populaires. Peter Goddard du Toronto Star note en 1972 que Moe Koffman possède « le rare talent de flotter avec aisance à la surface de quelle que nouvelle vague qui survienne ». Toutefois, la même diversité dont fait preuve Moe Koffman dans ses enregistrements et autres projets en studio témoigne de son talent technique et de ses dons musicaux. Comme flûtiste, il sait marier un son « classique » pur à la liberté rythmique et mélodique du jazz. En tant que saxophoniste alto, il demeure loyal à la tradition du bebop et il démontre, avec le Boss Brass et Dizzie Gillespie, qu’il figure parmi les stylistes les plus brillants du Canada dans ce registre.
Dans un article du Globe and Mail en 2001, Mark Miller analyse la contribution de Moe Koffman au croisement des genres musicaux : « Monsieur Koffman composait de la musique selon le principe de la modération. Ses meilleurs albums de jazz et de jazz croisé au classique alliaient une expérimentation prudente, une grande expertise musicale, une intelligence vive et un goût sûr, pour un résultat léger et aérien. »
Liens familiaux
Le fils de Moe Koffman, Herb (trompettiste, né le 22 avril 1955 à New York), étudie avec Don Johnson et Ted Moses et il est membre du groupe Manteca dans les années 1980.
Prix et distinctions
Moe Koffman reçoit le prix Wm Harold Moon de la S.D.E. Canada en 1981, et le prix Toronto Arts pour la musique en 1991. Il est intronisé au Panthéon de la musique canadienne en 1997, et il est nommé Officier de l’Ordre du Canada en 1993. Il est nommé flûtiste de l’année par le Annual Jazz Report Awards en 1993 et en 1994, et il est honoré par la SOCAN en 1993 pour ses compositions de jazz. En 2001, il est intronisé en tant que membre inaugural au Canada’s Jazz and Blues Hall of Fame. Cette même année, Moe Koffman reçoit le prix Oscar Peterson décerné par le FIJM, et il est nommé lauréat du prix MasterWorks par le Audio-Visual Preservation Trust of Canada.
Toujours en 2001, l’Université de Toronto crée une bourse d’études nommée Moe Koffman Memorial Jazz Scholarship. Cette bourse est financée par les concerts annuels du Canadian Jazz All-Stars. En 2016, le morceau « Swinging Shepherd Blues » est intronisé au Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens.
(Voir aussi Jazz au Canada.)
Une version de cet article a été initialement publiée dans l’Encyclopédie de la musique au Canada.