Cupids, Terre-Neuve: première colonie anglaise du Canada

« Thomas Willoughby, tu ne fais jamais rien comme il faut! Va-t-en à Cupers Cove et réforme-toi ». Young Willoughby, 19 ans, n'entend peut-être pas exactement ces mots, mais il est envoyé à Cupers Cove, à Terre-Neuve, en 1612 pour « se réformer ».



« Thomas Willoughby, tu ne fais jamais rien comme il faut! Va-t-en à Cupers Cove et réforme-toi ». Young Willoughby, 19 ans, n'entend peut-être pas exactement ces mots, mais il est envoyé à Cupers Cove, à Terre-Neuve, en 1612 pour « se réformer ». La colonie Cupers Cove, maintenant appelée Cupids, est fondée par John Guy en 1610 en vertu d'une charte royale de James Ier. Il s'agit de la première tentative de colonisation organisée de l'Angleterre au Canada et de la deuxième implantation en Amérique du Nord. Jamestown, en Virginie, fondée en 1607 a été la première.

Au cours du XVIIe siècle, l'Angleterre assure l'implantation, ou la colonisation, des pionniers en espérant tirer profit de leurs efforts. Les marchands de Bristol et de Londres fondent la Newfoundland Company en 1610 « pour assurer la sécurité du commerce des produits de la pêche » à Terre-Neuve. Guy, un marchand conseiller municipal de Bristol, est chargé « de montrer comment les implantations dans la province de Terre-Neuve peuvent être sécurisées et garanties contre les vapeurs froides et les brumes brouillardeuses qui, au printemps, sont supposées importuner ce pays ».

Guy et 39 colons, hommes et femmes, prennent la mer à Bristol avec du bétail, du grain et des provisions. Parmi ce premier groupe, on trouve Thomas Percy, qui « meurt pris de remords » après un meurtre et William Stone, qui « meurt de paresse ». La charte accorde aux colons l'île entière de Terre-Neuve. Leurs instructions sont de fortifier le village, de cultiver, de couper les pièces de bois et les madriers, de recueillir des échantillons de minerais et d'abord et, avant tout, de pêcher.

John Guy (avec la permission du Centre for Newfoundland Studies Archives).

Le premier hiver est doux et, avec seulement quatre décès, les colons remplissent leur mandat. Guy raconte dans une lettre datée de mai 1611 que la température est aussi favorable qu'ailleurs en Europe, on ne peut « pas parler d'hiver avant la mi-janvier » et « à un mille ou deux à l'intérieur des terres, la température est beaucoup plus chaude » que celle de l'Angleterre.

La colonie se présente comme une réussite et les investisseurs sont contents. Les colons construisent un fort, un moulin à scie, un moulin à broyer le grain, des bateaux et défrichent la terre pour jardiner. Guy bâtit un manoir qu'il appelle Sea-Forest House. En 1612, il emmène plus de colons, y compris Willoughby, que les notes du manifeste décrivent comme le « fils de Sir Percival et brebis galeuse ». Ce deuxième groupe comprend 16 femmes. La colonisation espère suffire à sa propre reproduction. Le 27 mars 1613, la femme de Nicholas Guy accouche d'un fils, probablement le premier enfant anglais né à Terre-Neuve.

Guy explore au-delà de la baie de la Trinité pour établir des relations amicales avec les Beothuks, la population autochtone. Ils se réunissent en octobre 1612, mais vu que l'hiver est imminent, le groupe autochtone retourne à l'intérieur des terres. Ils prévoient se réunir l'année suivante, mais la réunion n'a jamais lieu. Il est possible que le voyage annulé ait mis fin à toute chance d'établir de bonnes relations entre les Européens et les Beothuks. Le successeur de Guy ne s'engage pas à renouveler la relation.

Après 1612, la vie change dans la colonie. L'hiver de 1613 est rigoureux; de nombreux colons contractent le scorbut et huit en meurent. Le sol et le climat sont moins efficaces que prévu. Les colons peuvent cultiver des légumes, mais aucune céréale et ils ne parviennent pas à moissonner suffisamment de foin pour nourrir leur bétail tout l'hiver. Guy discute avec la Compagny de la propriété qu'il attend pour lui-même et des gages dus à ses hommes. La colonie est souvent pillée par le pirate Peter Easton. Les colons doivent lui remettre un « paiement de protection » sous forme de bétail.

John Guy est un homme ambitieux et, en 1615, voyant la colonie décliner, il retourne à Bristol, dont il deviendra le maire. Comme les profits n'arrivent pas, la Newfoundland Company commence à vendre des parcelles de terre à d'autres promoteurs. Elle remplace Guy par John Mason, qui peut négocier avec les pirates, mais ne s'intéresse pas à la pêche, ce qui affaiblit l'économie de la colonie qui s'écroule. Mason arrive en Nouvelle-Angleterre en 1621, où il établit la colonie du New Hampshire.

Une colonisation officieuse se poursuit à petite échelle, mais toutes les colonies fondées en vertu de la charte échouent. Les ressources sont insuffisantes pour subvenir aux besoins des colons et générer un profit pour les actionnaires de la Company. La pêche peut générer un tel profit, mais seulement si elle est exploitée comme une activité migratrice depuis l'Angleterre.

Malgré les échecs des implantations, l'effort profite à l'Angleterre parce qu'il permet d'établir l'Empire au sein d'un nouveau territoire. Historiquement, Cuper's Cove constitue la première colonie anglaise au Canada et annonce les colonies suivantes.

En 1995, des archéologues déterrent une preuve du village de John Guy dans un champ de pommes de terre à Cupids. Après avoir consulté le journal de Guy et mesuré 240 pas à partir de Cupids Pond, on parvient à situer la colonie dans un secteur près d'un ruisseau. Aujourd'hui, on commémore John Guy et la première colonie dans la petite communauté sur la côte accidentée qui les a d'abord hébergés.