Le mouvement Arts and Crafts au Canada

Le mouvement Arts and Crafts compte, au Canada, des architectes, des enseignants et des artisans qui travaillent avec des clients progressistes afin d'intégrer la beauté du savoir-faire des artisans à la vie quotidienne.

Le mouvement Arts and Crafts au Canada

Le mouvement Arts and Crafts compte, au Canada, des architectes, des enseignants et des artisans qui travaillent avec des clients progressistes afin d'intégrer la beauté du savoir-faire des artisans à la vie quotidienne. Le mouvement est particulièrement actif pendant les années 1890 et jusqu'à la Première Guerre mondiale, et s'exprime surtout dans la conception de maisons. Le mouvement a une connotation à la fois progressiste et conservatrice - progressiste parce que les plans décontractés et informels intègrent des éléments d'artisanat construits sur mesure et conservatrice parce que les maisons canadiennes ainsi construites reflètent des valeurs britanniques. La plupart des personnalités qui marquent le mouvement sont familières avec la culture britannique puisqu'elles sont nées au Royaume-Uni. On peut donc considérer le mouvement Arts and Crafts au Canada comme un mouvement ayant une dimension stylistique et politique. Par ailleurs, il se limite aux grandes villes; il n'y a pas de mouvement canadien Arts and Crafts en milieu rural.

Le mouvement canadien diffère du mouvement britannique à deux niveaux : premièrement, le Canada compte moins d'artisans qualifiés que le Royaume-Uni, les architectes canadiens ne peuvent donc exiger des artisans la même variété et la même qualité de savoir-faire. Deuxièmement, il n'y a pas d'équivalent canadien au phénomène de « manoir » très répandu au Royaume-Uni où de riches clients s'offrent volontiers des maisons bourgeoises Arts and Crafts, conçues de la cave au grenier, entièrement façonnées à la main et situées sur des terres agréablement aménagées.

Cependant, de 1900 à 1910, plus particulièrement à Toronto et à Montréal, on dénombre un bon nombre de compagnies Arts and Crafts et les intérieurs conçus dans ce style deviennent courants. Sur la côte Ouest, à Vancouver et à Victoria, certains clients commandent de grandes maisons de style Arts and Crafts, sans plan défini, dont les dimensions, les détails et les terres aménagées rivalisent avec celles du Royaume-Uni.

Le style Arts and Crafts canadien se limite généralement à des détails tels que les vitraux et les garnitures et s'inspire souvent directement de William Morris, célèbre concepteur et décorateur britannique, écrivain et défenseur du changement social par le design. Le travail de Morris est très apprécié au Canada et plusieurs maisons et lieux de culte sont ornés de ses œuvres comme on a pu le voir en 1993 lors de l'exposition du Musée des beaux-arts de l'Ontario « The Earthly Paradise: The Work of Morris and His Circle from Canadian Collections ».

Wychwood Park, une enclave boisée et tranquille, à quelques pas du centre-ville de Toronto, constitue un bel exemple des idéaux et du style Arts and Crafts. Dans l'espoir de fonder une colonie artistique, en 1873, l'artiste paysager Marmaduke Matthews achète une parcelle de terrain de dix acres, près de l'actuel chemin Davenport et de la rue Bathurst. La propriété est développée beaucoup plus tard, de 1907 à 1911, d'après les plans des architectes Eden Smith and Sons. Finalement, Wychwood compte près de 60 maisons. Il s'agit probablement du meilleur exemple au Canada d'un environnement inspiré par le mouvement Arts and Crafts canadien. La résidence personnelle de Smith y est construite en 1907, aux côtés de résidences d'autres artistes célèbres comme celle de George Reid. Regroupées autour d'un chemin piétonnier circulaire sinueux et d'un environnement naturel ressemblant à un ravin et d'un ruisseau (Taddle Creek), les imposantes résidences s'élèvent loin de la limite du terrain. Même de nos jours, Wychwood - qui, en 1985, devient la première zone résidentielle à être déclarée comme appartenant au patrimoine selon les termes de la Loi sur le patrimoine de l'Ontario - demeure une communauté attrayante, de style homogène, administrée par un conseil exécutif qui gère ses chemins privés et ses espaces verts. L'étang est restauré en 1998. Smith est reconnu pour sa conception d'habitations à prix modique pour la Toronto Housing Company en 1913 ainsi que pour la construction de plusieurs bibliothèques publiques dans le style Arts and Crafts dont celles de Wychwood, Beaches et High Park, inaugurées en 1916.

À Montréal, l'architecte Percy Erskine Nobbs, originaire d'Écosse, est le principal représentant du style Arts and Crafts. Il est également le fondateur du programme d'architecture du 20e siècle à l'Université McGill de Montréal. Avant d'immigrer au Canada, Percy Nobbs est l'élève de l'architecte du mouvement Arts and Crafts, Robert Lorimer et fréquente plusieurs des personnages importants du mouvement anglais Arts and Crafts. L'œuvre de Nobbs n'est pas facile à classifier; il utilise une variété de styles différents dont celui de la Renaissance anglaise. Néanmoins, une partie de ses réalisations semble avoir été influencée par les préceptes du mouvement Arts and Crafts. En 1914, Nobbs réalise la conception d'une grande maison individuelle pour sa famille; elle est érigée sur le chemin Belvédère à Westmount. La maison de briques de quatre étages présente un toit imposant en ardoise à forte pente et des murs de pignons que le critique Norbert Schoenauer a associés à ceux des résidences conçues par un des architectes les plus originaux du mouvement Arts and Crafts de l'Angleterre, C.F.A. Voysey. Certaines pièces de la maison, notamment la bibliothèque, même si elles ne sont pas aussi extravagantes que celles des maisons de Voysey, présentent des meubles encastrés rappelant l'influence Arts and Crafts.

Nobbs aide son ami et protégé, Cecil Scott Burgess (1870-1971), à introduire la sensibilité du mouvement Arts and Crafts à la jeune Université de l'Alberta. Fervent partisan du mouvement Arts and Crafts, Burgess voit le jour en Inde, grandit au Royaume-Uni et enseigne à McGill de 1909 à 1911. Chargé de la conception du campus de l'Université de l'Alberta, Nobbs recommande que Burgess agisse en tant qu'architecte-surintendant. Burgess se fait un nom à Edmonton et, en 1913, il devient professeur attitré d'architecture. Il assure la conception de nombre des premiers édifices de l'université. Ses intérêts pour le mouvement Arts and Crafts trouvent leur expression dans la conception de l'emblème de l'université, de certains meubles et autres insignes de cérémonie - et même des articles tels qu'une théière portant l'emblème de l'université. Peu d'architectes au Canada ont pu s'illustrer dans tant de domaines du design, même s'il s'agissait d'une ambition partagée par la plupart des praticiens du mouvement Arts and Crafts.

C'est sur la côte Ouest que le mouvement Arts and Crafts trouve tout son essor - probablement parce que la douceur du climat permet aux architectes d'incorporer totalement l'architecture paysagère à leur design. Le plus célèbre d'entre eux est Samuel Maclure. Aquarelliste célèbre ainsi qu'architecte, Maclure conçoit tellement de résidences du Victoria métropolitain de 1910 à 1929 qu'il influence de façon visible le caractère architectural de cette ville. Il préfère le demi-boisage Tudor qui rappelle aussi les design des artisans. Dans le cas du gigantesque château Hatley (qui fait maintenant partie de l'Université Royal Roads à Victoria), l'architecte travaille avec Brett and Hall, une firme d'architecture paysagère de Boston.

Comme l'architecture et les métiers d'art ne sont pratiqués que par des hommes au tournant du siècle, la plupart des praticiens du mouvement canadien Arts and Crafts sont des hommes. Cependant, au moins deux groupes bien organisés de femmes font activement la promotion du mouvement Arts and Crafts au Canada. À Toronto, en 1896, l'artiste locale Mary Dingham est le fer de lance de la fondation de la Woman's Art Association of Canada (WAAC), une association nationale d'artistes féminines professionnelles et amateurs. Un de leurs principaux accomplissements est d'avoir créé, en 1897, un service de table peint pour huit services avec 24 arrangements, pour commémorer le 400e anniversaire du débarquement de John Cabot à Terre-Neuve. À Montréal, en 1905, Alice Peck et May Phillips fondent la Corporation canadienne de l'artisanat, inspirées par les femmes britanniques et américaines du mouvement Arts and Crafts. La corporation se consacre au service des artisans et à faire reconnaître l'artisanat en tant qu'art.

Une manifestation plus tardive du mouvement Arts and Crafts a lieu dans la région de Toronto durant la Crise. En 1932, H. Spencer Clark et Rosa Clark fondent la Guild of All Arts, un collectif d'artistes. Les Clark commandent la construction d'un édifice pour la guilde sur un site splendide surplombant Scarborough Bluffs - à cette époque assez éloigné de Toronto mais faisant maintenant partie de la région métropolitaine de Toronto - où les artistes s'installent. La Seconde Guerre mondiale force la fermeture temporaire de la guilde et les Clark ne réussissent pas à remettre la guilde sur pied comme avant la guerre. Finalement, ils construisent une auberge sur le site et commencent à recueillir des vestiges architecturaux des édifices en démolition au centre-ville de Toronto. Le site est transformé en jardin de sculptures et d'architecture.

Le style Arts and Crafts redevient populaire dans des résidences coûteuses et dans des accessoires de prix moyen. Cette tendance est accentuée par la recherche d'illustrations pour en faire des reproductions d'intérieurs originaux de style Arts and Crafts plus abordables que jamais. Les designers d'aujourd'hui, inspirés par le style Arts and Crafts, ont tendance à mélanger les styles et les formes plutôt qu'à rechercher l'unité du style comme c'était le cas à l'origine.

Voir aussi Architecture.


Lecture supplémentaire

  • Katherine Lochnan, The Earthly Paradise: Arts And Crafts By William Morris and His Circle (1993); Ellen Mary Easton McLeod, In Good Hands: The Women of the Canadian Handicrafts Guild (1999).

Liens externes