Les femmes et le sport

Au fil des siècles, peu de sports ont été jugés convenables pour les femmes, en raison de leur prétendue fragilité physique, ou encore des dangers moraux qu’un exercice vigoureux pouvait représenter pour leur réputation. Les femmes défendent de plus en plus leur droit de participer non seulement aux sports soi-disant gracieux et féminins, mais aussi aux sports de contact et violents auxquels leurs frères s'adonnent. Au XXIesiècle, les femmes jouent dorénavant à des sports qui leur étaient défendus dans le passé, comme la boxe, le soccer et le rugby.



Période précoloniale

Les historiens en connaissent peu sur la vie des femmes autochtones à la période précoloniale, mais il est probable que celles-ci participent à certains sports et compétitions, notamment les ancêtres du shinny, de la crosse, et du football. Dans beaucoup de tribus, le sport était réservé seulement aux hommes, mais dans d'autres communautés, certaines activités étaient destinées aux femmes seulement ou aux deux sexes.

Le shinny, un jeu semblable au hockey, est alors considéré comme un sport de femmes. Les joueuses utilisent un bâton courbé pour frapper une petite balle faite de bois ou de peau de daim rembourrée sur le gazon ou sur la glace. La double balle, un jeu plus exigeant et plus rapide que le shinny, est avant tout un sport pour les femmes; les joueuses se passent, à l'aide de longs bâtons, deux balles attachées ensemble avec une corde.

Cependant, l'arrivée des colons européens allait réduire les options des femmes autochtones puisque la colonisation les confine de plus en plus dans de petites colonies et leur impose les idées européennes sur les comportements féminins.

Période coloniale

L'arrivée des colons européens amène de nouveaux passe-temps et jeux, et des idées différentes sur la place des femmes dans la société et dans le sport. Les commerçants français et britanniques, les militaires et les colons introduisent de nouveaux sports, pour la plupart réservés exclusivement à la gent masculine. Les femmes ont rarement l'occasion de participer à ces sports, et les rares activités récréatives que l'on considère comme acceptables pour les femmes sont d’habitude réservées aux femmes blanches aisées.

En Nouvelle-France au milieu du XVIIe siècle, on encourage les femmes bourgeoises à pratiquer l'équitation (en selle d'amazone), une activité considérée saine. Elles voyagent également en traîneau (ou carriole) l'hiver et en voiture tirée par des chevaux l'été. Dans les villes populeuses, des écoles de danse apprennent aux jeunes femmes les danses populaires du temps, comme les menuets, les harlapattes, les cotillons et les danses country.

Période victorienne

Pour la majorité de la période victorienne, les femmes n’avaient que peu d’occasions de participer dans le monde du sport. Malgré que les femmes soient exclues de plusieurs activités sportives, les femmes, qui ont du temps et de l’argent, ont la chance de participer à certaines activités récréatives. L’hiver, les femmes de l’époque victorienne prennent part à des fêtes en traîneau et en toboggan, font de la raquette, du bateau-glace, et du patin (notamment le patin de fantaisie, qui allait devenir le patin artistique).

L’été, elles font des pique-niques et pratiquent le cricket, le bateau, la pêche, l’équitation et même la chasse au renard. Certaines d’entre elles essaient le patin à roulettes sur des patinoires recouvertes de planchers de bois pour la saison estivale.

Vélos et liberté

Dans les années 1880, l’introduction du nouveau vélo « de sécurité » ouvre une porte et donne plus de liberté aux femmes. Les vélos précédents, tels que le vélo grand-bi (à l’époque, le vélo « ordinaire »), sont inconfortables et dangereux. Un petit nombre de femmes élites, dont la Montréalaise Louise Armaindo, prennent part aux compétitions de grand-bi au cours des dernières décennies du XIXesiècle. Celle-ci est d’abord femme invincible et trapéziste, avant de se tourner vers le piétonnisme (épreuves de marche) avant d’opter pour la compétition de grand-bi en 1881, surtout aux États-Unis.

Or, dans les années 1880, on fabrique des vélos plus petits et plus légers, pourvus de roues de taille égale et de pneus, en plus d’être propulsés par une chaîne et des pignons. Ces nouveaux vélos dits « de sécurité » rendent la promenade beaucoup plus sécuritaire et confortable et deviennent vite très en vogue chez les hommes comme chez les femmes. De plus en plus de gens commencent le cyclisme et le nombre de clubs cyclistes (sociaux) se multiplie.

La bicyclette est l’occasion pour les femmes de s’entraîner, de se divertir, de se déplacer et d’acquérir plus de liberté. C’est également le vélo qui catalyse la très impérative réforme vestimentaire. Bien qu’il soit possible de pédaler avec une jupe longue, beaucoup de femmes décident de porter des styles plus courts à vélo, tels que la jupe avec fente et la controversée « culotte bouffante ».

Début du XXe siècle

À la fin du XIXe siècle, un nombre grandissant de femmes de classe moyenne et de classe privilégiée s’adonnent au sport, notamment au tennis, au golf et au curling, en plus de former des clubs sportifs exclusivement féminins. Bien que ces sports soient considérés comme plus convenables pour les femmes que les sports d’équipe, des athlètes féminines commencent à jouer au hockey, à la balle molle et au basketball au tournant du siècle. Les premières équipes féminines de hockey voient le jour au Québec : Montréal, Trois-Rivières, Lachute et Québec ont leur propre équipe dès le début des années 1890. Toutefois, les parties de hockey sont peu fréquentes et plutôt informelles.

En règle générale, il y a peu de soutien pour les équipes de femmes dans les communautés du XIXesiècle. Le moteur des équipes féminines est véritablement le système d’écoles privée, de collèges et d’université, où les filles et les jeunes femmes s’entraînent avec des entraîneurs et des instructeurs déterminés à les voir jouer. Le sport compétitif n’est pas offert aux filles du système scolaire public, mais les écoles privées comme Bishop Strachan et le Havergal College à Toronto font la promotion des sports et des jeux auprès de leur population féminine. À Havergal, par exemple, les filles pratiquent la gymnastique, le tennis, le basketball, le cricket, le hockey sur glace, le golf, l’athlétisme et la natation. Dans les universités — où les femmes étudient à partir des années 1870 et 1880 — les femmes prennent par à des compétitions d’escrime, de tennis, de jeu de piste (l’ancêtre du cross-country), de hockey sur glace, de hockey sur gazon, et de basketball.

Les Grads d’Edmonton

Le basketball, sport inventé par le Canadien James Naismith en 1891, est le sport le plus populaire chez les femmes au début du XXe siècle. En Nouvelle-Écosse, par exemple, la plupart des villes ont leur propre équipe féminine de basketball dès 1910. Dans les années 1920 et 1930, l’équipe d’Edmonton, connue sous le nom d’Edmonton Commercial Graduates (ou les « Grads ») domine le basketball féminin. Les joueuses, pour la plupart diplômées de la McDougall Commercial High School, jouent partout au pays et à l’étranger et gagnent plus de 90 % de leurs matchs, en plus de remporter au-delà de 100 titres régionaux, nationaux, internationaux et mondiaux. Leur succès incite d’autres Canadiennes à jouer au basketball, et à pratiquer des activités sportives de façon générale.

Fanny « Bobbie » Rosenfeld

L’athlète féminine la plus accomplie du pays au XXe siècle (et, peut-être de l’histoire du Canada) est Fanny « Bobbie » Rosenfeld, une immigrante russe que l’on surnomme Bobbie à cause de sa coupe de cheveux de style bob. Meilleure sprinteuse au Canada, elle est aussi la championne nationale de saut en longueur, de lancer du poids et de lancer du disque en 1925. Elle remporte la toute première médaille olympique canadienne en athlétisme féminin en 1928 (une médaille d’argent). Fannie Rosenfeld remporte également le Championnat de tennis sur gazon de Toronto, et pratique, au niveau compétitif, le basketball, la balle molle et le hockey, son sport favori. Elle est la vedette du club de hockey AAA North Toronto et la capitaine des Patterson Pats, qui dominent le hockey féminin en Ontario dans les années 1920.

Deux guerres mondiales

Pendant la Première Guerre mondiale et la Deuxième Guerre mondiale, un nombre important de femmes intègrent le marché du travail; beaucoup d’entre elles pratiquent le sport. Malgré l’absence de beaucoup d’hommes partis faire la guerre à l’étranger (y compris des athlètes), un certain nombre de tournois et de rencontres sportives continuent, avec des femmes qui prennent souvent la place des hommes sur le terrain et dans les usines. Les compétitions qui ont lieu à ce moment sont souvent utilisées pour appuyer des causes patriotiques ou amasser des fonds. ( Voir Le phénomène du hockey féminin dans la région centrale du Canada de 1915 à 1920 .)

Années 1950

Lorsque les hommes rentrent au pays après la guerre, les femmes sont toutefois encouragées à regagner le foyer. On met de plus en plus l’accent sur la féminité conventionnelle et sur les rôles traditionnels des hommes et des femmes, ce qui a un impact direct sur la place des femmes non seulement sur le marché du travail, mais également dans le monde du sport. Encore une fois, on encourage les femmes à s’adonner à des sports qui accentuent la beauté, la grâce et les concepts normatifs de féminité.

Le patin artistique est le parfait exemple de ce type de sport, et la patineuse Barbara Ann Scott, le parfait exemple de l’athlète féminine idéale de son temps. Deux fois championne du monde en patin artistique, et deux fois championne européenne, Barbara Ann Scott devient la toute première médaillée d’or individuelle du Canada aux Jeux olympiques d’hiver lorsqu’elle remporte l’or aux Jeux de 1948 à Saint-Moritz, en Suisse. Sans contredit une athlète accomplie, elle est pourtant souvent dépeinte par les médias pour sa féminité et non pour ses capacités athlétiques. Un article de la revue américaine Time de 1948 la décrit comme suit : « Barbara Ann, avec son teint de pêche, ses grands yeux bleus et sa bouche en bouton de rose, est sans aucun doute très jolie. Ses cheveux châtain clair (blonds maintenant qu’elle les teint) tombent sur ses épaules en parfaites bouclettes. Elle a une silhouette mince et féminine et ne que 48 kg... Elle ressemble, en fait, à une poupée que l’on peut admirer sans la toucher. »

Libération de la femme

Les années 1960, 1970 et 1980 sont des années charnières pour le sport féminin au Canada. Avec l’émergence du mouvement de la «libération de la femme » dans les années 1960 et 1970 en Amérique du Nord, les femmes combattent la discrimination dans toutes les sphères de la société, y compris le sport.

Malgré le peu de soutien offert aux athlètes amateurs à l’époque, de nombreuses Canadiennes excellent en sports. Les athlètes féminines majeures des années 1960 incluent les nageuses Mary Stewart et Elaine Tanner, la coureuse Abby Hoffman, les skieuses Anne Heggtveit, Nancy Greene et Elizabeth Greene. La spécialiste du saut en hauteur Debbie Brill, la première femme nord-américaine à franchir la barre du six pieds, domine le sport dans les années 1970. Aux Jeux du Commonwealth de 1978 à Edmonton, des Canadiennes remportent l’or dans des disciplines comme le pentathlon (Diane Jones Konihowski), le lancer du disque (Carmen Ionescu), la natation et la gymnastique.

Les sœurs jumelles d’origine autochtone Shirley et Sharon Firth, qui s’entraînent dans le cadre du programme Territorial Experimental Ski Training (TEST) à Inuvik, dans les Territoires du Nord-Ouest, dominent le ski de fond au Canada dans les années 1970 et 1980. Des athlètes féminines canadiennes noires (dont plusieurs des Caraïbes) deviennent des vedettes d’athlétisme dans les années 1970 et 1980 : Angela Bailey, Marita Payne, Jillian Richardson, Charmaine Crooks, et Molly Killingbeck. En 1984, Sylvie Bernier remporte la première médaille d’or olympique du Canada en plongeon et Anne Ottenbrite devient la première femme canadienne à remporter l’or olympique en natation. En 1988, la patineuse artistique Elizabeth Manley gagne la médaille d’argent aux Jeux olympiques d’hiver de Calgary, et la nageuse Vicki Keith passe à l’histoire en devenant la toute première personne à nager dans tous les Grands Lacs.

Dans la force de l’âge

Les athlètes canadiennes continuent d’en mettre plein la vue dans les années 1990. Colette Bourgonje, une athlète paralympique , prend part à ses premiers Jeux d’hiver en 1990 en ski de fond sur luge (aussi coureuse en fauteuil roulant, elle participe à huit Jeux paralympiques d’hiver et d’été en tout). La rameuse Silken Laumann, médaillée de bronze aux Jeux olympiques de 1984 avec sa sœur Daniele dans l’épreuve deux de couple, surmonte une grave blessure à la jambe et remporte malgré tout la médaille de bronze à l’épreuve à un rameur en couple aux Jeux olympiques d’été de 1992 (Silken Laumann reçoit le trophée Bobbie Rosenfeld en 1991 et 1992). Puis, aux Jeux olympiques d’été de 1996, elle gagne l’argent à l’épreuve à un rameur en couple. Ses collègues, les rameuses Marnie McBean et Kathleen Heddle, remportent deux médailles d’or aux Jeux de 1992 et deux médailles (l’or et le bronze) à ceux de 1996, devenant ainsi les premières Canadiennes à gagner trois médailles d’or olympiques.

En 1994, la biathlète Myriam Bédard devient la première Canadienne à gagner deux médailles d’or olympiques aux Jeux d’hiver. Deux ans plus tard, la coureuse vedette Charmaine Crooks (qui prend part à cinq Jeux olympiques au total) devient la première femme canadienne de couleur à siéger au Comité International Olympique. Alison Sydor, lauréate du prix Bobbie Rosenfeld en 1996, remporte l’argent en vélo de montagne aux Jeux olympiques de 1996, en plus de gagner trois championnats du monde (en 1994, 1995 et 1996). Puis, aux Jeux olympiques d’hiver de 1998, Catriona Le May Doan gagne sa première médaille d’or en patinage de vitesse (qu’elle remporte à nouveau en 2002). Le programme féminin de patinage de vitesse s’avère fort fructueux : les patineuses remportent un nombre impressionnant de 18 médailles olympiques de 1994 à 2010.

XXIe siècle

Le sport au XXIe siècle n’est plus du tout ce qu’il était à la période victorienne, ou même dans les années 1960. Partout au pays, un grand nombre de femmes pratiquent le sport, y compris les activités qui sont traditionnellement perçues comme masculines ou non convenables pour les femmes. Des femmes de tous âges jouent au rugby, au soccer et à la balle molle, certaines comme Carol Huynh et Tonya Verbeek préfèrent la lutte, et d’autres s’adonnent à la boxe compétitive, comme c’est le cas de Mary Spencer .

Qui plus est, les athlètes féminines ont dorénavant des admirateurs, hommes comme femmes, à travers le pays. Par exemple, la réaction nationale après la victoire de l’équipe féminine de hockey contre les Américaines aux Jeux olympiques d’hiver de 2002, de 2006 et de 2010 est impressionnante. Des joueuses de hockey comme Angela James, Hayley Wickenheiser et Geraldine Heaney sont désormais célèbres. Les exploits des athlètes féminines aux Jeux olympiques d’hiver de 2010, comme ceux de la skieuse acrobatique sur bosses Jennifer Heil, et ceux des bobeuses Kaillie Humphries et Heather Moyse, sont célébrés partout au pays. Clara Hughes, cycliste et patineuse de vitesse olympique, est largement admirée pour son succès sportif, mais aussi pour son militantisme. En 2012, les femmes de l’équipe olympique féminine de soccer deviennent des célébrités nationales, même après une défaite déchirante en demi-finale contre les États-Unis; en 2013, la capitaine de l’équipe, Christine Sinclair, obtient son étoile sur l’Allée des célébrités canadiennes.