Les Variétés lyriques

Les Variétés lyriques. Compagnie privée de production d'oeuvres lyriques, principalement d'opérettes, fondée à Montréal en 1936 par les chanteurs Lionel Daunais et Charles Goulet.

Les Variétés lyriques

Les Variétés lyriques. Compagnie privée de production d'oeuvres lyriques, principalement d'opérettes, fondée à Montréal en 1936 par les chanteurs Lionel Daunais et Charles Goulet. Au cours de 19 saisons consécutives au Monument national et sans la moindre subvention publique ou privée, la compagnie présenta 102 productions d'opérettes, 15 d'opéras et 1 revue, pour un grand total de 1084 représentations. Les Variétés lyriques prirent la relève de la Société canadienne d'opérette qui avait cessé d'exister en 1934 après une décennie d'activité. Le spectacle inaugural fut Le Pays du sourire de Lehar (22 septembre 1936), suivi de six autres opérettes. Pour cette première saison, on compta 426 abonnés. Quand les VL fermèrent leurs portes le 30 avril 1955 avec La Fille du tambour-major d'Offenbach, les abonnés étaient au nombre de 14 096, ce qui n'empêcha pas les fondateurs de mettre un terme à leur entreprise. Ils invoquèrent surtout des coûts de production toujours croissants à une époque où l'État ne subventionnait pas encore le théâtre et, à partir de 1952, la concurrence de la télévision qui avait commencé à vider les salles. C'est néanmoins la saison 1951-52 qui compta le plus grand nombre de représentations, soit 97. La saison précédente, La Belle de Cadix de Francis Lopez avait été représentée 26 fois, chiffre record pour une même production dans l'histoire de la troupe.

C'est l'opérette française qui fit les beaux soirs des VL. Au répertoire ont figuré les noms d'une vingtaine de compositeurs, de Hervé et Lecocq à Paul Misraki, Maurice Yvain et Francis Lopez, en passant par Audran, Messager, Offenbach et Planquette. On peut dire que la plupart des classiques de l'opérette française parurent au répertoire à un moment ou l'autre. Les oeuvres viennoises (Lehar, Kalman, Fall, Oscar Straus) furent également populaires de même que les opérettes américaines de Herbert, Romberg, Friml et Youmans. C'est Le Chant du désert de Romberg qui fut chanté le plus souvent dans l'histoire des Variétés. À compter de la deuxième saison, la compagnie présenta un opéra, Werther, et par la suite, les abonnés entendirent Carmen, Manon, Le Barbier de Séville, Lakmé, Les Contes d'Hoffmann, La Traviata, Mignon, La Fille du régiment, Mireille, Faust, Rigoletto et Madama Butterfly, à raison d'un opéra par saison. Tout le répertoire, opérette et opéra, était chanté en français.

Dès leurs débuts, les VL firent appel aux meilleurs talents québécois, chanteurs, comédiens, instrumentistes et chefs d'orchestre. Nombreux sont ceux, parmi les jeunes, qui firent leurs débuts avec la compagnie. De l'imposante liste des participants se détachent les noms des sopranos Pierrette Alarie, Rita Bibeau, Yolande Dulude, Caro Lamoureux, Marthe Lapointe, Thérèse Laporte, Marthe Létourneau, Jacqueline Plouffe et Irène Salemka, du mezzo-soprano Jeanne Maubourg, du contralto Anna Malenfant, des ténors Jacques Gérard, Raoul Jobin, Jacques Labrecque, Gérard Paradis, Léopold Simoneau, André Turp et Richard Verreau, des barytons Napoléon Bisson et Louis Quilico et des basses Yoland Guérard, Jean-Pierre Hurteau et Joseph Rouleau, sans compter Daunais et Goulet eux-mêmes qui tinrent de nombreux rôles en plus d'assurer la mise en scène et l'administration. Des comédiens comme Fred Barry, Paul Berval, Guy Hoffmann, Juliette Huot, Jean-Pierre Masson, Guy Maufette et Henri Poitras prêtèrent aussi leur concours. Dès la deuxième saison, on fit appel à des vedettes de Paris : Adrien Adrius, Gérard Boireau, Réda Caire, André Dassary, Michel Dens, Rudy Hirigoyen, Jacques Jansen, Armand Mestral, Germaine Roger et Ugo Ugaro furent à l'affiche, certains plus d'une saison. La plupart des choristes étaient recrutés chez les Disciples de Massenet. Quant à l'orchestre, il se composait d'une trentaine d'instrumentistes dirigés, pour la majorité des représentations, par Jean Goulet. On vit également au pupitre Jean-Marie Beaudet, Lionel Renaud et parfois Charles Goulet. Le responsable de la chorégraphie était Maurice Lacasse-Morenoff. Les décors et costumes étaient réalisés sur place, parfois à partir de maquettes venant de théâtres parisiens.

Daunais et Goulet assurèrent la grande majorité des mises en scène, mais ils invitèrent à l'occasion Henri Montjoye, dir. de la Gaîté-Lyrique de Paris. Sous la direction compétente et enthousiaste de leurs deux animateurs, les VL ont écrit une page importante dans l'histoire du spectacle à Montréal. Dès 1939, l'objectif déclaré de la compagnie était « de rendre entièrement au théâtre lyrique, en tenant compte de l'évolution des idées, la première place artistique dans la métropole ». L'apport des Variétés à la vie culturelle montréalaise fut remarquable au cours de deux décennies difficiles, marquées par la fin de la crise économique et la Deuxième Guerre mondiale, surtout si l'on tient compte du fait que la compagnie fonctionna toujours sans l'aide financière des particuliers et des gouvernements. Le fonds Lionel Daunais à la BN du Q contient des partitions et d'autres documents se rapportant aux Variétés lyriques. En 1986, dans le but de faire revivre les Variétés, Bruno Laplante a fondé les Nouvelles Variétés lyriques qui ont présenté, à la salle Maisonneuve de la PDA, Orphée aux enfers (1986) et La Vie parisienne (1987) d'Offenbach ainsi qu' Une nuit à Venise (1988) de Johann Strauss.


Lecture supplémentaire

  • Goulet, Charles. Sur la scène et dans la coulisse (Quebec City1981)

    Lefebvre, Marie-Claire. 'Les Variétés lyriques: leur histoire et leur importance,' Aria, vol 9, Autumn 1986

    Robert, Véronique. 'La Résurrection des Variétés lyriques,' L'Actualité, Sep 1987